Hôtel de Rohan (Paris)

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Hôtel de Rohan (Paris)
Hôtel de Rohan (Paris)
Hôtel de Rohan (Paris)
Présentation
Architecte Pierre-Alexis Delamair
Date de construction 1705
Protection Logo monument historique Classé MH (1924)
Géographie
Pays France
Commune Paris
Adresse 87 rue Vieille du Temple
Localisation
Coordonnées 48° 51′ 35″ N 2° 21′ 35″ E / 48.859722222222, 2.359638888888948° 51′ 35″ Nord 2° 21′ 35″ Est / 48.859722222222, 2.3596388888889  

L’hôtel de Rohan, construit par l'architecte Pierre-Alexis Delamair, à partir de 1705 pour la famille de Rohan, abrite aujourd'hui, avec l'hôtel de Soubise attenant, une partie des Archives nationales. Ce monument fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 27 novembre 1924.

Historique[modifier | modifier le code]

L'hôtel de Rohan sous les quatre cardinaux[modifier | modifier le code]

Armand Gaston Maximilien de Rohan, fils de la princesse de Soubise et évêque de Strasbourg depuis 1704 et futur cardinal de Rohan, fit construire à partir de 1705 par l'architecte Pierre-Alexis Delamair, un hôtel particulier sur un terrain contigu à l'hôtel de Soubise, occupé par ses parents.

Après la mort d'Armand-Gaston en 1749, trois cardinaux de Rohan et évêques de Strasbourg ont vécu successivement dans cet hôtel. Tout d'abord, le neveu d'Armand-Gaston de Rohan qui lui succéda et prit le nom de Cardinal de Soubise. C'est lui qui fit achever la cour des écuries par son architecte Saint-Martin. Après lui viendra en 1756, Louis-Constantin de Rohan-Montbazon, ancien capitaine de vaisseau entré dans les ordres et mort en 1779 et enfin Louis-René-Edouard, frère du maréchal de Rohan-Montbazon, qui sera en 1785 victime de l’escroquerie du « collier de la reine ».

L'hôtel de Rohan après la révolution[modifier | modifier le code]

Sous la révolution, l'hôtel de Rohan fut mis sous séquestre et le mobilier dispersé, notamment la très riche bibliothèque dont une partie se trouve aujourd'hui rassemblée à la Bibliothèque de l'Arsenal. L'hôtel de Rohan suivit le sort de l'hôtel de Soubise et fut acquis par Napoléon Ier en 1808. L'imprimerie impériale, puis royale, puis nationale s'installa dans ces locaux en 1809. Resserrée au début de son implantation dans le quadrilatère de l'hôtel de Rohan, sur un terrain de 8 000 mètres carrés l'imprimerie, ne cessa de s'agrandir sur toutes les parcelles encore vierges de bâtiments, allant jusqu'à couvrir plus de 10 000 mètres carrés vers 1920 et finit par ne plus avoir de place dans ses vieux locaux inadaptés.

L'hôtel de Rohan est classé au titre des monuments historiques par arrêté du 27 novembre 1924[1].

Lorsque l'Imprimerie nationale quitta les lieux en 1927 pour s'installer dans les locaux construits pour elle rue de la Convention, le directeur des Archives, Charles-Victor Langlois, batailla pour sauver l'ensemble et le faire attribuer aux Archives nationales.

Les Archives nationales à l'hôtel de Rohan[modifier | modifier le code]

Le 25 novembre 1926, le Sénat adopta l'article unique qui sauvait l'hôtel de Rohan de la destruction. La loi fut enfin promulguée le 4 janvier 1927. Le décret d'affectation aux Archives nationales fut signé le 22 janvier 1927. En vertu de la loi du 9 décembre 1927 et de la loi de finances du 27 décembre suivant, des crédits d'un montant respectif de 800 000 et 1 million de francs, furent inscrits au budget de l'administration des Beaux-Arts pour permettre d'entreprendre la remise en état et l'aménagement des bâtiments de l'hôtel de Rohan. Bien que la direction de l’École des chartes ait renoncé le 11 novembre 1928 à la proposition de s'installer dans l'hôtel de Rohan, on en resta au projet de remise en état des bâtiments examiné par la commission des Monuments historiques, à savoir la restauration du gros œuvre, la reconstruction du petit et du grand escalier et la remise en état des appartements du premier étage. Il ne fut pas question de réaménager ce qui était autrefois la célèbre bibliothèque réunie par le cardinal Armand-Gaston de Rohan. La restauration fut menée de façon exemplaire par Robert Danis, qui restitua notamment de toutes pièces le grand escalier que l'Imprimerie avait détruit pour y aménager des bureaux. Le palais rénové fut inauguré le 30 mai 1938 par le président de la République Albert Lebrun.

