Pavel Soudoplatov

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Pavel Soudoplatov

Pavel Anatolievitch Soudoplatov (en russe : Пáвел Aнатóльевич Cудоплáтов ; Melitopol, 7 juillet 1907Moscou, 26 septembre 1996) était un responsable des services secrets soviétiques, impliqué en particulier dans l'assassinat de Trotski[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation (1907-1938)[modifier | modifier le code]

Pavel Soudoplatov naît à Melitopol en Ukraine en 1907. Sa mère était russe, son père un meunier ukrainien [2] . Il a eu trois frères et une sœur. Son père est mort en 1917 alors qu'il a 10 ans. Son frère aîné Nikolaï s'engage dans l'Armée rouge en 1918 avant de faire partie d'un bataillon de la Tchéka en 1920.

Pavel Soudoplatov s’engage à son tour en 1919 dans l'Armée rouge, affecté aux transmissions parce qu’il sait lire et écrire [3] . À l'âge de 14 ans, en 1921, il est dactylographe, opérateur téléphonique et chargé du codage-décodage. C'est dans les années 1920-1921 qu'il fait partie d'un régiment qui combat Konovalets, ce qui le motivera 18 ans après pour l'exécuter. Son frère Nikolaï est tué en 1921.

À la fin de la guerre civile russe, de 1922 à 1926 il est à Melitopol, chargé de la responsabilité d'un petit réseau d'indicateurs recruté dans les communautés grecque et allemande [4] .

En 1927, âgé de 20 ans, il est promu au département politique du bureau ukrainien de la Guépéou à Kharkov, alors capitale de l'Ukraine. Il rencontre la même année Emma Kaganova, née en 1905 dans une famille juive de Gomel, qu'il épousera en 1928 et avec qui il sera en couple jusqu'au décès de celle-ci, survenu en septembre 1988 [5]. Il est aussi chargé de la gestion d'une colonie d'enfants sans foyer.

En 1933, le chef de la Guépéou ukrainienne étant nommé directeur-adjoint de la Guépéou de l'URSS, il emmène avec lui plusieurs de ses collaborateurs, et notamment les époux Soudoplatov. Pavel Soudoplatov est nommé inspecteur, chargé de superviser les promotions et de pourvoir les postes vacants dans le département Etranger de la Guépéou. Fin 1933, il est chargé du suivi des exilés ukrainiens dans les pays d'Europe de l'Ouest [6] .

De 1934 à 1938, formé par Sergueï Spiegelglass, il est envoyé en Finlande, en Allemagne (Berlin, Leipzig) et en France (Paris) en tant qu'agent clandestin chargé d'infiltrer l'Organisation des nationalistes ukrainiens dirigée notamment par Konovalets et Stepan Bandera en se faisant passer pour un nationaliste ukrainien, représentant en Allemagne du réseau nationaliste ukrainien en Ukraine. En novembre 1937, Soudoplatov rencontre personnellement Staline à deux reprises qui l'interroge sur ses activités d'agent clandestin ; Staline lui donne l'ordre de tuer Yevhen Konovalets [7] .

Après une méticuleuse préparation, et alors que les Grandes Purges staliniennes battent leur plein en URSS, Soudoplatov (sous le nom de code Andrew) tue Konovalets à Rotterdam le 23 mai 1938 après lui avoir remis une boîte de chocolats piégée [8] .

Ascension fulgurante au sein du NKVD (1938-1953)[modifier | modifier le code]

Entrant dans l'orbite de Beria, nouveau chef du NKVD, il est nommé dès août 1938 assistant spécial du directeur du Département Étranger du NKVD [9] . Trois mois après, début novembre 1938, à la suite de l'arrestation de Sergueï Spiegelglass, il est promu chef intérimaire du service des renseignements étrangers. Il est relevé de ce poste un mois près et remplacé par Vladimir Dekanozov. Faisant l'objet d'une enquête, il est mis « au placard » en janvier et février 1939, mais réintégré en mars 1939, alors que les Grandes purges viennent de prendre fin.

Il est personnellement chargé par Staline d'organiser depuis Moscou l'assassinat de Léon Trotski. Après une minutieuse préparation, cet assassinat a lieu le 21 août 1940. Ayant correctement accompli sa mission, il est décoré de l'Ordre du drapeau rouge.

