Gertrude Bell
Gertrude Margaret Lowthian Bell, née le 14 juillet 1868 à Washington Hall dans le comté de Durham en Angleterre et décédée le 12 juillet 1926 à Bagdad, était une femme de lettres, analyste politique, espionne et fonctionnaire britannique. Elle est décorée de l’ordre de l’Empire britannique.
Il est généralement reconnu que Gertrude Bell et Lawrence d'Arabie sont les principaux responsables de la création de la dynastie des Hachémites et de l’Irak moderne. Elle soutient la révolte arabe durant la Première Guerre mondiale. À la fin de la guerre, elle dessine les frontières de la Mésopotamie et y inclut les trois wilayets qui sont devenues l'Irak moderne.
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[modifier] Jeunesse
Gertrude Bell naît dans une famille très influente. Elle est la petite-fille du grand industriel Isaac Lowthian Bell. Elle commence ses études au Queens' College (Londres) puis, l'année de ses seize ans, elle entre au collège Lady Margaret Hall (Oxford), où elle obtient un diplôme d’histoire en seulement deux ans.
[modifier] Ligue des anti-suffragettes
Gertrude Bell est secrétaire honoraire de la Ligue des femmes contre le suffrage féminin. Elle avance comme arguments que tant que les femmes croiraient que leur domaine était la cuisine et la chambre à coucher, elles ne pourraient pas prendre part au débat politique, et seraient totalement incapables de prendre part aux décisions décidant de la manière dont la nation devait être gouvernée.
[modifier] Première Guerre mondiale et carrière politique
À la déclaration de guerre, Gertrude Bell demande à être envoyée au Moyen-Orient, ce qui lui est refusé. Elle se porte volontaire de la Croix Rouge en France.
[modifier] Mission au Moyen-Orient
Cependant, elle est envoyée en novembre 1915 au Bureau arabe du Caire, dirigé alors par le général Gilbert Clayton. Elle y retrouve Lawrence. Tout d’abord, elle ne reçoit pas d’affectation officielle, mais elle met au clair les connaissances de Lawrence sur les emplacements et l’état d’esprit des tribus arabes qui pouvaient s’allier aux Britanniques contre l’Empire ottoman. Ces informations servaient à Lawrence dans ses négociations avec les Arabes.
Le 3 mars 1916, elle est envoyée à Bassorah, que l’armée britannique a pris en novembre 1914, pour y conseiller l’officier chargé des affaires politiques, Percy Cox, sur une région qu'elle connait mieux que tout occidental. Elle dessine des cartes qui aident l’armée britannique à atteindre Bagdad en sécurité. Elle devient la seule femme officier chargé d’affaires politiques de l’armée britannique, et reçoit le titre d’Officier de liaison, correspondant avec le Caire. Elle contrôle plus particulièrement Harry St. John Philby, et lui enseigne les subtilités des manipulations politiques secrètes.
Quand les troupes britanniques prennent Bagdad (10 mars 1917), elle est envoyée par Percy Cox à Bagdad avec le titre de « secrétaire orientale ».
[modifier] Création de l’Irak
À la chute de l’Empire ottoman, en janvier 1919, Gertrude Bell est chargée d’un rapport sur la Mésopotamie et les options pour la domination du futur Irak. Elle passe dix mois à le rédiger, et il est considéré comme un chef-d’œuvre de rapport officiel. Cependant, ses conclusions sont largement en faveur des Arabes, et son supérieur A. T. Wilson, se retourne contre elle.
Le 11 octobre 1920, Percy Cox retourne à Bagdad et lui demande de conserver son poste de secrétaire orientale, faisant office de lien avec le futur gouvernement arabe.
Elle fait partie, avec Percy Cox et Lawrence, du petit groupe d'orientalistes réuni par Winston Churchill pour participer à la Conférence du Caire de 1921, destinée à tracer les frontières du mandat britannique et des nouveaux pays comme l'Irak. Pendant la conférence, elle ne ménagea pas ses efforts pour que la Transjordanie et l'Irak soient dirigés par Abdallah Ier de Jordanie et Fayçal Ier d'Irak, deux fils de Hussein ben Ali, chérif de la Mecque, roi du Hedjaz, qui fut l'un des promoteurs de la révolte arabe de 1916 contre l'Empire ottoman.