L'importance des surfaces nouvelles obtenues dans l'hôtel rénové ne cessa pas de susciter des convoitises d'autres services de l’État : Ministère des finances ou marine marchande. Mais, la proposition de loi sur les archives notariales constituait un solide argument pour accueillir un service neuf qui put occuper pleinement les locaux. Ce fut le Minutier central des notaires parisiens qui fut ainsi installé dans l'hôtel de Rohan en 1932. L'hôtel fut équipé de rayonnages dans tous les anciens locaux de service. C'est dans les écuries, autour de la cour des « Chevaux du Soleil », qu'on logea ainsi les minutes des notaires de Paris.

La dépose et la mise à l'abri en septembre 1939, dans les caveaux du Panthéon, des éléments majeurs des décors du XVIIIe siècle de l'hôtel de Rohan et leur repose en 1946, ont sans doute permis, outre leur sauvetage pendant la guerre, d'assurer leur restauration (entre autres pour ce qui concerne les décors du salon des Singes) et leur mise en valeur à l'issue de celle-ci.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, bien des agrandissements et des modifications ont été programmées par les directeurs généraux successifs des Archives de France, sans jamais porter atteinte au site urbain constitué par les deux hôtels et leur jardin central. À la demande de Charles Braibant, l'architecte Ch. Musetti fut ainsi appelé à bâtir un bloc de magasins le long du jardin, venant compléter le plan inachevé des architectes de la Monarchie de Juillet. Il édifia ensuite entre 1962 et 1968, à la demande d'André Chamson, deux ailes basses en équerre joignant l'hôtel de Rohan à l'hôtel de Jaucourt récemment acquis. Enfin c'est encore lui qui dota les Archives des premiers équipements techniques indispensables (atelier photographique, atelier des microfilms) à l'angle des rues Vieille-du-Temple et des Quatre-Fils.

Architecture[modifier | modifier le code]

Robert Le Lorrain, Les Chevaux du Soleil

Après quelques hésitations, l'architecte Pierre Alexis Delamair choisit une œuvre très classique pour la construction de la façade donnant sur le jardin. Il opta pour la solution la plus majestueuse, avec un seul avant-corps à colonnes, large de trois travées de baies cintrées. La sculpture décorative fut confiée aux mêmes ornemanistes qui travaillaient sur l'hôtel de Soubise. Du côté de la cour d'honneur, l'édifice présente une façade plus étroite et plus sobre. Progressivement, le cardinal réalisa son dessein qui était de disposer de vastes espaces pour ses écuries, ses remises et ses domestiques. Des maisons seront acquises et rasées (1714-1736) pour permettre la construction d'une grande cour des écuries de plan carré, dessinée par Delamair, puis d'une seconde petite cour avec portail ouvrant sur la rue des Quatre-Fils. Pour la porte principale des écuries, percée entre deux abreuvoirs, l'architecte proposa un motif monumental à l'esthétique versaillaise : un grand haut-relief du sculpteur Robert Le Lorrain subtilement intégré dans les lignes de la construction et représentant les serviteurs d'Apollon venant désaltérer les chevaux du char du Soleil après leur course ardente. Ce chef-d’œuvre semble un peu postérieur aux premiers travaux du palais (entre 1731 et 1738).

