Maxime Rodinson

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Maxime Rodinson (1970)

Maxime Rodinson est un linguiste, historien et sociologue français, spécialiste du Proche-Orient et de l'islam, né à Paris le 26 janvier 1915 et mort à Marseille le 23 mai 2004. Il était professeur à l'École pratique des hautes études.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses parents étaient des russo-polonais de familles juives, qui avaient fui les pogroms de Russie pour s'installer à Paris. Athés, militants socialistes, ils adhèrent au Parti communiste en 1920. Ses parents meurent en 1943, déportés à Auschwitz[1].

Carrière professionelle[modifier | modifier le code]

Sans avoir le bacalauréat, Maxime Rodinson étudie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) en 1932, il en sort diplômé d'amharique, d'arabe littéral, d'arabe maghrébin, d'arabe oriental et de turc en 1936[2]. Il apprend ensuite l'hébreu. En 1937, il devient boursier du CNRS.

En 1940, il est mobilisé dans l'armée française et envoyé en Syrie. Démobilisé, il travaille au service des antiquités à Beyrouth, puis enseigne à l'École des lettres jusqu'en 1947[3].

En 1948, il devient responsable de la section «islam» à la Bibliothèque nationale à Paris. En 1950, il soutient une thèse d'histoire à l'EPHE, IVe section [4].[réf. nécessaire] En 1955, il est nommé directeur d'études à l'École pratique des hautes études, et succède à Marcel Cohen comme professeur d'«éthiopien et de sud-arabique» (dont le ge'ez, la langue liturgique des chrétiens orthodoxes d'Éthiopie) quatre ans plus tard. Il le reste jusqu'à sa retraite en 1983[2].

En juin 1970, il soutient une thèse de doctorat d'État sur travaux, devant un jury composé de Georges Balandier, Régis Blachère, Claude Cahen et Henri Laoust[5].

En 1991, il obtient le prix de l'Union rationaliste, qui lui est remis par Jean-Pierre Vernant[2].

Un militant communiste[modifier | modifier le code]

Il fut membre du Parti communiste français de 1937 jusqu'à son exclusion en 1958. Il est accusé d’opportunisme et suspecté de vouloir faciliter sa carrière. Mais sa décision était basée sur son agnosticisme, il considérait qu'être membre d'un parti était comme suivre une religion, il voulait renoncer à « l'étroite subordination des efforts à la lucidité des exigences de mobilisation, même pour de justes causes ».[réf. nécessaire]

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Les travaux de Rodinson combinent les outils de la sociologie avec les théories marxistes pour l'étude de l'islam, ce qui l'aida à « ouvrir mes yeux et me faire comprendre et dire que le monde de l'Islam était sujet des mêmes lois et tendances comme le reste de la race humaine? »

Il est connu pour sa biographie de Mahomet, parue en 1961, une étude sociologique et matérialiste des conditions d'émergence de l'islam ainsi qu'une série de livres écrits tout au long de sa vie sur les rapports entre les doctrines issus de la pensée de Mahomet et les conditions sociaux-économiques des sociétés musulmanes.

Dans Islam et Capitalisme, paru en 1966 et dont le titre fait écho à la fameuse thèse de Max Weber sur l'émergence dans la même période du capitalisme et du protestantisme en Europe, il essaya de vaincre deux préjugés : le premier suivant lequel l'islam était un frein au développement du capitalisme, et le second, répandu chez les musulmans, selon lequel l'islam était égalitaire. Il mettait en lumière les éléments sociaux, les forces sociales en jeu, voyant l'islam plutôt comme un facteur neutre. À travers toutes ses œuvres suivantes, il mettra en évidence la relation entre les doctrines inspirées par Mahomet et les structures économiques et sociales dans le monde arabo-musulman. «Il se bat donc contre l'essentialisme et pour une approche des faits socio-économiques pris dans le contexte historique de leur époque»[5].

Positions sur le conflit israélo-palestinien[modifier | modifier le code]

Rodinson publie « Israël, fait colonial ? », dans un numéro spécial de la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, en juin 1967, mais son engagement était antérieur. Né dans une famille communiste antisioniste, il avait assisté à un meeting à la Mutualité pour la cause palestinienne quelques mois auparavant. Il devient après la guerre israélo-arabe de 1967 un porte-parole de la cause palestinienne en France.

Il crée le Groupe de recherches et d'actions pour la Palestine avec son collègue Jacques Berque.

Il considérait que la cause palestinienne fournissait un fonds de commerce à la droite antisémite et à la gauche maoïste et appelait les Palestiniens à populariser leur cause auprès des Européens de gauche, les prévenant du danger d'une lecture religieuse du conflit qui pourrait ternir la réputation de leur cause : « dans l'ardeur du combat idéologique contre le sionisme, les Arabes les plus influencés par une orientation religieuse musulmane saisiraient les vieux et populaires préjugés contre les juifs en général ».

Son antisionisme est basé sur deux points : le sionisme impose aux juifs du monde entier une identité et une idéologie nationaliste, et judaïse des territoires au prix de l'expulsion et de la domination des palestiniens.

