Hoplite

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Gravure d'une statuette en bronze d'hoplite

L’hoplite (en grec ancien Ὸπλίτης / Òplítês, de Ὄπλον / Ὄplon « arme » ; le H français n'est pas « aspiré ») est un fantassin lourdement armé, par opposition au gymnète et au peltaste, armés plus légèrement.

Armement[modifier | modifier le code]

L'équipement hoplitique s'articule autour de plusieurs éléments de protection et d'armement, du milieu du VIIe siècle av. J.-C. à l'époque hellénistique. Il comprend typiquement :

  • un casque (κράνος / krános)
  • une cuirasse (θώραξ / thốrax)
  • des cnémides (protège-tibias) (κνημῖδες / knêmĩdes)
  • un bouclier (ἀσπίς / aspís, parfois appelé improprement ὅπλον / hóplon)
  • une lance (δόρυ / dóry)
  • une épée courte (ξίφος / xíphos)


Toutefois, entre l'hoplite de l'époque archaïque et celui de l'époque hellénistique, certains changements s'opèrent, principalement vers un allègement de l'équipement. Ainsi, chaque pièce évolue dans ce sens, mais également, certaines pièces archaïques disparaissent. Il s'agit par exemple de protections au niveau des bras et des cuisses; ces deux protections ont tendance à être remplacées par des ptéryges. Les hoplites étaient également armés de deux lances, une de jet et une de contact, à deux pointes : le xyston (grec : ξυστόν). Cette seconde lance tend à disparaitre avec le développement important des unités de traits. L'évolution de l'armement hoplitique tend donc vers une simplification de l'armement et un allègement. Le but est de favoriser l'agilité et la rapidité plutôt que la résistance, d'autant que même ainsi allégé, l'hoplite reste bien protégé.

Le poids total de l'équipement est donc variable selon les périodes, mais aussi selon les individus et la qualité des matériaux. On peut estimer le poids de l'équipement de l'époque classique à un peu moins de 30 kilogrammes [réf. souhaitée].

Armes[modifier | modifier le code]

Hoplite spartiate.

La lance grecque mesure généralement entre deux mètres et deux mètres cinquante. Comme les héros homériques qui utilisent le frêne[1] pour la hampe, et les Macédoniens le cornouiller[2], la hampe est généralement faite de ces deux bois. La pointe est en fer et plus rarement en bronze, du fait de son cout plus faible. Elle comporte une douille pour y attacher la hampe ; l'ensemble est fixé par des rivets. Le fer de lance n'a pas de forme standard, mais le type le plus fréquent est une feuille de saule avec une nervure centrale, dont la longueur varie entre 20 et 30 cm. L'autre extrémité de la hampe est dotée d'un talon ou saurotère, généralement en bronze, de forme pointue et cruciforme. Ce talon a de nombreux usages, en particulier celui de protéger le bois de la pourriture. Il sert en effet à ficher la lance en terre quand le soldat ne combat pas. On a également suggéré qu'il permettait d'achever l'ennemi tombé à terre[3] ou qu'il permettait à l'hoplite de disposer d'une lance courte de rechange quand la hampe se brisait dans le premier choc du combat. Cette deuxième pointe pouvait également servir à attaquer un ennemi situé sur le côté plus facilement.

L'épée courte constitue la deuxième arme de l'hoplite. Son statut est clairement secondaire. L'escrime à proprement dit n'existe guère en Grèce et le grec parle de conquête « par la lance » là où le français dirait « par l'épée ». Elle mesure généralement moins de 60 cm. Celle des Spartiates est réputée pour être particulièrement courte : les autres Grecs la raillent comme une « épée de jongleur ». Interrogé un jour à ce sujet, Antalcidas aurait répondu : « c'est parce que nous combattons l'ennemi de près[4]. ». Les épées qu'utilisent les Grecs sont généralement de type machaira ou xiphos, il s'agit à la fois d'arme de taille et d'estoc, mais elles sont mal considérées par les Grecs, qui leur préfèrent la lance.

