Religion en Indonésie

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Carte des religions en Indonésie.
Vert sombre et clair : islam.
Jaune : protestantisme.
Rose : catholicisme.
Rouge : hindouisme.
Orange : bouddhisme.

Le premier des Pancasila (« cinq principes ») qui constituent l'idéologie de l’État indonésien est la croyance en un Dieu unique. L'article 29 de la constitution de 1945 garantit la liberté de culte et n'accorde de préséance à aucune religion. D'ailleurs, la constitution ne fait référence à aucune religion en particulier.

Cependant, le gouvernement indonésien ne reconnaît que six religions officielles : l'islam, le protestantisme, le catholicisme, l'hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme. Ainsi, les Indonésiens sont obligés de choisir l'une de ces six religions pour remplir leur formulaire de demande de carte d'identité[1].

Selon le recensement officiel de 2010, 87,2 % des Indonésiens sont musulmans, 7 % protestants, 2,9 % catholiques, 1,7 % hindouistes, 1,3 % autres ou sans réponse, ce qui inclut le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme orthodoxe[2].

Une femme lit le Coran dans une mosquée de Semarang le premier jour du Ramadan 1993.

Évolution[modifier | modifier le code]

Les données du tableau suivant présentent l'évolution de la proportion de personnes se déclarant d'un groupe religieux.

Religion 2000[3] 2010[2]
Islam 88,22 % 87,18 %
Protestantisme 5,87 % 6,96 %
Catholicisme 3,05 % 2,91 %
Hindouisme 1,81 % 1,69 %
Bouddhisme 0,84 % 0,72 %
Confucianisme 0,05 %
Autre 0,13 %
Non déclaré/non demandé 0,20 % 0,38 %

Source : recensements démographiques de 2000[3] et 2010[2].

On peut remarquer qu'au cours de la dernière décennie, la part des musulmans a légèrement décliné tandis que celle des protestants a augmenté de plus d'un point. Cela est dû au fait que les provinces à majorité protestante, comme la Papouasie ou la Papouasie occidentale ont une croissance démographique plus forte que la moyenne nationale[4].

Les religions traditionnelles[modifier | modifier le code]

Quelle que soit leur religion « officielle », les Indonésiens adhèrent souvent à des croyances et des pratiques antérieures à l'arrivée des « grandes » religions.

À Java, on trouve ainsi le kejawen ("javanisme") des Javanais et l' Agama Sunda Wiwitan des Soundanais de l'ouest de l'île. Dans l'île de Sulawesi, on peut citer la religion traditionnelle des Bugis et l'Aluk To Dolo des Toraja.

Hindouisme et bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme et l’hindouisme ont été les religions officielles de nombreux royaumes dans l'archipel, où ils coexistaient. Aujourd'hui, il n'y a plus que dans l'île de Bali que l’hindouisme soit encore majoritaire. Il est aussi toujours présent dans certaines régions de Java, alors que les derniers princes hindous de Java se sont convertis à l'islam en 1770. Quant au bouddhisme, on le retrouve essentiellement chez les Indonésiens d'origine chinoise. Comme le régime de Soeharto ne reconnaissait pas le confucianisme comme religion et qu'il obligeait les Indonésiens à en mentionner une dans leur demande de carte d'identité, l'étiquette de "bouddhiste" permettait aux Chinois confucéens de remplir les formulaires. Il y a aussi des Javanais bouddhistes.

On commence à avoir une idée des circonstances qui ont amené à l'adoption de concepts et de modèles culturels et religieux indiens par les Indonésiens. Le plus ancien vestige bouddhique trouvé en Indonésie est une statue de Bouddha en bronze de style Amaravati de l'ouest de l'île de Sulawesi datant du IIIe ou IVe siècle. À Sumatra même, on a trouvé plusieurs sites de vestiges bouddhiques dans la province de Riau, notamment à Muara Takus, et dans la province des îles Riau, une inscription sur l'île de Karimun. À Java, on trouve de nombreux monuments bouddhiques, dont le fameux Borobudur. Le Nagarakertagama, un poème épique écrit en 1365, dit du roi Hayam Wuruk de Majapahit qu'"il est Shiva et Bouddha".

Islam[modifier | modifier le code]

Tombe d'un des « Neuf Saints », Maulana Malik Ibrahim, mort en 1419, à Gresik (Java oriental) en 1932.
Article détaillé : Islam en Indonésie.

On ne peut pas dater l'arrivée de l'islam en Indonésie. Faisant escale dans le nord de Sumatra en 1292, Marco Polo note que le souverain local est musulman. Tomé Pires, qui vit à Malacca de 1512 à 1515, écrit que les princes de Sumatra sont tous musulmans.

Quand on parle de religion, il faut avoir à l'esprit que celle-ci est observée par les souverains et leur entourage immédiat. La population, notamment dans les campagnes, est imprégnée de croyances et pratique des rites antérieurs à l'arrivée du bouddhisme, de l'hindouisme et de l'islam. Dans le cas de l'islam, on voit qu'entre la date de 1082 pour la stèle de Leran et celle de 1770 pour la conversion du dernier prince hindou de Blambangan, sa diffusion est un long processus, d'autant plus qu'il y a toujours aujourd'hui des populations javanaises restées hindoues.

