Bonheur

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Pour le canard de fiction, voir Gontran Bonheur.

Le bonheur se lit sur le visage de cet enfant.

Le bonheur est un état durable de plénitude, de satisfaction ou de sérénité, état agréable et équilibré de l'esprit et du corps, d'où la souffrance, le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents. Le bonheur n'est pas seulement un état passager de plaisir, de joie, il représente un état plus durable, un équilibre.

Définition[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Étymologiquement, ce mot vient de l'expression « bon eür ». « Eür » est issu du latin augurium qui signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise ». Ce mot latin est lui-même issu d'une racine indo-européenne (reconstituée) aweg, dont les autres principaux représentants en latin sont :

  • augere, auctus : « s'accroître » qui a donné augmenter…
  • auctor : « qui fait croître », « fondateur », « auteur », qui a donné auteur, autoriser, autorité, octroyer…

Du point de vue de l'étymologie, le bonheur est l'aboutissement d'une construction, qui ne saurait être confondue avec une joie passagère. Le fait que la création d'un auteur s'accroisse durablement provoque en lui-même l'accumulation des satisfactions, ce qui le mène au bonheur.

Bonheur et plaisir[modifier | modifier le code]

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Le bonheur et le plaisir sont deux notions qui portent à confusion. Le plaisir est une forme de satisfaction mais c'est une satisfaction comprise comme plus limitée et plus ponctuelle: avoir une maison, une famille, une voiture; on prend du plaisir à de telles actions sur le moment où on le fait. Ce caractère fugace et éphémère du plaisir a souvent été dénoncé par les philosophes, comme si la quête du plaisir était obligatoirement une quête dont la satisfaction se trouvait limitée par la nature même de son objet. Le bonheur, quant à lui, est caractérisé par sa durabilité et sa stabilité, et désigne un bien-être complet du corps et de l'esprit, tandis que le plaisir concerne plus souvent le corps.

En philosophie[modifier | modifier le code]

La tradition philosophique occidentale oppose les optimistes, pour qui le bonheur comme "état de satisfaction totale" est possible (Spinoza, Montaigne, Diderot), voire facile (Épicure) et les pessimistes, pour qui il est difficile (Rousseau), voire impossible (Pascal, Schopenhauer, Freud). D'autres, comme Kant, opposent la recherche du bonheur et la réalisation de la loi morale : on ne peut pas chercher à être heureux en suivant la loi morale ; néanmoins, on ne peut pas parler d'une condamnation de la recherche du bonheur. Nietzsche, lui, la critique comme une fuite devant le tragique de la réalité, lui préférant l'expérience de la joie.

Épicure (IIIe siècle av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Selon Épicure, le bonheur a deux faces : une face négative qui correspond à l'absence ou la diminution de la souffrance et une face positive qui concerne la satisfaction des désirs. Le bonheur est conditionné par le plaisir (hédonisme). Le bonheur est ainsi l’absence de troubles (l'ataraxie) du corps (l'aponie) et de l'esprit (l'acédie ou l'ataraxie) qui naît spontanément de la satisfaction des désirs naturels et nécessaires, dont les deux plus importants sont, outre la sûreté et la santé (de l'âme et du corps, donc), la sagesse et l'amitié.[réf. nécessaire] Le texte le plus célèbre d'Épicure sur le bonheur et le plaisir est La Lettre à Ménécée. On y découvre que la vertu épicurienne consiste à régler ses désirs sur la nature.

Blaise Pascal (XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

« Tous les hommes recherchent d'être heureux.(...) C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes. Et cependant, depuis un si grand nombre d'années, jamais personne, sans la foi, n'est arrivé à ce point où tous visent continuellement », Blaise Pascal, Pensées (1670)[réf. insuffisante]

Spinoza (XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

L'éthique selon Spinoza est la recherche de la béatitude, définie comme amour intellectuel de Dieu (c'est-à-dire de la Nature). Les principales traductions françaises de l'Éthique n'utilisent pas le mot "bonheur", mais traduisent pour plus de précision felicitas par "félicité" et beatitudo par "béatitude".

Robert Misrahi prend le parti de faire de Spinoza le philosophe du bonheur[1].

