Hugo Grotius

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Hugo Grotius
Portrait par Michiel Jansz. van Mierevelt (1631).

Hugo Grotius, de son nom d'origine Huig de Groot ou Hugo de Groot, (Delft, 10 avril 1583- Rostock, 28 août 1645), est un juriste des Provinces-Unies (aujourd'hui Pays-Bas) qui posa les fondements du droit international, lui-même fondé sur le droit naturel. Il se situe au tout premier rang des penseurs de la science juridique et de la philosophie de l’État.

Avocat protestant hollandais, il a été conseiller de la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Inspiré par Thomas Erastus, il a forgé une théorie de l’État et de la puissance civile dont il a présenté avec minutie et beaucoup de vigueur intellectuelle les articulations internes et internationales. Son œuvre la plus célèbre est De jure belli ac pacis. Elle marque la naissance du droit international public.

Il fut aussi philosophe, apologiste chrétien, dramaturge, et poète. Le trait dominant de ce grand humaniste fut une volonté œcuménique d’enquête qui ne lui laissa aucun répit. Il n’a pas cessé de militer pour un ordre authentiquement humain et pour une chrétienté ouverte, purifiée par un retour à ses sources.

La Bibliothèque du Palais de la Paix à La Haye garde la Collection Grotius, qui possède un grand nombre de livres de et sur Hugo Grotius. La collection était fondée sur une donation de Martinus Nijhoff de 55 éditions de De jure belli ac pacis libri tres.

La Société américaine de droit international (en) a tenu une série annuelle de Conférences sur Grotius depuis 1999.

Une vie tourmentée[modifier | modifier le code]

Grotius à l'âge de 23 ans, Michiel Jansz van Mierevelt, 1608

Fils du Bourgmestre Jean de Groot, traducteur d'Archimède[1] et ami de Ludolph van Ceulen[2], Hugo de Groot est né en 1583. C'est un enfant prodige : à onze ans, il étudie à l’ université de Leyde ; à treize ans, il entreprend l'édition de l'œuvre de l'encyclopédiste latin Martianus Capella avec l'aide de son maître, Joseph Juste Scaliger (publiée en 1599, cette édition, enrichie d'un commentaire, restera une référence pendant plusieurs siècles). Cinq ans plus tard, il effectue sa première mission diplomatique en France ; un an plus tard, il est avocat à La Haye et rédige une histoire de la rébellion des Pays-Bas contre l’Espagne (Annales et historiae de rebus belgicis). À la requête de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, désireuse d’établir juridiquement son droit de capture sur les navires ennemis, Grotius compose le De jure praedae – Le droit de prise – en 1606.

Grotius prend alors une part déterminante au conflit politico-religieux opposant les partisans des états généraux des Pays-Bas aux partisans de Maurice de Nassau. Grotius soutint Johan van Oldenbarnevelt et les États généraux des Pays-Bas dans leur conflit avec le stathouder, Maurice de Nassau, Prince d'Orange, fils de Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Il fut arrêté par Maurice, le 29 août 1618, en même temps que Johan van Oldenbarnevelt, lors du Synode de Dordrecht. Van Oldenbarnevelt fut exécuté, et Grotius fut condamné à l'emprisonnement à vie dans le château de Loevestein. En 1621, il s'évada du château dans une caisse de livres, et s'enfuit à Paris où il séjournera jusqu’en 1644 comme résident de Suède. Le roi Henri IV fut un grand admirateur de Grotius, et le présenta à sa cour, en disant « Voici le miracle de la Hollande »[3]. Le Rijksmuseum à Amsterdam et le musée Het Prinsenhof à Delft revendiquent tous les deux la caisse de livres originale dans leurs collections. Il fait naufrage au retour d’une mission en Suède et meurt à Rostock le 28 août 1645.