L’influence de Gertrude Bell conduit à la création d’un pays à majorité chiite au sud, et à minorités sunnite et kurde au centre et au nord. Les Britanniques refusent un État séparé aux Kurdes pour avoir le contrôle des champs de pétrole qui se trouvent sur leurs territoires.
Les Britanniques choisissent les sunnites pour gouverner le pays, car ils considèrent que les chiites sont des fanatiques religieux. Dans son rapport, Gertrude Bell écrit :
« Je ne doute pas un instant que le pouvoir doive revenir aux sunnites, malgré leur infériorité numérique [...] car sinon, vous aurez un État théocratique, qui pourra être très dangereux. »
Les rivalités entre différentes communautés religieuses continuent de provoquer, encore aujourd’hui, des heurts en Irak.
Elle persuade encore Winston Churchill de désigner comme premier roi irakien Fayçal, ancien roi de Syrie qui venait d’être déposé. Quand ce dernier arrive en Irak en juin 1921, elle le met au courant des affaires locales, notamment les problèmes relatifs à la géographie des tribus, et l’économie locale. Elle supervise également les nominations aux différents postes du gouvernement.
Fayçal est couronné roi d’Irak le 23 août 1921. Elle devient confidente du roi qu'elle aide au début de son règne à établir son autorité auprès des chefs tribaux. De par son influence sur le nouveau roi, Gertrude Bell est surnommée la reine sans couronne d’Irak.
[modifier] Le musée archéologique de Bagdad
Lorsque la situation fut stabilisée, Gertrude Bell commence à rassembler ce qui constitue les collections du Musée archéologique de Bagdad, tout d’abord abrité dans les salles du palais royal.
Elle dirige les fouilles et examine les trouvailles. Malgré l’opposition européenne, elle insiste pour que les trésors mis au jour restent dans leur pays d'origine, s’assurant ainsi que son musée se constituerait une collection d’antiquités locales. Celui-ci ouvre officiellement ses portes en juin 1926. Il deviendra plus tard le musée national d'Irak. Après son décès, son testament permettra la création de l'École britannique d'archéologie d'Iraq.
[modifier] Mort
Gertrude Bell retourne brièvement en Grande-Bretagne en 1925, et se retrouve face à des problèmes familiaux, et tombe malade. La fortune de sa famille a décliné. Elle retourne en Irak, mais souffre d’une pleurésie. Quand elle s’en relève, elle apprend la mort de son frère de la typhoïde.
Le 12 juillet 1926 on la découvre morte chez elle à Bagdad, apparemment d’une surdose de somnifères. On ne sait s'il s'agissait d'un accident ou d'un suicide[1]. Elle eut droit à des funérailles grandioses, en présence du roi d'Iraq et suivies par un grand nombre de personnes. Elle repose au cimetière britannique de Bagdad[2].
Elle ne s’est jamais mariée et n’a jamais eu d’enfants.
Son travail a été cité en exemple au Parlement britannique, et elle a été récompensée de l’ordre de l'Empire britannique.
[modifier] Notes
- Wallach (1999).
- Buchan (2003) ; Lukitz (2006), p.235.
[modifier] Sources
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Gertrude Bell » (voir la liste des auteurs)
- Buchan, James "Miss Bell's lines in the sand", The Guardian, 12 mars 2003.
- Hogarth, David G. "Obituary: Gertrude Lowthian Bell." The Geographical Journal, Vol.68, No.4, 1926, pp. 363-368.
- Howell, Georgina, Gertrude Bell: Queen of the Desert, Shaper of Nations (Farrar, Straus and Giroux, 2007) ISBN 0-374-16162-3; publié également sous le titre Daughter of the Desert: the remarkable life of Gertrude Bell (Macmillan, Basingstoke and Oxford, 2006) ISBN 1-4050-4587-6.
- Lukitz, Liora, A Quest in the Middle East: Gertrude Bell and the Making of Modern Iraq (I.B. Tauris, 2006) ISBN 978-1-85043-415-3
- Sévry, Jean Note sur Georgina Howell, "Gertrude Bell, Queen of the Desert, Shaper of Nations", Forum de la sielec.
[modifier] Voir aussi
- (fr) Alexandra Lapierre et Christel Mouchard, « Gertrude Bell. Bell de Bagdad », in Elles ont conquis le monde : les grandes aventurières (1850-1950), Arthaud, Paris, 2007, p. 109-115 (ISBN 978-2700396713)