Désignation de Bayer

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Gravure tirée de l'Uranometria de Johann Bayer et montrant la constellation d'Orion. Les étoiles sont désignées par une lettre grecque.

Une désignation de Bayer est, en astronomie, une désignation stellaire. Ces désignations, introduites par l'astronome Johann Bayer dans son atlas céleste Uranometria en 1603, consistent en une lettre grecque suivie par le génitif du nom de la constellation où l'étoile se trouve.

Principes[modifier | modifier le code]

Une désignation de Bayer est formée de deux parties :

Ainsi, α Tauri (prononcé « Alpha Tauri ») est la désignation de Bayer de l'étoile Aldébaran. Il est également possible d'utiliser l'abréviation à 3 lettres de la constellation ; Aldébaran est ainsi désignée par α Tau.

Les étoiles d'une constellation sont nommées séquentiellement, en principe par luminosité décroissante. Les étoiles les plus brillantes reçoivent des lettres grecques. Si une constellation possède plus de 24 étoiles, Bayer passe aux minuscules de l'alphabet latin : s Carinae, d Centauri. Pour les constellations constituées d'un grand nombre d'étoiles visibles, Bayer utilise des lettres latines majuscules : G Scorpii, N Velorum. La dernière lettre latine majuscule employée par Bayer est Q.

Pour l'ordre des désignations, Bayer regroupe les étoiles suivant l'échelle des magnitudes popularisée par Ptolémée : six grandeurs, les étoiles les plus brillantes étant de première magnitude, les suivantes de seconde magnitude et ainsi de suite jusqu'à la sixième magnitude pour les étoiles les moins brillantes encore visibles à l'œil nu. À l'intérieur de ces groupes de magnitude, Bayer désigne les étoiles suivant plusieurs méthodes, généralement par position dans la constellation. Ainsi, les désignations de Bayer suivent grossièrement la luminosité des étoiles à l'intérieur d'une même constellation, mais avec néanmoins de grandes variations.

Bayer n'a pas dépassé la lettre Q. Les étoiles employant les lettres latines majuscules suivantes sont en réalité des étoiles variables, comme R Leporis ou W Ursae Majoris.

Particularités[modifier | modifier le code]

Alpha[modifier | modifier le code]

Pour la majeure partie, Bayer attribue des lettres grecques et latines aux étoiles dans l'ordre grossier de leur luminosité apparente, de la plus brillante à la plus faible. À son époque, il n'existe aucun moyen précis de mesurer la magnitude apparente d'une étoile. Traditionnellement, les étoiles se voient attribuées à l'une des six classes de magnitude ; en général, les listes de Bayer consistent donc tout d'abord en toutes les étoiles de première magnitude, suivies de celles de deuxième magnitude et ainsi de suite. À l'intérieur d'une classe de magnitude, Bayer ne tente aucun tri en fonction de la luminosité relative des étoiles[1]. Qui plus est, Bayer ne suit pas forcément cette règle et les sources qu'il emploie ne sont pas forcément exactes.

Dans 55 des cas, la désignation alpha correspond à l'étoile la plus brillante de la constellation. Ce n'est pas le cas dans les 29 constellations suivantes : Autel, Balance, Baleine, Cancer, Capricorne, Cassiopée, Chevelure de Bérénice, Corbeau, Coupe, Couronne australe, Croix du Sud, Dauphin, Dragon, Flèche, Gémeaux, Girafe, Grande Ourse, Hercule, Hydre mâle, Licorne, Microscope, Octant, Orion, Pégase, Poisson volant, Poissons, Sagittaire, Triangle et Verseau.

4 constellations n'ont aucune étoile désignée par alpha. L'alpha du Petit Lion, constellation en 1687 par Johannes Hevelius, semble avoir été oublié par l'astronome Francis Baily au XIXe siècle lorsqu'il en désigne les étoiles ; l'étoile la plus brillante de la constellation est désignée par 46 Leonis Minoris[2]. Lorsque Nicolas Louis de Lacaille divise en trois le Navire Argo en 1750, Canopus est attribuée à la Carène, laissant la Poupe et les Voiles sans alpha. Enfin, lors de la définition précise des limites des constellations en 1930, l'alpha de la Règle se trouve être dans le Scorpion et est renommé en conséquence N Scorpii[3].

Arrangements[modifier | modifier le code]

À l'intérieur d'une même classe de magnitude, Bayer nomme en général les étoiles suivant l'ordre dans lequel elles apparaissent au-dessus de l'horizon. Par exemple dans les Gémeaux, bien que Pollux soit plus brillante que Castor, cette dernière reçoit l'alpha car elle se lève à l'Est avant la première.

Bayer ne suit toutefois pas forcément cette règle : il attribue parfois des lettres aux étoiles suivant leur situation à l'intérieur d'une constellation (par exemple, ses zones nord, sud, est et ouest), suivant des informations historiques ou mythologiques particulières, voire suivant un ordre arbitraire.

Bien que l'étoile la plus brillante du Dragon soit Eltanin (Gamma Draconis), Thuban reçoit l'alpha car elle a été une étoile polaire il y a 4 000 ans. Presque toutes les étoiles ayant été une étoile polaire se voient attribuer une désignation alpha par Bayer, dont Véga, Alderamin et Alpha Ursae Minoris.

Pour les étoiles de la Balance et du Sagittaire, Bayer attribue les désignations au hasard.

Étoiles multiples[modifier | modifier le code]

Bayer attribue une seule lettre aux groupes d'étoiles. Pour distinguer les étoiles individuelles, l'usage de chiffres suscrits s'est développé par la suite. Dans la plupart des cas, il s'agit d'étoiles doubles (surtout des doubles optiques plutôt qu'étoiles binaires), mais il y a quelques exceptions telle la chaîne d'étoiles π1, π2, π3, π4, π5 et π6 Orionis.

