Religion au Maroc

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Selon la constitution du Maroc, l'islam est la religion d'État et la religion majoritaire depuis les conquêtes musulmanes par les arabes, qui garantit à tous le libre exercice des cultes[1]. Le roi du Maroc, qui affirme descendre de Mahomet, possède le titre honorifique d'amir al-mouminine (« commandeur des croyants ») et est censé veiller au respect de l'islam[2]. Selon l'article 175 de la constitution marocaine du 1er juillet 2011, les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l'objet d'une révision constitutionnelle, au même titre que la forme monarchique de l'État, le choix démocratique de la Nation et les acquis en matière de libertés et de droits fondamentaux[3],[4].

Répartition des Religions au Maroc[modifier | modifier le code]

D'après une étude réalisée en 2011, la répartition des religions au Maroc serait la suivante:

-Islam : 98,7 %
-Christianisme : 1,1 % 
-Judaïsme : 0,2 %

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam au Maroc.

Le code du statut personnel (Moudawana)[5] se réfère aux « véritables desseins et finalités de l’islam généreux et tolérant » ; il définit le statut personnel des Marocains musulmans et reconnaît aux Marocains juifs un statut particulier (les étrangers restant soumis à leurs lois nationales, sauf en cas de relation avec un Marocain musulman). Il est censé s'appliquer à tous les Marocains, même ceux portant une autre nationalité.

L'école juridique sur laquelle se fonde l'islam marocain est l'école malékite, dont l'enseignement est obligatoire dans les établissements scolaires publics. L'école théologique sur laquelle se fonde l'islam marocain est l'école acharite, dont l'enseignement est devenu également obligatoire dans les mosquées et les écoles primaires à la suite de la propagation du salafisme au sein du royaume du Maroc.

Depuis quelques années, comme dans d'autres pays arabes traditionnellement sunnites, le chiisme s'est implanté au Maroc, mais il s'agit d'un courant clandestin, notamment parce qu'il s'agit d'une brèche dans le pouvoir du monarque, qui incarne l'islam sunnite de rite acharite/malékite. Des articles sur le sujet apparaissent de temps en temps dans la presse marocaine, parfois sérieux, parfois présentant les chiites comme une menace pour l'islam marocain, au même titre que les chrétiens évangéliques, et dans une moindre mesure les baha'is[6]. En mars 2009, le Maroc rompt ses relations avec l'Iran, officiellement pour un différend diplomatique entre les deux pays sur la position de Rabat de l'intégrité territoriale de Bahreïn[7], mais il faut dire que c'était une bonne cause pour le gouvernement marocain pour faire face aux menaces déjà constatées[8], de la possibilité de propagation du chiisme au royaume chérifien.

En 2005, l'apostasie d'un musulman, le fait de quitter sa religion, n'est pas explicitement illégale selon le droit écrit marocain[9]. En plus de s'exposer à une possible « mort civile[9] », parler de ou afficher sa nouvelle croyance peut être interprété comme du prosélytisme. Si ces actions ont lieu en présence d'un musulman, on peut alors être poursuivi en vertu de l'article 220 du code pénal marocain:
« Quiconque, par des violences ou des menaces, a contraint ou empêché une ou plusieurs personnes d'exercer un culte, ou d'assister à l'exercice de ce culte, est puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 100 à 500 dirhams.
Est puni de la même peine, quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d'enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats. En cas de condamnation, la fermeture de l'établissement qui a servi à commettre le délit peut être ordonnée, soit définitivement, soit pour une durée qui ne peut excéder trois années[10]. »

Article détaillé : Apostasie_dans_l'islam#Maroc.

Durant le Saoum, c'est-à-dire le jeûne du ramadan, les établissements de certaines chaines de restauration rapide comme McDonald’s, Pizza Hut ou KFC, restent ouverts durant la journée, tout en se livrant à un certain zèle à l'égard de leur clients musulmans. En effet, ces derniers ne peuvent être servis « sur place » (conformément aux affiches placardées aux entrées[11]) et doivent se contenter que des menus « à emporter », les employés ayant visiblement reçu la consigne de réclamer systématiquement une pièce d'identité, afin de définir si leurs interlocuteurs étaient ou non susceptibles d'être de religion musulmane[12]. Toujours au sujet du ramadan, une enquête intitulée « L’Islam au quotidien » révèle que 60 % des sondés ne considèrent pas comme musulman celui qui ne fait pas le ramadan, et 44,1 % d'entre eux estiment qu’un dé-jeûneur doit être puni jusqu’à ce qu’il reprenne « le droit chemin », tandis que près de 82,7 % des interrogés ne sont pas d’accord pour que les cafés et restaurants restent ouverts la journée pendant le mois sacré musulman[13].

Cependant, ce sentiment, apparemment « rigoriste », de la population n'hésite pas à être totalement en contradiction avec le comportement qu'une grande majorité de Marocains observent vis-à-vis de l'alcool dont la consommation leur est pourtant totalement interdite par la religion (y compris en dehors du ramadan). Cette interdiction, instaurée pourtant par le colonisateur français, a été entérinée par l’arrêté viziriel du 17 juillet 1967 (B.O. N° 2856 du 26 juillet 1967 : 829) émanant du Directeur du Cabinet Royal. Les responsables du ministère de l’Intérieur ont tenté d'expliquer que la présence d’une communauté étrangère nécessitait l'existence d'une politique modérée dans ce domaine, assertion contredite par le fait que le profil des consommateurs de produits alcoolisés est composé généralement de Marocains musulmans. Ainsi, les supermarchés, les bars et les discothèques du pays font 99 % de leurs bénéfices avec les Marocains. Cette souplesse on ne plus « sélective » à l'égard des rigueurs de la foi islamique étant probablement due au fait que l’État marocain perçoit une taxe intérieure de consommation (TIC) sur l’alcool. Ainsi, en 2006, il a récolté plus de 723 millions de dirhams (513 millions de dirhams pour la bière et 223 millions de dirhams pour les vins et spiritueux), d'autant plus qu'une étude démontrait que la production des produits alcoolisés marocains a connu une augmentation de 21 % sur la période précédente comprise entre 2000 et 2005[14],[15].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Une synagogue à Fès.
Article détaillé : Histoire des Juifs au Maroc.

