Économie sociale

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L'économie sociale ou économie sociale et solidaire (ESS) regroupe les organisations privées ou publiques (entreprises, coopératives, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et utilité sociale[1]. Ce secteur représentait en 2011 près de 10% des emplois en France[2].

Les organisations de l'économie sociale adhèrent à des principes fondateurs, parmi lesquels [3]: recherche d'une utilité collective, non-lucrativité ou lucrativité limitée (bénéfices réinvestis au service du projet collectif), gouvernance démocratique (primauté des personnes sur le capital : « 1 personne = 1 voix », implication des parties prenantes)[4],[5].

Le terme d'« économie sociale » stricto sensu fait référence à l'approche qui délimite historiquement[6] le secteur en fonction du statut juridique des organisations : dans cette approche, l'économie sociale désigne les associations, coopératives, mutuelles, fondations, fonds de dotation, indépendamment de leur objet social ou activités. Plus floue, l'« économie solidaire » peut être considérée comme le résultat d'un mouvement plus récent, qui délimite le secteur par rapport à la finalité de l'organisation, parfois à ses activités et à sa gouvernance, indépendamment de son statut : commerce équitable, insertion par l'activité économique, etc. L'ESS rassemble donc des organisations très diverses et la définition de son périmètre exact fait encore parfois l'objet de débats.

C'est par analogie avec le Tiers état ou le tiers monde, que ce secteur est parfois désigné comme le tiers secteur. Le premier secteur désigne ici le privé lucratif, et le deuxième secteur le public et para-public[7].

En France en 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a reconnu l'importance de l'économie sociale et solidaire en nommant un ministre chargé de ce secteur (Benoît Hamon, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie et des Finances, chargé de l'Économie sociale et solidaire et de la Consommation)[8]. Un projet de loi-cadre sur l'ESS a été adopté par le Sénat en novembre 2013 et a été publié au Journal officiel du 1er août 2014[9].

Économie sociale : un tiers secteur des économies[modifier | modifier le code]

Les économies peuvent être considérées comme ayant trois secteurs[7],[10] :

  1. le secteur privé lucratif, composée d'organisations actionnariales appartenant à des individus, motivées par l'esprit d'entreprise individuel, une gestion patrimoniale des biens et/ou la recherche du profit ;
  2. le secteur public, détenu par l'État, et parapublic ;
  3. l'économie sociale, qui se définit en creux par rapport à ces deux premiers secteurs : il n'est pas public et n'appartient pas à un nombre limité d'actionnaires. Par conséquent, il désigne un large éventail de groupes de bénévoles ou communautaires et d'activités sans but lucratif.

Parfois, il est également fait référence à un quatrième secteur, le secteur informel, où les échanges informels ont lieu entre la famille et les amis.

En Belgique francophone, par exemple, l'économie sociale est traditionnellement définie de la manière suivante : "Par économie sociale, on entend les activités économiques productrices de biens ou de services, exercées par des sociétés, principalement coopératives et/ou à finalité sociale, des associations, des mutuelles ou des fondations, dont l’éthique se traduit par les principes suivants :

  1. finalité de service à la collectivité ou aux membres, plutôt que finalité de profit ;
  2. autonomie de gestion ;
  3. gestion démocratique et participative ;
  4. primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus."[11]

Globalement, l’économie sociale et solidaire est présente dans l'économie de trois manières différentes :

  • soit par la propriété collective d'adhérents à des structures alternatives (mutuelles, coopératives...) s'inscrivant dans le régime concurrentiel de l'économie de marché, la propriété de l'organisme pouvant être dévolue aux travailleurs adhérents (cas des coopératives de travailleurs) ou aux clients adhérents (cas des mutuelles) ;
  • soit par le financement direct d'entreprise(s) ou de fondation(s) ;
  • soit par le financement de l'impôt ou de cotisations sociales.

