Religion en Géorgie

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La Géorgie est un pays constitué majoritairement d'orthodoxes géorgien (84 % de la population)[1] et minoritairement peuplé de musulmans (9,9 %) et d'orthodoxes russes et arméniens[2].

Anciennes croyances et mythologie[modifier | modifier le code]

Malgré le fait que la Géorgie est l'une des premières nations à avoir adopté le christianisme comme religion officielle, les croyances païennes occupaient la vie spirituelle de ces Caucasiens pour la majeure partie de l'Antiquité. D'après la source controversée qu'est l'Histoire du Kartli (rédigée au XIIe siècle par l'évêque Léon de Rouissi), celles-ci datent de la période de guerres civiles qui régnaient en Géorgie orientale pour la succession de Mtskhetos, un des ancêtres mythiques des Géorgiens. D'après la chronique, les combattants avaient alors oublié leur dévotion envers un unique Dieu et commencèrent à « invoquer le soleil et les étoiles ». En réalité, il est probable que les Géorgiens avaient toujours été païens et que leur ancienne religion n'était pas issu d'une décision nationale mais plutôt des relations entre les Géorgiens et les puissants peuples voisins. En effet, la similitude entre les Panthéons géorgiens, persans et hittites est frappante. Les noms de certains dieux sont même similaires chez les Géorgiens et les Hittites.

Toutefois, la première unité religieuse de la Géorgie (du moins de l'Ibérie) date du IIIe siècle av. J.-C., quand le roi (semi-légendaire) Pharnabaze Ier, dans la vague de réformes qu'il fit durant son très long règne de 60 ans, imposa un unique Panthéon à son peuple. Celui-ci consistait d'une trinité, dirigée par Armazi, dieu de la Lune et dieu des Dieux, variante probable de l'Arma hittite. Il était suivi de ses deux fidèles, Gatsi et Gaïm, réputés pour correspondre aux Attis et Cybèle des croyances anatoliennes. Puis venaient les divinités inférieures : Dali, déesse de la Chasse et de la Fertilité, Otchopintre, dieu des Forêts et du Vin… Et finalement les héros, tel qu'Amirani, l'équivalent géorgien du Prométhée grec. Toutefois, de grands bouleversements se produisirent au IVe siècle de notre ère. À l'époque, le roi Mirvan III d'Ibérie se convertit au Christianisme et abandonna à jamais les divinités païennes. Mais le peuple fut plus dur à convertir. Pour cette raison, on sentit le besoin, comme dans d'autres pays à la population dite « barbare », de laisser un soupçon de coutume polythéistes dans la religion orthodoxe. Ainsi, Armazi disparut mais laissa place à Saint Georges de Lydda, saint protecteur de la Géorgie depuis le Moyen Âge, dont la célébration est accompagnée de sacrifices animaux dans quelques régions montagneuses du pays.

Religions actuelles[modifier | modifier le code]

Christianisme[modifier | modifier le code]

Cathédrale Samebà de Tbilissi, siège du patriarcat depuis 2006

Le christianisme est la première religion de la Géorgie depuis des siècles. En effet, la nation géorgienne est considérée comme la troisième à avoir adopté cette religion comme celle de l'État, les deux premières étant l'Arménie et l'Éthiopie, durant la première moitié du IVe siècle de notre ère. Toutefois, malgré l'ancienneté de la religion en Géorgie, les chrétiens furent de tout temps persécutés par les différentes autorités dominatrices du Caucase. Ainsi, les Sassanides imposaient déjà leurs règles du zoroastrisme en Ibérie durant les premiers siècles de l'Orthodoxie géorgienne, persécutant ceux qui refusaient de se soumettre à celles-ci. Plus tard, les Arabes firent de nombreux martyrs parmi la population et la noblesse du pays durant le Haut Moyen Âge et les Turcs et les Perses répétèrent leurs actes du XVIe au XVIIIe siècle. Plus récemment, les bolcheviks communistes athées ordonnèrent le massacre de plusieurs centaines de chrétiens et la fermeture de pas moins de 1 500 églises rien que dans les années 1920.

