Juan de Mariana

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Juan de Mariana

Juan de Mariana (1536, Talavera, Espagne - 17 février 1624, Madrid) est un jésuite espagnol, qui eut une influence forte dans les polémiques religieuses du XVIe siècle, adepte des théories des Monarchomaques et qui laissa d'abondants travaux dans le domaine historique et économique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il étudia à l'Université Complutense d'Alcalá de Henares puis entra en janvier 1554 à l'âge de 17 ans dans la Compagnie de Jésus.

En 1561, ses supérieurs ayant distingué ses talents, l'appellent à Rome pour enseigner la théologie. Il y reste quatre ans, ayant en particulier parmi ses étudiants le futur cardinal Robert Bellarmin.

Après un court séjour dans une maison jésuite en Sicile, il fut envoyé en 1569 à Paris pour occuper la chaire de théologie. Il s'y distingua, en particulier par ses commentaires sur les écrits de saint Thomas d'Aquin qui attirèrent des nombreuses audiences.

En 1574, en raison de sa santé défaillante, il eut la permission de retourner en Espagne. Il passa le reste de sa vie dans la Maison Jésuite de Tolède, où il eut une importante production littéraire.

L'histoire de l'Espagne[modifier | modifier le code]

L'œuvre majeure de Mariana, Historiae de rebus Hispaniae, fut publiée pour la première fois à Tolède en 1592 ; dix livres furent ajoutés en 1605, actualisant son travail jusqu'à l'accession au trône de Charles V en 1519. Cette édition reçut l'imprimatur du provincial en 1604. Enfin avec un recensement des évènements intervenus ensuite les auteurs complétèrent l'étude jusqu'à l'accession de Philippe IV en 1621.

Cet ouvrage fut si bien reçu que Mariana fut poussé à le traduire en espagnol (la première partie en 1601 et le reste en 1609). L'Historiae de Mariana, bien qu'en partie non-critique, est estimée pour la rigueur de ses recherches, sa sagacité et son style.

Des œuvres politiques et éthiques polémiques[modifier | modifier le code]

Sur les institutions royales[modifier | modifier le code]

Parmi ses autres travaux, le plus remarqué fut le traité De rege et regis institutione (Sur le Roi et les institutions royales) publié en 1598[1]. Cette œuvre de commande avait été rédigée à la demande des tuteurs des princes espagnols et payée sur la cassette de Philippe II, mais fut dédiée à Philippe III devenu roi entre-temps. L'œuvre fut bien accueillie en Espagne et surtout par le Roi qui voulait ainsi se poser en "père du peuple" proche de ses sujets.

En revanche, en France, le livre fut attaqué parce qu'il pouvait servir dans les violents affrontements générés par les guerres de religion comme argument favorable aux régicides, d'abord protestants puis fanatiques catholiques de la Ligue. En effet, dans son sixième chapitre, la question de savoir s'il est légal de renverser un tyran est librement abordée et il y est répondu de manière affirmative, bien qu'assortie de multiples précautions et réserves.

Cette prise de position entraîna les Jésuites de France dans de grandes difficultés, le roi Henri III ayant été assassiné dix ans auparavant. Cette publication fut désapprouvée par le Supérieur général Claudio Acquaviva. Exprimant ses regrets, il précisa que le texte serait remanié, ce qui fut fait dans l'édition de Mayence en 1605.

Mais, lorsque le roi Henri IV de France est assassiné à son tour en mai 1610, une véritable tempête éclate contre les jésuites. Par ordre du Parlement de Paris, le livre est brulé en place publique le 4 juillet 1610. Le Supérieur général interdit aux jésuites de prêcher qu'il pouvait être licite de tuer un tyran.

La condamnation par l'Inquisition[modifier | modifier le code]

Un volume titré Tractatus VII. theologici et historici publié by Mariana à Cologne en 1609 incluant en particulier un traité De morte et immortalitate, et un autre De mutatione monetae fut mis à l'Index le fait condamner au confinement par l'Inquisition.

Pendant son isolement, il fut trouvé dans ses papiers un libelle critique sur les jésuites qui fut publié après sa mort sous le titre Discursus de erroribus qui in forma gubernationis societatis Jesu occurrunt à Bordeaux en 1625. Ce discours fut republié par Charles III quand il bannit les Jésuites d'Espagne.

Des travaux d'économie[modifier | modifier le code]

Le traité 'De mutatione monetae (Sur l'altération de la monnaie) de 1609 préfigure les théories économiques de l'ordre naturel dans la lignée des travaux de Thomas d'Aquin et des docteurs scholastiques, comme Luis de Molina.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De Rege et Regis institutione libre III et Phillippum III Hispaniæ Regem Catholicum, 1599

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) notice biographique sur Juan de Mariana sur la Catholic Encyclopedia de 1913 : [1]
  • (en) article de Jesus Huerta de Soto sur: Juan de Mariana : l'influence des scholastiques espagnols sur le site des tenants de l'école autrichienne d'économie: [2]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L. von Ranke, Zur Kritik neuerer Geschichtsschreibung, Leipzig, 1874,
  • Cirot, Études sur les historiographes espagnols. Mariana, historien (Bordeaux, 1905).
  • Braun, Harald E.: Juan de Mariana and Early Modern Spanish Political Thought, Ashgate 2007