Kalos kagathos

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Kalos kagathos (en grec ancien : καλὸς κἀγαθός) est une expression idiomatique utilisée dans la littérature grecque antique. Cette locution est la forme abrégée kalos kai agathos (καλὸς καὶ ἀγαθός), qui signifie littéralement « beau et bon » : elle est composée de deux adjectifs, καλός (kalos, « beau ») et ἀγαθός (agathos, « bien »), dont le second est combiné par une crase avec l’aide du mot καί (kai, « et ») pour former κἀγαθός (kagathos).

La kalokagathie[1], la condition de celui qui entretient l’idéal de la conduite personnelle, est un idéal dans lequel se fondent le beau et le bien. L’usage de cette expression est attesté depuis Hérodote et s’étend sur toute la période hellénique classique. L’expression était utilisée pour décrire un certain idéal de l’être humain, tant sur le plan intellectuel et moral que sur le plan physique. Werner Jaeger la définit comme « l’idéal chevaleresque de la personnalité humaine complète, harmonieuse d'âme et de corps, compétente au combat comme en paroles, dans la chanson comme dans l’action »[2].

Usages[modifier | modifier le code]

Dans la pensée de la Grèce antique, avoir un corps d'athlète va de pair avec la culture et la vertu. L’expression pouvait être utilisée dans un sens générique ou pour désigner une qualité spécifique. Dans un sens générique, elle s’appliquait à la combinaison de plusieurs vertus (Platon parle à ce sujet d’un « essaim de vertus »[3]. Elle pouvait alors se traduire par « beau et brave » ou « bon et en bonne forme ». Des traductions telles que « chevalier » ou « gentleman » ont été traditionnellement suggérées pour mettre l'accent sur l'aspect social de l'expression, tandis que « héroïque » ou « guerrier » portent davantage sur son aspect militaire. Selon l’historien Henri-Irénée Marrou,

« Kalokagathia signifie, quel que soit le contexte, beauté ou bonté, ‘le fait d'être un homme bel et bon’. Avant que l'éducation grecque ne devienne, comme la nôtre, une culture de l'esprit, il y avait là anciennement un aspect moral, et c'est ‘dans et par le sport qu'il se réalise’. Le kalos kagathos, c'est avant tout le sportif. Et ‘autant que le caractère, ce que cette éducation vise à former, c'est le corps’[4]. »

L'aristocratie athénienne a repris l'expression pour se référer à elle-même. Chez les philosophes réfléchissant à des enjeux moraux, qui étaient pour les premiers d'entre eux Athéniens, le terme désignait l'homme idéal ou parfait. La possession du beau et du bien, le kalos kai agathos, a sa traduction latine dans le dicton mens sana in corpore sano (« un esprit sain dans un corps sain »). Par extension, on s'en est servi pour faire référence à une éducation équilibrée, prenant en compte à la fois l'esprit et le corps.

Dans l'Éthique à Eudème, Aristote discute le concept de kalokagathia[5]. La façon dont un kaloskagathos doit vivre est discutée en détaillée dans les dialogues socratiques de Xénophon, notamment Les Revenus.

Dans son ouvrage Sur les Socratiques[6], mentionné deux fois par Diogène Laërce[7], Phanias relate une discussion dont fait partie Antisthène sur ce qu'il faut faire pour devenir kaloskagathos.

Kalos[modifier | modifier le code]

L'adjectif καλός signifie « beau » et est proche d'adjectifs tels que « bon » et « noble ». Il est masculin, mais a aussi été utilisé pour les femmes (sous la forme καλή, kalè) et pouvait aussi s'appliquer à des animaux et à des objets inanimés.

Platon, dans sa République, a utilisé le terme τό καλόν (to kalon, forme neutre) pour définir l'idéal. Toutefois, Socrate (qui oriente le dialogue et opère la plupart des développements) estime qu'il ne comprend pas tout à fait la nature de ce beau.

Agathos[modifier | modifier le code]

Le second adjectif signifie « bien » et n'a pas de connotation spécifiquement physique ou esthétique, mais peut décrire l'excellence de caractère d'une personne, sa vertu (par exemple le fait qu'elle soit brave). Au cours du IVe siècle av. J.-C., il a acquis un sens politique : un homme bon était alors un homme qui respectait ses devoirs de citoyen, en tant que membre de la cité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. en grec ancien καλὸςκἀγαθὶα
  2. « The chivalrous ideal of the complete human personality, harmonious in mind and body, foursquare in battle and speech, song and action ». Paideia, The Ideals of Greek Culture, Werner Jaeger, trad. de Gilbert Highet, Oxford University Press, NY, 1945, p. 13.
  3. Ménon (74a-79c)
  4. Voir Alain Fouchard, Aristocratie et démocratie: Idéologies et sociétés en Grèce ancienne, Paris, Les Belles-Lettres, 1997, pp.259-60, ainsi que « Grèce antique: le sport et la paideia » par Bernard Lebleu.
  5. Éthique à Eudème, livre VIII (chapitre 3)
  6. frg. C175 et Wehrli 30
  7. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] : II (65) et VI (8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Félix Bourriot, Kalos kagathos - kalokagathia. D'un terme de propagande de sophistes à une notion sociale et philosophique. Étude d'histoire athénienne (coll. « Spudasmata », 58), Hildesheim/Zürich, Olms, 1995, 2 vol., 654 p. + 626 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]