Spinoza définit le bonheur comme un sentiment de joie active qu'il distingue du plaisir et de la joie passive[réf. nécessaire], source des passions qui sont la seule source du malheur humain (tristesse, peur, colère, haine...)[interprétation personnelle]

Toute l'Éthique de Spinoza est une explication de la voie philosophique par laquelle l'homme peut se libérer de la souffrance due aux passions et à vivre avec toujours plus de béatitude en comprenant sa vraie nature par l'usage de la raison. Comme chez les Grecs, épicuriens et stoïciens, le bonheur est inséparable de la vertu : "bien agir et être dans la joie" (bene agere et laetari, ETHICA scolie 58/IV). Être heureux, c'est ressentir la joie de vivre dans la force d'âme, avec courage et générosité, en réalisant ses désirs raisonnables dans un sentiment de liberté intérieure que les passions ne peuvent troubler.[interprétation personnelle]

A l'extrême de la considération des passions par la connaissance de la vérité, qui est la compréhension intuitive que tout ce qui existe est en réalité Dieu, c'est-à-dire la nature, le bonheur devient parfait et prend le nom de béatitude, c'est-à-dire joie vécue avec un sentiment d'éternité et s'accompagnant d'un amour de toute chose.[interprétation personnelle]

Kant (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Le bonheur est un thème que Kant a traité de manière secondaire dans son œuvre, car contrairement à Epicure ou Spinoza il ne doit pas constituer le but de l'existence humaine, mais il est possible de dégager une doctrine kantienne du bonheur.

Qu’est-ce que le bonheur ?[modifier | modifier le code]

Selon Kant la notion même de bonheur pose d’abord un problème, car le contenu concret (empirique) en est impossible à cerner.

« Le concept de bonheur n’est pas un concept que l’homme abstrait de ses instincts et qu’il extrait en lui-même de son animalité, mais c’est une simple Idée d’un état, à laquelle il veut rendre adéquat cet état sous des conditions simplement empiriques (ce qui est impossible) » [2]

De même il pense que le bonheur supposerait que nous puissions satisfaire tous nos désirs, pleinement et sans interruption :

« Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée) » [3] . … évidemment ce programme est irréalisable ! Mais le bonheur ne demande en réalité que de satisfaire nos besoins, c'est-à-dire nos seuls désirs naturels et nécessaires[non neutre].

Chacun, sous l’impulsion de sa nature, est cependant porté à rechercher son propre bonheur. Mais du fait de l’irréalisme du contenu du concept, quiconque veut se donner comme impératif dans la vie de se consacrer effectivement à cette recherche sera bien embarrassé :

« Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept de bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur, un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut véritablement. .. Richesse ? ….Connaissances ? … Longue vie ? .. Santé ? … Il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander au sens strict du mot de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal non de la raison mais de l’imagination. » [4]

Tout cela n’empêche pas bien sûr que chacun ait pour premier mouvement naturel de se mettre à la poursuite de son bonheur propre, et que beaucoup parviennent à le trouver et à le comprendre de manière tout à fait déterminée.

Cependant, il ne faut pas prendre Kant pour un moraliste qui condamnerait la recherche du bonheur au profit de la suprématie du devoir. Au contraire, il ne s'y oppose pas mais dit qu'il n'est pas possible de suivre la loi morale tout en recherchant son bonheur.

Bonheur et devoir[modifier | modifier le code]

Le bonheur comme fin[modifier | modifier le code]

Le devoir découle de l’impératif catégorique :

« Il n’y a qu’un impératif catégorique et c’est celui-ci : Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. » [5]

Leur nature propre pousse les hommes à rechercher chacun son propre bonheur, mais cela ne correspond pas à l’essence du devoir moral :

« Le devoir doit être une nécessité pratique inconditionnée de l'action : il doit donc valoir pour tous les êtres raisonnables (les seuls auxquels peut s'appliquer absolument un impératif) et c'est seulement à ce titre qu'il est aussi une loi pour toute volonté humaine. Au contraire, ce qui est dérivé de la nature propre de l'humanité, ce qui est dérivé de certains sentiments et de certains penchants et même, si c'était possible, d'une direction qui serait particulière à la raison humaine et ne devrait pas nécessairement valoir pour la volonté de tout être raisonnable, tout cela peut bien nous fournir une maxime à notre usage mais non une loi...non un principe objectif d'après lequel nous aurions l'ordre d'agir, alors même que tous nos penchants, nos inclinations et les dispositions de notre nature y seraient contraires. » [6]

Poursuivre son propre bonheur n’est donc pas un devoir, c’est un point sur lequel Kant revient très souvent. La dissociation rigoureuse entre devoir et recherche du bonheur repose d’abord sur un argument purement logique :

« Le bonheur personnel est en effet une fin qu'ont certes tous les hommes (en raison de l'impulsion de leur nature) mais cette fin ne peut jamais être envisagée comme un devoir sans que l'on se contredise. Ce que chacun inévitablement veut déjà de soi-même, cela n'appartient pas au concept de devoir.. Il est contradictoire de dire qu'on est obligé de concourir de toutes ses forces à son propre bonheur. » [7]

À cela s’ajoute un obstacle pratique, c’est que les attentes et les désirs des uns et des autres étant contradictoires, si chacun ne recherchait que son propre bonheur, il en résulterait des conflits permanents, ce qui anéantirait toute chance de bonheur :

