Fraise (costume)

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Le duc de Guise porte une fraise extra large typique de la fin du règne d’Henri III (1588)

La fraise est un col de lingerie formé de plis ou de godrons. Elle est placée autour du cou qu’elle cache et met en valeur le visage de celui qui la porte. On la désigne également sous le terme de collerette.

La fraise est portée en Europe occidentale, à l'époque des guerres de religion, de la seconde moitié du XVIe au début du XVIIe siècle. Elle présente une multiplicité de formes qui changent en fonction du statut de la personne qui la porte, de sa religion, de sa nationalité et de son époque.

C’est un vêtement revêtu par les nobles et les bourgeois. Sa qualité diffère selon la classe sociale. La haute noblesse porte des fraises en dentelle qui forment des godrons réguliers et symétriques.

Chaque époque et chaque pays ont adopté une fraise qui lui est propre. En France, elle est davantage portée par les catholiques, du moins au XVIe siècle. La forme de la fraise n’a jamais cessé d'évoluer. Dans les années 1570, la fraise tend à être un vêtement de cour luxueux et complètement démesurée dans les années 1580.

Les protestants lui préfèrent le simple col que portent également les catholiques durant les périodes austères. C’est ainsi qu’en France, avec les débuts de la Contre-Réforme dans les années 1580, le col est peu à peu préféré à la fraise. Sous le règne d’Henri IV, la fraise revient sous la forme d’une fraise dite de confusion, également adoptée dans une partie de l’Europe du Nord.

Caricature française d’un soldat espagnol (vers 1640)

Au XVIIe siècle, la fraise devient un trait de la mode espagnole. Dans les pays méridionaux sous l’influence espagnole, la fraise traditionnelle prend du volume et augmente d'épaisseur. Interdite en France sous le règne de Louis XIII, la fraise, devenue désuète, est utilisée pour caricaturer les Espagnols.

Sous l’Empire et la Restauration, la fraise revient à la mode en France.

La fraise au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

À l’origine des fraises, le bord supérieur des chemises formaient des petites plissures. Dans les années 1530, le décolleté cède la place au col montant et aux guimpes qui couvrent le haut de la poitrine et le cou.

  1. La fraise a pour origine le bord plissé des chemises. Détail d’un portrait de François Ier (Jean Clouet, Musée du Louvre)
  2. Portrait de Catherine de Médicis. Le bord de la chemise que porte la reine dépasse de son col, mais ce n’est pas encore vraiment une fraise car les godrons ne sont pas réguliers (vers 1555).

Les années 1560[modifier | modifier le code]

C’est au cours des années 1560 que la fraise fait véritablement son apparition. Elle est formée de godrons bien réguliers et devient un élément détaché de la chemise. Elle s'échappe du col et sa forme grossit progressivement en hauteur. La plupart des femmes portent la fraise au bout d’une collerette.

  1. Portrait d’Antoine de Bourbon, la fraise déborde hors du col
  2. Portrait de François II, la fraise est posée sur le col
  3. Portrait de Charles IX
  4. Portrait de Louis de Bourbon, 1er prince de Condé. Il porte un type de fraise assez fréquemment utilisée dans la mode protestante d’Europe du Nord.
  5. Portrait d’un gentilhomme allemand
  6. Portrait de Philippe II d'Espagne
  7. Portrait de Catherine de Médicis

Les années 1570[modifier | modifier le code]

Le retour en vogue du catholicisme dans les années 1570, entraîne à la cour de France le développement du luxe et de la mode. Par opposition à l’austérité protestante, on porte des fraises de plus en plus grandes, décorées de dentelle et échancrées. La fraise s’agrandit en hauteur puis au tout début du règne d’Henri III, en largeur. En 1578, elle atteint son extension maximale. Sa largeur démesurée fait l’objet de moqueries populaires. Pierre de L'Estoile écrit alors dans son journal : « À voir la tête d’un homme sur ces fraises, il semblait que ce fût le chef (tête) de Saint Jean sur un plat ».

Cette mode de la fraise sera tournée en dérision lors d'un charivari à la foire Saint Germain en février 1579 : des étudiants défileront, affublés de larges fraises en papier blanc, criant : « À la fraise on reconnaît le veau ! »[1]. Henri III ne goûta pas la plaisanterie et fit enfermer quelque temps les coupables à la prison du Châtelet[2].

  1. Portrait d’Henri duc d’Anjou
  2. Portrait de Henri de Guise
  3. Portrait d’Elisabeth d’Autriche
  4. Portait de François duc d’Alençon
  5. Portrait de Charles IX qui porte une fraise de dentelle aux godrons échancrés
  6. Portrait de Marguerite de Valois
  7. Portrait de Robert Dudley
  8. Portrait de Guillaume Ier d'Orange-Nassau

Les années 1580[modifier | modifier le code]

Durant les années 1580, la fraise ne connaît guère d'évolution. Chez les hommes, le col lui est peu à peu préféré. En France, les femmes continuent de porter la fraise le plus souvent avec un décolleté et une collerette qui s’est agrandie au point de former un large éventail autour de la tête. À la fin des années 1580, on voit en France, le retour d’une fraise plus petite.

Dans les années 1590, hormis dans les grandes occasions, la grande fraise n’est plus vraiment portée par les hommes qui préfèrent le col ou la fraise à confusion qui fait alors son apparition.

La fraise au début du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

En Espagne[modifier | modifier le code]

C'est en Espagne que survit la fraise. Elle est ici, d'une hauteur démesurée.

En Flandre et en Italie sous influence espagnole[modifier | modifier le code]

En Europe du Nord : la fraise dite à confusion[modifier | modifier le code]

La fraise dite à confusion est une fraise non empesée, à plusieurs rangs, nettement moins rigide, tombant sur les épaules en collerette puis en grands collets rabattus, enfin en col rabattu bordé de dentelle (mode Louis XIII)[3].

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Auc cours du XIXe siècle, et en particulier sous le Ier Empire, la fraise fait de nouveau son apparition dans les costumes de la noblesse napoléonienne. Elle est utilisée à la fois dans les costumes de villes que dans les costumes d'apparat.

  1. Extrait du journal des Dames de 1819
  2. Portrait de Jérôme Bonaparte
  3. Portraits des princesses Zenaïde et Charlotte Bonaparte

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Almanach des Français traditions et variations 1994, page 107.
  2. Sabine de la Rochefoucauld, L'avocat à la fraise, in Grande Galerie - Le Journal du Louvre, déc. 2013./jan./fév. 2014, n° 26, page 106.
  3. La « fraise » et la folie des dentelles

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]