Religions en Mongolie

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Religion en Mongolie (census 2010)[1]

Chaman du Nord de la Mongolie

Les religions en Mongolie peuvent décrire la Mongolie telle qu'elle était à l'époque de l'Empire mongol ou les différentes partie de la Grande Mongolie, que sont le état Mongol (mongol : mongol uls) indépendant depuis 1922, la Mongolie-Intérieure, restée dans le territoire chinois et les différentes autres régions du monde de culture mongole. Le tengrisme, déjà présent chez les xiongnu, reste les bases de l'organisation dans les steppes d'Asie centrale, opposée ou mêlée par syncrétisme à différentes grandes religions (bouddhisme, christianisme, islam)[2].

Dans l'état Mongol, le bouddhisme (avec un peu plus de 53 %), juste devant les personnes sans religion (environ 38 %) de la population et enfin l'Islam et le chamanisme avec 3 % chacune sont les premières religions Le christianisme est enfin un élément qui reste important avec 2,1 % de pratiquants[3]. L'école des bonnets jaunes (gelugpa) est la doctrine bouddhiste majoritaire en pays Mongol[4]. Certaines autres régions de l'Empire mongol où sont restés de fortes populations mongoles, pratiquent également majoritairement l'islam. En Mongolie comme en Mongolie-intérieure, on trouve toujours pratiqué bouddhisme, islam (majoritairement dans les régions habitées par les Khazaks) et christianisme ou d'autres religions locales auxquelles sont également ajouté par syncrétisme des éléments de tengrisme, religion ancienne liée aux fondements de l'Empire et au pouvoir de Gengis Khan.

L'athéisme mongol est hérité des révolution communistes, mongole et russe, en pays mongol.[réf. nécessaire] Les communistes ont accepté sous la bannière du Parti du peuple mongol, pendant les dernières années de la Mongolie autonome (19111924), le bouddhisme entre 1921 et 1924, en remettant sur le trône le théocrate Bogdo Khan[5]. À la mort de ce dernier l'établissement de la République populaire mongole (19241992) est déclarée et le pays devient officiellement laïque[réf. nécessaire]. Le tengrisme est cependant toujours resté présent dans l'esprit des population, au moins comme superstition, et principalement chez les nomades. En Mongolie-Intérieure, sous l'influence des nationalistes du Guomindang, sous la République de Chine, puis du communisme chinois, l'athéisme a également gagné du terrain sur les religions théocratiques ou appuyant les monarchies.

En novembre 1993, un an après le proclamation de la République de Mongolie, une loi sur les religions impose le bouddhisme comme religion d'État et interdit toute activité religieuse organisée de l'extérieure sans invitation gouvernemental[6].

En dépit de décennies d'athéisme d'État, le bouddhisme tibétain resta, en Mongolie-Intérieure[7] et en Mongolie[8], la religion principale des Mongols, dont les pratiquant considèrent le 14e dalaï-lama comme l'un de leurs chefs spirituels[7],[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

Tengrisme[modifier | modifier le code]

Un ovoo, cairn du tengrisme
Articles détaillés : Tengrisme et Mythologie mongole.

Le tengrisme est déjà pratiqué dans les régions turco-mongoles d'Asie centrale, En -200[9] dès les Huns et les Xiongnus, elle place le ciel (Tengri) comme divinité et est constitué de croyances chamanistes, animistes et totémistes. Le terme chaman est à l'origine un terme toungouse evenk, donné comme titre aux prêtres du tengrisme[10]. Cette religion semble héritée des religions primitives des nomades que l'on retrouve tout autour du globe avec un culte du ciel, et en particulier du soleil et de la lune[11].

Lors de traités avec les états soumis, les Huns et les Mongols, font référence à un dieu unique et éternel, au ciel, et pour décrire la totalité du monde il est question du soleil, du levant au couchant. Les Huns se définissaient aussi comme « Kun », « kun djono », les « gens du peuple du soleil ». Ils vouaient un culte au ciel, au soleil et à la lune[9].