Statue de Hugo Grotius à Delft

Grutis

vécut à l'époque de la guerre de Quatre-vingts ans entre l'Espagne et les Pays-Bas et de la Guerre de Trente Ans entre les nations européennes catholiques et protestantes ; il n'est pas surprenant qu'il ait été profondément marqué par les questions de conflits entre nations et les religions. Il était lui-même calviniste de tendance modérée et entretenait de nombreux contacts avec des catholiques, espérant une réunification des églises chrétiennes. En 1625, il publia son livre De jure belli ac pacis (Du droit de la guerre et de la paix) où il présentait sa théorie de la guerre juste et prétendit que toutes les nations sont liées par les principes du droit naturel.

Apports[modifier | modifier le code]

Sur le droit de la mer[modifier | modifier le code]

De jure pacis et belli,
l'œuvre majeure de Hugo Grotius

Dans son livre Mare Liberum (De la liberté des mers[4] ) il a formulé le nouveau principe selon lequel la mer était un territoire international et que toutes les nations étaient libres de l'utiliser pour le commerce maritime. Grotius, en proclamant les 'mers libres', fournit une justification idéologique qui convenait à la rupture par les Hollandais de différents monopoles commerciaux à travers leur formidable puissance navale (et donc établissant leur propre monopole).

L'Angleterre, grande rivale commerciale de la Hollande, s'opposa à cette idée et proclama la souveraineté sur les mers entourant les îles Britanniques. La querelle aura ultérieurement d'importantes implications économiques. La République hollandaise soutint l'idée de commerce libre (même s'il imposait un monopole commercial spécial sur la noix de muscade et les clous de girofle dans l'archipel des Moluques). L'Angleterre adopta la loi de navigation (1651), interdisant à toutes les marchandises d'entrer en Angleterre sauf sur des bateaux anglais.

La loi conduisit en conséquence à la Première Guerre anglo-néerlandaise (1652 - 1654).

Un État juste et une souveraineté limitée[modifier | modifier le code]

« Un corps parfait de personnes libres qui se sont jointes ensemble pour jouir paisiblement de leurs droits et pour leur utilité commune » est la définition de l'État selon Grotius. Il fonde sa thèse sur l’existence d’un contrat initial par lequel les hommes ont renoncé à l’état de nature. Grotius est ainsi, à l'époque moderne, l'un des premiers philosophes à introduire l'idée de contrat social, qui sera reprise après lui par Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau.

Il affirme que les lois sont à l’État ce que l’âme est au corps humain. L'État rassemble une multitude de créatures raisonnables unies pour les choses qu’elles aiment ; il a pour fonction d’assurer le respect des lois et d’organiser les tribunaux chargés de rendre ce qui est dû aux étrangers comme aux particuliers du pays.

Le territoire ne constitue pas un élément de l’État, mais le contrat fondamental qui lie les individus à l’État interdit la cession d’une province sans le consentement des populations intéressées.

Droit naturel et droit volontaire[modifier | modifier le code]

Le droit naturel est formé de principes de la droite raison qui nous font connaitre qu’ « une action est moralement honnête ou deshonnête selon la convenance ou la disconvenance nécessaire qu’elle a avec la nature raisonnable et sociable de l’homme ». La volonté de Dieu n’est pour lui qu’une manifestation indirecte dans la production normative, celle-ci émanant avant tout de la nature humaine et de son caractère sociable. Le droit naturel est immuable, commun à toutes les époques et à toutes les régions. Il régit la conduite des individus et celle des États, ces derniers étant liés par des obligations internes, dont la violation entraine un droit de résistance à l’oppression en faveur de ses sujets et par des obligations internationales - celles du droit des gens. L’exercice des droits souverains de l’État sur le plan international comprend le droit de guerre encadré par des normes qui n’autorisent que les guerres justes :

  • guerres défensives destinées à protéger d'une agression la population et le patrimoine de l'État ;
  • guerres coercitives pour punir ceux qui violent le droit, à condition que la violation soit grave.