Le mouvement de l'entrepreneuriat social dialogue avec la notion historique d'« économie sociale et solidaire » afin d'en ouvrir le champ progressivement aux "entreprises à finalité sociale ou sociétale à lucrativité limitée". De fait, cette notion aborde le champ social par la finalité de l'organisation et l'efficacité des moyens, les modalités de la gouvernance étant des aspects secondaires. Il faut noter que la notion d'entrepreneuriat social est anglo-saxonne, alors que celle d'économie sociale fait référence à la vision latine de du concept d'innovation sociale.

Historique du mouvement coopératif et mutualiste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : histoire de l'économie sociale.
  • En 1844 est créée Équitables Pionniers en Angleterre.
  • En 1847, Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée une boulangerie coopérative en Allemagne.
  • En 1884, abrogation définitive de la Loi Le Chapelier qui proscrivait les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. Naissance de l'ancêtre de la Confédération Générale des SCOP, la Chambre Consultative des Associations Ouvrières de Production.
  • En 1895, l'identité coopérative est déclarée.
  • En 1901, la liberté d'association est définie en France.
  • En 1947, le statut de la coopération est défini en France.
  • Depuis 2002, l'Organisation internationale du travail (OIT) recommande la structuration coopérative des entreprises pour le travail décent.

Composition et principes de l'économie sociale[modifier | modifier le code]

Les principes de l'économie sociale[modifier | modifier le code]

L'économie sociale se compose des activités économiques exercées par des sociétés, principalement des coopératives et des mutuelles, ainsi que par des associations. Elle a sa propre éthique, qui se traduit par les principes suivants :

Le poids de l'économie sociale[modifier | modifier le code]

Si on prend en compte les organismes d'assurance mutualistes ou les banques coopératives (comme le Crédit agricole), mais que l'Union européenne a obligé à se transformer en sociétés commerciales, l'économie sociale présente une proportion importante des entreprises et des emplois au sein de l'Union européenne.

Les entreprises les plus importantes sont :

Selon le Rapport de Rafael Chaves et José Luis Monzón (CIRIEC) intitulé « L'économie sociale dans l'Union européenne » (publié fin 2007 par le Comité économique et social européen, N°CESE COMM/05/2005), les coopératives, les associations et les mutuelles (ainsi que les structures assimilées) comptaient, en 2002-2003, 11 142 883 emplois soit 6,7 % du volume total de l'emploi salarié dans l'Union européenne à 25. Dans l'UE à 15, ce taux est de 7 %. (années 2002-2003)

En 2008, l'Insee a publié des chiffres relatifs à l'emploi en France dans l'économie sociale : en 2007, l’économie sociale représente près de 10 % de l’emploi salarié national hors agriculture et 8 % des salaires[14]. Les 10 % du PIB réalisés par les acteurs de l’économie sociale recensés par l’Insee représente 800 000 entreprises soit 2 millions de salariés, réparties de la manière suivante[15] :

  • 730 000 associations, soit 170 000 employeurs pour 1 780 000 salariés ;
  • 21 000 entreprises coopératives pour plus de 900 000 salariés ;
  • 38 millions de sociétaires et 55 000 salariés au sein des mutuelles de santé ;
  • 21,4 millions de sociétaires et 33 000 salariés au sein des mutuelles d’assurances ;
  • près de 2 000 fondations ;
  • 31 700 salariés dans les 546 entreprises d’insertion ;
  • un milliard d’euros d’épargne solidaire.

L'économie sociale au Québec[modifier | modifier le code]

Depuis l'automne 2013, une Loi définit l'économie sociale au Québec[16]. Ainsi, l'expression sert à désigner "l'ensemble des activités économiques à finalité sociale réalisées dans le cadre des entreprises dont les activités consistent notamment en la vente ou l’échange de biens ou de services et qui sont exploitées conformément aux principes suivants :

1° l’entreprise a pour but de répondre aux besoins de ses membres ou de la collectivité;

2° l’entreprise n’est pas sous le contrôle décisionnel d’un ou de plusieurs organismes publics au sens de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels (chapitre A-2.1);

3° les règles applicables à l’entreprise prévoient une gouvernance démocratique par les membres;

4° l’entreprise aspire à une viabilité économique;

5° les règles applicables à l’entreprise interdisent la distribution des surplus générés par ses activités ou prévoient une distribution de ceux-ci aux membres au prorata des opérations effectuées entre chacun d’eux et l’entreprise;

6° les règles applicables à la personne morale qui exploite l’entreprise prévoient qu’en cas de dissolution, le reliquat de ses biens doit être dévolu à une autre personne morale partageant des objectifs semblables."

