Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff

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Photo de Wilamowitz-Moellendorff.

Enno Friedrich Wichard Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, né le 22 décembre 1848 dans le domaine de Markowitz près de Mogilno en Posnanie et décédé le 25 septembre 1931 à Berlin, fut l'un des plus célèbres philologues allemands.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Vue du manoir de Markowitz vers 1860 (recueil d'Alexander Duncker)

Wilamowitz-Moellendorff est le troisième enfant d'une famille aristocratique de Posnanie : son père, le baron Arnold von Wilamowitz-Möllendorff (qui acheta le manoir de Markowitz en 1836) et sa mère, née Ulrike von Calbo, eurent quatre enfants. Il fréquenta le lycée de Pforta, l'un des plus réputés d'Allemagne pour les études classiques (rhétorique, latin, grec), et obtint son baccalauréat en 1867. Il se spécialise en philologie classique et fréquenta l'université de Bonn jusqu'en 1869, où il s'intéressa particulièrement à l'enseignement d'Otto Jahn et de Hermann Usener. Tandis que ses relations avec ce dernier professeur restèrent toujours tendues, et qu'il développa une rivalité féroce avec son condisciple Nietzsche, il noua une amitié durable avec Hermann Diels, qui avait le même âge que lui. Ensemble, ils quittèrent Bonn pour Berlin et en 1870 Wilamowitz obtint le doctorat de philosophie. Volontaire dans l'armée prussienne pendant la guerre de 1870, il fit ensuite un voyage d'étude en Italie et en Grèce.

Polémique avec Nietzsche[modifier | modifier le code]

À son retour, il déclencha une polémique remarquée en s'attaquant, dans deux libelles violents, à la thèse de Nietzsche, La Naissance de la tragédie. Par ces libelles, publiés en un volume sous le titre de Philologie futuriste (Zukunftsphilologie!), un jeune diplômé osait s'attaquer au professeur Erwin Rohde, de l’université de Kiel, et à un professeur tout juste habilité à enseigner (Nietzsche). Richard Wagner, que la théorie de Nietzsche confortait dans ses conceptions esthétiques, se mêla à la querelle par une lettre ouverte à la presse. Sur le fond, Nietzsche et Rohde dénigraient l'œuvre d'Euripide, dans laquelle ils voyaient la décadence et la disparition de l'esprit initial de la tragédie grecque. Wilamowitz de son côté regardait la thèse de Nietzsche comme une attaque contre les fondements même de la pensée rationnelle ; ses libelles prétendaient défendre la philologie traditionnelle contre une conjecture iconoclaste. Wilamowitz reconnut beaucoup plus tard dans ses Mémoires que cette querelle résultait en définitive d'un malentendu.

Professeur d'université[modifier | modifier le code]

Wilamowitz soutint sa thèse d'habilitation, consacrée aux Analecta Euripidea, en 1875, et prononça cette même année sa leçon inaugurale comme privat-docent à Berlin. Sa carrière est désormais toute tracée :

  • 1876 – nommé professeur de philologie classique à l'université Ernst-Moritz-Arndt de Greifswald.
  • 1878 – Il épouse la fille de l'illustre historien Theodor Mommsen.
  • 1883 – Obtient la chaire de philologie classique et d'histoire de l'Antiquité à l'université de Göttingen. Il fera appeler un peu plus tard son ancien collègue de l'université de Greifswald, Julius Wellhausen (1844-1918), instigateur en philologie biblique de l'Hypothèse documentaire, comme professeur de théologie dans ce même établissement.
  • 1891 – recteur adjoint de l'université, membre correspondant de l'Académie des Sciences de Prusse.
  • 1892 – membre de l'association scientifique de Göttingen, pour laquelle il rédige un dictionnaire de latin, Thesaurus Linguae Latinae.
  • 1897 – Nommé professeur de l'université Frédéric-Guillaume de Berlin, poste qu'il conserva jusqu'en 1921, date à laquelle il obtint la distinction de professeur émérite. Un large public se pressait à ses conférences bi-hebdomadaires sur l'histoire antique.
  • 1899 – Membre de l'Académie des Sciences de Prusse, dont il devient président en 1902. À ce poste, il appuya la rédaction d'un recueil d'épigraphie grecque.
  • Il est membre associé étranger de l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France.

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Wilamowitz fut invité à prononcer des conférences aux universités d'Oxford (1908) et d'Uppsala (1912). Il fut nommé membre correspondant de l'académie d'Oslo en 1909. À l'opposé, le climat de revanche qui régnait en France fit que seuls les chercheurs connaissaient le travail du philologue prussien. C'est d'ailleurs la conscience du retard de la philologie française sur l'érudition antiquisante allemande, dont Wilamowitz avait été l'un des plus importants contributeurs, et la dépendance des chercheurs francophones vis-à-vis des traductions et des recherches germaniques, qui suscitèrent la création de l'Association Guillaume Budé juste avant la Première Guerre mondiale.

Attitude pendant la guerre 14 18[modifier | modifier le code]

Il prononça des discours patriotiques dès le début de la guerre[1]. Dans le même esprit, il fut l'un des signataires du Manifeste des 93 soutenant le point de vue allemand au début de la Première Guerre mondiale.

Anecdote[modifier | modifier le code]

Dans son roman Siegfried et le Limousin (chap. 1), Jean Giraudoux tourne en dérision Wilamowitz en en faisant le plagiaire d'un érudit français en retraite, reconverti dans le journalisme d'opposition... Il faut dire que Wilamowitz, peu avant la guerre, avait lancé une pétition auprès des étudiants en faveur de l'entrée en guerre de l'Allemagne, pétition qui avait recueilli 3016 signatures.

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Wilamowitz, par delà ses prises de position nationalistes, est une figure centrale de la philologie classique des XIXe et XXe siècles. Expert de la littérature grecque, il s'opposa à la critique textuelle de Friedrich August Wolf et de Karl Lachmann : représentant du néo-classicisme, il préférait à l'histoire des textes, une reconstruction de la biographie des auteurs à partir de leurs œuvres. Outre ses cours (La littérature grecque de l'Antiquité, la poésie hellénistique), il donna des éditions critiques célèbres d'Euripide, Homère, Eschyle, Pindare et Aristote publiées aux éditions Teubner, et que l'on retrouve encore aujourd'hui citées dans toute édition de ces auteurs.

  • Homerische Studien, 1878, Berlin
  • Aristoteles: Aristoteles und Athen, 2 vol., Berlin, 1916.
  • Vitæ Homeri et Hesiodi, Bonn, 1916
  • Qu’est-ce qu’une tragédie attique ? Introduction à la tragédie grecque, Les Belles Lettres, 2001.

Élèves[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Otto Krauska, "La censure russe à Tilsit", Archives de la grande guerre n°3 mai 1919, p.371.

Voir aussi[modifier | modifier le code]