Louis Massignon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Massignon.

Louis Massignon ( à Nogent-sur-Marne - à Suresnes) est un universitaire et islamologue français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Joris-Karl Huysmans

Ferdinand Massignon, sculpteur originaire du Vexin, épouse Marie Hovyn, d'origine flamande[A 1]. De leur union naît Louis[A 1]. Son père est rationaliste et a pour ami Charles-Marie Dulac[A 2] ; sa mère est une chrétienne pratiquante[A 2]. Massignon est le fruit d'un couple mais aussi d'un siècle, et plus proprement d'une République, la troisième, où s'affrontent, en même temps qu'ils tentent de se concilier, l'esprit clérical et l'esprit laïc. Son œuvre se tourne entièrement vers ces deux postulations.

Il suit ses études au lycée Montaigne à Paris[A 2]. En 1896, âgé de 13 ans, il rentre au lycée Louis-le-Grand[A 2] et se lie d’amitié avec Henri Maspero, fils de l’égyptologue Gaston Maspero[A 2]. Progressivement Louis Massignon devient athée et, encouragé par son père, voyage, visitant seul en 1898, l’Autriche et l’Allemagne, puis l’Italie avec ses parents en 1899[A 2].

Le 27 octobre 1900, Louis Massignon rencontre Joris-Karl Huysmans au cours d'une entrevue de six heures qui marquera plus tard sa pensée. L'année suivante, il visite l'Algérie et, après avoir passé sa licence en lettres en 1902[A 3] et préparé son diplôme d'études supérieures, avec comme mémoire le Tableau géographique du Maroc dans les quinze premières années du XVIe siècle d'après Léon l'Africain, il effectue la même année son service militaire[A 3].

Découverte du Maroc et de l'Islam[modifier | modifier le code]

Charles de Foucauld dit en religion Frère Charles de Jésus

Ses lectures le poussent à se spécialiser dans l'étude du Maroc, et principalement une recherche sur Léon l'Africain, explorateur marocain du XVe siècle[A 3]. Louis Massignon est alors profondément agnostique[A 3].

Il étudie sur le Maroc, et écrit à Charles de Foucauld pour lui envoyer ses travaux, s'étant beaucoup aidé de l'ouvrage Reconnaissance au Maroc. Charles de Foucauld lui répondra alors qu'il prie pour lui, bien que Massignon soit agnostique. Arrêté lors de ces travaux, il cherche à se suicider mais est converti radicalement. Il se convertit alors à la foi de son enfance. Il rencontre personnellement Charles de Foucauld en février 1909 et de là suivra une correspondance jusqu'à la mort de ce dernier.

Auteur d'une thèse sur la vie du soufi Mansur al-Hallaj, crucifié à Bagdad en 922, il n'est pas seulement l'un des plus grands islamologues du XXe siècle, mais aussi l'un des maîtres de la langue française. Sa langue est d'une rare beauté. Il a occupé, provisoirement, le 15 juin 1919 la chaire de sociologie et sociographie musulmanes au Collège de France. Une chaire qu'il va occuper définitivement à partir de janvier 1926 jusqu'en 1954 après la retraite de son prédécesseur Alfred Le Chatelier, le créateur de cette chaire. Il fut également directeur d'études à l'École pratique des hautes études (EPHE).

Massignon a consacré de longues années à la rédaction de sa thèse qui témoigne d'une grande rigueur scientifique et d'un souci exemplaire d'objectivité pour une matière aussi délicate et sensible que la mystique au sens large, la mystique musulmane en particulier.

Il fut aussi un des principaux acteurs de l'établissement d'un dialogue entre l'islam et l'Église catholique dont l'impact très positif figure dans le concile du Vatican II Nostra Ætate l'année même de sa mort en 1962. S’il est resté attaché durant toute sa vie au catholicisme, on lui a parfois reproché un certain syncrétisme qui l’a fait qualifier par le pape Pie XI de « catholique musulman[1] ».

Dates clés dans sa vie[2][modifier | modifier le code]