En 1972, il rédige l’article « Sionisme » pour l’Encyclopaedia universalis, qu'il conclut ainsi :

« Le sionisme est un cas très particulier de nationalisme. Si une critique de type purement nationaliste est désarmée devant lui, par contre une critique universaliste est intellectuellement plus fondée. Par définition, elle ne peut se borner à mettre en balance les avantages et les inconvénients du sionisme pour les Juifs. Elle soulignerait surtout, en dehors des conséquences générales de la définition nationaliste de l’ensemble juif, le tort considérable fait au monde arabe par le projet réalisé du sionisme politique centré sur la Palestine : aliénation d’un territoire arabe, cycle de conséquences conduisant à la subordination et à l’expulsion d’une partie très importante de la population palestinienne »[6].

Sa vision du conflit israélo-palestinien change au fil des années, le fait national israélien devenant évident. Israël ne pouvait plus être regardé uniquement comme un État colonisateur mais aussi comme une communauté nationale; il défendait la nécessité de créer deux États : « S'il y a deux groupes ethniques ou plus dans le même pays, et si le danger de la domination de l'un par l'autre est à éviter, alors ces deux groupes doivent être représentés comme des communautés distinctes à un niveau politique, et à chacune doit être accordé le droit de défendre ses intérêts et aspirations. »[réf. nécessaire]

C'est pourquoi il était en désaccord avec l'OLP, considérant que leur idée d'une guérilla sur le modèle algérien du FLN (qui avait réussi à chasser les colons français) était une dangereuse illusion. Dans le même temps, il appelait les Israéliens à abandonner leur prétention à faire partie de l'Europe, et d'accepter d'être un pays du Moyen-Orient, alors, d'apprendre à vivre avec ses voisins, de reconnaître les injustices faites aux Palestiniens et d'adopter un langage de conciliation et de compromis.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1949 : Recherches sur les documents arabes relatifs à la cuisine, Paris, Geuthner (extrait de la Revue des études islamiques, vol. XVII). ISSN 0336-156X
  • 1957 : «L’Arabie avant l’islam», in Histoire universelle, t. II («Encyclopédie de la Pléiade») : pp. 3–36 et pp. 1637–1642, éditions La Pleiade - Gallimard (30 avril 1964), 2121 pages. ISBN 2-07-010411-7 ISBN 978-2-07-010411-6
  • 1961 : Mahomet, Paris, Club français du livre  ; édition revue et augmentée : 1968, Seuil («Politique»). Nouvelle édition revue, poche, 284 pages, éditions du Seuil (3 mai 1994). ISBN 2-02-022033-4 ISBN 978-2-02-022033-0
  • 1962 : «La lune chez les Arabes et dans l’Islam», in La Lune, mythes et rites, Paris, Seuil : 151-215.
  • 1963 : «Les Sémites et l’alphabet», «Les écritures sud-arabiques et éthiopiennes» et «Le monde islamique et l’extension de l’écriture arabe», in L’Écriture et la psychologie des peuples. Paris, Armand Colin :131-146 et 263-274.
  • 1966 : Islam et capitalisme, Paris, Seuil (rééd. 2014, Paris, Demopolis, 228 pages).
  • 1967 : Magie, médecine et possession à Gondar, Paris-La Haye, Mouton.
  • 1967 : «Israël, fait colonial ?», Les Temps modernes, no 253 bis : 17-88.
  • 1968 : Israël et le refus arabe, 75 ans d’histoire, Paris, Seuil, coll. «L’Histoire immédiate»
  • 1971 : «Muhammad», Encyclopædia Universalis, t.15 pp. 660–662 (réédition août 2002). ISBN 2-85229-550-4, repris sous le titre «Mahomet ou Muhammad (571?-632)» dans l'édition électronique.
  • 1972 : Marxisme et monde musulman, Paris, Seuil.
  • 1974 : (en collaboration avec J. Berque, J. Couland, L.-J. Duclos et J. Hadamard) Les Palestiniens et la crise israélo-arabe, textes et documents du Groupe de recherches et d’action pour le règlement du problème palestinien (GRAPP), 1967-1973, Paris, Éditions sociales.
  • 1979 : Les Arabes, Paris, PUF.
  • 1980 : La Fascination de l’Islam, Paris, Maspero («Petite collection»).
  • 1981 : Peuple juif ou problème juif ?, Paris, Maspero («Petite collection»).
  • 1993 : L’Islam : politique et croyance, Paris, Fayard.
  • 1993 : De Pythagore à Lénine : des activismes idéologiques, Paris, Fayard.
  • 1998 : Entre Islam et Occident, entretiens avec Gérard D. Khoury, Paris, Les Belles Lettres.
  • 2005 : Souvenirs d’un marginal, Paris, Fayard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir Souvenirs d’un marginal, pages 45 et 46, « Mon père s’installa donc à Paris et ne quitta plus la France, sauf pour de courts voyages… et aussi pour son ultime calvaire, son transfert forcé vers l’abattoir industriel d’Auschwitz. »
  2. a, b et c Jean-Pierre Digard [2004].
  3. Sa note dans l'Encyclopædia universalis.
  4. Un résumé est peut-être «Recherches sur les documents arabes relatifs à la cuisine», Revue des études islamiques, 1949, ISSN 0336-156X.
  5. a et b Khoury [2004].
  6. Article complet.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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