« Il est donc étrange, alors que le désir du bonheur est universel et par suite aussi la maxime en vertu de laquelle chacun pose ce désir comme principe déterminant de sa volonté, qu’il ait pu venir à l’esprit d’hommes sensés d’en faire pour cela une loi pratique universelle. En effet, alors que d’ordinaire une loi universelle de la nature fait que tout concorde, en ce cas, si l’on voulait attribuer à la maxime la généralité d’une loi, il s’ensuivrait exactement le contraire même de l’accord, le pire des conflits et le complet anéantissement de la maxime elle-même et de sa fin…. Découvrir une loi régissant l’ensemble des inclinations tout en satisfaisant à la condition de les accorder complètement, voilà qui est parfaitement impossible. » [8]

Mais le fait qu’il souligne ces difficultés ne signifie pas que Kant soit un ennemi du bonheur. Au contraire, le devoir envers autrui consiste à contribuer à son bonheur :

« Que sont les fins qui sont en même temps des devoirs? Ce sont : ma perfection propre et le bonheur d'autrui. On ne peut pas intervertir les termes... Quand il est question d'un bonheur auquel ce doit être pour moi un devoir de travailler comme à ma fin, il s'agit nécessairement du bonheur d'autres hommes, de la fin (légitime) desquels je fais par là aussi ma propre fin. » [9]

Kant démontre que le devoir de travailler au bonheur d’autrui correspond bien au critère de l’impératif catégorique par le raisonnement suivant :

« Comme notre amour de nous-mêmes ne peut être séparé du besoin d’être aussi aimé par d’autres (et d’en être aidé en cas de danger), comme nous faisons ainsi de nous-mêmes une fin pour les autres et que cette maxime ne peut jamais obliger autrement que parce qu’elle est qualifiée pour former une loi universelle, par suite, par le biais de la volonté de faire aussi des autres une fin pour nous, le bonheur d’autrui est une fin qui est aussi un devoir. »[10]

Si donc le devoir envers soi-même consiste à travailler à sa perfection morale personnelle et non à rechercher son propre bonheur, la dite recherche n’est pas pour autant contraire à la morale, car elle peut contribuer à entretenir la moralité :

« L'adversité, la douleur, l'indigence sont de grandes tentations d'enfreindre son devoir ; l'aisance, la force, la santé et la prospérité en général, qui s'opposent à cette influence, peuvent donc aussi semble-t-il être regardées comme des fins qui sont en même temps des devoirs, à savoir celui de travailler à son propre bonheur et non pas seulement à celui d'autrui. Mais alors ce n'est pas le bonheur qui est la fin mais la moralité du sujet. »[11]

Parvenus à ce stade, nous voyons apparaître une question : si je dois travailler au bonheur d’autrui, mais que je peux aussi travailler au mien propre, comment répartir mes efforts entre ceux qui ont un but égoïste et ceux qui ont un but altruiste ? La réponse de Kant est à la fois imprécise et nuancée :

«  Je dois faire aux autres le sacrifice d’une partie de mon bien-être sans espérer de compensation, parce que c’est un devoir, mais il est impossible de déterminer avec précision jusqu’à quelles limites cela peut aller. Il importe beaucoup de savoir ce qui est vraiment un besoin pour chacun suivant sa manière de sentir, et il faut laisser à chacun le soin de le déterminer par lui-même. En effet, exiger le sacrifice de son propre bonheur, de ses vrais besoins, deviendrait une maxime contradictoire en soi si on l’érigeait en loi universelle. Ainsi ce devoir n’est qu’un devoir large, il offre la latitude de faire plus ou moins sans qu’il soit possible d’en indiquer précisément les limites. La loi vaut seulement pour les maximes, non pour les actions déterminées. »[10]

Cependant il ne peut pas tout à fait abandonner l'exigence du bonheur...

Le bonheur comme conséquence[modifier | modifier le code]

Faire son devoir est la source d’un certain contentement :

« L’homme pensant, lorsqu’il a triomphé de l’incitation au vice et qu’il est conscient d’avoir accompli son devoir souvent amer, se trouve dans un état de paix intérieure et de contentement que l’on peut très bien appeler bonheur, où la vertu est à elle-même sa propre gratification. ….Cependant il est clair que, puisqu’il ne peut se promettre cette gratification de la vertu que de la conscience d’avoir fait son devoir, celle qu’on nomme en dernier doit pourtant venir en premier ; c’est-à-dire qu’il doit se trouver obligé de faire son devoir avant même et sans même qu’il pense que le bonheur sera la conséquence de l’observation du devoir. »[12]

Mais le contentement dont il est ici question ne constitue pas un bonheur complet et, dans le monde tel qu’il est, on ne peut espérer que le bonheur de chacun soit proportionné à sa vertu :

