Alphonse Lemerre

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Alphonse Lemerre.[réf. nécessaire]

Alphonse Lemerre, né le 9 avril 1838 à Canisy, mort le 15 octobre 1912 à Paris[1], est un éditeur français réputé pour ses éditions des poètes parnassiens.

Biographie[modifier | modifier le code]

La célèbre marque de l'éditeur : le bêcheur, dessinée par Félix Bracquemond.
Reproduction du tableau de Paul Chabas Chez Alphonse Lemerre, à Ville-d’Avray (1895) : représenté avec ses auteurs, l'éditeur est à l'extrême droite, derrière lui se tient son fils Désiré, Mme Lemerre est assise et cajole son petit-fils, Alphonse II (né en 1890).

Alphonse-Pierre Lemerre naît à Canisy le 9 avril 1838. Il est le huitième enfant d'une famille de cultivateurs installée dans la Manche. À partir de l'âge de 12 ans, il est saute-ruisseau à Saint-Lô, c'est-à-dire coursier, entre autres pour un notaire[2].

Il arrive à Paris en 1860, et se fait embaucher par le libraire Pierre-Paul Percepied qui tient boutique au 42 passage Choiseul : on y trouve des ouvrages religieux et des objets de piété, mais aussi un fonds de classiques dont Lemerre hérite en 1862. Il décroche entre temps son diplôme de libraire et ouvre sa propre boutique un peu plus loin dans le même passage, au numéro 23. C'est un petit local.

Lemerre épouse le 11 août 1864 la modiste Antoinette-Sophie Faynot (1837-1894) qui tient boutique juste en face de la librairie. Ils auront deux enfants : Désiré-Jean-Alphonse (1865-1928) et Jeanne-Modeste-Aurélie (1868-1960).

Grâce à l'argent de son épouse, Lemerre se lance dans l'édition en 1865 : son souhait est de publier des ouvrages bien faits, à la typographie élégante et sur beau papier. Il se choisit une marque, un homme bêchant, et une devise latine fac et spera (agis et espère)[3].

La librairie déménage au numéro 27-31 en 1872. Auparavant, c'est au 23 que vont se réunir les futurs poètes du Parnasse contemporain dont la première publication date du 3 mars 1866, placée sous la direction de Louis-Xavier de Ricard et Catulle Mendès et qui comprend des poèmes de Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine. Le Parnasse contemporain, recueil de vers nouveaux comprendra 18 livraisons hebdomadaires, jusqu'au 30 juin 1866, avant la parution du volume complet en octobre. Il publiera deux autres volumes, qui paraîtront en 1871 et 1876.

Auparavant, il avait édité L’Art, la revue fondée par Ricard, soit dix numéros, entre le 2 novembre 1865 et le 6 janvier 1866 (dont, en novembre, l’article de Verlaine sur Baudelaire). Lemerre publie également en novembre 1865 son premier ouvrage, il s'agit du recueil poétique Ciel, rue et foyer toujours du même Ricard. Par la suite, il réimprime à peu d'exemplaires et de façon soignée Pierre Ronsard, Joachim du Bellay ou Pontus de Tyard, dans une collection intitulée « La Pléiade françoise », qu'il poursuivra jusqu’en 1898.

En novembre 1866, Verlaine publia chez Lemerre, à compte d’auteur, ses Poèmes saturniens, imprimés par Damase Jouaust et salués par Mallarmé. Verlaine y publiera encore deux nouveaux recueils.

Plus tard, Lemerre posséda sa propre imprimerie située 6 rue des Bergers.

Il lance de nombreuses collections : la « Bibliothèque d'un curieux » créée en 1867 qui réédite des auteurs oubliés, la « Collection Lemerre » proprement dite, lancée en 1868, qui comprend des classiques français ; la « Petite Bibliothèque littéraire » lancée la même année, sur le même principe mais en format réduit et ouverte aux auteurs étrangers, puis plus tard aux chefs-d’œuvre de la littérature française contemporaine (Anatole France, Auguste Molinier, Petit de Julleville, etc.) ; la « Bibliothèque illustrée », la « Bibliothèque dramatique », la « Petite collection pour la jeunesse », les « poèmes nationaux », des livres d’enseignement, etc.