Toutefois, aujourd'hui, 88,6 % de la population géorgienne est chrétienne. Puis en parlant des branches du Christianisme, 83,9 % sont fidèles au Catholicossat-Patriarcat de toute la Géorgie, indépendante depuis 486 et dirigée par le Catholicos-Patriarche Ilia II, Archevêque de Mtskheta et de Tbilissi, depuis le 25 décembre 1977. La Constitution de Géorgie, adoptée en août 1995, définit également le rôle spécial de l'Église orthodoxe dans la vie nationale, mais garantit l'indépendance de l'État vis-à-vis de l'Église. Par ailleurs, un accord fut signé en 2002 entre le président Edouard Chevardnadze et le Patriarche Ilia II, officialisant les relations entre les deux entités. Le reste des chrétiens géorgiens sont partagés entre les membres de l'Église apostolique arménienne (3,9 %) et les catholiques romains (0,8 %), principalement situés dans le sud du pays. Il existe également de petites communautés protestantes, ainsi que des Témoins de Jéhovah, interdits en Abkhazie, et des fidèles de l'Église orthodoxe russe.

Dans les provinces séparatistes de Géorgie, les populations sont également à majorité chrétienne. Toutefois, des entités religieuses « dissidentes » occupent les sièges spirituels des républiques autoproclamées. Ainsi, il y a une Éparchie d'Abkhazie, non-reconnue par Constantinople, de même qu'une Éparchie d'Alanie, dépendante de l'Église orthodoxe de Grèce - Saint-Synode en résistance, en Ossétie du Sud. Pour les émigrés géorgiens en Europe occidentale, il existe une « Éparchie de Sainte-Nino », diocèse du Patriarcat de Constantinople, basée à Paris depuis l'exil des Géorgiens qui suivit l'invasion soviétique du pays (1921).

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam en Géorgie.
La seule mosquée subsistante à Tbilissi

Les musulmans représentent aujourd'hui 9,9 % de la population géorgienne (463 052 personnes), composant ainsi la seconde classe religieuse après les chrétiens orthodoxes. Toutefois, la répartition de l'islam en Géorgie est tout à fait inégale, la majorité de ses fidèles se situant dans la République autonome d'Adjarie, où ils ne représentent toutefois que 30 % de la population, contre 64 % de chrétiens. Dans cette région, jadis gouvernée par un dirigeant musulman (Aslan Abachidze), les « musulmans géorgiens » (comme ils sont surnommés) sont principalement sunnites, en raison de l'activité des missionnaires turcs. En effet, l'Adjarie embrassa l'islam dès la mi-XVe siècle, quand elle fut intégrée dans le globe impérial ottoman, en même temps que le reste de la Géorgie occidentale. Par ailleurs, la frontière entre la république autonome et la Turquie sur la côte de la mer Noire est une mosquée.

Le reste des musulmans de Géorgie, des chiites pour la plupart, se trouvent en Géorgie orientale. Ainsi, on peut trouver d'importantes communautés en Kvemo Kartli, où les Azéris locaux font partie des disciples de Mahomet depuis les invasions séfévides du XVIIe siècle. Ceux-ci sont également bordés par les Kists, un groupe ethniquement proche des Tchétchènes et des Ingouches (Caucasiens musulmans), établis dans la Gorge de Pankissi (Kakhétie) en deux étapes successives : durant les guerres caucasiennes contre les autorités russes au XIXe siècle, puis après les bombardements russes de la Première guerre de Tchétchénie (années 1990), qui s'étendront dans la région géorgienne par la suite. Il existe également des minorités de musulmans en Abkhazie et dans la faible communauté meskhète (1 000 personnes aujourd'hui), dont près de 100 000 membres sont en exil depuis les déportations de Staline.

Minbar d'une mosquée de Batoumi

Dans un cadre politique, les musulmans sont relativement plus défavorisés que les chrétiens, dans le sens de la politique nationaliste des premiers chefs d'États de la Géorgie indépendante. Malgré le fait que lesdits musulmans existent en Géorgie depuis le VIIe siècle (invasion arabe du Caucase), le premier gouvernement extrêmiste de Zviad Gamsakhourdia ne garantissait guère la citoyenneté aux non-membres de l'Église orthodoxe géorgienne (principe de la « Géorgie aux Géorgiens »). Cela entraîna une vague d'émigration à l'étranger (notamment en Russie), faisant baisser la population islamique géorgienne de 12 % en 1989 à ce qu'il en reste aujourd'hui. Plus récemment, sous la présidence d'Edouard Chevardnadze (1992-2003), une politique de conversion fut exercée par le catholicossat-patriarcat de Géorgie, encouragée par le gouvernement.

