Tell Sheikh Hamad

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Tell Sheikh Hamad
(ar) تل الشيخ حمد, Dūr-Katlimmu, Magdalu
Localisation
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Gouvernorat Deir ez-Zor
Coordonnées 35° 38′ 36″ N 40° 44′ 25″ E / 35.643333, 40.74027835° 38′ 36″ Nord 40° 44′ 25″ Est / 35.643333, 40.740278  
Superficie 0,55 hectares

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Tell Sheikh Hamad
Tell Sheikh Hamad
Ruines de la « Maison Rouge » de Tell Sheikh Hamad mises au jour par les fouilles, début du VIe siècle av. J.-C.

Tell Sheikh Hamad (en arabe : تل الشيخ حمد) est un site archéologique antique, situé actuellement en Syrie occidentale, sur le cours bas de la rivière Khabur. Il correspond à l'ancienne cité assyrienne de Dūr-Katlimmu, qui porte le nom de Magdalu après la chute de l'Empire assyrien à la fin du VIIe siècle av. J.-C. Le site est fouillé depuis les années 1970, dans le cadre d'une étude plus large sur la région du Khabur, par des équipes allemandes de l'Université Libre de Berlin. Le fouilleur a divisé le site en cinq parties : le tell ou citadelle, les cités basses I et II et les faubourgs I et II (prospection géomagnétique entre 1999 et 2003). L'espace enceint couvre 60 hectares mais avec les faubourgs du nord et de l’est, le site couvrait une surface de 110 hectares.

Tell Sheikh Hamad correspond peut-être à une ville mentionné à la période amorrite, Dūr-Yagid-Lim, « Fort de Yagid-Lim », fondée par un roi de Terqa (et non le roi homonyme de Mari) qui lui donna son nom ultérieur, Dūr-Katlimmu. Les prospections archéologiques ont en tout cas attesté la présence d'une occupation sur le site à l'époque amorrite (Bronze Moyen), puis à la période du royaume du Mitanni (début du Bronze Récent).

Le tell est réoccupé par les Assyriens dans le courant de la seconde moitié du XIVe siècle av. J.-C., quand ceux-ci prennent le contrôle de la vallée du Khabur après avoir vaincu les rois du Mitanni. La ville devient la capitale d'une province (pahūtu), dans laquelle réside un gouverneur provincial (bēl pahēte). L'occupation d'époque médio-assyrienne ne modifie pas l'équilibre écologique du site et de ses environs, au contraire de l'époque néo-assyrienne. De nombreux aménagements sont faits pour mettre en valeur l'arrière pays : le plus impressionnant est un long canal de dérivation creusé à l'est du Khabur dans le but de permettre une agriculture irriguée sur un très vaste périmètre (l'agriculture sèche étant impossible dans la région Dūr-Katlimmu). Ceci est révélateur de la politique de colonisation entreprise par l'Assyrie en Haute-Mésopotamie à cette période, dont profite la noblesse assyrienne à qui est redistribuée une grande partie des terres des territoires conquis et mis en valeur.

Parmi les avancées scientifiques que la fouille du site a permis, il faut mentionner la remise en cause du schéma général, emprunté au Moyen-Age européen, voulant que les villes basses renferment toujours les quartiers d’habitation du peuple : la ville basse II héberge les élites (résidences et palais luxueux). Par ailleurs, un grand monument, sans doute le palais servant de résidence au gouverneur de Dūr-Katlimmu, a été mis au jour par les archéologues qui ont fouillé le site.

À l'intérieur, un lot de 550 tablettes y a été exhumé. La plus grande majorité de ces textes, datant des règnes de Salmanazar Ier et Tukulti-Ninurta Ier, concerne l'administration de cet organisme : listes de biens, d'animaux, contrats, etc. Mais un lot de 35 tablettes constituant la correspondance du gouverneur de Dūr-Katlimmu a particulièrement attiré l'attention, puisqu'il nous renseigne sur l'administration des territoires de la région du Khabur par les Assyriens. On y apprend notamment que la ville a été temporairement le lieu de résidence d'Assur-idin, sukkallu rabū (« grand vizir) du sud du Hanigalbat, personnage chargé de l'administration de toute la partie occidentale du royaume assyrien. Assur-iddin est un membre de la famille royale, assyrienne, ce qui a sans doute fortement accru à l’époque l’importance de ce centre provincial par rapport aux autres.

Après le règne de Tukulti-Ninurta Ier, les Assyriens perdent le contrôle de la vallée du Khabur, et abandonnent les sites qu'ils y occupaient, dont Tell Sheikh Hamad. Cette ville n'est cependant pas abandonnée par les nouveaux occupants de la région, les Araméens. Elle redevient un centre provincial assyrien quand la région est de nouveau dominée par les Assyriens au VIIIe siècle av. J.-C. On y a dégagé plusieurs bâtiments néo-assyriens : une résidence palatiale, servant peut-être à un gouverneur, ainsi que des maisons. Les fouilleurs ont également découverts pour l'époque néo-assyrienne quelques textes : il s'agit des archives de Shulmu-sharri et de textes sur tablette mais en araméen (ce qui est très rare).

Dur Katlimmu est encore une cité active au début l'époque néo-babylonienne (VIe siècle av. J.-C.), comme l'attestent les fouilles de la « Maison Rouge », bâtiment datant des premières années suivant la chute de l'Empire assyrien en 609, ainsi que la découverte de quatre tablettes datant des débuts de la domination babylonienne, documentant ainsi une période très mal connue de la haute Mésopotamie. Ces quatre tablettes sont en effet écrites en dialecte assyrien, ce qui montre la continuité des groupes et des traditions dans la région malgré la disparition de l'empire néo-assyrien (les témoins des documents sont issus des familles mentionnées auparavant dans les archives néo-assyriennes de Shulmu-sharri et des relations perdurent un temps avec Assur).

.Des niveaux d'occupation sont encore attestés sur le tell principal du site aux époques parthe et romaine, après quoi il est déserté. Durant ces derniers siècles, la ville porte le nom de Magdalu.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) H. Kuhne (dir.), Die rezente Umwelt von Tell Sheikh Hamad und Daten zur Umweltrekonstruktion der assyrischen Stadt, BATSH 1, Berlin, 1991
  • (de) E. Cancik-Kirschbaum, Die mittelassyrische Briefe aus tell Šēh Hamad, BATSH 4, Berlin, 1996
  • (en) H. Kuhne (dir.), Dūr-Katlimmu 2008 and Beyond, Wiesbaden, 2010