Il fut maire de Ville-d'Avray, tendance républicain et anticlérical. Il resta très attaché à sa Normandie natale ; il y séjourne (à Canisy, où il fait bâtir le château de Montmirel, et à Coutainville) et y achète plusieurs propriétés : une villa à Agon, un château à Dangy, une ferme à Cerisy-la-Forêt, un manoir au Mesnil-Angot, le château de Grato, etc.

En 1893, il commande au peintre Paul Chabas une vaste composition peinte (285 x 338 cm) représentant tous les poètes du Parnasse qu'il édite. Ce tableau, Chez Alphonse Lemerre, à Ville d'Avray, est exposé au salon de 1895 et a pour cadre le jardin de sa propriété, achetée en 1875 et qui avait appartenu au peintre Camille Corot. Parmi les personnages peints ont reconnaît Leconte de Lisle, Paul Bourget, José-Maria de Heredia ou bien encore Jules Claretie.

Sur Paris, il se fait construire en 1880 un hôtel particulier situé au 10 rue Chardin : l’enseigne de la maison d’édition, l’ « Homme à la bêche », reproduit sur le linteau du portail d’entrée, est toujours visible.

Il est fait officier de la Légion d'honneur en 1902.

Il meurt à Ville d'Avray le 15 octobre 1912 âgé de 74 ans. Son fils Désiré reprend les activités. Celui-ci lance en 1923 la revue mensuelle Nos Poètes dirigée par Maxime Formont. En 1935, le fils de Désiré édite Comment j'ai écrit certains de mes livres, l'ouvrage posthume de Raymond Roussel.

Les petits-enfants de Lemerre, Alphonse II (1890-1979) et Pierre, ferment la librairie et la maison d'édition en février 1965 : c'était la plus ancienne librairie parisienne en activité (fondée en 1842 par Percepied).

Figure importante du monde des lettres pendant plus de quarante ans, Alphonse Lemerre était surnommé « le Barbin des jeunes poètes » et « l’Elzevier des vieux classiques »[4].

Ennuis avec la justice[modifier | modifier le code]

En 1892, Le Figaro et Lemerre éditèrent ensemble Cosmopolis de Paul Bourget. Lors d’un séjour en Amérique, Bourget découvre que l’ouvrage a été traduit en anglais par quatre éditeurs américains et vendu à environ 40 000 exemplaires : il réclame alors ses droits d’auteur à Lemerre qui, n’ayant rien reçu des éditeurs américains, les lui refusa. Bourget poursuivit son éditeur en justice[5].

N'ayant signé aucun contrat avec les éditions Alphonse Lemerre et étant passé ensuite chez Calmann Lévy en exclusivité, Anatole France fit un procès à Lemerre en décembre 1911 et fut défendu par Raymond Poincaré qui obtint de l'éditeur la restitution d'un manuscrit et des 3 000 francs avancés par l'auteur.

Sélection d'auteurs édités par Alphonse Lemerre[modifier | modifier le code]

Alphonse Lemerre est connu pour avoir publié les poètes parnassiens. Mais il publia également des anthologies et de grands auteurs classiques et romantiques.

Poètes parnassiens[modifier | modifier le code]

Les précurseurs
Le chef de file
Quelques adeptes
Les recueils collectifs 

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Anthologie des poètes français depuis les origines jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
  • Anthologie des poètes français, XIXe siècle.
  • Anthologie des Poètes latins, avec la traduction en français par Eugène Fallex, 1877.
  • Sonnets et eaux fortes, 1869, livre de peintres paru en France grâce au critique d’art Philippe Burty[6].
  • Le Livre des Sonnets, avec une Histoire du Sonnet, par Charles Asselineau :
    • dix dizains de sonnets choisis, 1874 ;
    • quatorze dizains de sonnets choisis, 1875 ;
    • seize dizains de sonnets choisis, (s.d., 1875 ?).
  • Le Livre des Ballades, soixante ballades choisies, 1876.