Quand Mikheil Saakachvili accéda au pouvoir en 2004, il rompit avec la culture laïque de son prédécesseur et changea les symboles nationaux, datant pour la plupart de 1918. Ainsi, il alla jusqu'à adopter un nouveau drapeau, surnommé le « drapeau aux cinq croix », tirant ses origines des Croisades et du règne du roi Vakhtang Ier Gorgassali (Ve siècle), désormais considéré comme saint par les orthodoxes géorgiens. Cet acte démontra l'éloignement de la Géorgie vis-à-vis du plurialisme religieux, pourtant garanti par la Constitution. Dans un court terme, cela entraînera l'exil de plusieurs musulmans, tentant de se préserver leur croyance.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

La communauté juive est aujourd'hui, avec ses quelque 13 000 membres (dont 3 541 pratiquants), la plus faible des trois religions monothéistes présentes sur le sol de Géorgie. Toutefois, elle n'est pas la moins ancienne car son histoire date de bien avant l'arrivée du Christianisme dans le pays. Le fait est que les Chroniques Géorgiennes nous raconte que le peuple géorgien avait déjà commencé à « vénérer le Dieu d'Israël » quand il apprit la nouvelle de la traversée de la Mer Rouge par les Israélites menés par Moïse, soit vers 1300 av. J.-C. Plus sérieusement, il est probable que la plus ancienne communauté judaïque géorgienne se soit établie dans le Caucase à la suite de la prise de Jérusalem par le roi babylonien Nabuchodonosor II (-586). À l'époque, les juifs créèrent un État tributaire et vassal du mamasakhlissat [seigneurie] de Mtskheta dans la vallée de l'Aragvi (actuelle Ossétie du Sud), avant de rentrer dans la monarchie unifiée d'Ibérie en -299. La seconde vague d'immigration judéenne dans le Caucase central daterait également de l'Antiquité et serait également issu d'un conflit militaire, cette fois-ci entre les Romains et les juifs, qui se déroula en 70 sous le règne de Vespasien. Paradoxalement, ces premiers Hébreux géorgiens contribuèrent à la conversion à l'Orthodoxie de la nation géorgienne, notamment par l'acquisition de la Sainte Tunique du Christ par des juifs géorgiens lors de la Crucifixion.

Malgré cela, le Moyen Âge fut une période très dure pour les juifs géorgiens, qui avaient même développé leur propre langage, le kivrouli, ou judéo-géorgien. Cette époque de douleur pour les communautés judaïques commença au VIIe siècle quand les Arabes envahirent la Géorgie orientale pour y établir un « émirat de Tiflis », censé durer jusqu'en 1122, date de la reprise de l'actuelle capitale géorgienne par les troupes du roi David IV le Reconstructeur. Une courte période d'accalmie fut par la suite suivie par une domination difficile des Mongols, des Turcs et des Persans, époque durant laquelle les juifs durent s'exiler sur les rives de la Mer Noire. Le XIXe siècle passé sous le giron russe ne fut guère meilleur dans le cadre de la vie sociale des Hébreux en Géorgie. Les persécutions continuaient et la discrimination des autorités pétersbourguiennes amena à la création de véritables « ghettos » juifs dans les principales villes caucasiennes. Ces persécutions se transformèrent par la suite en massacres dans certaines régions de la Géorgie occidentale dans les années 1910, principalement organisés par les mencheviks dirigeant la République démocratique de Géorgie. Cette politique ne fut par ailleurs pas abandonnée par les autorités soviétiques une fois que l'Armée rouge envahit la Transcaucasie. C'est ainsi que plusieurs dizaines de massacres furent opérés jusque dans les années 1970 au sein de la RSS de Géorgie.