Limites[modifier | modifier le code]

Exemple[modifier | modifier le code]

Orion constellation map

La constellation d'Orion est un bon exemple de la méthode de désignation de Bayer. Celui-ci désigne 38 étoiles comme appartenant à cette constellation : 2 de 1re magnitude, 3 de 2e, 4 de 3e, 10 de 4e, 9 de 5e et 10 de 6e[4]. Les étoiles de 1re, 2e et 3e magnitude sont regroupées dans le tableau suivant.

Désignation Magnitude apparente Magnitude (Bayer) Déclinaison
α Ori 0,45 1re +07° 24′ 25.3″
β Ori 0,18 1re −08° 12′ 05.9″
γ Ori 1,64 2e +06° 20′ 59.0″
δ Ori 2,23 2e −00° 17′ 56.7″
ε Ori 1,69 2e −01° 12′ 06.9″
ζ Ori 1,70 2e −01° 56′ 33.3″
η Ori 3,35 3e −02° 23′ 49.7″
θ Ori 4,0 3e −05° 27′
ι Ori 2,75 3e −05° 54′ 35.6″
κ Ori 2,07 3e −09° 40′ 10.6″

Bayer débute la constellation par les deux étoiles de 1re magnitude, Bételgeuse et Rigel, désignées alpha et bêta. Bételgeuse (« l'épaule d'Orion ») est désignée avant Rigel (« le pied »), bien que celle-ci soit généralement la plus brillante des deux (Bételgeuse, une étoile variable, peut occasionnellement être plus brillante que Rigel à son maximum). Il répète la procédure pour les étoiles de 2e magnitude, puis de 3e, suivant à chaque fois un chemin du nord vers le sud (c'est-à-dire de déclinaison décroissante). Par ailleurs, Theta Orionis (en) correspond à plusieurs objets, dont l'amas du Trapèze.

Historique[modifier | modifier le code]

Détail de la nomenclature de la constellation de la Petite Ourse dans l'Uranometria de Johann Bayer.

L'astronome allemand Johann Bayer publie l'atlas de constellations Uranometria en 1603. Premier catalogue d'étoiles à couvrir l'intégralité de la sphère céleste, l'Uranometria contient une carte de chacune des 48 constellations de Ptolémée, accompagnée d'une table référençant ses étoiles. Il s'agit de la première désignation stellaire systématique à être publiée. En tout, Bayer liste un peu plus d'un millier d'objets[5]. L'ouvrage de Bayer possède une carte pour 12 nouvelles constellations australes, mais leurs étoiles ne bénéficient d'aucune désignation.

Les étoiles des constellations australes reçoivent des désignations par la suite ; le système initié par Bayer est généralement conservé. Au cours du temps apparaissent d'autres désignations basées sur des chiffres et la position plutôt que la luminosité des étoiles, comme la désignation de Flamsteed (XVIIIe siècle. Dans le cas où une étoile possède les deux désignations, de Bayer et de Flamsteed, celle de Bayer est généralement utilisée. Les étoiles moins brillantes peuvent posséder divers noms de catalogue datant des XIXe et XXe siècles.

Bayer désigne cinq étoiles par deux désignations distinctes[5]. Trois d'entre elles sont situées à une limite entre deux constellations et la duplication de leur désignation est volontaire : α And/δ Peg, β Tau/γ Aur et ν Boo/ψ Her. Deux autres sont des erreurs : ξ Ari/ψ Cet et Kappa Ceti/g Tau[6].

En 1930, l'Union astronomique internationale officialise les limites des 88 constellations actuelles. Les désignations de Bayer en double sont supprimées : δ Peg, γ Aur et ψ Her disparaissent au profit d'α And, β Tau et ν Boo. Cette délimitation précise des constellations conduit également à changer la désignation de Bayer de plusieurs étoiles : dans la Règle, α Nor devient N Sco, tandis que β Nor devient H Sco[3]. Dans le Télescope, β Tel devient η Sgr, γ Tel G Sco, et θ Tel d Oph[7]. Dans le Scorpion, γ Sco devient σ Lib[8]. Certains étoiles conservent leur désignation, bien que situées dans une autre : par exemple, ρ Aql est située dans le Dauphin plutôt que dans l'Aigle[9] et ψ10 Aur est dans le Lynx plutôt que dans le Cocher.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) N. M. Swerdlow, « A Star Catalogue Used by Johannes Bayer », Journal of the History of Astronomy, vol. 17, no 50,‎ août 1986, p. 189–197 (Bibcode 1986JHA....17..189S)
  2. (en) Ian Ridpath, « Leo Minor »
  3. a et b (en) Ian Ridpath, « Norma »
  4. (la) Johann Bayer, Uranometria,‎ 1603 (lire en ligne)
  5. a et b (en) Ian Ridpath, « Bayer's Uranometria and Bayer letters »
  6. (en) Morton Wagman, Lost Stars, McDonald and Woodward (ISBN 978-0939923786)
  7. (en) Ian Ridpath, « Telescopium »
  8. (en) Robert Burnham, Burnham's celestial handbook: an observer's guide to the universe beyond the Solar System, Courier Dover Publications,‎ 1978 (ISBN 0486235688)
  9. (en) A. Hirshfeld et al., « Book-Review - Sky Catalogue 2000.0 - V.1 - Stars to Magnitude 8.0 ED.2 », Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, vol. 86, no 4,‎ août 1992, p. 221 (Bibcode 1992JRASC..86..221H)