Il est particulièrement répandu chez les turcos-mongols au VIIe et VIIIe siècle[12]. Il perd en intensité au VIIIe sous l'influence du manichéisme, religion officielle du Khanat ouïghour.

Gengis Khan se dit l'héritier du Tengri, sous l'empire Yuan on le surnomme fils du ciel (天子, tiānzǐ, nom que l'on donnera également aux empereurs de Chine) et gouverne en suivant différents principe de vie des loups, animaux divins du tengrisme. Des populations toungouses comme les evenkis accordent d'avantage d'importance aux rennes.

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam en Mongolie.

L'islam en Mongolie est attesté depuis au moins 1254, dans les écrits du franciscain Guillaume de Rubrouck lorsqu'il se rend à la cour de Möngke, petit-fils de Gengis Khan à Karakorum.

Ghazan Khan, arrière-petit-fils d'Houlagou Khan fondateur de la dynastie des Ilkhanides en Iran[13], règne de 1256 à sa mort se convertit à l'islam en 1295[14].

Tamerlan (1336 — 1405) qui conquiert la Perse, khan, émir et fondateur de la dynastie des Timourides (1369 – 1507) se convertit à l'islam.

L'islam est aujourd'hui principalement pratiqué par les Kazakhs, dans l'aïmag (province) occidentale de Bayan-Ölgiy.

On retrouve également des mosquées en Mongolie-Intérieure centrale, comme, à Hohhot (Grande mosquée de Hohhot[15]), la capitale, dans l'ancien quartier, habité notamment par des Huis et quelques Ouïghours et à Ordos.

Christianisme[modifier | modifier le code]

Église orthodoxe à Oulan-Bator
Article détaillé : Christianisme en Mongolie.

Au XIIIe siècle, sous les règnes de Ögödei, Güyük et Möngke, le christianisme s'est développé suivant les rites de l'église nestorienne[16],[2].

Aujourd'hui, on trouve également des églises orthodoxes en Mongolie.

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Monastère de Tsetserleg
Article détaillé : Bouddhisme en Mongolie.

L'école gelugpa, fondée par Tsongkhapa (1357 — 1419), fils d'un Darughachi mongol et d'une tibétaine, à Xining[17],[18], dans la province mongole de Kokonor (actuelle Qinghai), sur le plateau du Tibet, est héritée du bouddhisme tibétain, variante du courant bouddhiste Vajrayana. Le bouddhisme tibétain est non seulement pratiqué au Tibet, mais aussi dans les régions mongoles, mandchoues ou encore Han de la Chine, ainsi que dans la République de Bouriatie, la République de Touva et la République de Kalmoukie.

C'est Altan Khan (1502 — 1582), qui, ayant la volonté de détrôner la lignée des descendant de Gengis Khan, veut imposer le bouddhisme tibétain pour prendre le pouvoir. Il invita Sonam Gyatso, chef des guélougpa et abbé du monastère de Drépung, qui se rend en Mongolie en 1578. Altan Khan créa le titre de dalaï-lama (dalaï (далай|) signifiant océan en mongol) qu'il offrit à Sonam Gyatso, titre qui fut appliqué par contumace à ses deux prédécesseurs (Gedun Drub et Gedun Gyatso)[19].

Le bouddhisme a également influencé le chamanisme, avec des divinités comme Sagaan Ubgen (le vieil homme blanc), qui se retrouve dans le chamanisme blanc, une subdivision du chamanisme jaune (le chamanisme des bonnets jaunes). Cette divinité est typiquement mongole[20].

En dépit de décennies d'athéisme d'État, le bouddhisme tibétain resta, en Mongolie-Intérieure[7] et en Mongolie[8], la religion des Mongols qui considèrent le 14e dalaï-lama comme l'un de leurs chefs spirituels[7], [8]. Il s'est rendu 8 fois en Mongolie[8] depuis 1979[21].

