Jean (apôtre)

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Saint Jean, par El Greco

Dans les évangiles synoptiques (évangile de Marc, évangile de Matthieu et évangile de Luc) et le livre des Actes des Apôtres, ainsi que dans une fin ajoutée à l'Évangile de Jean, Jean, fils de Zébédée apparaît dans les premiers de la liste des douze apôtres (Mc 3. 16-19, Mt 10. 2-5 et Lc 6. 13-16), avec son frère Jacques dit le Majeur.

Dans la tradition chrétienne, l'Évangile de Jean est généralement attribué à l'apôtre Jean, ainsi que trois épîtres, et l'Apocalypse, dont l'auteur se présente expliquant qu'ayant reçu une vision de Jésus-Christ dans l'île de Patmos : c'est le corpus johannique. Certains assimilent cependant Jean l'évangéliste au presbytre Jean et non à l'apôtre Jean.

Quoi qu'il en soit, dans l'évangile selon Jean, la tradition le reconnait comme le disciple non nommé mais désigné par l'expression le « Disciple que Jésus aimait ». L'apôtre Jean est fêté par l'Église catholique le 27 décembre et par l'Église orthodoxe le 26 septembre (dormition) et le 8 mai.

Jean, fils de Zébédée[modifier | modifier le code]

Liste d'occurrences de Jean[1][modifier | modifier le code]

  • Mt 4,21; 10,2; 17,1; 20,20-23
  • Mc 1,19; 1,29; 3,17; 5,37; 9,2; 9,38; 10,35; 10,41; 13,3; 14,33
  • Lc 5,10; 6,14; 9,28; 9,49; 9,54; 22,8
  • Ac 1,13; 3,1-11; 4,1-19; 8,14-25; 12,2; 13,5

Jean fils de Zébédée dans les synoptiques[modifier | modifier le code]

Jean l'apôtre est-il Jean l'évangéliste ?[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évangile selon Jean.
  • À la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon, qui avait fréquenté Polycarpe, évêque de Smyrne, écrit : « Après les autres disciples, Jean, le disciple du Seigneur qui reposa sur sa poitrine, donna lui aussi sa version de l’évangile comme il séjournait à Éphèse[3]. »
  • Le quatrième évangile est donc attribué à un Jean. Mais certains exégètes et historiens ont contesté que ce Jean soit l'apôtre, fils de Zébédée. Selon Jean Colson, Jean serait Jean le Presbytre, cité par Papias, qui aurait été en sa jeunesse un jeune et riche patricien habitant Jérusalem[4]. Depuis cette thèse a été reprise par Oscar Cullmann[5], François Le Quéré[6], Joseph A. Grassi[7], James H. Charlesworth[8], Xavier Léon-Dufour[9]. Jean, fils de Zébédée, n'est d'ailleurs plus mentionnée après la réunion de Jérusalem[10].

Mort de l'apôtre Jean[modifier | modifier le code]

