Marie Touchet

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Portrait présumé de Marie Touchet

Marie Touchet, comtesse d'Entragues, née à Orléans en 1549 et morte à Paris, le 28 mars 1638, était la maîtresse du roi Charles IX.

De son union avec le roi, elle eut le bâtard d'Angoulême (1573). Elle fut également la mère d'Henriette d'Entragues, favorite controversée du roi Henri IV. Dans les années 1600, elle fut compromise par les complots fomentés contre le roi par ses enfants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Marie Touchet est la fille de Jean Touchet, sieur de Beauvais et du Quillard, conseiller du roi, lieutenant huguenot du bailliage d'Orléans[1] et non pas parfumeur, apothicaire ou notaire[2], et de Marie Mathy, fille d'Orable Mathy, médecin du roi d'origine flamande[2].

La rencontre avec Charles IX[modifier | modifier le code]

Les versions divergent quant aux circonstances exactes de cette rencontre. À 16 ans, elle aurait, selon certains historiens, rencontré et aimé à Orléans, le jeune roi de France Charles IX, 15 ans, lors de son périple dans le royaume aux côtés de sa mère Catherine de Médicis et du chancelier de l'Hôpital (1565).

Selon l'historien Émile Gaboriau, « c'est à Blois, au retour d'une chasse, que le roi qui n'avait que dix-huit ou dix neuf ans, aperçut cette charmante fille[1]. »

Une beauté légendaire[modifier | modifier le code]

Gravure du XIXe siècle représentant Marie Touchet telle qu'on l'imaginait à l'époque romantique

Tous ses contemporains s'accordent pour reconnaître qu'elle était fort belle « le visage rond, les yeux vifs et bien fendus, le front plus petit que grand, le nez d'une juste proportion, la bouche petite et le bas du visage admirable. Elle était en outre spirituelle et enjouée » ; son portrait peint par François Clouet nous la montre bien en chair, avec de magnifiques épaules et une très belle gorge. Les historiens hésitent pour attribuer le tableau présenté à Diane de Poitiers ou Marie Touchet. Le jeune Charles[1] ou des poètes composent l'anagramme du nom de la maîtresse royale qui donne : « Je charme tout ».

Selon un autre écrivain de l'époque, « son esprit était aussi incomparable que sa beauté » et d'ajouter qu'elle avait « le visage plus rond qu'ovale. Ses yeux, trop grands peut-être, avaient une expression de douceur infinie; son nez était du dessin le plus fin; ses cheveux noirs et merveilleusement abondants; et sa bouche rose et mignonette s'ouvrait sur des dents plus blanches que neige[1]. »

Maîtresse royale[modifier | modifier le code]

Longtemps, le roi cherche à garder secrète cette liaison, pour ne pas déplaire à la reine-mère Catherine de Médicis. Dans un premier temps, les amants se retrouvent dans un repaire de chasse où le roi se rend de nuit et sans escorte[1]. Mais Marie Touchet ne tarde pas à tomber enceinte. Informée par ses « espions » de cette liaison, Catherine de Médicis, ordonne à son fils d'éloigner cette maîtresse. Charles IX envoie alors sa bien-aimée sur les terres du duché de Savoie[1]. C'est là qu'elle donne naissance à un fils qui ne survit que quelques jours. Mais trois ans d'éloignement n'ont pas raison de cet amour[2].

Poète, Charles IX lui compose des vers[2]:

Toucher, aimer, c'est ma devise,
De celles-là que plus je prise,
Bien qu'un regard d'elle à mon cœur,
Darde plus de traits et de flamme,
Que tous l'Achérot vainqueur,
N'en feroit onc appointer dans mon âme

Lorsqu'elle apprit les projets de mariage[3] entre le Roi et l'archiduchesse Élisabeth d'Autriche en 1570, Marie Touchet demande à se faire apporter le portrait de la future reine, avant de déclarer pleine assurance : « L'Allemande ne me fait pas peur ». « Inférant par là », ajoute Brantôme, « qu'elle présumait tant de soi et de sa beauté, que le roi ne saurait s'en passer[4]. »

La suite lui donnera raison et Charles IX conserva la liaison qu'il avait tissée avec Marie Touchet.

Marie Touchet, dont Michelet dit qu'elle était aussi gracieuse et instruite que spirituelle et bonne, va accoucher d'un fils de son amant royal au château du Fayet, près de Barraux, le 28 avril 1573. Cette maison forte du XIIe siècle avait été acquise, en 1543 par Arthaud de Maniquet. Elle reste dans cette famille jusqu'au XVIIIe siècle.

C'est le fils d'Arthaud, Hector de Maniquet, maître d'hôtel de Marguerite de Navarre et confident du jeune roi qui se proposa de cacher alors la grossesse de la jeune maîtresse du souverain, état qui aurait scandalisé la Cour où cette dernière était reçue et où elle avait de nombreux ennemis. L'enfant qui naît ce jour-là à Barraux est baptisé Charles. Il est plus tard comte d'Auvergne et duc d'Angoulême et fait souche princière (Charles de Valois-Auvergne, duc d'Angoulème).

Le roi meurt en 1574.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Marie Touchet épouse, en 1578, François de Balzac d'Entragues, gouverneur d'Orléans, de qui elle a deux filles, Catherine Henriette de Balzac d'Entragues et Marie-Charlotte de Balzac d’Entragues. Toutes deux seront maîtresses d'Henri IV (qui s'engagera même à épouser la première).

Marie Touchet habite dans un hôtel, place des Vosges à Paris. Elle meurt le 28 mars 1638.

Inspiration littéraire[modifier | modifier le code]

Marie Touchet, gravure du XIXe siècle.

Son histoire inspira Gustave Rivet, homme politique, poète et dramaturge, mais aussi propriétaire, à la fin du XIXe siècle, du château du Fayet sur la commune de Barraux. Son drame en un acte et en vers, intitulé « Marie Touchet » est représenté sur la scène de l'Odéon à Paris, le 26 octobre 1881.

Le succès de la pièce sera considérable car l'auteur, dans cette œuvre, fait de Marie Touchet la confidente qui s'oppose, avec sa sensibilité de femme, à la raison d'État et à la « belle politique » qui conduit à la barbarie de la Saint-Barthélemy.

Le bon peuple du Val de Loire composa une petite chanson narquoise que l'on chante encore de nos jours entre Beaugency et Châteauneuf :

C'est Marie d'Orléans,
Touchez là, ma commère, touchez là,
C'est Marie d'Orléans,
Qui a de beaux bras blancs.

En son jardin d'amour,
Touchez là, ma commère, touchez là,
En son jardin d'amour,
Un roi vient tous les jours.

S'en vont jusqu'à Chécy,
Touchez là, ma commère, touchez là,
S'en vont jusqu'à Chécy,
Pour y passer la nuit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Gaboriau, p. 200 et suiv.
  2. a, b, c et d Jean Vatout, p. 18
  3. Selon Jean Papire Masson (p. 524), cet épisode a lieu une fois le mariage célébré.
  4. Brantôme, p. 25

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]