« Le bonheur est l’état dans le monde d’un être raisonnable, pour qui, dans toute son existence, tout va selon son désir et sa volonté, et il repose par conséquent sur l’accord de la nature avec le but tout entier poursuivi par cet être, de même qu’avec le principe déterminant essentiel de sa volonté. Or la loi morale, comme loi de la liberté, ordonne par des principes déterminants qui doivent être tout à fait indépendants de la nature et de l’accord de celle-ci avec notre faculté de désirer (comme mobiles) ; d’un autre côté, l’être raisonnable qui agit dans le monde n’est assurément pas en même temps cause du monde et de la nature elle-même. Donc, dans la loi morale, il n’y a pas le moindre principe pour une connexion nécessaire entre la moralité et le bonheur proportionné d’un être qui, faisant partie du monde, en dépend, et qui justement pour cela ne peut, par sa volonté, être cause de cette nature et, pour ce qui est de son bonheur, la mettre par ses propres forces complètement d’accord avec ses principes pratiques. »[13]

Et pourtant, c’est la vertu qui rend digne d’être heureux, et « Pour que le bien soit complet, il faut que celui qui ne s’est pas conduit de façon à se rendre indigne du bonheur puisse espérer y participer. »

On se trouve ici devant l’antinomie de la raison pratique : Seule la pratique de la vertu fait mériter le bonheur, mais en fait, selon les mécanismes de la nature, rien ne garantit qu’elle l’obtienne effectivement. Pour résoudre cette antinomie, la raison pratique est conduite à postuler l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu. Celui-ci, dans l’au-delà de la mort, récompense la vertu par le bonheur.

Kant est ainsi un philosophe, non du bonheur, mais de la spéculation, de l'éthique et de la morale.

Friedrich Nietzsche (1844-1900)[modifier | modifier le code]

Selon Nietzsche, le bonheur est : « Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est en voie d'être surmontée. »

Cette citation extraite de l'Antéchrist amène à penser que Nietzsche voit dans la puissance la seule voie pour l'homme d'atteindre ce sentiment.

« Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est possible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation. »

— Nietzsche, Considérations inactuelles, II, 1874

Philosophie contemporaine[modifier | modifier le code]

Longtemps méprisé par les philosophes au profit de la recherche métaphysique de la vérité ou de la réflexion sur la science, le bonheur est redevenu récemment le centre de la réflexion de certains philosophes dans la lignée d'Épicure et Spinoza, comme André Comte Sponville ("Le bonheur, désespérément"), Clément Rosset("La force majeure"), Robert Misrahi ("Traité du bonheur"), Michel Onfray ("L'art de jouir"), Bruno Giuliani (le bonheur avec Spinoza) ou Vincent Cespedes (Magique étude du Bonheur, Larousse, coll. « Philosopher »). Définie comme une "Approbation inconditionnelle de l'existence" (Cl. Rosset), un "Gai désespoir" (Comte Sponville) ou encore "Une joie totale de vivre" (Giuliani), la notion de bonheur recouvre tout sentiment de "satisfaction globale". L'approche philosophique s'enrichit des approches psychologiques comme Csikszentmihalyi ("Vivre, psychologie du bonheur), Tal Ben Shahar ("L'apprentissage du bonheur") ou Christophe André ("Imparfaits, libres et heureux"), des approches spirituelles comme Krishnamurti ("le sens du bonheur") ou Matthieu Ricard ("plaidoyer pour le bonheur") et même des approches psycho-philosophiques comme celle de Frédéric Fappani ("Education au bonheur" et aussi "Les complexés du bonheur"). La philosophie contemporaine revient donc à l'Éthique comme recherche d'une sagesse pratique au quotidien (Pierre Hadot), ce qui explique sans doute le regain d'intérêt récent du grand public pour la philosophie.

Philosophie bouddhiste[modifier | modifier le code]

En philosophie bouddhiste, l'être va éviter d'être dans le désir car sans quoi, sa vie va osciller entre le plaisir et le déplaisir. Donc le bonheur est plus la recherche d'un état de conscience d'être-à-soi et d'appartenance au monde. L'être vise un certain détachement éventuellement teinté de compassion. Les émotions sont des facteurs de perturbations alors que le bonheur est calme et harmonie. Le Nirvana est l'expression suprême d'un bonheur qui ne serait même plus (alors) qualifiable tant il serait intemporel et acausal.

En psychologie[modifier | modifier le code]

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

L'approche de la psychanalyse invite à penser l'être humain comme étant névrosé, c'est-à-dire étant sujet de frustrations voire de souffrances psychiques, liées principalement au vécu de l’enfance. C'est un état normal, lié au mécanisme du désir et de la pulsion, que nous devons apprendre à satisfaire dans les contraintes imposées par la vie en société, à commencer par la famille.