L'État marocain, « soucieux de préserver les droits de ses fidèles sujets de confession juive », leur applique les dispositions du « statut personnel hébraïque marocain[5] ».

La communauté juive du Maroc a émigré massivement vers Israël au cours des 40 dernières années. Aujourd'hui on les estime à environ 2 500 voire 3 000 selon des sources différentes, ils sont essentiellement dans le Grand Casablanca.

Christianisme[modifier | modifier le code]

On estime le nombre de chrétiens étrangers à 30 000 et nationaux entre 1 000 et 2 000[16]. Par ailleurs, on a vu apparaître ces dernières années un nombre grandissant de Marocains convertis au protestantisme évangélique. Alors que l'on croit que c'est dû aux missionnaires, bon nombre des convertis marocains le sont du fait des chaînes évangéliques en arabe[17]. Ainsi, les Marocains sont, juste après les Égyptiens et les Algériens, les plus nombreux à demander des informations sur le christianisme par mail ou par téléphone[17]. Le taux officiel de chrétiens affiché par le gouvernement est très largement remis en question, soulevant de nombreuses polémiques. Parmi ces dernières, le nombre grandissant de témoignage de chrétiens marocains sur le net car ne pouvant afficher leur nouvelle foi ouvertement à cause de la loi islamique.

La population marocaine a généralement du mal à accepter ces chrétiens qui ont abandonné l'islam, notamment en les calomniant et en affirmant que les personnes qui se sont converties ont touché une somme d'argent ou un visa pour l'étranger. Or la situation est inverse, ceux qui osent affirmer leur nouvelle foi, sont rejetés par leurs proches, et pour d'autres risquent de perdre leur emploi.

Un événement vient notamment confirmer le postulat de la persécution des chrétiens au Maroc. Des policiers ont fait irruption le 28 mars 2009,[réf. nécessaire] dans un appartement de Casablanca, interrompant l’étude biblique qui s’y déroulait. Les 23 chrétiens présents (22 femmes et un homme) ont tous été emmenés au poste de police et leurs bibles ont été confisquées. Cinq touristes européens (quatre Espagnoles et une Allemande), qui avaient été invitées à participer à l’étude biblique, ont été accusées de prosélytisme et expulsées dès le lendemain.

Une personnalité marocaine chrétienne est d'ailleurs connue dans le domaine religieux, un présentateur d'une chaîne chrétienne arabe Alhayat ( قناة الحياة ), du nom de Rachid qui après sa conversion s'est fait exclure du foyer familial par ses parents dès l'âge de 17 ans. Il présente une émission du nom de "daring question" ( سؤال جريء ) , signifiant « question osée », où il remet en cause les fondements islamiques qui selon lui sont en opposition avec les libertés individuelles.

Les Marocains chrétiens doivent pratiquer leur foi de façon quasi souterraine[16]. Ainsi, ils ne peuvent accéder aux églises officielles qui selon le gouvernement marocain sont destinées aux personnes chrétiennes « d'origine », c'est-à-dire les étrangers. Ils ne peuvent se rassembler à plus de vingt personnes[16]. Il y a donc des réunions dans les maisons des croyants le dimanche ; de plus, les Marocains chrétiens ne veulent suivre un quelconque courant chrétien, s'affirmant ainsi chrétiens par foi en Jésus-Christ.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article 3 de la Constitution marocaine
  2. Article 41
  3. Article 175
  4. Texte de la constitution de 2011, journal officiel, traduction française, 11 juin 2011, p. 1194
  5. a et b Loi n° 70-03 Portant code de la famille, promulguée le 3 février 2004
  6. B. Mokhliss & M. El Hamraoui, Chiites, Bahaïstes, Évangéliques : Les pratiques religieuses occultes au Maroc, Le Reporter, 20 février 2007
  7. Le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran, Maghreb Arabe Presse, 7 mars 2009
  8. Religion : Vous avez dit chiites ?, Telquel, n°117
  9. a et b Omar Mounir, Le nouveau droit de la famille au Maroc: Essai analytique. Le sort des mariages mixtes. Les Marocains à l'étranger, Cheminements,‎ 2005, 255 p. (ISBN 2844783635), p. 110
  10. Les articles 220 à 223 du code pénal relatifs aux infractions relatives à l'exercice des cultes
  11. Maroc: les hérétiques du ramadan - article de SlateAfrique du 2 aout 2011
  12. Comment McDo reconnaît-il les non-musulmans - article de SlateAfrique du 4 aout 2011
  13. L’Islam au quotidien au quotidien Enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc - Editions Prologues - p.264 (ISBN 9954-0-2038-1)
  14. Les Marocains et l’alcool, enquête sur une grande hyprocrisie - Article sur bladi.net du 30 juin 2007.
  15. Alcool au Maroc, un marché qui rapporte gros - Article sur maghress.com du 22 janvier 2010
  16. a, b et c Isabelle Mandraud, « Expulsés pour prosélytisme », Le Monde,‎ 5 avril 2010 (consulté le 6 avril 2010)
  17. a et b Aïcha Akalay et Hassan Hamdani, « Enquête. La tentation du christ », TelQuel Magazine, no 417,‎ 2010 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]