Orange mécanique

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Pour le roman d'Anthony Burgess, voir L'Orange mécanique
Orange mécanique
Description de l'image Clockwork Orange Trailer poster.png.

Titre original A Clockwork Orange
Réalisation Stanley Kubrick
Scénario Stanley Kubrick,
d'après le roman éponyme d'Anthony Burgess
Acteurs principaux
Sociétés de production Hawk Films (en)
Polaris Productions
Warner Bros.
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Anticipation
Durée 136 minutes
Sortie 1971

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Orange mécanique (A Clockwork Orange) est un film d'anticipation britannique écrit et réalisé par Stanley Kubrick, sorti sur les écrans en 1971.

Adapté du roman d'Anthony Burgess, L'Orange mécanique (A Clockwork Orange dans son édition originale britannique de 1962)[1], il est à classer dans les films d'anticipation, mais peut également se voir comme une satire de la société moderne. Ici, c'est la vision d'une cité urbaine où les jeunes ont pris le pouvoir qui est présentée au spectateur. Le film est aussi un peu futuriste, très violent, très psychologique, avec un côté drôle et parfois dramatique. Dans ce film, Stanley Kubrick semble surtout privilégier le climat malsain et dérangeant qui se dégage, ainsi que le côté viscéral, plutôt que la violence graphique visuelle.

Alex DeLarge, un sociopathe qui s'intéresse au viol, à la musique classique et à l'« ultraviolence », dirige un petit gang de voyous (Pete, Georgie et Dim), qu'il appelle ses « droogies » (qui provient du slave « drug », qui signifie « ami » ou « camarade »). Le film est la chronique de l'action criminelle du gang, de la tentative de réhabilitation d'Alex via un controversé conditionnement psychologique. Alex narre à la première personne l'action du film dans le langage nadsat, un argot adolescent comprenant des langues slaves (principalement du russe), de l'anglais et de l'argot anglais (Rhyming slang, Cockney).

Stanley Kubrick décrit son film en décembre 1971 dans Saturday Review comme « […] une satire sociale traitant de la question de savoir si la psychologie comportementale et le conditionnement psychologique sont de nouvelles armes dangereuses pouvant être utilisées par un gouvernement totalitaire qui chercherait à imposer un vaste contrôle sur ses citoyens et en faire à peine plus que des robots[2]. »

Orange mécanique a été sélectionné par Le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ». En 2008, l'American Film Institute a sélectionné Orange mécanique à la quatrième place des dix meilleurs films d'anticipation américains dans son classement de AFI's 10 Top 10. L'affiche du film, devenue une référence du cinéma, a été créée par le peintre Philip Castle et le designer Bill Gold.

Résumé[modifier | modifier le code]

Alex DeLarge (Malcolm McDowell) avec son chapeau melon et de faux cils en pattes d'araignée sous un œil.

En Angleterre, dans un proche avenir, Alex DeLarge (Malcolm McDowell), jeune délinquant passionné par la musique de Beethoven (qu'il appelle la plupart du temps « Ludwig Van »), spécialement la 9e symphonie, est obsédé par le sexe (« des parties de ça-va-ça-vient » dit-il) et adepte de la violence (« ultraviolence » dans son propre jargon).

Mobilier du Korova Milkbar.

Alex est le chef de sa bande, les droogs ou droogies. Sa bande se compose de Pete (Michael Tarn (en)), Georgie (James Marcus (en)), et Dim (Warren Clarke). Ils font partie d'une de ces nombreuses bandes de jeunes qui évoluent dans un univers urbain décadent. Ils s'expriment dans un argot anglo-russe auquel l'auteur du roman, Anthony Burgess, a donné le nom de Nadsat, le mot « droog » faisant ainsi référence au mot « друг » (« ami » en russe). Leur boisson préférée est le Moloko Plus (en) (« молоко » - « lait » en russe), un lait drogué (speed). Une nuit, après s'en être intoxiquée, la bande s'engage dans une nuit d'« ultraviolence ». Elle commence par tabasser un vieux vagabond (Paul Farrell (en)), puis se bat contre une bande rivale menée par Billyboy (Richard Connaught) qui vient d'agresser une fille (Shirley Jaffe (en)). Enfin, elle vole une voiture, une Durango 75 (en), et conduit, au mépris du Code de la route, vers la maison de campagne de l'écrivain F. Alexander (Patrick Magee). Ce dernier est battu avec une telle violence qu'il en restera paraplégique à vie. Masqué à l'instar de ses complices, Alex viole la femme d'Alexander (Adrienne Corri) en chantant Singin' in the Rain.