Athéisme[modifier | modifier le code]

L'athéisme est apparu en Mongolie-Intérieure lors de l'établissement de la République de Chine, sous le contrôle du Kuomintang, nationaliste, en 1912, influencée par la pensée des lumières. Dès 1911, à la chute de la Dynastie Qing, le pays mongol prend son indépendance.[réf. nécessaire] Le Bogdo Khan, théocrate bouddhiste est remis sur le trône par le Parti du peuple mongol en 1921, mais à sa mort, en 1924, est créée la République populaire de Mongolie, de pensée communiste, également héritée des révolutions européennes du XIXe, et l'athéisme d'État est établi, le pays devient laïque[citation nécessaire][5].

L'état affaiblit la puissance économique des temples qui détiennent une grande part des richesses du pays. Peljidiyn Genden, premier ministre communiste de 1932 à 1936, soutient cependant les moines bouddhistes et s'oppose à Staline et à l'URSS sur ce point.

Pendant la période des Grandes Purges en URSS (1938 — 1939), la répression des religieux à aussi lieu au pays mongol sous le gouvernement de Horloogiyn Choybalsan.

D'après le professeur Samdan Tsedendamba de l'Université nationale de Mongolie, lors d'une enquête sociologique menée entre 1982 et 1983, 80 % des participants disaient n'avoir aucun lien avec la religion, en raison de la démocratisation du pays. Tandis qu’en 2004, 66 % se déclaraient croyants et 15 % hésitants[22].

Retour du bouddhisme[modifier | modifier le code]

D'après le Forum 18 de la Commission des droits de l'homme des Nations unies de bouddhisme à été imposé par une loi sur les religions de novembre 1993, un an après la proclamation de la République de Mongolie, interdisant par la même toute activité religieuse organisée de l'extérieure sans invitation gouvernemental[6].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Religions en Mongolie
(population âgée de 15 ans et plus, 2010)[3]
Religion Population Part %
Bouddhisme 1009357 53.0
Sans religion 735686 38.6
Islam 57702 3.0
Chamanisme 55174 2.9
Christianisme 41117 2.1
Autres religions 6933 0.4
TOTAL 1905969 100.0

Rites bouddhiques mongols[modifier | modifier le code]

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Bien que le bouddhisme se soit développé en Mongolie en opposition au tengrisme, il incorpora certaines pratiques spirituelles des Mongols relatives au tengrisme.

L’invocation de Tengri, le « grand ciel bleu », reste aujourd’hui omniprésente dans les actes les plus quotidiens. Les symboles sont partout, et d’abord ou aussi dans l’actuel drapeau national de Mongolie, dans lequel « le soyombo » symbole de liberté et d’indépendance fait référence en partie au soleil, à la lune, au flammes, aux poissons et à l’eau, au-dedans et au dehors, au masculin et au féminin. La cosmogonie des Mongols met en lien permanent l’Homme et la Nature.

La couleur blanche par exemple, est associée avec la pureté et cette propriété est attribuée à tout objets de cette couleur. Les arbres, montagnes, animaux sont considérés comme étant sacrés. L'adoration d'arbres, animaux ou formations géologiques insolites persiste encore aujourd'hui. De même la symbolique liée à la forme et de couleur continue à être respectée par les Mongols traditionnels.

L'animisme est la conviction que toute chose possède un esprit particulier. Les Mongols adorent les esprits du ciel, des montagnes, de l'eau et du sol, leur faisant des offrandes de lait. La principale cérémonie du sacrifice porte sur l'ovoo, véritable objet de culte pour les Mongols, alors que les rituels de sacrifice plus routiniers du lait ou de l'airag sont faits avec le tsatsal, une cuillère en bois utilisée pour les offrandes et par laquelle les Mongols jettent aux esprits de la nature la meilleure partie de leur lait frais. Un voyageur quittant un campement nomade, ou un membre familial qui part en voyage est béni par quelques gouttes de lait de jument que la femme la plus âgée du foyer lance dans les airs, c’est un signe de porte bonheur, un souhait de bonne chance.

Yourte mongole

La yourte est aussi un espace chargé de symboliques. La porte d’entrée est toujours orientée au Sud. On entre dans la yourte par le pied droit sans toucher le seuil et par la gauche. Le foyer est au centre, les provisions toujours à droite en entrant. Le chef de famille à sa place au nord au pied de l’autel bouddhiste ou tengriste.

