Sahraoui (peuple)

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Sahraoui

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Un vieux Sahraoui et son chameau (camp de réfugiés de Dakhla, près de Tindouf, en Algérie)

Populations significatives par région
Autres
Langues

hassanya, arabe littéral, français, espagnol et chleuh (petite minorité au Nord)

Religions

Sunnisme (maliki)

L'expression peuple sahraoui désigne généralement l'ensemble des personnes vivant au Sahara occidental[1]. Cependant, elle est parfois contestée dans cette acception et est aussi utilisée pour désigner l'ensemble des peuples vivant dans le désert saharien.

Terminologie et histoire[modifier | modifier le code]

Lors de la conquête espagnole à la fin du XIXe siècle, les habitants du Sahara espagnol étaient appelés los nativos ou las gentes del Sahara. Puis, peu à peu, l'administration coloniale espagnole s'est mise à utiliser exclusivement le terme de Saharaui pour désigner « l'ensemble de la population du territoire »[2]. Le terme « sahraoui » est attesté en français dans les années 1970 pour désigner « le Sahara occidental et ses habitants nomades »[3].

Une existence contestée[modifier | modifier le code]

Selon l'analyste Laurent Pointier, l'identité et la notion de « peuple sahraoui » se sont forgées lors des luttes pour l'indépendance et la décolonisation comme beaucoup de peuples africains,[4]. À partir de 1952, le terme de « peuple » devient un enjeu central aux Nations-Unies car il appuie le droit à l'autodétermination. Selon ce principe onusien, dans le cas des Sahraouis, qui dit peuple, dit possibilité d'indépendance face à l'Espagne puis face à la Mauritanie et au Maroc[4].

L'existence même des Sahraouis en tant que peuple fait donc l'objet d'une lutte politique, idéologique et sémantique entre Marocains et indépendantistes. Si pour le Front Polisario l'existence de ce peuple est évidente, uniquement contestée parce que le pays qu'il habite est occupé par des forces étrangères, le gouvernement marocain la considèrent comme « artificielle » et « chimérique », fruit d'une manipulation politique[5]. Pour l'historien et géographe Jean Sellier, le Sahara espagnol était peuplé de Maures comme en Mauritanie[6]. C'est cet argument ethnique qu'utilisa Moktar Ould Daddah pour réclamer le rattachement du territoire à la Mauritanie dès 1957[7].

De ce fait, la reconnaissance ou la négation du peuple sahraoui dans le jeu géopolitique international influe sur la reconnaissance de l'existence d'une « entité sahraouie »[2]. Pour Bernard Cherigny[8], pendant la décolonisation et la guerre froide, le peuple sahraoui est « l'arlésienne » d'un conflit et d'un jeu diplomatique entre pays du Maghreb, puissances méditerranéennes et superpuissances[9].

Culture et modes de vie[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1970, les Sahraouis étaient essentiellement nomades avec peu de villes, Laâyoune n'a été fondée qu'en 1938 par les Espagnols. Leur société est formée de tribus constituant un ensemble à la culture, aux coutumes et aux modes de vie assez homogène[10]. Ils partagent une langue commune, le hassanya, un dialecte arabe parlé.

Nomadisme et sédentarisation[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la décolonisation, les Sahraouis étaient nomades et l'élevage de dromadaires tenait une place centrale dans leur économie et modes de vie (« nomadisme chamelier »)[11]. En 1947, les Reguibat possédaient plus de 40 000 dromadaires avec environ 10 bêtes par famille. Les nomades se nourrissaient essentiellement de lait et de viande. Leurs migrations suivaient la pluie d'où leur surnom de « fils des nuages »[12].

Les bombardements des aviations françaises et espagnoles lors de la guerre d'Ifni, les regroupements forcés et les expulsions de l'administration coloniale à partir de 1958, les combats entre le Polisario et les armées mauritaniennes et marocaines, l'urbanisation des années 1980 et 1990 ont provoqué la destruction des troupeaux, des pâturages et un exode rural massif vers les villes ou les camps de réfugiés sans possibilité de retour[13],[14]. Au début du XXIe siècle, les Sahraouis sont majoritairement sédentaires bien que leur culture soit encore très imprégnée de nomadisme[15].

Familles et tribus[modifier | modifier le code]

La famille possédant un troupeau formait la base de la société traditionnelle[16]. Les liens de parenté ou de clientèles entre familles composent des tribus aux relations plus ou moins importantes. Ces tribus se reconnaissent souvent un ancêtre commun fondateur et prestigieux en relation avec la religion : saint, marabout, descendant du prophète (chérif)... Bien qu'elle soit atténuée aujourd'hui, l'appartenance à une tribu est encore importante ou évidente pour la plupart des Sahraouis.