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Le lendemain, alors qu'il reste au lit plutôt que d'aller en cours, Alex reçoit la visite de son contrôleur judiciaire, M. P. R. Deltoid (Aubrey Morris), qui le met en garde contre lui-même et sa violence. Alex n'a que faire de ses remarques et préfère aller chez le disquaire où il aborde deux filles qu'il emmène chez lui, Sonietta (Gillian Hills) et Marty (Barbara Scott). Alex couche avec elles dans une scène montrée en accéléré.

Après les événements de la nuit, Alex et ses droogs se retrouvent. Les droogs lui font part de leur mécontentement et exigent un partage plus équitable du butin, ainsi que de se lancer dans des vols de plus grande envergure. Alex, sentant son ascendant sur eux lui échapper, attaque par surprise ses comparses et les jette dans un bassin, cette scène est montrée au ralenti. La nuit suivante, Alex investit le manoir d'une riche « femme aux chats » (Miriam Karlin) qui collectionne les œuvres d'art érotiques. Pendant que ses droogies attendent devant la porte, Alex frappe la femme avec une statue en forme de phallus et l'assomme. Entendant les sirènes de la police, Alex tente de s'enfuir mais il est trahi par ses droogs. Dim le frappe avec une bouteille de lait au visage, le laissant chancelant et provisoirement aveugle. Alex est interpellé et malmené par la police. À ce moment, M. Deltoid arrive et annonce à Alex que la femme vient de mourir des suites de ses blessures, faisant de lui un meurtrier et il lui crache au visage. Au tribunal, il est condamné à 14 ans de réclusion criminelle, sous le matricule n°655321.

Le docteur Brodsky (Carl Duering) lors d'une des projections incluses dans le traitement Ludovico.

Deux ans plus tard, le ministre de l'Intérieur (Anthony Sharp (en)) effectue une visite dans la prison et cherche des volontaires pour expérimenter la « Technique Ludovico (en) ». Dans l'espoir de sortir de prison, Alex se porte volontaire pour tester cette thérapie révolutionnaire d'une durée de deux semaines, financée par le gouvernement dans le cadre d'un programme expérimental d'éradication de la délinquance. Le traitement est fondé sur un principe semblable à celui des réflexes de Pavlov, consistant en une thérapie par aversion. Il s'agit pendant quinze jours d'amener Alex, attaché à un fauteuil avec un appareillage qui le force à avoir les yeux ouverts à l'aide d’écarquilleurs[3], à associer certains stimuli (des scènes de violence ou de sexe projetées sur un écran qu'il est forcé de regarder) aux douleurs provoquées par les drogues qu'on lui administre au cours de ce traitement. Lors d'une des séances est projetée une série de scènes sur l'Allemagne nazie dont la bande-son est la Symphonie nº 9 de Beethoven. L'admiration d'Alex pour ce chef-d'œuvre musical se mue paradoxalement en une profonde aversion, montrant l'évidente efficacité du traitement.

Après deux semaines de technique Ludovico, le ministre de l'Intérieur organise une démonstration pour prouver qu'Alex est « guéri ». Ce dernier se révèle incapable de riposter physiquement à l'attaque d'un acteur (John Clive) qui le provoque et l'insulte. Alex tombe pareillement malade dès qu'il ressent le désir de violer l'actrice dévêtue (Virginia Wetherell (en)) qui se présente devant lui. Bien que l'aumônier de la prison (Godfrey Quigley (en)) proteste en arguant « qu'il n'y a pas de moralité sans choix », le directeur de la prison réplique qu'ils ne sont pas intéressés par les questions d'éthique ou philosophiques mais seulement par « le souci d'enrayer les crimes ».

L'écrivain F. Alexander (Patrick Magee) et Julian (David Prowse) recueillent Alex.

Après sa remise en liberté, Alex apparaît totalement inadapté et sans défense face à ses semblables. Toutes ses possessions ont été saisies par la police pour payer les dommages aux victimes, et ses parents ont loué sa chambre à un étranger (Joe / Clive Francis), qui lui exprime son mépris. En outre, son serpent domestique est « décédé » durant sa détention. Devenu sans-logis, Alex rencontre le vagabond qu'il avait auparavant passé à tabac. Celui-ci et d'autres clochards lui infligent une sévère correction jusqu'à l'intervention de Dim et Georgie, reconvertis en policiers depuis son arrestation. Profitant de son impuissance, ses deux anciens droogies le noient à moitié tout en le rouant de coups. À bout de forces, il se réfugie chez un homme, qui s'avère encore être une de ses anciennes victimes, l'écrivain F. Alexander. L'homme à tout faire de ce dernier, Julian (David Prowse), le récupère évanoui à la porte d'entrée. M. Alexander ne reconnaît pas Alex comme son agresseur car ce dernier était masqué lors de l'attaque, mais il a lu son histoire dans les journaux. Il veut s'en servir comme d'une arme médiatique pour affaiblir le gouvernement en place en dénonçant ses procédés totalitaires. En effet, M. Alexander pense que la technique Ludovico est un pas de plus vers le totalitarisme par la maîtrise des consciences. Alors que M. Alexander appelle au téléphone ses amis conspirateurs (John Savident (en) et Margaret Tyzack), il entend Alex entonner Singin' in the Rain dans son bain : le traumatisme de l'agression lui revient en mémoire et il identifie son hôte comme l'un de ses agresseurs.

