Religion en Allemagne

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Depuis la République de Weimar, l'Allemagne renforce la liberté de culte et garantit la neutralité de l'État vis-à-vis des différentes religions constituées, mais ne connaît pas la laïcité. Chaque Allemand doit ainsi déclarer sa religion, une dime étant prélevée au bénéfice de son Église. Environ deux tiers des Allemands ont ainsi été baptisés. Les communautés religieuses (Religiongesellschaft) que sont Caritas et la Diaconie sont le deuxième employeur après l'État, et bénéficient d'un statut d'autonomie large, notamment envers le droit du travail mais aussi les droits fondamentaux.

Répartition socio-démographique des religions[modifier | modifier le code]

Les traités de Westphalie ont permis de stabiliser les religions État par État.

Ainsi se découpe une carte des religions dans laquelle le nord-est de l'Allemagne est fortement protestant, tandis que le sud-ouest est majoritairement catholique[1]. Les deux tiers des Allemands sont chrétiens, au sens où ils ont été baptisés. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale (avant la RDA), les deux tiers des Allemands étaient protestants, mais actuellement, 31,4 % des Allemands sont catholiques, 30,8 % appartiennent à l'Église évangélique en Allemagne, et 2,1 % appartiennent à d'autres communautés chrétiennes[2]. Le tiers restant soit ne déclare aucune religion, soit se déclare d'une religion autre que chrétienne.

L'organisation politique de la vie religieuse[modifier | modifier le code]

La loi fondamentale de 1949 établit la liberté de culte et la neutralité de l'État envers les religions, mais pas la laïcité. Il n'existe donc pas de religion d'État en Allemagne mais des partenariats entre Églises et État. Celui-ci peut, par exemple, aider au financement d'établissements d'enseignement gérés par des Églises.

L'impôt sur la religion[modifier | modifier le code]

Chaque Allemand doit, par ailleurs, déclarer sa religion au service des impôts, environ 8 % de l'impôt sur le revenu étant prélevé par l'Église à laquelle il appartient. Est dit catholique, ou protestant, toute personne étant baptisée: pour ne pas se voir prélever cette dime, il faut effectuer une sortie de l'Église (Kirchenaustritt (de)), c'est-à-dire se faire rayer des registres de baptême, opération elle-même payante (environ 50 euros) [3]. Cette somme est d'environ 500 euros pour 40 000 euros de revenu annuel [4]. L'Etat prélève cet impôt à la source mais facture aux Églises les frais de leur recouvrement.

Enfin, contrairement aux Églises chrétiennes, aucune organisation musulmane ne recueille d'impôt sur ses ouailles [5],[6].

L'autonomie des sociétés religieuses, deuxième employeur après l'Etat[modifier | modifier le code]

L'art. 140 de la loi fondamentale reprend les articles de la Constitution de Weimar relatifs aux rapport entre l'État et les cultes, dont l'art. 137 qui permet « aux sociétés à caractère religieux [Religionsgesellschaft, voir Körperschaftsstatus (de)] de créer une « corporation » ou collectivité de droit public qui leur permet de prendre en charge certains domaines du service public (comme l´enseignement, l´éducation, l´aide sociale, la santé publique, etc…) de manière parfaitement autonome (« selbstständig ») » [7]. Cette autonomie est très large, puisqu'elle permet à celles-ci de ne pas appliquer la loi sur l´organisation des entreprises (« Betriebsverfassungsgesetz (de) »), celle sur les discriminations (« Allgemeine Gleichbehandlungsgesetz (de) »), le droit de syndical et de grève, tandis que les prescriptions religieuses s'appliquent strictement [7]. Un médecin d'une clinique catholique a pu ainsi être licencié pour cause de remariage civil, ce qui a été validé par la Cour constitutionnelle allemande en octobre 2014 [7].

Avec 1,3 millions de salariés, la Caritas et la Diaconie sont ainsi les deuxièmes plus gros employeurs après l'État [7].

Payés par l'État comme s'ils étaient fonctionnaires, les membres du clergé sont formés en majeure partie dans les universités publiques. Les Églises disposent cependant d'un droit de regard pour la désignation des professeurs de théologie[8].