Sont donc considérées comme des entreprises d'économie sociale les coopératives, mutuelles et associations à vocation marchande.

Cette définition exclut volontairement la partie "solidaire" du tiers-secteur, qui correspond davantage à l'action communautaire autonome, qui dispose de ses propres structures et qui opère dans une logique distincte.

Au niveau de l'importance socio-économique du secteur, les chiffres de 7000 entreprises d'économie sociale, 150 000 emplois, et 17 milliards de $ en chiffre d'affaires (8% du PIB québécois) sont régulièrement véhiculés, quoiqu'il faille les considérer avec précaution puisqu'ils sont tirés d'estimations réalisées en 2002[17].

Économie solidaire[modifier | modifier le code]

Les AMAP[modifier | modifier le code]

Les Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP) visent à préserver l'existence de fermes de proximité dans une logique d'« agriculture durable », c'est-à-dire une agriculture paysanne, « socialement équitable » (fixation d'un prix « juste ») et « écologiquement saine » et permettant à l'agriculteur d'obtenir un revenu décent. Un groupe de consommateurs (constitué de 40 à 60 citadins) s'engagent à soutenir un maraîcher en préfinançant sa récolte pour l'aider à effectuer des investissements sur son exploitation et lui permettre d'avoir des débouchés assurés. Les consommateurs s'engagent également à venir aider à la ferme dans le cadre d'ateliers pédagogiques (ramassage de pommes de terre, désherbage, construction de serre...). En contrepartie, les consommateurs reçoivent des produits locaux, sains, fraichement cueillis pour une alimentation plus équilibrée et meilleure pour la santé.Cette initiative solidaire vise à soutenir une agriculture respectueuse de l'environnement par opposition à l'agriculture intensive qui s'est développée en France depuis 50 ans et critiquée pour ses effets néfastes sur l'environnement et l'alimentation. Elle permet également le « maintien des agriculteurs », dans un contexte où les plus faibles d'entre eux disparaissent progressivement (la part des agriculteurs dans la population active étant passée de 30 à 3 % au cours des 50 dernières années). Les AMAP sont apparues en 2001 en France avec d'un côté des agriculteurs soucieux de défendre leur emploi et la qualité de leurs produits et de l'autre des citadins, sensibilisés aux thématiques de la sécurité alimentaire, de l'environnement et à la recherche de types d'échanges alternatifs à la grande distribution. On estime actuellement que 100 000 consommateurs sont engagés dans ce mouvement. En France, les AMAP doivent respecter une charte qui est celle qui a été établie en 1963 au moment de la création des premières AMAP dans le Sud-Est de la France[18]. Les autres réseaux régionaux s'engagent à respecter cette charte qui est valable pour tout le territoire français.

Elles sont présentes également dans d'autres pays : au Japon (ce sont les teikeis) et aux États-Unis (ce sont les Community Supported Agriculture, CSA). Il existe un réseau international des Associations locales alimentaires nommé Urgenci.

La proximité est une notion essentielle pour les AMAP car si celles-ci permettent, tout comme le commerce équitable, de supprimer les intermédiaires entre le producteur et le consommateur, elles permettent aussi de contribuer à la « relocalisation » de l'économie en incitant les consommateurs à ne consommer que ce qui est produit dans les environs de leur lieu d'habitation.

Les SCIC[modifier | modifier le code]

Article détaillé : SCIC.

