Conversion linguistique

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la notion sociolinguistique. Pour notion grammaticale, voir Conversion lexicale. Pour les autres significations, voir Conversion.

Une conversion linguistique est un processus dans lequel une communauté de même langue maternelle ou liée culturellement par une forte contrainte sociale (comme : l'esclavage) abandonne progressivement la ou les langues maternelles au profit d’une autre. L’avancement de la conversion à un instant « T » correspond au pourcentage du nombre de membres de la communauté parlant plus fréquemment la nouvelle langue à la maison. Cette information permet de mesurer l’évolution de l’utilisation de la langue au sein de la communauté. La période d’étude s’étend le plus souvent sur plusieurs générations, mais elle peut également se limiter à la durée de vie d’une personne.

Le processus par lequel une communauté linguistique apprend une seconde langue, puis devient bilingue, et finit par utiliser que la seconde, est associé au phénomène d'assimilation culturelle. Lorsqu’une communauté linguistique a complètement abandonné sa langue d’origine, cette dernière est alors qualifiée de langue morte.

Exemples[modifier | modifier le code]

Philippines[modifier | modifier le code]

Aux Philippines, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’anglais a progressivement remplacé l’espagnol qui a finalement disparu de la vie quotidienne.

Alsace[modifier | modifier le code]

En Alsace, l’alsacien (réalité linguistique constituée de dialectes germaniques, alémaniques et franciques) a perdu sa position de langue utile au profit du français ; ceci relève d'une conjonction d'éléments intégrant notamment la délégitimation, au lendemain de l'annexion de fait par le Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale, de l'allemand comme idiome littéraire (usité notamment, à côté du français, par les églises et jusque dans les années 1930 par un fort courant intellectuel - pas nécessairement francophobe -), un exode rural important ainsi que des bouleversements sociologiques similaires à ceux s'étant produits dans d'autres régions françaises (Occitanie, Bretagne, Flandre, Roussillon, Corse...).

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Calvin Veltman a beaucoup écrit sur le processus de changement de langue ayant eu lieu chez une douzaine de minorités linguistiques aux États-Unis, notamment dans son livre de 1983 intitulé Conversion linguistique aux États-Unis (Language shift in the United States). Cet ouvrage s'appuie sur les données de l’étude du bureau de recensement de 1976 qui montrent que l’avancement de la conversion et le taux d’assimilation s’est accéléré dans le pays durant les cinquante années précédentes. Les immigrants hispanophones deviennent anglophones en deux générations et si l’immigration cessait, la langue ne survivrait alors pas plus de deux générations. En Nouvelle-Angleterre, le français québécois, largement parlé par les immigrants canadien-français au début du XXe siècle a plus ou moins disparu des États-Unis au profit de l’anglais. Un phénomène similaire s’est également produit en Louisiane, ancienne colonie française. Les données publiées dans le livre de McKay et Wong intitulé « les nouveaux immigrants aux États-Unis » (New immigrants in the United States) confirment ces phénomènes en s’appuyant sur les données du recensement de 1990.

Ce phénomène a également été observé au Canada en dehors du Québec où l’avancement de la conversion des minorités francophones laisse imaginer la disparition du français. En revanche, dans la province de Québec, le déclin du français a été renversé, et après de fort taux d'émigration des anglophones et de nombreux mariages avec les Canadiens français, l’anglais est maintenant en déclin.

Biélorussie[modifier | modifier le code]

Malgré l’indépendance de la Biélorussie (1991), l’utilisation de la langue biélorusse est en déclin. Une étude menée en 2009 par le gouvernement du pays démontre que 72 % des Biélorusses parlent désormais russe à la maison, alors que seuls 11,9 % continuent d’utiliser la langue biélorusse. Seuls 29,4 % peuvent écrire, lire et parler biélorusse. Selon l’étude, un Biélorusse sur dix ne comprend pas le biélorusse.

Le déclin pourrait être attribué en partie à la politique du bilinguisme (biélorusse et russe) menée par le président Alexandre Loukachenko. Favorisée sous l’Empire russe et l’URSS, la langue russe continue à gagner du terrain.

Bruxelles[modifier | modifier le code]

Voir : Francisation de Bruxelles.

Irlande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Irlandais.

Haïti[modifier | modifier le code]

Au cours de la période coloniale du XVIIe siècle au XIXe siècle, les populations serviles ont graduellement abandonné leurs langues maternelles d'origine au profit du créole haïtien.

Conséquences sociales[modifier | modifier le code]

Parmi les conséquences des conversions linguistiques, plusieurs d’entre elles sont négatives, dont celles concernant les membres de la communauté ayant conservé la langue qui se perd. Plusieurs sociolinguistes comme Joshua Fishman, Lilly Wong Fillmore et Jon Reyhner constatent que les conversions linguistiques (lorsqu’elles entraînent la mort de la langue originale) peuvent donner lieu à une désintégration culturelle et toute sorte de problèmes sociaux dont des problèmes d’alcool, des problèmes familiaux et une augmentation du nombre de personnes décédant prématurément.

Par exemple, Ohiri-Aniche (1997) a observé que la tendance qu'ont bon nombre de parents nigérians à élever leurs enfants uniquement en anglais peut avoir comme conséquence pour les enfants conservant la langue des parents d'être méprisés et de se sentir honteux parce qu'associés à la langue des générations du passé. Au final, certains Nigérians affirment ne pas se sentir complètement européens, ni complètement nigérians.

Renversement[modifier | modifier le code]

Joshua Fishman a proposé une méthode de renversement des conversions linguistiques qui consiste à évaluer le niveau auquel une langue donnée a été affaiblie, afin de déterminer la façon la plus efficace de revitaliser la langue (voir aussi revitalisation linguistique).

Voir aussi[modifier | modifier le code]