Le bouclier est à la fois une arme offensive et défensive : il sert à parer les coups mais aussi à pousser pour enfoncer les lignes adverses[5]. Il est de forme ronde et concave et doté sur sa face interne d'un brassard (porpax) et d'une poignée (antilabe) qui permettent de le porter sur l'avant-bras gauche. Le bouclier est en bois, généralement cerclé de bronze ; le rebord (itus) permet à l'hoplite de le reposer sur son l'épaule gauche pour soulager son bras, en attendant le choc avec l'ennemi. À partir de 425 av. J.-C. au moins, les Spartiates utilisent un bouclier entièrement recouvert d'une feuille de bronze[6]. Ce bouclier de grande dimension (parfois jusqu'à un mètre de diamètre) est particulier aux Grecs et est un des outils nécessaires à la phalange. Lourd de plus de six kilogrammes et encombrant, il est surtout utile en combat de groupe, ou chaque soldat s'appuie sur ceux de ses camarades pour se protéger. Son efficacité et sa résistance dans le cœur de la mêlée sont largement supérieures à celles des boucliers en osier, traditionnellement utilisés par les Perses et les Égyptiens. Le bouclier, avec la lance est l'équipement grec par excellence, ainsi, la perte du bouclier est considérée comme un terrible acte de lâcheté, condamnable dans la plupart des cités grecques. Certains boucliers hoplitiques classiques diffèrent de ce modèle. Il s'agit de boucliers dits de type béotien, de forme plus ovale et possédant deux échancrures sur le côté. Ces boucliers appartiennent traditionnellement aux périodes archaïques, mais il n'est pas impossible qu'ils aient survécu plus tard. On pense que ces boucliers étaient d'avantage construits en osier et donc, plus légers et capables d'être faits pendant la campagne.

Armure[modifier | modifier le code]

Jeune homme portant la panoplie complète de l'hoplite, stèle funéraire, 350–325 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes

La cuirasse est d'abord constituée de deux plaques de bronze, l'une pour la poitrine et l'abdomen, l'autre pour le dos, parfois modelées sur l'anatomie de leur porteur. Il s'agit de l'armure dite "en cloche" et parfois "musclée". À l'époque archaïque, les plaques sont complètement séparées et attachées ensemble par des boucles et des courroies à la gauche, à la droite et aux épaules ; par la suite, les plaques sont reliées par une charnière sur le côté droit, de sorte que le bouclier les protège. Elles se terminent, au niveau des hanches, par une collerette qui permet une meilleure liberté de mouvement. Ce type de cuirasse, lourde mais efficace, est en vigueur du VIIe au Ve siècle av. J.-C.. Elle est ensuite remplacée par des modèles plus légers à base de cuir et de plaques de bronze, à lambrequins ou entièrement en lin et en cuir (linothorax) ; ceci permet bien souvent de réduire le poids de parfois une dizaine de kilos, soit la moitié du poids environ.

Le type de casque principal de la période classique et celui dit corinthien, doté d'un nasal et de couvre-joues fixes, puis d'un couvre-nuque. Il est constitué d'une plaque unique de bronze martelée, équipée de fixations pour une doublure en cuir ou en feutre. Il possède un cimier (lophos) en crin de cheval, le plus souvent du front vers la nuque ou plus rarement d'une oreille à l'autre. Son objectif est de protéger le plus possible la tête et le visage, au détriment de la vision, de l'ouïe du soldat et du confort du soldat (en particulier vis-à-vis de la chaleur). À partir du Ve siècle av. J.-C., le casque corinthien est progressivement remplacé, d'abord chez les Spartiates, par le pilos, une sorte de bonnet pointu en cuir rigide et plus rarement en bronze. D'autres types de casques, comme le type attique, copient le modèle corinthien, mais lui ajoutent des couvre-joues amovibles et des trous pour les oreilles, pour pallier les problèmes, sans trop enlever de protections.

Acquisition[modifier | modifier le code]

L'équipement hoplitique complet est assez coûteux. À la fin du VIe siècle av. J.-C., il représente au moins 200 drachmes – à titre de comparaison, c'est le coût de six bœufs au temps de Solon[7],[8]. Au IVe siècle av. J.-C., la panoplie qu'offre la cité de Thasos aux orphelins de guerre coûte 300 drachmes, ce qui représente le prix d'un esclave qualifié[8]. À Athènes, le service hoplitique n'est requis que des trois classes soloniennes les plus riches ; la quatrième, celle des thètes, fournit plus généralement des peltastes (fantassins semi-légers), des gymnètes ou des rameurs dans la marine athénienne. Certains thètes les plus riches parviennent à s'acheter une panoplie, parfois de moins bonne qualité ou pourvue de cuir à défaut de bronze. Dans certains cas, nombre de cités décident d'armer à leurs frais les citoyens, ou pour les spartiates, les hilotes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Une reconstitution moderne d'hoplites grecs en formation de phalange.