Communautés religieuses[modifier | modifier le code]

Des panneaux indiquent les cultes locaux.

Les communautés chrétiennes[modifier | modifier le code]

En Allemagne, l'Église catholique romaine est organisée en sept archevêchés et vingt évêchés. Sa grande fierté est l'élection le 19 avril 2005, d'un Allemand à la tête de l'Église catholique. L'ancien pape, Benoît XVI, né Joseph Alois Ratzinger en 1927, est, en effet, un Bavarois[8].

Les églises luthériennes, réformées et unies se regroupent dans une communauté de 23 églises appelée Église évangélique en Allemagne (Evangelische Kirche in Deutschland (EKD)). Chaque église conserve son autonomie mais des décisions collectives sont prises dans des collèges élus démocratiquement : synodes, conseils, conférences d'église. Dans l'ancienne RDA, l'Église protestante a joué un rôle capital dans la contestation du régime communiste et sa chute en 1989. En effet, elle a accueilli en son sein non seulement des fidèles mais aussi, des activistes et d’autres gens, dégoûtés par le régime communiste et qui ont engagé ce qui a été appelé la révolution pacifique. Les prières pour la paix à Saint-Nikolai, à Leipzig, ont été le germe des « manifestations du lundi » 25 septembre 1989. Cependant l’Allemagne de l’Est (très largement évangélique luthérienne) a été profondément déchristianisée depuis la création de la République Démocratique Allemande (RDA) en 1945 et son régime athée communiste militant, qui s'attaqua ouvertement à la religion, ciblant tout particulièrement la jeunesse — cérémonie de la « Jugendweihe » au même âge que la confirmation évangélique luthérienne et censée la remplacer. La majorité de sa population se caractérise par sa non-affiliation, son indifférence religieuse et surtout son athéisme[9]. La sécularisation touche aussi certaines villes de l'Ouest. Ainsi à Hambourg, une ville traditionnellement luthérienne, la majorité de la population est sans confession[10].

L'Église évangélique luthérienne indépendante (Selbständige Evangelisch-Lutherische Kirche (SELK)) est l'église luthérienne confessionnelle en Allemagne.

Le judaïsme allemand[modifier | modifier le code]

Le nombre d'Allemands de confession juive avant l'avènement du nazisme était d'environ 530 000. Il est tombé à quelques milliers à la suite du génocide dont a été victime cette communauté. Actuellement, on dénombre environ 105 000 juifs vivant en Allemagne, avec de fortes communautés à Berlin, Munich et Francfort-sur-le-Main[8]. La réunification de 1990 a permis aux communautés juives d'Allemagne de l'Est de se développer. Les communautés juives de l'ex-Allemagne de l'Est de Dresde et Leipzig, peuvent de nouveau développer une vie communautaire active. À Leipzig la communauté juive est passée de 40 membres en 1989, à 1 200 membres en 2007[9]. Aujourd’hui la plupart des membres sont des migrants. L'Allemagne est le seul pays d'Europe où le nombre de juifs augmente, alors qu'il diminue partout ailleurs[11].

Le Conseil central des Juifs en Allemagne coordonne la vie des différentes communautés juives installées sur le sol allemand. Symbole du renouveau du judaïsme allemand, la plus grande synagogue d'Allemagne a rouvert ses portes, vendredi 31 août 2007 à Berlin, après plus de trois années de travaux de restauration[12].

La relation de L'État allemand avec sa communauté juive est très influencée par son passé récent (shoah)[13]. Celle-ci reçoit donc une aide particulière pour favoriser son développement. L'État contribue ainsi à hauteur de trois millions d'euros au budget du conseil central des juifs en Allemagne[14], entretient aussi les cimetières des communautés juives allemandes disparues et offre chaque année à l'État d'Israël plusieurs millions d'euros. Parmi les missions du Conseil central des Juifs en Allemagne, on trouve donc tout naturellement la promotion de la tolérance et de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme[8].

Les communautés musulmanes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam en Allemagne.

Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 2009[15], soit 5% de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants est cependant très faible. Le taux de participation des musulmans à la prière du vendredi ne dépasserait pas les 8,25 % même si 74 % d'entre eux disent se sentir liés à leur foi[16].