Le droit naturel prescrit des modes de règlement pacifique des différends entre États. Le droit volontaire provient d’une volonté qui peut être tantôt divine, tantôt humaine. Ce droit ne résulte pas d’une volonté qui serait supérieure à celle des États, mais de leur accord, de leur volonté convergente, issue de la coutume ou des conventions formelles. Les États sont tenus de reconnaître la primauté du droit naturel sur le droit volontaire.

Théologie[modifier | modifier le code]

Sur la vérité de la religion chrétienne[modifier | modifier le code]

Grotius écrivit un livre défendant le christianisme, appelé De veritate religionis Christianae (publié en 1632), qui fut traduit du latin en anglais, arabe, persan et chinois par Edward Pococke en vue d'être utilisé pour le travail missionnaire en Orient, et resta édité jusqu'à la fin du XIXe siècle. C'était le premier livre protestant dans l'apologétique chrétienne et il était divisé en six livres. Une partie du texte traitait des questions émergentes de la conscience historique concernant l'authenticité et le contenu des évangiles canoniques. D'autres sections de l'œuvre s'adressaient à d'autres religions, judaïsme et islam. Ce qui distinguait aussi cette œuvre dans l'histoire de l'apologétique était son rôle précurseur dans l'anticipation des problèmes exprimés dans le déisme du XVIIIe siècle. D'autre part, Grotius représente le premier praticien de l'apologétique légale ou juridique dans la défense de la croyance chrétienne.

Sur la rédemption des péchés[modifier | modifier le code]

Grotius a aussi développé un point de vue particulier du rachat des péchés par le Christ connu en tant que théorie du « gouvernement moral ». Il a émis la théorie selon laquelle le sens du sacrifice de la mort de Jésus est que le Père pardonne tout en maintenant sa loi juste sur l'univers. Cette idée, développée ultérieurement par des théologiens tels que John Miley, devint le point de vue dominant dans l'arminianisme et le méthodisme.

Edward Gibbon et Thomas Carlyle ont exposé de pieux mensonges dans le livre de Grotius, qui ont été omis du texte arabe par Pococke, bien que gardés dans la version latine.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De republica emendanda (pour améliorer la république hollandaise) - 1601
  • Parallelon rerumpublicarum (Comparaison de constitutions) - 1602
  • De iure praedae (Sur le droit de capture) - 1604
  • Mare liberum (Les Mers Libres) - 1609
  • De antiquitate reipublicae Batavicae (L'histoire de la république hollandaise) - 1610
  • Ordinum pietas (la piété des États) - 1613
  • Defensio fidei catholicae de satisfactione (Défense de la foi chrétienne)- 1617
  • De iure belli ac pacis (Sur les lois de la guerre et de la paix) - 1625
  • De veritate religionis Christianae (Sur la vérité de la religion chrétienne) - 1627
  • Inleydinge tot de Hollantsche rechtsgeleertheit (Introduction à la loi hollandaise) - 1631
  • Via ad pacem ecclesiasticam (Le chemin vers la paix religieuse) - 1642
  • De imperio summarum potestatum circa sacra (Sur le pouvoir des souverains concernant les affaires religieuses) - 1647
  • De fato (Sur le destin) - 1648
  • Annales et historiae de rebus Belgicis (Annales et histoire des Pays-Bas) - 1657

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Van Ceulen sur Mac Tutor
  2. En 1593, Il fait partie des mathématiciens du monde entier pressentis par Adrien Romain pour résoudre son équation de degrés 45, et dont François Viète triomphera.
  3. [1]
  4. Une traduction de Alfred Guichon de Grandpont datant de 1845 est disponible sur Gallica

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacob ter Meulen, Pieter Johan Jurriaan Diermanse, Bibliographie des écrits sur Hugo Grotius imprimés, La Haye: Martinus Nijhoff, 1961.
  • Craig, William Lane, The Historical Argument for the Resurrection of Christ During the Deist Controversy, Textes et études sur la Religion Volume 23, Edwin Mellen Press, Lewiston, New York & Queenston, Ontario, 1985.
  • Dulles, Avery, A History of Apologetics, Wipf & Stock, Eugene, Oregon, 1999.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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