L'idée d'un pessimisme freudien est liée à la théorie d'une pulsion de mort. Sigmund Freud considère à partir de 1920 qu'à la sexualité psychique insatiable s'ajoute une tendance à l'autodestruction, à l'anéantissement. Si la psychanalyse des débuts présente un être frustré, blessé, éventuellement choqué par ses désirs sexuels, incapable qu'il est de se les avouer et de les tolérer, la psychanalyse d'après 1920 propose donc une vue pessimiste dans laquelle le bonheur n'est pas un état ultime de l’existence auquel nous pourrions prétendre. Il est en revanche possible selon Freud de trouver des moyens d'existence qui nous éloignent de la souffrance voire nous procurent une certaine satisfaction.

Le psychanalyste Jacques Lacan mit un soin particulier à étudier le manque : manque de l'autre, sous toutes ses formes ; si Lacan n'est pas particulièrement pessimiste, il a par contre formalisé cet aspect de l'étude de la vie psychique. La mythanalyse propose selon Hervé Fischer d'interpréter le bonheur en se basant sur les deux mythes dans lesquels se fonde l'Occident: le biblique et le grec. Selon la Bible, nous gardons un désir nostalgique et régressif de bonheur, celui du paradis perdu et du bon sauvage que nous avons inventé. Selon le mythe prométhéen, il nous appartient de construire de main d'homme ce bonheur sur terre, grâce à la conscience, à la connaissance et à la technologie. Nous vivons en Occident dans la tension de cette contradiction entre nos deux mythes fondateurs.

Des psychologues comme Reich, Carl Gustav Jung, Perls, Fromm ou Maslow affirment au contraire que le bonheur est le sentiment naturel qu'éprouve la psyché humaine lorsqu'elle s'épanouit d'une manière intégrée, ce qui suppose une forme de culture fondée sur l'amour et l'être plutôt que sur la peur et l'avoir.

Des approches psychologiques "intégratives" contemporaines, qui se penchent sur l'étude et la compréhension du bonheur, existent aussi dans la sphère de la psychanalyse et/ou de psychologie analytique.

Psychopathologie versus psychologie positive[modifier | modifier le code]

« La psychologie positive est l’étude scientifique des conditions et des processus qui contribuent à la prospérité ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions » (Gable & Haidt, 2005, p. 103, traduction personnelle Heutte, 2009). « Prenant ainsi, le contre-pied de la morosité ambiante, plutôt que chercher à transformer la souffrance névrotique en malheur ordinaire (Freud & Breuer, 1956), la psychologie positive (Seligman, 1998) axe ses recherches sur le bien-être mental permanent (Seligman & Csikszentmihalyi, 2000). » (Heutte, 2009)

Selon Maddux (2002), c’est en mettant l’accent sur les « troubles mentaux » que l’idéologie de la maladie et le DSM ont influencé la conception du fonctionnement humain et de la psychologie clinique : que la psychologie clinique est devenue « pathologique » (p. 39). L’idéologie de la maladie a survécu à son utilité ; il est temps de changer la vision qu’ont les psychologues cliniciens de leur discipline, de même que le regard du public à son endroit. La psychologie positive offre la possibilité d’une réorientation de notre conception de la psychologie clinique, de la santé psychologique et de l’adaptation humaine.

La psychologie positive rejette :

  • la catégorisation et la pathologisation de l’expérience humaine ;
  • le postulat selon lequel les soi-disant troubles mentaux existent dans l’individu plutôt que dans les relations de celui-ci avec les autres et avec la culture ;
  • l’idée que la compréhension de ce qui est le pire et le plus faible chez les humains est plus importante que la compréhension de ce qui est le meilleur et le plus fort.

En sociologie et politique[modifier | modifier le code]

Peu de théorisation en sociologie[modifier | modifier le code]

Si l'on fait exception des travaux de Jacques Ellul, la sociologie ne théorise pas le bonheur, puisqu'elle a pour seul et unique but d'étudier les comportements des individus les uns envers les autres. Néanmoins, elle constate que la recherche du bonheur est l'un des éléments essentiels de certaines sociétés. Le bonheur n'a cependant pas été défini selon un terme précis en sociologie ; de plus, cette notion étant extrêmement variante entre les individus et les sociétés différentes, une telle définition devrait forcément être relativisée.