Les hoplites combattaient en phalange, formation qui se répandit dans toute la Grèce probablement de 700 à 650 av. J.-C.. On parle de « révolution hoplitique ». Cette datation traditionnelle se fonde sur un passage de la Politique d'Aristote évoquant le remplacement des combattants à cheval (hippeis) par la phalange hoplitique. Elle s'appuie également sur l'absence de description de combats de masse dans Homère. Or l'Iliade décrit bien des affrontements de nature hoplitique : faut-il considérer les passages comme interpolés ? Il est certain que des évolutions ont eu lieu à cette époque dans l'armement. La cuirasse a été modifiée, le bouclier s'est vu adjoindre une seconde courroie, permettant une meilleure prise. Cependant, certaines de ces améliorations remontent au VIIIe siècle av. J.-C. : ainsi, la tombe renfermant la « cuirasse d'Argos » est datée de 720. De plus en plus, on présente l'origine de la phalange comme une évolution progressive de 750 av.J.-C. jusque 650 av. J.-C..

Les représentations graphiques de la guerre, par exemple sur la céramique géométrique, ne sont pas nécessairement concluantes : la représentation de duels résulte aussi d'une convention symbolisant une bataille entière comme l'affrontement de quelques-uns. Inversement, le Vase aux Guerriers de Mycènes, daté de 1120, montre des files de fantassins lourds armés de boucliers ronds et échancrés, et portant des cuirasses de cuir et de métal.

Le passage d'Aristote est donc sans doute plus révélateur d'une évolution politique intervenue dans les cités du VIIe siècle av. J.-C.. En effet, il incorpore les non-nobles dans les hoplites, ainsi qu'un entraînement régulier pour pouvoir effectuer des manœuvres en formation. Puisque cette classe sociale participe désormais à la défense de la cité, elle a logiquement la parole lorsqu'il s'agit de partir en guerre. De plus, la solidarité née lors des combats et des campagnes perdure lors des débats politiques. La classe moyenne acquiert également un pouvoir de décision dans d'autres domaines de la vie politique dans les cités démocratiques.

Étymologie[modifier | modifier le code]

On dérive habituellement le mot « hoplite » du grec ancien ὅπλον / hóplon, qui désigne le bouclier, c'est-à-dire l'élément le plus important de son équipement[9]. Les sources anciennes donnent peu d'indications à ce sujet. Diodore de Sicile indique que le nom du peltaste provient du nom du bouclier léger, πέλτη / péltê, tout comme le nom de l'hoplite provient de celui du bouclier lourd, ἀσπίς[10]. Cependant, Thucydide est le seul auteur classique à utiliser hoplon pour désigner le bouclier, les autres auteurs utilisant aspis. Cette étymologie a donc été contestée : le mot viendrait plutôt du pluriel τά ὅπλα / tá hópla, qui recouvre l'ensemble des armes et de l'armure[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 47 ; XIX, 390, etc.
  2. Théophraste, Histoire des plantes, III, 12, 2.
  3. Anderson, p. 24.
  4. Plutarque, Apophtegmes lacédémoniens, 237e.
  5. Anderson, p. 25.
  6. P. Cartledge, « Hoplites and Heroes: Sparta's Contribution to the Technique of Ancient Warfare », JHS 97 (1977), p. 13 [11-27].
  7. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne] Solon, XXIII, 3.
  8. a et b A.H. Jackson, « Hoplites and the Gods. The Dedication of Captured Arms and Armour » dans V.D. Hanson, Hoplites: The Classical Greek Battle Experience, Routledge, 1993 (1re édition 1991), p. 229 [228-249].
  9. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) au mot ὅπλον.
  10. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XV, 44, 3.
  11. J.F. Lazenby et D. Whitehead, « The Myth of the Hoplite's Hoplon », CQ no46/1 (1996), p. 27-33.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) J. K. Anderson, « Hoplite weapons and offensive arms » dans V. D. Hanson (éd.), Hoplites. The Classical Greek Battle Experience, Routledge, Abingdon et New York, 1991 (ISBN 0-415-09816-5).
  • Giovanni Brizzi, Le Guerrier de l'Antiquité classique : de l'hoplite au légionnaire, éd. du Rocher, coll. « L'Art de la guerre », 2004.
  • Pierre Ducrey, Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Hachette, coll. « Pluriel », Paris, 1999 (rééd.).
  • Jean-Claude Poursat, La Grèce préclassique, des origines à la fin du VIe siècle, Seuil, coll. « Points », Paris, 1995.
  • Victor Davis Hanson, Le modèle occidental de la guerre, éd. Tallandier, coll. «Texto», Paris, 2007.
  • Margaret Howatson (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité : Mythologie, Littérature, Civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 516.
  • Theodore Chr. Sarikakis, The Hoplite general in Athens, Princeton : Departement of classics, 1951.
  • Nicholas Sekunda, Greek hoplite : 480 - 323 BC, Oxford, Osprey, 2000.
  • Adam Schwartz. Reinstating the hoplite : arms, armour and phalanx fighting in archaic and classical Greece, , Stuttgart, F. Steiner, coll. «Historia. Einzelschriften; 207», 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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