Statut juridique, la Société Coopérative d'Intérêt Collectif (Scic) est une nouvelle forme d'entreprise coopérative créée en France en 2001. Elle concrétise l'avènement en France de la coopération en multisociétariat (multi-stakeholders). La Scic permet d'associer autour du même projet des acteurs multiples autour d'une répartition du pouvoir sur la base du principe 1 personne = 1 voix : salariés, bénévoles, usagers, collectivités publiques, entreprises, associations, particuliers... La SCIC a pour objectif la production de biens ou service répondant aux besoins collectifs d'un territoire par la meilleure mobilisation possible de ses ressources économiques et sociales. La Scic se distingue pour son intérêt collectif et son caractère d'utilité sociale, elle impose un dialogue entre acteurs de tous horizons, par une démarche et une pensée démocratique, et par sa vocation d'organisme à but non lucratif.

Dans de nouvelles formes d'échange innovantes (monnaie locale complémentaire)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monnaie locale.

Ces formes d'économie solidaire font appel à des concepts monétaires d'utilisation locale, par le biais de monnaies privées sans l'accord d'un organisme unique et étatique. Une particularité est toutefois que ces instruments de paiement sont décrits comme « gratuits » (i.e. leur prêt n'est pas soumis à l'intérêt) et « libres » .

Les SEL[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Système d'échange local.

Parmi les actions relevant de ce type d'économie à monnaie complémentaire, il y a en tout premier lieu les systèmes d'échanges locaux, ou SEL (en anglais LET's : Local Exchange Trading Systems). Certains d'entre eux, tel que le Barter's Club ou Ithaca aux États-Unis sont parfaitement intégrés au système capitaliste majoritaire, payent des taxes sur leurs échanges, et proposent même une conversion de leur monnaie propre en monnaie nationale.

L'intérêt de ces SEL ou LET's est de favoriser les échanges commerciaux locaux, en suppléant par leur monnaie locale le manque ou le coût de l'argent national. Le fait que les échanges au sein de ces réseaux ne soient en général pas soumis au régime fiscal national, car il n'y a pas de réel décompte des valeurs échangées, incite parfois les autorités locales à penser que certains échanges s'apparentent à de l'évasion fiscale. Parallèlement, certaines entreprises estiment que les SEL sont un système de concurrence déloyale, pour les mêmes raisons (pas de charges sur les « salaires » versés en monnaie complémentaire, pas de taxes sur les échanges, etc). Par conséquent, les SEL sont généralement tolérés par les administrations fiscales, à condition de rester de modestes structures d'entraide citoyenne.

Historiquement, les systèmes à monnaie complémentaire ont été plusieurs fois appliqués par des communautés sous autorités officielles (communes, cantons, ou leurs équivalents à l'étranger, par exemple Lignières en Berri (France, 1956) ; Marans (France, 1958) ; Wörgl (Autriche, 1933) ; Schwanenkirchen (Allemagne, 1931). À chaque fois cependant, les États concernés ont fait cesser l'expérience, malgré l'amélioration ressentie par les populations dans leur capacités à commercer, en constatant ce qui était à leurs yeux une fraude fiscale (manquement aux paiements des droits et taxes sur le travail).

Toutefois, le concept renaît périodiquement, et en Allemagne en 2004, il existe une dizaine de monnaies régionales[réf. nécessaire], avec jusqu'à l'équivalent de 20 000 euros en circulation pour une seule valeur. La Bundesbank regarde ces monnaies d'un œil encore bienveillant, ce qui incite certaines caisses d'épargne (p. ex. la Sparkasse de Delitzsch-Eilenburg en Saxe) à rechercher des partenaires commerciaux intéressés à l'émission d'une monnaie complémentaire qui serait gérée par la caisse elle-même.