Un fait politique[modifier | modifier le code]

L'idée que le bonheur est un objectif politique apparaît à la fin du XVIIIe siècle. Elle émerge sous la forme institutionnelle aux États-Unis. En 1776, l'article 1 de la Déclaration des droits de l'État de Virginie affirme ainsi que « all men are by nature equally free and independent, and have certain inherent rights of which...[they cannot divest;] namely, the enjoyment of life and liberty, with the means of acquiring and possessing property, and pursuing and obtaining happiness and safety ». La formule est reprise dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique (1776 également) qui pose : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. »

En Europe, la notion de bonheur ne prend un sens politique qu'une vingtaine d'années plus tard, très exactement sous la Révolution française[14]. L'article 1 de la constitution de 1793 postule de façon explicite que « le but de la société est le bonheur commun », idée qui sera développée dès l'année suivante par Saint-Just avec sa célèbre phrase : « le bonheur est une idée neuve en Europe. » [15]. On ne peut comprendre le sens de cette citation sans réaliser que les Lumières assignent à l'État un rôle en tout point comparable à celui qu'occupait précédemment l'Église. Ainsi, au fil du temps se développera le concept d'État-providence, le « bonheur ici-bas » (bien-être) occupant la place jusqu'ici détenue par « le salut dans l'au-delà ». Le bonheur est donc probablement la meilleure expression du matérialisme contemporain[16].

C'est durant la période des Trente Glorieuses (1945-1975) que l'idée de bonheur se manifeste pleinement dans les pays industrialisés et dits « développés » sous un angle politique : quand la croissance économique, équipe les foyers en équipements de toutes sortes (automobile, télévision...) et que la société de loisirs semble pouvoir répondre aux attentes de tous les citoyens.

Cependant, ce concept des Trente Glorieuses est remis en cause par les travaux du docteur en histoire contemporaine Rémy Pawin qui mettent en évidence que le bonheur est encore pendant cette période une valeur secondaire, bien souvent associée à l'égoïsme face aux valeurs supérieures que sont le devoir, la religion[17] ou la grandeur nationale incarnée notamment par le général de Gaulle. Si des guides de bonheur familial surtout destinés aux femmes se multiplient à partir des années 50, ce n'est qu'après les guerres de décolonisation et qu'entre 1962 et 1975[18] que les sondages d'indice de bonheur déclaré indiquent que les Français sont heureux[19]. De plus, un courant critique se développe alors, affirmant que la croissance économique ne peut contribuer au bonheur. L'idée se développe selon laquelle la société de consommation, en satisfaisant sans cesse les besoins matériels, en génère automatiquement d'autres, provoquant ainsi une forme nouvelle d'aliénation.

Citons, entre autres, les travaux du sociologue français Jean Baudrillard (1929-2007) et ceux de son contemporain Guy Debord (1931-1994) ou le roman Les Choses de Georges Perec en 1965 qui critique les promoteurs de la société de consommation qui instrumentalisent la notion de bonheur[20]. Mais c'est probablement Jacques Ellul (1912-1994) qui a développé la critique la plus pertinente en 1967, à travers son concept d'idéologie du bonheur :

« Le droit au bonheur est le cheval de Troie posté au milieu du système des libertés et des droits conçus par une société libérale. C’est la plus grande mutation mentale que l’on puisse imaginer puisque c’est le changement du sens et du but de la vie tout entière, en même temps que de la relation entre l’homme et la société. » (Métamorphose du Bourgeois, 1967, p. 90.).

Sans jamais contester la pertinence du concept de bonheur, la mouvance « soixante-huitarde » a alors recherché d'autres formes de bonheur, à travers les rencontres humaines, un mode de vie plus communautaire, le retour à la nature, une vie plus simple et dégagée de contraintes, la pratique des arts, etc. Certains, comme la sociologue Anne Chaté[21], remettent à l'honneur l'idée, remontant à l'Antiquité (Sénèque...) de pratiquer la modération, en la réinscrivant dans les problématiques contemporaines (conscience environnementale notamment). Valéry Giscard d'Estaing, en accédant à la Présidence de la République, insiste sur l'épanouissement personnel et répond à cette critique en mettant en place un ministère de la Qualité de la vie[19].

Or cette notion d'un « autre bonheur » (alternatif à celui proposé par la société de consommation) a été récupérée depuis lors par... cette même société de consommation. Notamment dans les images de publicité (particulièrement celles véhiculées par les compagnies pétrolières responsables des grandes catastrophes écologiques) et le cinéma (comme le montre par exemple le succès en France en 1995 du film « Le bonheur est dans le pré ») véhiculant de façon récurrente l'idéal éternel du retour à la nature.

Jacques Ellul voit dans cette récupération de l'écologie par le capitalisme une expression de la propagande de ce qu'il appelle le système technicien.

En 2011, l'OCDE met en place le Better Life Index, indicateur du vivre mieux. Selon cet indice, l'Australie est le pays le plus heureux du monde en 2013[22]. Selon le World Happiness Report, Rapport annuel sur le bonheur lancé par l'ONU en 2012 (rapport basé sur six critères[23]), les pays scandinaves sont les plus heureux et les moins heureux sont en Afrique[24].