  • D'après l'évangile de Marc, Jésus aurait annoncé à Jean et Jacques, fils de Zébédée, leur mort en martyr, incompatible avec une mort à Éphèse à un âge avancé[11], peut-être avec son frère Jacques sous le règne d'Hérode Antipas. Une notice attribuée à Papias et divers textes plus tardifs étudiés par Marie-Émile Boismard comme un martyrologe syriaque relatant le martyre des deux frères à Jérusalem, un livre de la liturgie gallicane, un sacramentaire irlandais et un manuscrit conservé en Allemagne à la cathédrale de Trèves, indiquent que Jean, fils de Zébédée serait mort soit en 43, soit peu après[12]. La distance temporelle qui sépare cet événement de la rédaction de l'évangile à la fin du Ier siècle est importante. Les évangiles de Matthieu et Marc rapportent comment Jésus les a prévenus qu’ils seraient tous deux associés à sa Passion et martyrisés[13]. Au moment où les évangiles furent diffusés, la mort des fils de Zébédée pourrait avoir incité les auteurs des évangiles à affirmer qu’elle avait été prophétisée.
  • Ceux qui identifient Jean l'évangéliste à l'apôtre Jean contestent cette mort dans les années quarante du Ier siècle : Jean, fils de Zébédée, aurait selon eux fini sa vie au début du IIe siècle à Éphèse sous le règne de Trajan (98-117).
    • Selon cette hypothèse, Jean serait allé en Samarie prêcher avec Pierre, où il aurait montré beaucoup d'ardeur à organiser la jeune Église de Palestine. Puis, fuyant les persécutions des Romains, il aurait quitté la Palestine, et se serait réfugié à Éphèse où il aurait fait des miracles et baptisé de nombreuses personnes.
    • Clément d'Alexandrie précise que Jean, fut ensuite exilé dans l'île de Patmos ; en 94, à la suite des persécutions qui avaient repris contre les chrétiens, il y aurait écrit l'Apocalypse[14], texte d'une grande richesse spirituelle, présentant de nombreuses analogies de vocabulaire et de thématique avec son évangile[15]. À Patmos, île montagneuse, luxuriante à l'époque, Jean reçoit une vision du Christ de l'Apocalypse, majestueux d'apparence, vêtu de blanc, le glaive de la « Parole » dans la bouche. Jean s'agenouille et il est béni par l'apparition qui lui dit : « Écris donc ce que tu as vu, le présent, et ce qui doit arriver plus tard » [16]. Puis il lui aurait révélé en de grandioses visions ce qui doit arriver à la fin des temps : l'accroissement de l'iniquité, la venue de l'Antéchrist, son combat contre les fidèles et sa lutte ultime qui le jettera finalement pour toujours en Enfer avec le diable et ses anges maléfiques. Il contempla aussi les bouleversements du Monde, la consommation de toute chose sous le feu divin, puis le triomphe du Fils de l'homme, la résurrection de tous au jugement dernier, et enfin la descente sur terre de la Jérusalem céleste, cité sainte et éternelle, où Dieu demeurera pour toujours avec les hommes, où il acheva son Apocalypse, attendit la disparition de Domitien pour revenir à Éphèse. De là, il rayonna dans la région, invité par les communautés chrétiennes locales, « tantôt pour y établir des évêques, tantôt pour y organiser des Églises complètes, tantôt pour choisir comme clerc un de ceux qui étaient désignés par l'Esprit[17] ».
    • Après la mort de Domitien en l'an 96, l'empereur Nerva permit à Jean de revenir à Éphèse[18]. Il serait mort à Éphèse en l'an 101, à l'âge d'environ quatre-vingt-dix ans[18]. Il serait enterré à Selçuk, près d'Éphèse, où il existait une basilique Saint-Jean aujourd'hui en ruine. Sa mort, à un âge aussi avancé est discuté, surtout à une époque ou l'espérance de vie ne dépassait guère les 50 ans, surtout chez les plus pauvres. C'est ce qui incite un grand nombre d'historiens, et de spécialistes, à penser que l'Apocalypse fut rédigée par un autre Jean, et les candidats ou prétendants sont nombreux.

Représentation de Jean dans l'art[modifier | modifier le code]

  • De nombreuses représentations de la Cène le montrent au côté de Jésus, écoutant attentivement les paroles du Seigneur, les yeux quelquefois fermés pour mieux écouter (La Cène peinte par Dirk Bouts). En effet dans l'évangile que l'on attribue à Jean, il rapporte avec beaucoup de précisions les paroles prononcées par Jésus au cours de la Cène (Discours de la Cène, chapitres 14 à 17), et en particulier l'envoi de l'Esprit Saint ou Paraclet par le Père [19],[20].
  • Plusieurs représentations de Jean le montrent tenant à la main un calice d'où émerge la tête d'un serpent, en référence au thème johannique du serpent[21],[Note 1] ». Mais il peut s'agir aussi de la légende de la coupe de poison d'Aristodème[Note 2].
  • Son symbole en tant qu'évangéliste dans la tradition du Tétramorphe est l'aigle, d'où le surnom « l'aigle de Patmos ». Il est représenté avec une coupe surmontée d’un serpent ou avec une chaudière remplie d’huile bouillante.

Miracles attribués à l'apôtre Jean[modifier | modifier le code]

L'apôtre Jean et son aigle symbolique par Le Dominiquin.

On attribue à l'apôtre Jean de nombreux miracles.