Autres projets de monnaie[modifier | modifier le code]

Une autre voie de l'économie solidaire avec monnaie complémentaire est celle de la double monétarisation, proposée par J.-M. Flament, avec le système du robin[19]. Le robin est une monnaie qui se gagne au cours d'actes solidaires et /ou philanthropiques, et qui est nécessaire pour obtenir le meilleur de la richesse proposée par la communauté, l'idéal étant d'être aussi riche en robin qu'en monnaie nationale. Le robin se veut, dans l'esprit de son inventeur, un moyen de pacifier ce qu'il estime être le « capitalisme sauvage », en favorisant l'action solidaire.

On peut aussi mentionner le Projet SOL, suggéré par Patrick Viveret, conseiller à la Cour des Comptes. Le projet a démarré en mars 2006 dans trois régions de France. Il vise à promouvoir les transactions entre acteurs de l'économie solidaire. À signaler également, le succès rencontré par le Sol-violette, à Toulouse[20], dès son lancement en 2011[21].

André-Jacques Holbecq propose, dans son livre « Une alternative de société : l’écosociétalisme» [22] un modèle économique et monétaire qui fait l’objet d’un développement complet basé sur le sociétalisme[23] dont il est également l'auteur.

Une prospective des monnaies solidaires a été proposée par Bernard Lietaer dans son livre "The Future of Money". Plusieurs projets solidaires sont en train de fleurir un peu partout en France, Comme l'HERMES à Bordeaux.

La Caisse de Transactions : Ce concept de banque alternative fut mis au point de manière empirique au début des années 1990 par Franck Fouqueray un entrepreneur français. Ce dernier était déjà le pionnier en France des Systèmes d’Échange Local (SEL). Durant quatre ans, il développa dans l'Ouest de la France et dans la Région parisienne une "Caisse de Transactions Inter-commerciale" composée de 500 entreprises adhérentes. Chaque adhérent recevait dès son arrivée : une ligne de crédit à 0% d'intérêt, une carte de membre, un accès au compte Minitel et l'annuaire de tous les membres. Chaque achat était porté à son débit de compte. Chaque vente était portée à son crédit. La compensation entre les deux était immédiatement faite par le Minitel. À la fin de chaque mois, un arrêté des comptes était établi. Les soldes de comptes créditeurs étaient reportés au mois suivant. Les soldes débiteurs quant à eux étaient remboursés par prélèvement bancaire selon un principe de crédit révolving (1/10e du découvert). Aucun taux d'intérêt n'était appliqué, puisque le débit des uns était équilibré par le crédit des autres. La caisse était perpétuellement avec un solde zéro. Afin de maintenir un équilibre, les liquidités collectées chaque fin de mois sur les débits, servaient à racheter le crédit des entreprises membres qui avait un compte de crédit trop important. Voir à ce sujet le schéma de fonctionnement.

Les avantages de ce système sont :

  • Le crédit est entièrement gratuit, car aucun taux d'intérêt ne peut être pratiqué dans la Caisse de Transactions.
  • Il s'agit d'un système financier réellement alternatif et indépendant du système bancaire.
  • Il ouvre aux utilisateurs un espace commercial générateur de nouveaux marchés, car le crédit des comptes n'est utilisable qu'au sein de la Caisse de Transactions

En 1993, la Caisse de Transactions, forte de ses 500 entreprises membres, lança le crédit gratuit aux particuliers. L'année suivante elle réalisa ainsi un total de 13 500 transactions. Une plainte fut déposée auprès du parquet de Paris pour exercice illégal d'activité bancaire (l'article L. 511-5 du Code Monétaire & Financier). Après 3 mois d'enquête de la brigade financière de Paris, un non-lieu fut prononcé. Il fut démontré que la Caisse de Transactions ne recevait aucun dépôt et ne prêtait aucune somme financière. Toutes les transactions résultaient bien d'une action commerciale de vente et d'achat. Franck Fouqueray, le fondateur du concept, usé par les difficultés rencontrées en France, s'expatria au Canada et aux États-Unis où il devint un des pionniers de l'Internet. Un site Internet explique en détail les avantages et le fonctionnement de ce concept qui pourrait bien renaitre de ses cendres sous le nom de Caisse de Transactions

Dans les échanges internationaux : le commerce équitable[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Commerce équitable.