  • 1901 : Sa rencontre avec Joris-Karl Huysmans, un ami de son père le sculpteur Pierre Roche influencera profondément le parcours de sa vie. C'est aussi la date de son premier voyage à Alger.
  • 1902 : Il a obtenu sa licence ès lettres. Préparation de son diplôme d'études supérieures en choisissant comme sujet de recherche : Tableau géographique du Maroc dans les quinze premières années du XVIe siècle d'après Léon l'Africain.
  • 1904 : Voyage au Maroc pour son travail de recherche. Massignon disait qu'il a fait une randonnée à cheval au Maroc jusqu'à Fez.
  • 1906 : Il obtient son diplôme d'arabe classique et d'arabe dialectal. Début de son séjour au Caire où il fut désigné membre temporaire de l'Institut d'archéologie orientale par le grand égyptologue Gaston Maspero. Cette date fut aussi sa première découverte du grand soufi Al-Hallaj via le Mémorial des saints de Farid Al-Din Attar.
  • 1907 : Dès le 24 mars 1907, il décide de faire sa thèse de doctorat es-lettres sur Al-Hallaj.
  • 1907-1908 : Chargé par le général Léon de Beylié de réaliser une mission archéologique en Mésopotamie. Dès son arrivée à Bagdad, il s'est installé le 7 janvier 1908 dans un vieux quartier musulman de la ville. Pendant une période d'un mois et demi, il va s'immerger avec acharnement dans cette nouvelle culture et apprécier avec ardeur ses coutumes et spécificités. Il savait déjà que cette étape est cruciale pour sa thèse sur Al-Hallaj. Il a eu entre autres l'occasion d'apprendre le turc.
  • 1913-1918 : Le 15 octobre 1913 il demanda au prêtre chargé de sa direction spirituelle de le relever de son vœu de chasteté et épousa le 27 janvier 1914 sa cousine Marcelle Dansaert-Testelin. Mobilisé au début de la première guerre mondiale comme officier dans l'armée d'Orient. Il a appris en janvier 1917 la mort de son ami Charles de Foucauld. Il entrera aux côtés de Lawrence d'Arabie dans Jérusalem libérée de l'occupation ottomane.
  • 1919 : Nommé après la fin de la guerre comme professeur suppléant au Collège de France afin d'assurer des cours en sociologie et en sociographie musulmanes.
  • 1922 : Soutenance de sa thèse sur le grand mystique musulman Al-Hallaj.
  • 1926 : Il devient le 30 mai 1926 titulaire de la chaire de sociologie musulmane au Collège de France.
  • 1931 : Il rencontre Gandhi le 5 décembre[3].
  • 1932 : Il est devenu tertiaire franciscain sous le nom d'Abraham.
  • 1933-1934 : Retour au Caire où il vient d'être nommé comme l'un des cinq membres européens de la langue arabe. Il est nommé directeur d'études à l'École pratique des hautes études en 1933.
  • 1934 : Il fonde avec Mary Kahil à Damiette la confrérie spirituelle de Badaliya.
  • 1941 : Il fonde l’Institut Dar Es Salam au Caire.
  • 1947 : Il devient président des « Études iraniennes ».
  • 1950 : : Il est ordonné prêtre le 28 janvier au Caire[3].
  • 1954 : Il crée le pèlerinage des Sept Dormants d’Éphèse au Vieux-Marché dans les Côtes-d'Armor.
  • 1956 : Il devient président des amis de Gandhi.
  • 1962 : Le 31 octobre 1962, une crise cardiaque l'emporte aux premières Vêpres de la Toussaint. Il est inhumé dans la commune de Pordic (Côtes-d'Armor)

Étudiants[modifier | modifier le code]

Parmi ses étudiants figurent :

L'œuvre[modifier | modifier le code]

À sa mort, le 31 octobre 1962, Louis Aragon écrivait : « Un des hommes qui signifient la France vient de disparaître »[4]. En effet, c'est dans l'œuvre même de cet homme qu'on peut comprendre la profondeur de l'hommage que lui rend Aragon.

La réflexion de Massignon sur le parcours de vie exceptionnel de Mansûr Al-Hallaj l'a amené à réfléchir sur des archétypes communs entre islam et christianisme dont :

  1. Abraham le modèle par excellence de tous les croyants monothéistes.
  2. Fâtima la fille de Mahomet, dont la figure mariale lui paraît être la réciproque du catholicisme.
  3. Les Sept Dormants d'Éphèse (ou Ahl al-kahf) d'où le nom de la sourate Al-Kahf dans le Coran.
  4. Salmân al-Farîsi (ou Salmân Pâk), un chrétien converti et compagnon persan du prophète de l’islam.

Il s'attacha aussi à deux concepts clés qui apparaissent en filigrane dans toute son œuvre : l'« hospitalité sacrée » et l'« intercession » (ou substitution mystique, inspirée de Huysmans).

L'œuvre de Massignon n'est pas exempte de critiques, parfois acerbes. Ainsi Edward Saïd considère la figure de Al-Hallâj comme « non pertinente », marginale, non représentative de l'islam. Le même Edward Saïd note que la grande proximité de Massignon avec « l'esprit » de l'islam a pu fausser chez lui une vision sereine du catholicisme[réf. nécessaire].

Œuvres de Massignon[modifier | modifier le code]

  • Pour une bibliographie exhaustive : Louis Massignon, Écrits mémorables, Robert-Laffont, coll. « Bouquins », tome II, 2009, pp. 941-997.

