Pacte Germano-Soviétique

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Signature du pacte par Molotov. Ribbentrop et Staline en arrière plan.
Signature du pacte par Molotov. Ribbentrop et Staline en arrière plan.

Le Pacte Germano-Soviétique, également appelé pacte Von Ribbentrop-Molotov ou pacte Hitler-Staline, fut signé le 23 août 1939 entre les ministres des Affaires étrangères du Troisième Reich (Joachim von Ribbentrop) et de l'Union soviétique représentée par Staline et par Viatcheslav Molotov.

Sommaire

[modifier] Le contexte

Malgré l'opposition idéologique entre le national-socialisme allemand et le communisme soviétique, des convergences existaient entre les deux puissances: toutes deux contestaient l'ordre européen issu de la première guerre mondiale, avaient des revendications territoriales sur leurs voisins et pratiquaient la coercition et la violence politique pour réaliser la "société nouvelle" et l'"homme nouveau" prôné par leurs gouvernements dominés par un parti unique (nazi en Allemagne, PCUS en URSS). Côté allemand, Hitler cherchait à s'assurer de la non-intervention soviétique dans la guerre que le Troisième Reich préparait contre la Pologne. Côté soviétique, Staline cherchait des appuis et la neutralité des puissances européennes pour réaliser l'annexion des territoires revendiqués par l'URSS.

En septembre 1938 la Tchécoslovaquie est sacrifiée lors des accords de Munich, après que la Pologne a refusé de laisser l'Armée rouge traverser son territoire pour défendre les Tchécoslovaques (le gouvernement polonais craignait que l'URSS n'en profite pour annexer les territoires qu'elle revendiquait en Pologne depuis la paix de Rīga qui avait conclu la guerre soviéto-polonaise en 1921). Staline en conclut qu'il avait intérêt à négocier avec les occidentaux pour obtenir ce qu'il souhaite.

[modifier] Le "pacte de non-agression"

L'échec des pourparlers soviétiques avec l'Angleterre et la France en août 1939, dû à la méfiance de Chamberlain, conduisit le gouvernement soviétique à signer un traité de non-agression le 23 août avec le Troisième Reich: le pacte Molotov-Ribbentrop. La paternité du pacte est parfois attribuée à Staline uniquement. Dans Deux ans d'alliance germano-soviétique Angelo Tasca, le fondateur du Parti communiste italien, membre du Komintern écrit: « L'idée d'un accord germano-russe n'était pas d'origine allemande, mais russe. Elle a été lancée par Staline dans un discours du XVIIIe Congrès du PCUS [note: en mars 1939]. »

[modifier] Les protocoles secrets

En plus de la clause de non-agression, le pacte comportait plusieurs protocoles restés longtemps secrets. Notamment, un partage de la Pologne était déjà prévu, anticipant l'invasion allemande du 1er septembre 1939 et celle, consécutive, de l'Armée rouge le 17 septembre 1939. Les deux armées occupèrent alors chacune une moitié du pays, un protocole stipulant que les deux parties avaient l'obligation de prendre des mesures pour prévenir et empêcher toute action de la Résistance polonaise, allant même jusqu'à prévoir des consultations mutuelles à propos de toutes les actions répressives qui sembleraient utiles :

Aucune des deux parties ne tolèrera sur son territoire d'agitation polonaise quelconque qui menacerait le territoire de l'autre partie. Chacune écrasera sur son propre territoire tout embryon d'une telle agitation, et les deux s'informeront mutuellement de tous les moyens adéquats pouvant être utilisés à cette fin.

Ces moyens font l'objet d'échanges constants entre la Gestapo et le NKVD, durant tout l'hiver 1939 - 1940, moment à partir duquel chacun des deux occupants s'appliquera à se débarrasser des élites polonaises. Les Allemands mettent en avant des critères raciaux et les Soviétiques des critères de classes, mais l'Église catholique, pilier de l'identité nationale de la Pologne, sera persécutée par les deux parties. Fort logiquement, les exactions commises par chacune des deux parties furent tenues secrètes et ne reçurent aucun écho dans les presses nationales.

Répartition des territoires prévue par les protocoles secrets du Pacte, et changements effectifs de frontières en 1940.
Répartition des territoires prévue par les protocoles secrets du Pacte, et changements effectifs de frontières en 1940.