Avec l'aide de ses amis, M. Alexander, qui a drogué le repas qu'il a préparé pour Alex, cherche à lui parler davantage lors du dîner pour cerner les conséquences du traitement de celui-ci. L'écrivain décide de « faire d'une pierre deux coups » en utilisant la sensibilité d'Alex à la Neuvième Symphonie pour le pousser au suicide : de cette manière, il compte venger l'agression qu'il avait subie tout en faisant ensuite attribuer cet acte à la cure critiquée. M. Alexander drogue Alex et l'enferme dans une chambre à l'étage et fait jouer la Neuvième Symphonie à travers le plancher. Alex finit par se jeter par la fenêtre, mais la tentative de suicide échoue et il est finalement sauvé et pris en charge par le ministre de l'Intérieur.

Le ministre de l'Intérieur (Anthony Sharp) sourit à la presse conviée dans la chambre d'hôpital d'Alex.

Alex se réveille à l'hôpital. Les médecins lui font subir une série de tests psychologiques, il s’avère que la chute a fait disparaître toute son aversion à l'encontre de la violence. Le ministre de l'Intérieur arrive dans la chambre du convalescent, s'excuse et lui apprend que M. Alexander a été mis « à l'abri ». Il lui offre ensuite de prendre soin de lui grâce à un travail bien rémunéré. En contrepartie, Alex doit devenir le chargé des relations publiques du parti au pouvoir en vue d'atténuer l'image déplorable du gouvernement auprès des électeurs à la suite de cette affaire. Comme signe de bonne volonté, le ministre fait installer une chaîne stéréo dernier cri jouant la Neuvième Symphonie dans la chambre d'hôpital. Tandis que la presse immortalise l'événement, Alex visualise un fantasme où il copule avec une femme (Katya Wyeth) dans la neige, entouré d'une foule vêtue à la mode en vogue à l'époque de Beethoven. Malgré ses pensées lascives et la musique du compositeur allemand, il ne ressent plus aucune douleur physique.

Alex conclut en voix off : « Oh oui, j'étais guéri pour de bon. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Sources et légende : Version française (VF) sur AlloDoublage[8]
Remarque : Dans la version française, on peut entendre également la voix de Jean-Claude Michel traduisant les titres de journaux parlant du suicide d'Alex.

Production[modifier | modifier le code]

Titre[modifier | modifier le code]

D'après Anthony Burgess lui-même, le titre Orange mécanique vient d'une vieille expression cockney « il est bizarre comme une orange mécanique » (« He’s as queer as a clockwork orange »)[9], c'est-à-dire très étrange ou inhabituel. En Malaisie, où Burgess a travaillé, « orang » signifie également un « être humain » (qui a donné « orang-outan ») et cette connotation existe dans le mot, de même que l'anagramme « organ »[9]. Le terme « orange » est d'ailleurs repris dans le vocabulaire Nadsat, dans sa signification « Homme » (voir le lexique). Le titre pourrait donc aussi signifier « L'homme Mécanique », ce qui décrirait l'état d'Alex après sa thérapie.

Développement du projet[modifier | modifier le code]

L'adaptation cinématographique du roman Orange mécanique (A Clockwork Orange) paru en 1962 est presque accidentelle. Le scénariste Terry Southern donne à Kubrick un exemplaire du roman alors que ce dernier travaille au développement d'un projet sur Napoléon Bonaparte, Kubrick le met de côté et s'en désintéresse. Peu de temps après, le film sur Napoléon est abandonné. Kubrick se met à lire le roman et l'effet est immédiat. Au sujet de son enthousiasme pour le roman, Kubrick explique : « J'étais excité par tout ce qui touchait au sujet : le scénario, les idées, les personnages et, évidemment, le langage. La grille de lecture, évidemment, se fait sur plusieurs niveaux : politique, sociologique, philosophique et, ce qui est le plus important, la symbolique psychologique onirique »[10]. Kubrick écrit un script fidèle au roman, et dira : « Je pense que tout ce que Burgess avait à dire sur l'histoire est dit dans le livre, mais j'ai inventé quelques effets narratifs utiles et refaçonné quelques scènes »[10]. Kubrick a basé son script sur une édition américaine plus courte que l'original, à laquelle il manque le chapitre final (qui sera restauré en 1986).