On distingue au sein des populations du Sahara occidental trois grands groupes tribaux : les Reguibat et les Tekna, d'origine sanhajienne, et les Ouled Delim, d'origine arabe maqilienne. À ces trois grands groupes s'ajoutent les tribus sanhajiennes des Ouled Tidrarin et des Laarousyin, ainsi que la confédération maraboutique des Ahl Ma El Aïnin, axée autour des disciples et des descendants du Cheikh Ma El Aïnin[17],[18].

Les Haratins constituent un cas à part, en 1993 environ un tiers des Sahraouis appartenaient à ce groupe parfois plutôt décrit comme une caste[19]. Les Haratins sont des descendants d'esclaves qui servaient de domestiques ou de gardiens de troupeaux aux nomades comme les Bella chez les Touaregs. Bien qu'officiellement aboli, la persistance de cet esclavage fait régulièrement l'objet de témoignages et de dénonciations[20].

Religion[modifier | modifier le code]

En raison du nomadisme, l'islam des Sahraouis s'est diffusé et pratiqué par les marabouts et les confréries plutôt que par les mosquées bien que les zaouïas ont joué et jouent encore un rôle important[21]. Dans le désert et en dehors des villes, la prière s'effectue dans un alignement de pierres (« messel ») symbolisant une mosquée et portant une pierre centrale surélevée pour l'imam[22].

Ces pratiques religieuses sont encore vivaces aujourd'hui. Les deux principales traditions de confréries qui se divisent en branches parfois concurrentes sont la Qadriya et la Jezoulia. Ces confréries ont parfois plusieurs siècles d'existence peuvent dépasser les frontières et les ethnies se retrouvant au Mali, en Mauritanie, au Maroc, au Sénégal et jusqu'au Nigeria. Certaines se sont alliées au colonisateur espagnol comme la Sidiya. À l'inverse, la Ghoudfiya et la Tidjaniaya s'opposèrent aux Européens et en particulier aux Français au Maroc et en Mauritanie XIXe et XXe siècles[23]. Une petite minorité de religieux ont développé une doctrine soufie dans la seconde moitié du XIXe siècle et conservent quelques fidèles aujourd'hui[24].

La magie, préislamique mais en syncrétisme avec le coran, est une pratique courante surtout dans le sud : rites de protection ou propitiatoires, divination, offrandes aux génies ou « yennun », aux arbres, sources et tombes[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sophie Caratini, La Républiques des Sables, L'Harmattan, 2003, p. 25
  2. a et b Laurent Pointier, Sahara occidental : la controverse devant les Nations Unies, Éditions Karthala,‎ 2004 (ISBN 9782845864344, lire en ligne), p. 43
  3. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, SNL/Le Robert, 2010
  4. a et b Laurent Pointier, op. cit., p. 38.
  5. Étienne Balibar, Race, nation, classe : Les identités ambiguës, La Découverte, p. 110
  6. Jean Seillier, Atlas des peuples d'Afrique, La Découverte, 2003, p. 86
  7. Jean Seillier, Atlas des peuples d'Afrique, La Découverte, 2003, p. 87
  8. Professeur de droit à l'université de Poitiers
  9. Abdelhaleq Berramdane, Le Sahara occidental, enjeu maghrébin, éditions Karthala, p. 6.
  10. Laurent Pointier, Sahara occidental, éditions Karthala, p. 63
  11. Gaudio 1993, p. 251
  12. Jean-Christophe Victor, Le Dessous des Cartes, « Le Sahara occidental : le referendum impossible », 1999
  13. Gaudio 1993, p. 39-49
  14. Tidiane Koita, « Migrations, pouvoirs locaux et enjeux sur l'espace urbain », Politique africaine, no 55,‎ 1994
  15. Jean Bisson, Mythes et réalité d'un désert convoité : Le Sahara, L'Harmattan,‎ 2003, pp. 116 et 263
  16. Gaudio 1993, p. 91
  17. Les tribus du Sahara, TelQuel no. 161 [1]
  18. Paul Marty, Les tribus de la Haute Mauritanie, publ. du Comité de l'Afrique française, 1915 (lire en ligne)
  19. Gaudio 1993, p. 289
  20. Pierre Bonte, « L'esclavage : un problème contemporain ? », L'Homme, no 164,‎ avril 2002, p. 135-144 (lire en ligne)
  21. Gaudio 1993, p. 85
  22. Gaudio 1993, p. 185
  23. Gaudio 1993, p. 88
  24. Gaudio 1993, p. 89
  25. Gaudio 1993, p. 284-287

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]