Dormition

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Dormition de la Vierge Marie, icône du XVIe siècle

Le mot dormition (en grec ancien κοίμησις / koímêsis), est utilisé, dans le vocabulaire chrétien pour désigner la mort des saints et des pieux fidèles, quand ce n'est pas une mort violente. Le mot cimetière exprime la même idée de sommeil provisoire.

Définition[modifier | modifier le code]

La Dormition de la très Sainte Mère de Dieu est souvent appelée Dormition tout simplement car c'est la dormition par excellence. Les orthodoxes ont gardé cette dénomination antique. Ils entendent par ce mot la mort de la Vierge Marie et sa montée au ciel avec son corps.

Dans le catholicisme actuel, le terme Dormition ne désigne que la mort de la Vierge[1]. La croyance de la montée au ciel avec son corps chez les catholiques porte le nom d'Assomption, mais les orthodoxes critiquent ce terme, qui pourrait laisser croire que la Vierge a été enlevée au ciel de son vivant.

Le mot, venu du latin dormitio, « sommeil », exprime la croyance selon laquelle la Vierge est morte sans souffrir, dans un état de paix spirituelle ; on parle parfois aussi de dormition pour les saints morts sans martyre. L'écrivain Joris-Karl Huysmans explique dans son roman l'Oblat :

« La Vierge ne mourut, ni de vieillesse, ni de maladie ; elle fut emportée par la véhémence du pur amour ; et son visage fut si calme, si rayonnant, si heureux, qu'on appela son trépas la dormition. »

Comme c'était le cas pour l'Assomption avant 1950 dans l'Église catholique, la dormition n'est toujours pas un dogme dans les Églises orthodoxes, mais il est considéré comme impie de la nier. Cette croyance ne repose sur aucune base scripturaire. Elle est fondée sur des écrits apocryphes, comme celui du Pseudo-Jean, Sur la mort de Marie (IVe ou Ve siècle). Selon la tradition, la Vierge aurait alors été âgée de cinquante-neuf ans (soit onze ans après la crucifixion de Jésus) et aurait été enterrée dans le jardin de Gethsémani, à Jérusalem.

La fête de la Dormition[modifier | modifier le code]

La fête de la Dormition est la plus importante des fêtes de la Vierge Marie, et c'est elle qui clôt l'année liturgique orthodoxe. Comme chez les catholiques, elle a lieu le 15 août : on attribue la fixation de cette date à l'empereur Maurice, au VIe siècle (explications ici).

Aspect liturgique de la fête[modifier | modifier le code]

La fête est précédée, dans la tradition orthodoxe, d'un jeûne strict de 14 jours (le jour de la fête de la Transfiguration, le 6 août, il est cependant permis de manger du poisson et de boire du vin).

À la veille de la fête (c'est-à-dire au début du jour liturgique de la fête), des vêpres sont célébrées, contenant trois lectures de l'Ancien Testament, interprétées symboliquement à partir du Nouveau Testament. En Genèse 28:10-17, l'échelle de Jacob qui unit le ciel et la terre désigne l'union de Dieu avec les hommes qui se réalise pleinement et plus parfaitement en Marie portant Dieu en sein. En Ézéchiel 43:27-44:4, la vision du temple dont la porte orientale est perpétuellement fermée et remplie de la gloire du Seigneur, symboliserait la virginité perpétuelle de Marie. Marie est aussi identifiée avec la « maison », en Proverbes 9:1-11, que la Divine Sagesse a construit pour elle-même : « La Sagesse de Dieu a bâti en Toi, Vierge Sainte, sa maison - et s'est incarnée dans sa mystérieuse descente - Entre toutes les générations Tu fus l'Élue pure pour être la demeure du Verbe pur »[2].

Hymnes de la fête[modifier | modifier le code]

Tropaire (ton 1)

« Dans ta maternité, Tu as gardé la virginité,
Lors de ta Dormition, Tu n'as pas abandonné le monde, ô Mère de Dieu.
Tu es passée à la Vie, Toi qui es la Mère de la Vie.
Sauve nos âmes de la mort, par tes prières ! »[3]

Kontakion (ton 2)

« Le tombeau et la mort furent impuissants à saisir la Mère de Dieu
Qui jamais ne se lasse d'intercéder pour nous ;
Elle est notre espérance et notre protection.
Car Elle est la Mère de la Vie,
Elle a été transférée à la vie par Celui qui a demeuré dans son sein virginal. »[4]

L'Église orthodoxe chante également ce jour : « Apôtres rassemblés ici, des confins de la terre, au village de Gethsémani, ensevelissez mon corps. Et toi, mon fils et mon Dieu, reçois mon esprit. »

Iconographie[modifier | modifier le code]

Sur l'icône de la Dormition de la très Sainte Mère de Dieu, c'est le Christ lui-même qui, descendu du ciel, vient chercher l'âme de sa mère figurée sous la forme d'un nouveau-né emmailloté de langes. Sur les images de la dormition d'un saint, c'est un ange qui est chargé de cette mission de psychopompe.

Autres usages du terme[modifier | modifier le code]

Dans la mythologie celtique et plus précisément la légende arthurienne, le mot est employé pour désigner l'état du roi Arthur après son dernier combat, où il fut blessé mortellement, et son corps conduit dans l'île mythique d'Avalon. La dormition désigne un état qui n'est ni la vie ni la mort, mais un état de transition. La légende affirme que le roi Arthur n'est qu'en dormition et qu'il en sortira un jour pour rassembler tous les Bretons, insulaires et continentaux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Une double tradition — à Jérusalem et à Ephèse — atteste de sa "dormition", comme disent les orientaux, autrement dit qu'elle s'est "endormie" en Dieu. Ce fut l'événement qui précéda son passage de la terre au Ciel, selon la foi fixée au VIIIe siècle lorsque Jean Damascène, grand docteur de l'Église trinitaire, établit un rapport direct entre la "dormition" de Marie et la mort de Jésus, affirmant explicitement son assomption corporelle. Il écrit dans une célèbre homélie : "Il fallait que celle qui avait porté le Créateur dans son sein quand il était enfant habitât avec Lui dans les tabernacles du ciel" (Homélie II sur la dormition, 14, PG 96, 741 B) ». Benoît XVI, Angelus du 15 août 2008.
  2. Les Fêtes et la vie de Jésus Christ, Tome II : La Résurrection, édition du Cerf, Catéchèse Orthodoxe, Paris, 1989, p.259.
  3. Les Fêtes et la vie de Jésus Christ, Tome II : La Résurrection, édition du Cerf, Catéchèse Orthodoxe, Paris, 1989, p.264.
  4. Les Fêtes et la vie de Jésus Christ, Tome II : La Résurrection, édition du Cerf, Catéchèse Orthodoxe, Paris, 1989, p.265.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]