Synagogue de la ville d'Oni

Toutefois, les juifs continuaient à lutter pour la liberté de leurs croyances et de leur culture, presque plus que les chrétiens et les musulmans. Par exemple, en 1971, un groupe d'Israélites géorgiens manifestèrent devant un bureau gouvernemental de Moscou. Ces déterminations entraînèrent la politique de répression antisémite communiste à se relâcher et, à partir du début des années 1970, de vastes vagues d'émigration vers Israël, les États-Unis et l'Europe occidentale. Ainsi, entre 1979 et 1989, la population juive de la Géorgie baissa de 4 000 individus et aujourd'hui, pas moins de 125 000 judéo-géorgiens vivent à l'étranger (100 000 rien qu'en Israël). Les derniers pratiquants du pays sont désormais regroupés en communautés dans des villes comme Tbilissi, Koutaïssi, Akhaltsikhe et Oni. Chacune de ses villes ont des synagogues, toutes sous la juridiction du Rabbinat de Géorgie, dirigé par le Rabbin Ariel Levin depuis 1991. Celui-ci signa entre autres en 1994 un accord avec le président Edouard Chevardnadze pour la conservation de la culture, de l'histoire et de la langue judéo-géorgienne. La Révolution des Roses ne changea rien à ces relations entre le gouvernement et la communauté hébraïque, alors que la situation des juifs dans les provinces séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud se détériorent année après année (le dernier quartier juif de Tskhinvali fut complètement détruit durant la Bataille de Tskhinvali de la Deuxième Guerre d'Ossétie du Sud en août 2008).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Grigol Péradzé, « L'activité littéraire des moines géorgiens au monastère d'Iviron au Mont Athos », Revue d'histoire ecclésiastique, Paris, 1927.
  • Grigol Péradzé, Les monuments liturgiques prébyzantins en langue géorgienne, Le Museon, Louvain, 1932.
  • Collectif dont Élie Mélia, Quatre approches différentes de la Bible, juive, catholique, orthodoxe, protestante, Éditions Beyaert, Bruges, 1966.
  • Collectif dont Élie Mélia, Unité des Églises dans leur union commune au Christ, Académie internationale des sciences religieuses. Éditions ISTINA, Paris, 1967.
  • Georges Charachidzé, Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique : « la Géorgie. La religion et les mythes des Géorgiens de la montagne » . Éditeur Yves Bonnefoy, Flammarion, Paris, 1981.
  • Revue d'éthique et de théologie Numéro 141, Églises et Droits de l'homme, collectif dont Élie Mélia. Éditions du Cerf, Paris, 1982.
  • Collectif dont Élie Mélia, Conseil Œcuménique des Églises, L'Assemblée de Vancouver, Éditions ISTINA, Paris, 1984.
  • B. Dupuy, « L'archimandrite Grigol Péradzé (1899-1942) », Revue du Centre d'études ISTINA, Paris, 1954, ISSN 0021-2423 : INIST-CNRS Cote INIST 1642, 1990.
  • Le Père Élie Mélia (1915-1989), Revue du centre d'études ISTINA, Paris, 1954, ISSN 0021-2423 : A. Kniazeff, INIST-CNRS cote INIST 1642, 1990.
  • Collectif, Histoire du christianisme, tome 3, pages 1169 à 1239 : L'Église dans le monde géorgien de Bernadette Martin-Hisard. Éditions Desclée - Mame, Paris, 1998. ISBN 2- 7189-0633-2.
  • Collectif, Histoire du christianisme, tome 4, pages 549 à 603 : « L'Église dans le monde géorgien (612-1054) » de Bernadette Martin-Hisard. Éditions Desclée - Mame, Paris, 2000. ISBN 2-7189-0614-6.
  • Georges Charachidzé, Le système religieux de la Géorgie païenne, Éditions la Découverte et Syros, Paris, 2001.
  • Marina Guiorgadzé, Bernard Outtier, Marie-Joseph Pierre, Bernard Pouderon, Apologie, d'Aristide : Éditions du Cerf, Collection Sources Chrétiennes, Paris, 2003. ISBN 2-204-06734-2.
  • Archimandrite Gabriel, Fol-en-Christ de Géorgie (1929 -1995), traduit par Kétévan Dushuashvili. Éditions du Monastère orthodoxe serbe Saints Clair et Maurin, Lectourne, 2006.
  • Bayram Balci et Raoul Motika, Religion et politique dans le Caucase post-soviétique. Les traditions réinventées à l'épreuve des influences extérieures, Institut Français d'Études Anatoliennes, Maisonneuve et Larose, Paris, 2007. ISBN 978-2-7068-1967-4.
  • Bidzina Tcholokachvili, Le martyre des enfants de Kola, Éditions Mare et Martin, 2007. ISBN 978-2-84934-039-4.

Références[modifier | modifier le code]