Les façades principales et les portes d'entrées des monastères bouddhistes mongols sont généralement orientés vers le Sud[23].

De façon similaire aux Tibétains, les Mongols ne commencent jamais un voyage le mardi. Durant leur déplacement, les mongols ne ratent jamais l’occasion de s’arrêter, sur un col, près des cairns de pierre (ou « ovoo ») qui jalonnent les pistes pour en faire trois fois le tour dans le sens des aiguilles d’une montre. Ces lieux sont sacrés. Ils y déposent des tissus de couleur bleu ciel, les « khadags » comme offrandes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 2010 Population and Housing Census of Mongolia. Data recorded in Brian J. Grim et al. Yearbook of International Religious Demography 2014. BRILL, 2014. p. 152
  2. a et b Jean-Paul Roux, « Les religions dans les sociétés turco-mongoles »
  3. a et b (en) « Population by religion, sex and urban/rural residence », données Nations unies,‎ 2010
  4. (en) Barbara A. West, Encyclopedia of the Peoples of Asia and Oceania, Infobase Publishing, 2009, (ISBN 1438119135 et 9781438119137), p. 182
  5. a et b Xavier Hallez, « Elbegdorž Rinčino — L’identité mongole en question. Construction et enjeux d’une idée de nation dans un monde en mouvement — Une vie dans la tourmente révolutionnaire », emscat.revues.org
  6. a et b « MONGOLIA: No changes to religion law - for now », Forum 18, Oslo, Norway, UNCHR
  7. a, b, c et d (en) James Minahan, Encyclopedia of the Stateless Nations: D-K, Volume 2 de Encyclopedia of the Stateless Nations: Ethnic and National Groups Around the World, Greenwood Publishing Group, 2002, (ISBN 0313321108 et 9780313321108), p. 555
  8. a, b, c, d et e (en) China protests Mongolia visit by Dalai Lama, Reuters, 8 novembre 2011
  9. a et b Grigori Tomski, « Religion d'Attila et de Gengis Khan »,‎
  10. (en) « Shamanism, Shaman Beliefs and Spirituality », important.ca
  11. Liudmila EGOROVA, « Division of the heaven cult into periods in Northern Eurasia »
  12. « Religieux et recomposition : le cas du Kirghizstan — Mise en concurrence symbolique de l’islam avec le tengrisme »
  13. (en) « Article de l'Encyclopaedia Iranica en ligne donnant l'étymologie » (consulté le 15 mars 2014)
  14. Denise Aigle, « Loi mongole vs loi islamique — Entre mythe et réalité », Éditions de l'EHESS
  15. {[:File:Early morning at a Mosque, Hohhot.jpg]]
  16. Joseph Yacoub, « De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine », clio.fr
  17. (zh) Deng Laisong (邓来送), « 文殊菩萨化身——宗喀巴大师 », 佛缘网站 (site d'études bouddhiques)
  18. (zh) « 宗喀巴 », seac.gov.cn (Commission d'état aux affaires ethniques de Chine)
  19. (en) « Tibetan Buddhism », tengrism.org
  20. Shimamura 2004, p. 649, 650..
  21. (en) Dalai Lama visit to Mongolia canceled under pressure from China, 25 août 2014
  22. « Mongolie: les religions après le socialisme - Religioscope », religion.info.
  23. Isabelle Charieux, « Orientation des monastères mongols », emscat.revues.org,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Roux, Les religions dans les sociétés turco-mongoles, vol. 201, t. 201-4, coll. « Revue de l'histoire des religions »,‎ (lire en ligne).
  • (en) Ippei Shimamura, « Yellow Shamans (Mongolia) », dans Walter Mariko Namba et Eva Jane Neumann Fridman, Shamanism: An Encyclopedia of World Beliefs, Practices, and Culture, vol. 1, ABC-CLIO,‎ , 649–651 p. (ISBN 9781576076453, lire en ligne)
  • Maurice Percheron, Le triptyque mongol - tome I : dieux et démons, lamas et sorciers de mongolie, Denoël,‎ (ASIN B0000DSFVC)