Principaux ouvrages de L. M. :

  • La Passion de Hallâj, Paris, Gallimard, 1975, 4 vol., nouvelle éd. Gallimard 2010 (trad. anglaise par Herbert Masson, The Passion of Hallâj, Princeton, 1982).
  • Écrits mémorables, 178 textes (pour certains inédits) établis, présentés et annotés sous la direction de Christian Jambet, par François Angelier, François L'Yvonnet et Souâd Ayada, Robert-Laffont, coll. « Bouquins », 2 volumes, 2009.
  • Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane, Vrin, 1968 (réédition, Cerf, 1999).
  • Les Trois Prières d'Abraham, Cerf, 1997.
  • Parole donnée, Paris, Julliard, 1962 (réédition, Seuil, 1983).
  • Akhbar Al-Hallâj, Recueil d'oraisons et d'exhortations du martyr mystique de l'Islam, Paris, J. Vrin, collection « Études musulmanes », 1975. Edition bilingue.
  • Examen du « Présent de l'homme lettré » par Abdallah Ibn Al-Torjoman, PISAI, Roma, 1992.
  • Opera minora, Paris, PUF, 1969, 3 vol. (réédition de l'édition de Beyrouth, 1963), choix de textes édités par Youakim Moubarac.
  • Massignon – Abd-el-Jalil. Parrain et filleul. 1926-1962. Correspondance, rassemblé et annotée par Françoise Jacquin. Préface par Maurice Borrmans. Paris, Éditions du Cerf, 2007.

Ouvrages sur Massignon[modifier | modifier le code]

  • Christian Destremau, Jean Moncelon, Massignon, Paris, Plon, 1994, bibliogr. (ISBN 2-259-00400-8) (la biographie de référence sur Louis Massignon)..
  • Vincent-Mansour Monteil, Le Linceul de feu, Vegapress, 1987 (un témoignage privilégié).
  • Guy Harpigny, Islam et Christianisme selon Louis Massignon, Louvain-la-Neuve, 1981 (la première thèse consacrée à Louis Massignon)
  • Collectif, dir. par Jean-François Six, Cahier Massignon, L'Herne, 1970. (disponible en copie numérisée sur le portail de Numilog)
  • Jean Morillon, Massignon, Classiques du XXe siècle, 1964. (premier essai consacré à la pensée de Louis Massignon).
  • Herbert Mason, Massignon - Chronique d'une amitié, Desclée de Brouwer, 1990.
  • J.-J. Waardenburg, L'Islam dans le miroir de l'Occident, La Haye, Mouton, 1962.
  • Pierre Rocalve, Louis Massignon et l'Islam, Institut français de Damas, 1993.
  • Camille Devret, Massignon et Gandhi, Le Cerf, 1967.
  • Collectif, Présence de Louis Massignon, Paris, Maisonnneuve et Larose, 1987.
  • Collectif, édité par Daniel Massignon, Louis Massignon et le dialogue des cultures, Cerf, 1996.
  • Combats pour l'Homme, Centenaire de la naissance de Louis Massignon, UNESCO, Paris, 1983.
  • Mémorial Louis Massignon, Dar el-Salam, Le Caire, 1963 (hors commerce). Sous la direction de Youakim Moubarac et des textes arabes de Ibrahim Madkour, Abd al-Rahman Badawi, Taha Hussein, etc.
  • « Hommage à Louis Massignon », Revue de la Faculté des Lettres de Téhéran, X, 1962.
  • « Hommage à Louis Massignon », Les Lettres françaises, 15 novembre 1962. (avec un éditorial de Louis Aragon).
  • Louis Massignon et ses contemporains, sous la direction de Jacques Keryell, Paris, Karthala, 1997.
  • Louis Massignon au cœur de notre temps, sous la direction de Jacques Keryell, Paris, Karthala, 1999.
  • Laure Meesemaecker, L'autre visage de Louis Massignon, préface de Ghaleb Bencheikh, Versailles, Via Romana, 2011 (ISBN 978-2-916727-89-9).
  • Patrick Laude, Massignon intérieur, coll., Delphica, édition L'Âge d'Homme, Lausanne & Paris, 2000.
  • Jacques Keryell, Louis Massignon, la grâce de Bagdad, préface : Monseigneur Henri Tessier et Yves Floucat, édition Pierre Téqui, 2010.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Principal ouvrage utilisé

  1. a et b p.21
  2. a, b, c, d, e et f p.22
  3. a, b, c et d p.24

Autres références

  1. Paul François Paoli, « Interview de Christian Jambet, Louis Massignon : quand la mystique inspire la politique », Le Figaro,‎ 4 juin 2009 (lire en ligne)
  2. Voir Repères biographiques in Louis Massignon, Écrits mémorables, tome I, Robert-Laffont, coll. « Bouquins », p. XXIX à LXXX.
  3. a et b « Une foi universelle : Louis Massignon », Zamane, no 19,‎ mai 2012, p. 68 (consulté le 17 mai 2012)
  4. Louis Massignon, le cheikh admirable, biographie (Lectoure, France), Christian Destremau, Jean Moncelon, Bibliothèque du Capucin, 2005, ISBN 2-913493-62-9, page 497