Selon l'étude pré-citée de l'Office fédéral des migrations, 74,1 % des musulmans (pratiquants ou non) seraient sunnites, 7,1 % chiites et 12,7 % alévis. Cette communauté provient en grande partie de l'immigration turque et pour une moindre part de musulmans de l'ancienne Yougoslavie[14]. Selon les auteurs, il n'est néanmoins pas possible de chiffrer exactement le nombre des musulmans en Allemagne, car contrairement aux chrétiens, ils ne sont pas immatriculés dans un registre central.

Leur présence a entraîné la naissance d'un grand nombre d'organisations musulmanes qui gèrent les mosquées et s'occupent des affaires religieuses. Les quatre principales organisations musulmanes sont le conseil de l'islam (Islamrat), le conseil central des musulmans (ZMD), l'union turque islamique des affaires théologiques (Ditib) et l'association des centres culturels islamiques (VIKZ). Elles rassemblent 2 000 mosquées sur un total de 2 900. Elles se sont regroupées au sein d'un conseil de coordination (KRM) en avril 2007[17] mais il n'existe en fait aucune organisation nationale pour représenter l'ensemble des musulmans. D'autre part, contrairement aux Églises chrétiennes, aucune organisation musulmane ne recueille d'impôt sur ses ouailles [5],[6].

Ces dernières années, la construction de mosquées a augmenté. À côté de 2 300 salles de prière installées dans des locaux aménagés, il y avait en 2002, 77 mosquées classiques alors qu'il n'y en avait que 26 en 1996. 123 nouvelles mosquées seraient en construction ou à l'étude[16].

Dans un souci d'intégration, le gouvernement fédéral encourage le dialogue inter-religieux, soutient les organisations musulmanes favorables au dialogue et intègre celles-ci dans sa politique de lutte contre contre la violence et la xénophobie[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sandrine Kott, Éléments pour une histoire sociale et culturelle de la religion en Allemagne au XIXe siècle, Revue d'histoire moderne et contemporaine, Supplément 2001-4bis
  2. Christen in Deutschland 2005
  3. Français d’Allemagne, il est urgent de vous faire rayer des listes de baptême, Rue 89, 17 février 2015
  4. Impôt sur la religion, Guide Munich-French Connection, accès le 18 mars 2015
  5. a et b Daniel Vernet, L'islam fait-il partie de l'Allemagne?, Slate, 6 mars 2015
  6. a et b En Allemagne, même sans laïcité, l’islam dépend de fonds privés, L'Opinion, 22 février 2015
  7. a, b, c et d Paul Mougeolle, « Les droits et libertés fondamentaux des salariés face à l’autonomie des employeurs religieux en Allemagne », La Revue des droits de l'homme [En ligne], Actualités Droits-Libertés, mis en ligne le 18 mars 2015, consulté le 18 mars 2015. URL : http://revdh.revues.org/1074
  8. a, b, c, d et e tatsachen, « Les Églises et les communautés religieuses », sur [1] (consulté le 31 octobre 2007)
  9. a et b 29e Conférence de la Société Internationale de Sociologie des Religions, Juillet 2007 à Leipzig, Allemagne
  10. http://www.ekd.de/download/kimi_2004.pdf page 7
  11. Heureux comme les juifs en Allemagne ?, le Monde du 13 septembre 2007
  12. La plus grande synagogue d'Allemagne rouvre ses portes à Berlin, Le Monde, 1er septembre 2007
  13. Dans L'Impossible Retour, publié chez Flammarion en 2007, Olivier Guez écrit que les juifs ont été érigés, malgré eux, en sismographes de sa sincérité démocratique.
  14. a et b http://www.fides.org/aree/news/newsdet.php?idnews=9946&lan=fra
  15. http://www.deutsche-islam-konferenz.de/cln_236/nn_1876234/SubSites/DIK/DE/Magazin/ZahlenDatenFakten/ZahlMLD/zahl-mld-node.html?__nnn=true
  16. a et b Religioscope, « Allemagne: environ 3,5 millions de musulmans »,‎ 1er novembre 2002
  17. Cécile Calla, « L'islam devrait rejoindre les autres religions au programme des écoliers allemands », Le Monde, 18 mars 2008