Pendant la Seconde guerre mondiale, il a deux fonctions essentielles au sein du NKVD :

  • d'une part, il est chargé de la coordination des actions de sabotage contre la Wehrmacht en Europe de l'Est ; à l'issue de la guerre il est affecté au département des sabotages du MGB en 1946 ;
  • d'autre part, il doit superviser l'espionnage industriel nucléaire des américains, en vue de la création d'une bombe nucléaire soviétique.

Il est nommé, en 1946, général de division, qui est le sommet de sa carrière.

Incarcération politique et fin de vie[modifier | modifier le code]

À la chute de Beria en 1953, Pavel Soudoplatov le suit dans la disgrâce et est condamné à 15 ans de réclusion. Compte tenu de ses bons états de service, il n'est pas envoyé au Goulag mais est incarcéré à la Prison de Vladimir, où sont logés de nombreux prisonniers politiques.

Il est libéré en 1968 et vit grâce à des traductions de romans et nouvelle en langue ukrainienne.

Son épouse, Emma Kaganova, née en 1905, qu'il avait épousée en 1928, décède en septembre 1988 des suites de la maladie de Parkinson [10]. Elle est inhumée au monastère Donskoï.

Soudoplatov est officiellement réhabilité en 1992.

À sa mort en septembre 1996, il est enterré au Cimetière Donskoï, aux côtés de son épouse.

Mémoires autobiographiques[modifier | modifier le code]

Ses mémoires, publiés en 1994 aux États-Unis et en Europe occidentale, sont particulièrement intéressants pour la compréhension de l'univers stalinien de l'intérieur, du renseignement soviétique, des modalités des assassinats de Konovalets et de Léon Trotski et de l'acquisition par l'URSS de la bombe atomique grâce à un transfert massif de documents par plusieurs hauts responsables scientifiques américains, en l'occurrence Robert Oppenheimer, Leo Szilard, Bruno Pontecorvo, Niels Bohr, Klaus Fuchs, etc.

Ils ont été rédigés avec l'aide de son fils Anatoli et de deux journalistes américains. On peut regretter une certain tendance à l'autojustification et une absence totale de regrets concernant la répression de la société civile soviétique sous la dictature de Staline. À titre d'exemple, il soutient tout au long de son ouvrage que la répression politique était nécessaire pour transformer la Russie agraire en puissance industrielle, et que les Grandes Purges des années 1936-1937-1938 résultent de la volonté personnelle de Nikolaï Iejov, directeur-général du NKVD, sans jamais en incriminer Staline, pourtant l'initiateur principal.

Pour une évaluation de la fiabilité des mémoires de Pavel Soudoplatov, voir Le Monde Diplomadique - 1994.

Les mémoires se terminent ainsi : « L'Etat soviétique, à qui j'étais attaché par toutes les fibres de mon être, pour qui j'étais prêt à mourir, à cause de qui j'ai fermé les yeux devant toutes sortes de brutalités, persuadé qu'elles étaient justifiées par la transformation d'un pays arriéré en superpuissance, à qui j'ai sacrifié ma vie de famille avec Emma et nos enfants, dont les erreurs m'ont fait perdre quinze ans d'une existence d'époux et de père, cet Etat soviétique a refusé de reconnaître ses erreurs en me rendant mon statut de citoyen. Pour retrouver la place dans la société et que soit redonné à mon nom l'honneur qui lui est dû, il m'a fallu attendre la disparition de l'Union soviétique, l'effondrement de ce fier empire. En dépit de ma réhabilitation, mes médailles ne m'ont toujours pas été rendues. Nul de doit ignorer que, moi-aussi, j'ai été une victime de la répression politique. » [11] .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pavel & Anatoli Soudoplatov, Missions spéciales : Mémoires du maître-espion soviétique Pavel Soudoplatov, Le Seuil, 1994.
  2. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 33.
  3. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 34.
  4. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 36.
  5. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 36, p. 37 et p. 519.
  6. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 38.
  7. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 50 à 53.
  8. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 53 à 58.
  9. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 72.
  10. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 519.
  11. Missions spéciales, Le Seuil, 1994, p. 528.

Sources[modifier | modifier le code]

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