Études statistiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs équipes de chercheurs ont tenté de rationaliser et de quantifier le bonheur à l'échelle des nations, à des fins de comparaisons internationales.

  • Des chercheurs de l'université de Rotterdam ont établi un classement mondial du bonheur, établi pour la période 1995-2005 à partir de 953 indicateurs. Les cinq pays les mieux classés sont le Danemark, la Suisse, l'Autriche, l'Islande, la Finlande[25]. Les Français arrivent en 39e position de ce classement[26].
  • Le psychologue britannique Adrian White, de l'université de Leicester, a établi en 2007 une carte mondiale du bonheur basée sur cinq critères : santé, richesse, éducation, identité nationale, beauté des paysages. En 2008, c'est le Danemark qui arrive en tête du classement. Selon le quotidien français Libération, « La France a beau afficher d'excellents résultats dans toutes les catégories, elle ne se classe qu'en 62e position[26]. »

Parmi les facteurs attribués au bonheur par les chercheurs ou à l'occasion de la publication de ces études, les chercheurs sont unanimes * une hausse des revenus n'augmente pas nécessairement le bonheur[26]. Des chercheurs dirigée par Daniel Kahneman, de l'Université de Princeton, ont montré par une enquête auprès de plus de 1 100 Américains qu'à une augmentation de salaire ne correspond pas d'augmentation significative du bonheur. « Toutes les études montrent à quel point les inégalités (ou sentiment d'injustice ?) sont un facteur d'insatisfaction », relève en 2008 Toger Seidenfaden, rédacteur en chef du quotidien danois Politiken. Le Danemark, premier du classement 2008, est ainsi l'une des sociétés les plus égalitaires du monde[26].

  • Les auteurs d'un rapport français (de 2009) sur les TIC et l'école notent aussi que le Danemark, comme d'autres pays nordiques fait partie des pays qui ont le plus investi dans les NTIC[27].
  • Le sociologue danois Peter Gundelach estime en 2008 que la petite taille et l'homogénéité de la société compte beaucoup pour le bonheur. Ce qui aiderait à constituer une « société de confiance », source de bonheur selon l'économiste danois Christian Bjornskov en 2008[26]. La Suisse arrive ainsi en deuxième position du classement du bonheur mondial 1995-2005.
  • Le maire de Ringkjøbing, la ville supposée être la plus heureuse du Danemark (selon une étude de l'université de Cambridge), attribue le bonheur de ses élus au lien social : « Ici tout le monde se parle, peu importe son statut social. Ce qui est important, c'est le temps passé avec sa famille et ses amis[26]. » De même, la présence d'« îlots de bonheur » au sein d'une population semble démontrer qu'il s'agit d'un « phénomène collectif »[28].

En biologie[modifier | modifier le code]

Physiologie du bonheur[modifier | modifier le code]

En considérant l'homme comme une machine chimique, certaines molécules telles que la dopamine et la sérotonine contribueraient à des "parties" de bonheur. En effet, lorsque le bonheur est absent, on peut parler de malheur, et en terme clinique, de dépression. Les antidépresseurs actuels (ISRS) agissent sur la dégradation de la sérotonine, entraînant une augmentation de sa concentration dans la fente synaptique. Au bout d'un certain temps, l'individu dépressif retrouve un certain "bonheur", une certaine joie de vivre.

Le temps de réaction de l'individu par apport à la concentration en sérotonine (environ 2 semaines) laisse à penser que le processus de bonheur est beaucoup plus complexe qu'une simple concentration en une seule molécule : il semblerait qu'une phase du processus soit de nature autocatalytique.

Par ailleurs, le bonheur intense que font ressentir certaines drogues comme l’héroïne, montre que les endorphines endocrines et les molécules opiacées ou opioïdes (dérivés synthétiques) sont, de par leur concentration un facteur clé régulant le bonheur de l'individu. Les effets de l'héroïne par exemple sont ressentis par ses consommateurs comme étant Le bonheur, absolu et intense, ce qui montre également que le bonheur, comme tout sentiment humain, reste, pour la science, de simples réactions chimiques.

Une hérédité du bonheur ?[modifier | modifier le code]

L'idée selon laquelle la personnalité est entièrement acquise a été largement admise durant les vingt dernières années. Ainsi, on a assez communément supposé que le fait d'être heureux est déterminé, dans une large mesure, par l'expérience[29]. Cependant, des études comparant les gènes de vrais et faux jumeaux ont permis de mettre en lumière de nouvelles perspectives. Le résultat des études suggèrent en effet l'existence d'un lien fort entre le bonheur et l'héritage génétique.