C'est sous le second cardinal de Soubise, qu'ont été décorés les appartements du Palais de Rohan tels que nous pouvons aujourd'hui les admirer. Ces travaux furent exécutés entre 1749 et 1752 sous la direction de Saint-Martin, son architecte attitré. Le rez-de-chaussée n'a rien conservé de sa décoration ancienne. Le grand vestibule ovale de forme allongée qui dessert à la fois un salon carré donnant sur le jardin au fond, un escalier de service ancien sur la gauche et le majestueux escalier d'honneur rénové sur la droite. Les grands appartements du premier étage comprennent une vaste antichambre de cinq fenêtres ornée autrefois de onze portraits. Cette pièce n'a rien conservé de sa décoration ancienne, comme la salle suivante. Néanmoins, à l'époque moderne, ces deux pièces ont été tendues de dix tapisseries d'Aubusson à sujets chinois (chasse, pêche, paysannerie) tissées sur des cartons de Boucher.

La salle suivante servant de salle à manger, était garnie de peintures en grisaille de Brunetti analogue à celles de l'escalier du Palais Soubise, dont rien n'a été conservé. On entre ensuite dans la salle de compagnie ou salon de musique dont le décor date du deuxième cardinal (1750-1751). Seulement quelques boiseries sculptées blanc et or ont été conservées. Par une porte au fond de la salle de compagnie, on entre dans le petit appartement, plus bas de plafond et éclairé sur la cour. Il comprend une garde-robe et une petite antichambre, communiquant avec l'escalier de service, toutes deux remplacées aujourd'hui par une pièce carrée donnant accès à la chambre à coucher du cardinal. Cette pièce est ornée d'une belle glace de cheminée et d'un trumeau entre les fenêtres. Les portes sont anciennes et deux toiles de Boucher, remises au Louvre en 1911 se trouvaient en dessus-de-porte. À côté de la chambre, un cabinet et un serre-papier, desservis par un corridor et un escalier dérobé qui existe encore, constituent aujourd'hui une seule pièce où l'on dispose des boiseries vert et or des fables d'Ésope provenant des petits appartements du Palais Soubise.

L'enfilade du côté du jardin se termine par le fameux « cabinet des singes », lui aussi décoré en 1749-1750. Il a perdu sa cheminée, remplacée aujourd'hui par une cheminée ancienne provenant de démolitions parisiennes. Ses magnifiques panneaux de lambris y compris la porte d'entrée ont été peints par le grand ornemaniste Christophe Huet. On y voit des scènes champêtres où s'ébattent des Chinois et des Chinoises de convention qui jouent à des jeux très occidentaux (la Chandelle ou le Colin-maillard par exemple). Le reste de la décoration est fait de rinceaux fleuris où jouent des oiseaux, des insectes, des singes enfin qui ont donné leur nom à ce chef-d’œuvre de la décoration sous Louis XV.

Après avis de la commission des Monuments historiques, le 27 novembre 1924, les façades du bâtiment principal furent classées. Sont également classés, le grand vestibule du rez-de-chaussée du corps de logos principal, le grand salon du premier étage, voisin du cabinet des Singes (déjà classé depuis 1900), la voussure du grand escalier détruit, l'escalier de gauche à rampe armoriée montant jusqu'au deuxième étage.

Galerie[modifier | modifier le code]

Utilisation dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean-Pierre Babelon, Musée de l'Histoire de France, Histoire et description des bâtiments des Archives nationales, Paris, Imprimerie nationales, 1969, 101 p.
  • Jean-Pierre Babelon, Du palais de Soubise au CARAN : le siège des Archives nationales, Paris, Archives nationales, 1988, 47p. ((ISBN 2-86000-139-5))
  • Philippe Béchu, Christian Taillard, Les hôtels de Soubise et de Rohan, Paris, Somogy, 2004, 488 p. ((ISBN 2-85056-796-5))
  • Claire Béchu (dir.), Les Archives nationales, des lieux pour l'histoire de France : bicentenaire d'une installation (1808-2008), Paris, Somogy / Archives nationales, 2008, 384 p. ((ISBN 978-2-7572-0187-9))
  • Sabine Meuleau et Régis Lapasin, Les Archives nationales : le quadrilatère du Marais, Paris, Centre des monuments nationaux et Archives nationales (collection "Itinéraires du patrimoine"), 2013

Lien externe[modifier | modifier le code]