Grands auteurs : anciens, classiques, romantiques[modifier | modifier le code]

Auteurs contemporains autres que les parnassiens[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Histoire ancienne des Peuples de l'Orient jusqu'au premier siècle avant notre ère, par Paul Gaffarel.
  • Histoire grecque, par Petit de Julleville.
  • Histoire romaine, par Eugène Talbot.
  • Histoire d'Israël, par E. Ledrain. Vol. 1 : 1re partie, se terminant à la chute des Omrides ; Vol. 2 : 2e partie, se terminant à la répression du soulèvement des juifs sous Adrien.
  • Histoire du Moyen Âge, par Pierre Gosset (pas de mention de l'auteur sur les exemplaires reliés par l'éditeur), 1876.
  • Histoire populaire du Christianisme, par Leconte de Lisle, 1871
  • Histoire de la littérature grecque, par Eugène Talbot.
  • Histoire de la littérature romaine, par Eugène Talbot.
  • Histoire de la littérature française, par Charles Gidel, en cinq volumes :
    • vol. I. Depuis son origine jusqu'à la Renaissance, 1878 ;
    • vol II, Depuis la Renaissance jusqu'à la fin du XVIIe siècle, 1882 ;
    • vol. III. Depuis la fin du XVIIe siècle jusqu'en 1815, 1883 ;
    • vol. IV et V, Depuis 1815 jusqu'à nos jours.
  • Histoire des littératures étrangères, par Eugène Hallberg. Vol. 1 : Littératures scandinave, allemande, hollandaise, depuis leurs origines jusqu'en 1850 ; Vol. 2 : Littératures anglaise, slave, depuis leurs origines jusqu'en 1850.
  • Histoire des temps modernes, depuis la seconde moitié du XVe siècle jusqu'à nos jours, par Edgar Zévort
  • Histoire populaire de la Révolution française, par Leconte de Lisle (nom d'auteur non mentionné), 1871.
  • Histoire universelle, par Marius Fontane :
    • Les Asiatiques. Assyriens, Hébreux, Phéniciens (de 4000, : à 559 av. J.-C.), 1883 ;
    • Les Égyptes (de 5000 à 715 av. J.-C.), 1882 ;
    • Inde Védique (de 1800 à 800 av. J.-C.'), 1881 ;
    • Les Iraniens. Zoroastre (de 2500 à 800 av. J.C.), 1881.
  • Œuvres de Jules Michelet
    • Histoire de France. Le Moyen Âge, 8 volumes ;
    • Histoire de France, 11 volumes. Couverture : du seizième siècle à Louis XVI ;
    • Histoire de la Révolution française, 9 volumes.

Œuvres d'Alphonse Lemerre[modifier | modifier le code]

  • Édition sur Wikisource Le Livre du bibliophile, 1874, paru sans nom d'auteur ; longtemps attribué à Alphonse Lemerre ; en fait, le manuscrit est de la main d'Anatole France[7].
  • Le Vers français, Versification et Poétique, écrit avec Maxime Fromont.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Bulletin de décès, Archives Nationales cote LH/1579/70.
  2. Notes biographiques et suivant tirées du site Histoire de la bibliophilie : Alphonse Lemerre, « le Barbin des jeunes poètes » par Jean-Paul Fontaine, 23 février 2014 (en ligne).
  3. Cette marque s'inspirerait de celle de Jean [Joannes] Maire, imprimeur-éditeur à Leyde entre 1602 et 1657 (cf. Fontaine, 2014, supra. et Ex officina Joannis Maire sur BiblioMab).
  4. Charles Coligny, dit « Xavier de Villarceaux » in Revue du XIXe siècle, IIIe année-Tome IX, octobre-novembre-décembre 1868, p. 410 (d'après Fontaine, 2014, supra.)
  5. L'affaire est rapportée par Émile Zola, dans Le Figaro du 13 juin 1896, sous le titre « Auteurs et éditeurs ».
  6. Le premier « livre de peintres » serait Faust. Tragédie de M. de Goethe édité à Paris par Charles Motte et Sautelet en 1828, dans la traduction en français par Albert Stapfer (1766-1840), avec une couverture illustrée attribuée à Achille Devéria, un portrait de l’auteur et 17 dessins exécutés sur pierre par Eugène Delacroix, hors-texte.
  7. Voir l'ouvrage sur Gallica.

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]