Il existe naturellement de nombreux facteurs qui déterminent si le sujet est heureux ou non. Parmi eux, on distingue notamment les circonstances extérieures, comme le fait d'être ou non au chômage. L'âge joue un rôle déterminant également. Cependant, le caractère est l'un des principaux facteurs: un sujet anxieux sera statistiquement moins heureux qu'un sujet confiant pour l'avenir.

Un groupe de scientifiques de l'University College de Londres, de Harvard Medical School, de l'Université de Californie à San Diego et de l'Université de Zurich ont examiné près de mille paires de jumeaux. Leurs résultats, publiés dans un rapport intitulé "Genes, Economics and Happiness" [30](gènes, économie et bonheur), aboutissent à la conclusion que l'héritage génétique est responsable de près d'un tiers des fluctuations de bonheur entre les individus.

Bien plus, le chercheur Jan-Emmanuel De Neve de l'University College, a comparé les sujets en s'intéressant au gène responsable de l'encodage de la protéine transporteuse de la sérotonine. La sérotonine est connue pour avoir une large implication dans la régulation des humeurs. Le chercheur a donc comparé les différents allèles, longs et courts, dans leur production de transporteurs de sérotonine. Il apparaît que les allèles les plus long produisent plus de transporteurs de sérotonine que les courts. Ainsi, les sujets ayant deux allèles longs sont, selon les résultats de De Neve, statistiquement plus heureux que ceux possédant un long et un court. Eux-mêmes sont plus heureux que ceux portant deux allèles courts.

L'étude de ce chercheur est cependant devenue controversée lorsque ce dernier à établi un lien entre la présence d'un certain type d'allèles et l'appartenance à un groupe ethnique. Si l'étude de ce dernier n'a été réalisée que sur des Américains, il a cependant établi que les noirs américains de son étude avaient plus de long allèles que les blancs américains, qui eux-mêmes en avaient nettement plus que les américains d'origine asiatique. Ce résultat est en accord avec des études précédentes, prouvant que les asiatiques sont souvent moins heureux que ce que leur taux de richesse pouvait prévoir.

Les études ne sont cependant qu'à leur balbutiement et les chercheurs ne prétendent pas avoir résolu la question du bonheur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Misrahi, Spinoza, un itinéraire du bonheur par la joie
  2. Kant 1985, p. 1232
  3. Kant 1980, p. 1366
  4. Kant 1985, p. 281-282
  5. Kant 1985b, p. 284
  6. Kant 1985b, p. 290
  7. Kant 1986, p. 665
  8. Kant 1985b, p. 639-640
  9. Kant 1986, p. 664-667
  10. a et b Kant 1986, p. 675
  11. Kant 1986, p. 668
  12. Kant 1986, p. 654
  13. Kant 1985c, p. 760
  14. Robert Mauzi, L'idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au XVIIIe siècle, Slatkine,‎ 1960, 725 p.
  15. Rapport à la Convention, 3 mars 1794.
  16. Dans un état d'esprit comparable, en 1972, le roi du Bhoutan a tenté d'imposer la notion de « bonheur national brut », par opposition au plus restrictif « produit national brut » qui ne considère que la richesse matérielle d'un pays.
  17. La joie (caelestis gaudium, gaudium Domini, « joie éternelle, joie du ciel ») reste une notion chrétienne jusqu'au XIXe siècle. Source : Lucie Brind'Amour, Eugène Vance, Archéologie du signe, Institut Pontifical d'Études Médiévales,‎ 1983, p. 87.
  18. L'auteur utilise plutôt l'expression de « Treize Heureuses ».
  19. a et b Rémy Pawin, Histoire du bonheur en France : Depuis 1945, Robert Laffont,‎ 2013, 379 p.
  20. Jacques Leenhardt, Les Choses, modes d'emploi, 10-18,‎ 2006, 177 p.
  21. Anne Chaté, Bonheur tranquille : vivre avec l'esprit de modération, Payot, 2009 (ISBN 978-2-228-90466-7)
  22. Arianna Huffington, « Pourquoi les enquêtes sur le bonheur me laissent perplexe », sur Le Huffington Post,‎ 11 août 2013
  23. PIB par tête, espérance de vie en bonne santé, absence de corruption, avoir quelqu'un sur qui compter, possibilité de faire ses choix de vie librement et générosité.
  24. (en)World Happiness Report 2013
  25. Etude happiness 1995-2005
  26. a, b, c, d, e et f Libération, 22 septembre 2008, page 19.
  27. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/104000080/0000.pdf [Réussir l’école numérique ; rapport de la Mission parlementaire Fourgous sur l'école numérique], consulté 2010/02/19
  28. Fowler JH, Christakis NA, [Dynamic spread of happiness in a large social network: longitudinal analysis over 20 years in the Framingham Heart Study], BMJ, 2008;337:a2338
  29. (en) The Economist, October 15, 2011. (Abriged, adapted, and translated)
  30. Genes, Economics, and Happiness