Défini comme un partenariat commercial entre importateurs et consommateurs de pays du Nord et producteurs "marginalisés" de pays du Sud, le commerce équitable revendique depuis de nombreuses années son appartenance à une économie solidaire, responsable ou encore durable, selon ses acteurs et son courant.

Il est à souligner que l'affiliation du commerce équitable à une économie solidaire dépend de l'identité des acteurs concernés : en France, des fédérations comme Artisans du monde, les associations comme Max Havelaar France ou Minga revendiquent pleinement cette appartenance, tandis que des opérateurs commerciaux comme Altereco ou Ethiquable préfèrent insister sur l'humanisation de la logique de marché, et donc sur la notion de responsabilité.

Dans la finance et l'épargne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Finances solidaires.

La finance solidaire participe pleinement de l'économie sociale et solidaire. Elle se distingue de la micro-finance en précisant ses objectifs : l'accroissement du capital social, tandis que la micro-finance est parfois utilisée comme simple instrument individuel palliatif à l'exclusion d'une population pauvre ou sans garantie du système bancaire.

L'épargne solidaire est une pratique consistant à s'assurer que son épargne est (ré)investie dans des activités relevant de l'économie sociale et solidaire. Elle se distingue ainsi de la finance éthique, qui se contente d'exclure les entreprises les moins responsables des fonds d'épargne.

Critiques[modifier | modifier le code]

L'économie « solidaire » a notamment été critiquée par certains économistes et philosophes libéraux qui ont en particulier soulevé le risque qu'elle ait l'effet inverse de celui recherché, à savoir l'appauvrissement de tous et la dégradation des conditions de vie. Ainsi, l'économiste libéral Milton Friedman souligne que vouloir faire d'une entreprise autre chose que ce qu'elle est, à savoir une entité dont la finalité est de faire du profit, c'est obtenir l'effet exactement inverse : la pauvreté généralisée. Il résume cela de façon lapidaire en « la seule responsabilité sociale de l’entreprise c’est faire du profit »[24]. Ignorer les règles élémentaires de l'économie, c'est pour Friedman décourager l'effort et nuire surtout aux plus pauvres, en défendant les positions de ceux qui sont riches aujourd'hui.

Dans La Révolte d'Atlas (1957), la philosophe Ayn Rand adopte une position proche, soulignant que vouloir ignorer les règles de base de l'économie au profit d'objectifs « sociaux » ou « solidaires » c'est aller à la catastrophe selon elle. Elle dépeint ainsi une usine dont les dirigeants décident de fonctionner suivant les principes d'une économie sociale ou solidaire, ce qui débouche sur le chômage et la pauvreté pour tous : plus aucune incitation n'est là pour motiver les travailleurs et la rémunération non au mérite mais selon les besoins a fait fuir les plus compétents tout en introduisant la jalousie et la haine[25].

Plus récemment, l'économiste libéral Pascal Salin soulignait dans Libéralisme (2000) que l'« économie sociale » ou sa composante « solidaire » ne permettent pas à ses yeux un exercice clair des responsabilités individuelles et entrainaient une déresponsabilisation nuisible à tous car la liberté individuelle ne trouve plus sa contrepartie nécessaire dans la responsabilité. Il écrit ainsi : « On ne peut pas dire qu'il existe différents modes d'organisation de la responsabilité sociale (ou responsabilité à l'égard d'autrui) ; il y en a un seul : la définition des droits de propriété. Le marché en est la résultante éventuelle, mais ni nécessaire ni suffisante. S'il est fondé sur des droits de propriété, il est alors le seul système d'échange qui repose effectivement sur la responsabilité. Le secteur associatif, par exemple, l'économie sociale, si à la mode, sont des structures floues qui ne permettent pas l'exercice correct des responsabilités. »[26]