D'autres clauses secrètes attribuaient à l'Union soviétique le contrôle de la Finlande, de deux des pays baltes (Estonie et Lettonie) et de la Bessarabie roumaine (actuelle République de Moldavie et régions ukrainiennes voisines), tandis que l'Allemagne se réservait la Scandinavie au sens strict (Danemark, Norvège et Suède), la Lituanie et le reste de l'Europe à l'ouest de la ligne de partage traversant la Pologne et la Roumanie. La Gestapo s'engageait à livrer au NKVD les réfugiés russes présents sur le territoire allemand et réclamés par l'URSS, en échange de quoi l'URSS livrait à l'Allemagne de nombreux réfugiés antifascistes allemands et autrichiens réfugiés en Union soviétique (ce fut le cas de Margarete Buber-Neumann et du fondateur du Parti communiste autrichien, Franz Koritschoner).

[modifier] Rôle stratégique du pacte

Chaque partie trouva, durant deux ans, son intérêt dans ce pacte.

D'un côté, ce pacte permettait au Troisième Reich de rapatrier des divisions, notamment blindées, vers l'ouest, sans craindre une attaque soviétique venant de l'est. Les Allemands purent ainsi envahir la France par une Blitzkrieg, avant de se retourner deux ans après contre l'Union soviétique lors de l'opération Barbarossa, le 22 juin 1941, rompant ainsi de facto le pacte. Hitler disait d'ailleurs lui-même qu'il ne tiendrait ses engagements qu'aussi longtemps qu'ils lui seraient profitables.

De l'autre côté, les intérêts soviétiques sont plus discutés.

Certains soutiennent que l'Union soviétique cherchait surtout à retarder au maximum un conflit avec l'Allemagne, jugé inévitable, afin de tenter de rattraper son retard technologique. C'est,par exemple, la position de Henry Kissinger dans son livre Diplomatie, qui qualifie le pacte de « plus grand coup diplomatique de génie du XXème siècle ». À l'appui de cette thèse sont notamment citées les constructions ou délocalisations d'usines vers la Sibérie — l'objectif aurait été d'assurer une base arrière loin du front — ainsi que les négociations engagées auparavant avec la Finlande pour échanger des territoires finnois proches de Léningrad contre des territoires soviétiques en Carélie — l'objectif aurait été de créer des avant-postes pour protéger Léningrad, vulnérable car très proche de la frontière. Quoiqu'il en soit des véritables motivations soviétiques à cette époque, le développement d'usines d'armement en Sibérie aura effectivement joué un rôle clef dans la victoire soviétique après la rupture du pacte, tandis que l'échec soviétique pour agrandir son territoire autour de Léningrad (d'abord par les négociations mentionnées ci-dessus, puis par l'invasion de la Finlande, conformément aux protocoles du pacte, qui s'est soldée par le relatif échec de la guerre d'Hiver) n'aura pas permis de protéger la ville, qui subira dès le début de la guerre un siège terrible.

D'autres, parmis lesquelles des historiens russes, contestent cette thèse d'une préparation soviétique à un affrontement proche avec l'Allemagne. En particulier, ils arguent que jusqu'à la veille de l'attaque allemande, les commissaires politiques ont continué à "purger" l'Armée rouge de ses officiers les plus compétents, que le NKVD a continué à arrêter comme "saboteurs" les ingénieurs en armement et aviation qui soulignaient le danger nazi, que le Politburo n'accordait aucun crédit aux avertissements d'agents de renseignement soviétiques tels Richard Sorge ou Léopold Trepper et, enfin, que l'URSS fournissait pétrole et matière premières à l'Allemagne au-delà des obligations du pacte. Selon l'historien Nikolai Bugai, la correspondance de Staline montre d'ailleurs que l'attaque le prit totalement par surprise car il n'imaginait pas qu'Hitler puisse décider d'ouvrir un second front à l'est avant de s'être assuré de la victoire à l'ouest[1].

[modifier] Voir aussi

[modifier] Références

  1. Nikolai Bugai: Correspondance Kruglov-Staline 1941-1945 Druzhba narodov

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

  • Bibliographie détaillée
  • Angelo Tasca, Deux ans d'alliance germano-soviétique, Fayard, 1949
  • Gabriel Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, Les Belles Lettres, Paris, 2000.
  • Yves Santamaria, 1939 le pacte germano-sovietique, Complexe, 1999.
  • Également la revue "Communisme" qui publie depuis 1981 avec le soutien du CNRS et du laboratoire le GEODE (Paris-X Nanterre), l'essentiel des travaux sur le sujet.
  • Alexandra Kwiatkowska-Viatteau, Staline assassine la Pologne, 1939-1947, Seuil, 1999
  • Viktor Suvorov, Le Brise-glace: Le plan secret de Staline pour conquérir l'Europe, Plon, 1992.