  • Pour prouver à Aristodème et aux Éphésiens la supériorité du christianisme sur le culte des idoles[22], Jean, sommé de boire une coupe de poison, en avale le contenu d'un trait et n'en est absolument pas incommodé, tandis que les deux goûteurs désignés pour tester ce poison s'écroulent foudroyés en quelques secondes (ils seront ensuite ressuscités par le saint).
  • Lors d'une fête en dévotion à la déesse Artémis, que vénéraient les habitants d'Éphèse, Jean monta sur la colline où se trouvait une grande statue de la déesse et commença à haranguer la foule païenne. Celle-ci, furieuse, tenta de le lapider, mais toutes les pierres frappèrent la statue qui fut mise en pièces, puis les pierres se retournèrent contre ceux qui continuaient à les lancer. À la prière de Jean, la terre trembla et engloutit les plus vindicatifs, mais après que la foule eut supplié Jean et fait appel à sa miséricorde, ils ressortirent tous des antres de la terre, vénérant le saint et demandant le baptême.
  • À Éphèse également, Jean fut arrêté et conduit au temple d'Artémis devant un officier impérial qui l'accusa de magie maléfique et voulut le mettre à mort. Jean se mit à prier Dieu, et le temple s'effondra sans porter atteinte à aucune vie humaine.
  • Un autre jour, à Éphèse, entouré d'une foule de disciples et d'habitants, il bénit la dépouille d'une femme particulièrement pieuse, nommée Drusiana, et celle-ci ressuscita.
  • Pendant son voyage d'exil vers Patmos, il guérit par ses prières les soldats de son escorte qui avaient tous la dysenterie.
  • À son arrivée dans l'île de Patmos, il y avait un mage maléfique, nommé Kynopse, servi par de nombreux serviteurs démoniaques. Les prêtres du temple d'Apollon demandèrent à ce dernier de les débarrasser de Jean, qui commençait à faire des conversions. Jean, par la seule puissance de sa prière adressée à Jésus-Christ, réussit à chasser les serviteurs démoniaques du mage, démontrant que le pouvoir de ce dernier n'était qu'illusion, et à sa prière, la mer engloutit le mage et l'emporta, comme autrefois le Pharaon lancé à la poursuite de Moïse.
  • En arrivant dans l'île, il guérit aussi par ses prières le fils d'un notable de l'île, atteint d'un « esprit impur », ce qui lui permit de baptiser toute la maisonnée dès son arrivée.
  • Au moment de sa mort, il se fait creuser une fosse et y descend en priant Dieu. Dès qu'il a fini sa prière, il est entouré d'une lumière si vive que personne ne peut la regarder. Une fois la lumière disparue, on trouve la fosse remplie de manne divine. Une autre version de sa mort veut qu'il se soit fait enterrer encore vivant et recouvrir de terre par ses serviteurs, mais, lorsque ses disciples arrivèrent et voulurent le déterrer, il avait disparu. Tous pensèrent que son corps avait été ressuscité et était monté au ciel, selon la parole de Jésus-Christ répondant à Pierre qui le questionnait sur Jean : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? » (Jn 21. 22).
Saint Jean, basilique Saint-Jean de Latran, Rome, Italie.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir le vitrail contemporain de l'église de Toulon-sur-Allier.
  2. Plutôt relative au fils de Zébédé, voir plus haut.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.portstnicolas.org/Jean-Fils-de-Zebedee.html
  2. Matthieu et Luc reprenant Marc selon la Théorie des deux sources.
  3. Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 2.
  4. Jean Colson, L’Énigme du disciple que Jésus aimait, Paris, Beauchesne, 1969.
  5. Oscar Cullmann, Le Milieu johannique, étude sur l’origine de l’évangile de Jean, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1976.
  6. François Le Quéré, Recherches sur saint Jean, F.-X. de Guibert, 1994.
  7. J.A. Grassi, The Secret Identity of the Beloved Disciple, New York, Paulist, 1992.
  8. J.H. Charlesworth, The Beloved Disciple, Valley Forge, Trinity, 1995.
  9. Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, Paris, Seuil.
  10. Ga 2. 9
  11. Mc 10. 35-40
  12. Marie-Émile Boismard, « Le Martyre de Jean l'apôtre », Paris, éd. Gabalda, coll. Cahiers de la Revue biblique, n° 35, 1996.
  13. Matthieu, 20, 28 & Marc, 10, 35-45.
  14. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 533 et 534.
  15. Philippe Rolland, La Mode « pseudo » en exégèse..., p. 221-233.
  16. Apocalypse I:17.
  17. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 526.
  18. a et b Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 534.
  19. chapitre 14 v. 15 à 31 : l'Esprit Saint que le Père enverra
  20. la Bible, Traduction œcuménique, texte intégral, le Livre de poche, 1979
  21. Dans l'évangile selon Jean (3,14) : Jésus déclare à Nicodème « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle
  22. Jacques de Voragine, La Légende dorée, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004, publication sous la direction d'Alain Boureau, chapitre 9, p. 68-76.