Christianisme[modifier | modifier le code]

Funérailles d'un chef de village chrétien dans le Kabupaten de Tana Toraja aux Célèbes (1971). La bière est décorée d'une reproduction de La Cène de Léonard de Vinci.

La présence d'un évêché et d'une communauté de chrétiens nestoriens est attestée au VIIe siècle à Barus (côte occidentale de la province de Sumatra du Nord), mais il ne semble pas s'être maintenu. Le christianisme arrive vraiment avec les Européens aux XVIe siècle et XVIIe siècles.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

À Java, les chrétiens sont surtout dans les villes, où résident les Hollandais. Au cours du XIXe siècle, des Javanais diffusent un christianisme rural lié au défrichement dans une île encore couverte de forêts.

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catholicisme en Indonésie.

Orthodoxie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : église orthodoxe en Indonésie.

Confucianisme[modifier | modifier le code]

Un décret présidentiel émis par Gus Dur en 2000 a également annulé l'interdiction de la pratique du confucianisme et l'a reconnu comme religion. Le Nouvel An chinois (Imlek) est désormais un jour férié reconnu en Indonésie.

Autres religions et cultes[modifier | modifier le code]

Il existe encore une synagogue à Surabaya, autour de laquelle survit une petite communauté juive d'origine irakienne. Il existe aussi une petite communauté juive à Jakarta.

Les baha'is affirment être plusieurs milliers, mais on ne dispose pas de chiffres précis.

Le Falun gong aurait entre 2 000 et 3 000 adeptes, dont plus de 1 000 dans la seule Yogyakarta. Ses représentants affirment que certaines activités du groupe seraient légèrement gênées en raison de pressions externes[5].

Athéisme[modifier | modifier le code]

Le droit de ne pas avoir de religion n'est pas reconnu en Indonésie.

Toute personne critiquant ou contestant l'une des religions reconnues, et diffusant cette critique, encourt jusqu'à onze ans de prison. Chaque personne doit faire figurer sa religion sur sa carte d'identité[6]. L'obligation d'être croyant est « le premier pilier de la philosophie d'État en Indonésie - pancasila »[6]. Endy Bayuni, rédacteur en chef du Jakarta Post, rapporte que l'obligation légale imposée à chacun d'être croyant a été incorporée à la constitution dans les années 1940, lors de la lutte contre une insurrection communiste[7]. L'athéisme est ensuite réprimé sous le régime du Président Suharto (1967-1998), « qui traita l'athéisme comme ennemie de l'État » en l'assimilant au communisme. Les athées doivent alors se déclarer officiellement membres d'une religion pour échapper aux persécutions[8].

En juin 2012, pour la première fois, un athée, Alexander Aan, est condamné à deux ans et demi de prison ferme pour avoir publié des messages athées sur Facebook, et pour avoir invité les croyants à en débattre avec lui[9],[7]. Amnesty International décrit alors Aan comme un prisonnier d'opinion, et demande sa libération immédiate[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Religious Affiliation & National Identity: Kartu Tanda Penduduk (KTP)
  2. a, b et c « Penduduk Menurut Wilayah dan Agama yang Dianut », Sensus Penduduk 2010, Jakarta, Indonesia, Badan Pusat Statistik (consulté le 20 Nov 2011) : « Religion is belief in Almighty God that must be possessed by every human being. Religion can be divided into Muslim, Christian, Catholic, Hindu, Buddhist, Hu Khong Chu, and Other Religion. » Muslim 207176162 (87.18%), Christian 16528513 (6.96), Catholic 6907873 (2.91), Hindu 4012116 (1.69), Buddhist 1703254 (0.72), Khong Hu Chu 117091 (0.05), Other 299617 (0.13), Not Stated 139582 (0.06), Not Asked 757118 (0.32), Total 237641326
  3. a et b (en) « Table 6 (Population by religion, sex, urban/rural residence: each census, 1985-2004) », dans Special Census Topic 2000 Round (1995 - 2004), vol. 2b - Ethnocultural characteristics Table 6, New York, United Nations,‎ 2006, XLS (ISSN 0082-8041, OCLC 173373970, lire en ligne)
  4. (en)Population growth ‘good for Papua’
  5. « US Department of State » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08
  6. a et b (en) "Indonesia's atheists face battle for religious freedom", The Guardian, 3 mai 2012
  7. a et b (en) "Indonesia 'internet atheist' given jail term", Al Jazeera, 15 juin 2012
  8. (en) "Is Atheism Illegal in Indonesia?", Straits Times Indonesia, 7 février 2012
  9. (en) "Commentary: Is there room for atheists in Indonesia?", Jakarta Post, 18 juin 2012
  10. (en) "DOCUMENT - INDONESIA: ATHEIST IMPRISONMENT A SETBACK FOR FREEDOM OF EXPRESSION", Amnesty International, 14 juin 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]