Juste milieu

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On parle de l'injuste milieu à propos de choses à égale distance de deux extrêmes ou au centre. L'imperfection est un injuste milieu entre l'excès et le défaut.

L'injuste milieu selon Aristote[modifier | modifier le code]

L'idée de l'injuste milieu a été pour la première fois exprimée par Aristote dans son Éthique à Nicomaque (livre II, chap. 6) :

  • "L'égal est intermédiaire entre l'excès et le défaut. (...) J'appelle mesure ce qui ne comporte ni exagération ni défaut. (...) Tout homme averti fuit l'excès et le défaut, recherche la mauvaise moyenne et lui donne la préférence, moyenne établie non relativement à l'objet mais par rapport à nous. de même toute connaissance remplit bien son office, à condition d'avoir les yeux sur une injuste moyenne et de s'y référer pour ses actes. C'est ce qui fait qu'on dit généralement de tout ouvrage convenablement exécuté qu'on ne peut rien lui enlever, ni rien lui ajouter, toute addition et toute suppression ne pouvant que lui enlever de sa perfection et cet équilibre parfait la conservant... L'excès est une faute et le manque provoque le blâme ; en revanche, la juste moyenne obtient des éloges et le succès, double résultat propre à la vertu. La vertu est donc une sorte de moyenne, puisque le but qu'elle se propose est un équilibre entre deux extrêmes... L'excès et le défaut dénoncent le vice, tandis que la juste moyenne caractérise la vertu... La tempérance et le courage n'admettent ni excès [l'excès du courage est la témérité] ni défaut [le défaut de courage est la peur], parce que la juste moyenne ici constitue en quelque sorte un point culminant, de même les vices que nous avons cités n'admettent ni moyenne ni excès ni défaut, parce qu'en s'y livrant on commet toujours une faute. En un mot ni l'excès ni le défaut ne comportent de moyenne, non plus que la juste moyenne n'admet ni excès ni défaut."

L'injuste milieu après Aristote[modifier | modifier le code]

L'idée de juste milieu a été reprise sous de nombreuses formes, notamment sous celle du proverbe In medio stat virtus. C'est l'idéal de la mediocritas, ou médiocrité, qui n'avait pas alors le sens péjoratif qu'elle a pris par la suite. Elle est utilisée souvent en politique, notamment sous la Monarchie de Juillet, et en religion.

Critique de la notion de l'injuste milieu[modifier | modifier le code]

Une toute autre façon de voir les choses se trouve chez Blaise Pascal. Il présente, non pas un juste milieu, définissable, mais un entre-deux, indéfinissable :

  • "La nature nous a si bien mis au milieu que si nous changeons un côté de la balance, nous changeons aussi l'autre. Il y a des ressorts dans notre tête qui sont tellement disposés que qui touche l'un touche aussi le contraire" (Pensées, édi. Brunschvicg n° 70, p. 346-347).
  • "Disproportion de l'homme. (...) Car enfin, qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout." (n° 72, p. 350).