D'autres économistes défendent au contraire l'économie sociale et solidaire. C'est par exemple le cas de Bernard Maris, de Jean Gadrey, ou encore d'Alain Lipietz, auteur en 1999 d'un rapport demandé par la ministre Martine Aubry sur « l'opportunité d'un nouveau type de société à vocation sociale ». Pour le sociologue Serge Guérin, le vieillissement de la population et la prise en compte de la fragilisation d'une part croissante de la population rend l'économie sociale et solidaire de plus en plus nécessaire pour répondre aux besoins non solvables des personnes. L'économie sociale et solidaire assume aussi des missions de service public que l'État n'est pas en capacité d'exercer ou dans des conditions moins efficaces et favorables aux personnes. Enfin, l'ESS aurait un "effet contracyclique" sur l'économie, amoindrissant l'effet des crises économiques[27].

La création en 2010 d'un syndicat des salariés du secteur associatif, ASSO, fait suite à plusieurs mouvements de grève, en 2010 à la MGEN et 2009 à Emmaüs[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition de l'économie sociale et solidaire sur le site du gouvernement : http://www.economie.gouv.fr/ess-economie-sociale-solidaire?
  2. http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?reg_id=99&ref_id=eco-sociale
  3. Sur le site du Conseil Supérieur de l'Économie Sociale et Solidaire: http://www.ceges.org/index.php/ceges/presentation/leconomie-sociale-et-solidaire/la-presentation?start=2
  4. Vidéo explicative sur le site Say-Yes
  5. http://www.alternatives-economiques.fr/la-definition-de-l-economie-sociale-et-solidaire_fr_art_350_27927.html
  6. Comme l'indiquent Amandine Barthélémy et Romain Slitine dans leur ouvrage Entrepreneuriat social, Vuibert 2012 : "la notion d'économie sociale est née à la fin du XIXe siècle et s'est progressivement structurée sous l'impulsion de deux courants : le socialisme utopique, avec le mouvement ouvrier, et le catholicisme social". Par ailleurs, dans le mouvement coopératif et syndical agricole, un courant porté par la noblesse de l'Ancien Régime et le clergé a même été très influent à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle - sans être un mouvement politique.
  7. a et b Comment entreprendre autrement no 029 août 2007
  8. « Benoît Hamon », sur [[Ministère de l'Économie et des Finances (France)|]],‎ 2012 (consulté le 14 novembre 2013)
  9. « Dossier législatif, Loi relative à l'économie sociale et solidaire », sur Sénat (consulté le 28 août 2014)
  10. Jacques Defourny
  11. [PDF] voir notamment le décret wallon du 20 novembre 2008 relatif à l'économie sociale
  12. [1]
  13. Source : Commission Européenne (4 mars 1993)
  14. Insee
  15. (Chiffres du CEGES)
  16. « Loi sur l'économie sociale », sur Assemblée Nationale du Québec,‎ 10 octobre 2013 (consulté le 13 août 2014)
  17. « Définition », sur Chantier de l'économie sociale,‎ 28 mai 2013 (consulté le 13 août 2014)
  18. [PDF]La charte des AMAP est disponible en ligne sur le site du réseau des AMAP « Alliance Provence » : La charte des AMAP
  19. (fr) cf. à ce propos un site présentant le système robin.
  20. le site du Sol Violette
  21. Article "quatre fois plus d'utilisateurs que prévu", dans la Dépêche du Midi, décembre 2011.
  22. Ed. Yves Michel, 2005 et version web
  23. Présentation du sociétalisme sur le site wiki du sociétalisme
  24. Un œil libertarien sur la RSE, la responsabilité sociale de l'entreprise, Québécois libre
  25. Ayn Rand, Atlas Shrugged, Signet Book, ISBN 0-451-19114-5
  26. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, 2000, ISBN 978-2-7381-0809-8, p. 105-106
  27. Finance solidaire: "l'impact investing" ou l'avènement des investisseurs au grand cœur,L'Express
  28. Fanny Darbus et Matthieu Hély, « Justes causes et bas salaires : Les contradictions du monde associatif », Le Monde diplomatique,‎ avril 2014 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amandine Barthélémy et Romain Slitine, Entrepreneuriat social, innover au service de l'intérêt général, Vuibert,‎ 2011 (ISBN 2-311001914)
  • Bruno Colin et Arthur Gautier, Pour une autre économie de l'art et de la culture, Erès,‎ 2008 (ISBN 9782749209920)
  • Jean-François Draperi, Godin, inventeur de l'économie sociale ; mutualiser, coopérer, s'associer, Ed. Repas,‎ 2008 (ISBN 2-952018049)
  • Jean-François Draperi, Comprendre l'économie sociale. Fondements et enjeux, Dunod, coll. « Action sociale »,‎ 2007 (ISBN 978-2100514854)
  • Jean-François Draperi, L'économie sociale. Utopies, pratiques, principes, Presses de l'économie sociale,‎ 2005 (ISBN 2-952385432)
  • Jean-François Draperi, Rendre un autre monde possible. Économie sociale, coopératives et développement durable, Presses de l'économie sociale,‎ 2009, 3e éd. (ISBN 2952385408)
  • Maxime Quijoux, Néolibéralisme et autogestion, l'expérience Argentine, Éditions de l'IHEAL,‎ 2011
  • Cyrille Ferraton, Associations et coopératives. Une autre histoire économique, Erès,‎ 2007 (ISBN 978-2749207223)
  • Philippe Frémeaux, La nouvelle alternative ? Enquête sur l'économie sociale et solidaire, Les Petits Matins,‎ juin 2011
  • Bruno Frère, Le nouvel esprit solidaire, Desclée de Brouwer, coll. « Solidarité et société »,‎ 2009 (ISBN 978-2220060316)
  • Laurent Gardin, Les initiatives solidaires. La réciprocité face au marché et à l'État, Erès, coll. « Sociétés en changement »,‎ 2006 (ISBN 978-2749206707)
  • Serge Guérin, De l'État Providence à l'état accompagnant, Michalon,‎ 2011 (ISBN 978-2841865239)
  • Serge Guérin, La solidarité ça existe... et en plus ça rapporte !, Michalon,‎ 2013
  • Joseph Haeringer, La démocratie : un enjeu pour les associations d'action sociale, Desclée de Brouwer, coll. « Solidarité et société »,‎ 2008 (ISBN 978-2220059570)
  • David Hiez et Eric Lavillunière (dir.), Vers une théorie de l'économie sociale et solidaire
  • Le Labo de l'ESS (dir.), Pour une autre économie, Alternatives économiques, coll. « Poche, n°46bis »,‎ novembre 2010 (ISBN 2-35240-051-1)
  • Jean-Louis Laville (dir.), L'économie solidaire. Une perspective internationale, Hachette Littératures, coll. « Pluriel Sociologie »,‎ 2007 (ISBN 2012793533)
  • Jean-Louis Laville et Antonio David Cattani (dir.), Dictionnaire de l'autre économie, Ed. Desclée de Brouwer,‎ 2005
  • Jacques Defourny, « Économie sociale », in Jean-Louis Laville et Antonio David Cattani (dir.), Dictionnaire de l'autre économie, Ed. Desclée de Brouwer, 2005
  • Pierre Thomé, Créateurs d'utopies. Démocratie, autogestion, économie sociale et solidaire, éditions Yves Michel, coll. « Société civile »,‎ 2012 (ISBN 978-2364290136)
  • Wilfried Meynet, Code de l'économie sociale et solidaire en France, Larcier,‎ 2012
  • Stéphane Goubet et Laurence Deffieux-Denéchaud, Redéfinir sa stratégie et ses modèles économiques quand on est une structure publique ou para-publique dans un contexte de crise, Paris, Les Éditions du Net (ISBN 978-2-312-00457-0)
  • Jean-François Draperi, L'économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ?, Dunod,‎ 2011 (ISBN 978-2-10-056414-9)
  • Collectif, « L'Économie sociale de A à Z », Alternatives économiques,‎ 2007, rééd. 2010

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