Réalisation[modifier | modifier le code]

Kubrick était un perfectionniste, il effectuait des recherches méticuleuses à l'aide de milliers de photographies prises sur les lieux de tournage potentiels, et tournait les plans à de nombreuses reprises. Cependant, pour Malcom McDowell, Kubrick réussissait souvent à avoir le plan assez tôt, ce qui limitait le nombre de prises. Le tournage eut lieu entre septembre 1970 et avril 1971, faisant d'Orange mécanique, le film de Kubrick le plus rapidement tourné. Techniquement, pour créer les effets fantastiques et le côté onirique de l'histoire, il tourne avec des optiques très grand angle[11] telles que la Kinoptik Tegea 9,8 mm pour des caméras Arriflex de 35 mm et il utilise des effets de ralenti ou d'accéléré pour montrer la nature mécanique de la scène de sexe dans la chambre à coucher ou pour styliser la violence à la manière du film de Toshio Matsumoto Funeral Parade of Roses (1969)[12].

Tournage[modifier | modifier le code]

Costume d'Alex DeLarge dû à l'acteur Malcolm McDowell qui proposa à Kubrick sa tenue de cricket blanche avec la coquille de protection, un chapeau melon associé aux financiers de La city et une canne[13].

McDowell est choisi pour le rôle d'Alex après que Kubrick l'a vu dans If..... Alors qu'ils travaillent sur les costumes, McDowell dit à Kubrick qu'il a son costume blanc de joueur de cricket dans sa voiture. Kubrick lui demande de lui montrer et alors que McDowell s'habille et qu'il voit le suspensoir (coquille), Kubrick lui dit de le mettre par-dessus le pantalon, ce sera l'origine du costume des droogs[14].

Durant le tournage de la scène de la technique Ludovico, McDowell se blessa à la cornée (à cause des pinces en métal) et fut temporairement aveugle. Le docteur qui se trouve à ses côtés durant la scène, lui versant une solution saline dans ses yeux ouverts de force, est en réalité un vrai médecin, le Dr Gundry, ayant pour but de lui hydrater les yeux. McDowell a eu plusieurs côtes cassées durant la scène d'humiliation sur la scène de théâtre[15]. Un effet spécial unique est utilisé lorsque Alex saute à travers la fenêtre lors de sa tentative de suicide et donne l'impression au spectateur qu'il s'écrase sur le sol en s'approchant de la caméra jusqu'à la collision finale. Cet effet est obtenu en faisant tomber une caméra Newman Sinclair dans une boite, avec une lentille Kinoptic 9.8 grossissante, du troisième étage de l'hôtel Corus (en). À la surprise de Kubrick, la caméra résiste à six prises.

Sculpture féminine du Korova Milkbar, d'après l'œuvre d'Allen Jones.

Les figures féminines dans le Korova Milkbar sont basées sur le travail du sculpteur Allen Jones[16].

Les peintures à caractère érotique que l'on aperçoit dans la maison de la « femme aux chats » sont celles de la femme de Stanley Kubrick, Christiane Kubrick.

À l'hôpital, dans les articles de journaux traitant de la tentative de suicide d'Alex, on peut lire le nom de famille « Burgess », comme le nom de l'auteur du livre, Anthony Burgess.

Lors de la scène du viol, Malcolm McDowell (Alex DeLarge) a choisi de chanter Singin' in the Rain parce qu'il s'agissait de la seule chanson dont il connaissait les paroles par cœur.

Lorsque Alex se rend chez le disquaire, on peut clairement voir la pochette du LP de la bande originale de 2001, l'Odyssée de l'espace, le film précédent de Stanley Kubrick.

Quand Alex est roué de coups par les mendiants et revoit ses anciens amis, Georgie et Dim, qui sont devenus policiers, Dim, à gauche, a le numéro 665, et Georgie à droite, porte le numéro 667. Alex, au centre, correspond donc à 666, le nombre de la Bête.

Grâce à son imposante stature, David Prowse, qui joue le rôle du garde du corps de l'écrivain, interprétera plus tard Dark Vador (Darth Vader en VO) dans Star Wars.

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Le passage souterrain à Wandsworth, Londres, où Alex et ses droggies passent à tabac le clochard.

La plupart des lieux de tournage d'Orange Mécanique se situent dans Londres et sa banlieue, de sorte que Kubrick puisse être rapidement sur les lieux, sa maison étant située à Barnett Lane à Elstree. Les quelques scènes à ne pas avoir été tournées sur des lieux existants sont le Korova Milkbar, la partie intérieure de la prison, Alex prenant un bain dans la maison de Mr Alexander et les deux scènes correspondants dans le couloir. Ces plateaux de tournage ont été reconstitués dans une vieille usine sur Bullhead Road à Borehamwood. Ils ont aussi servi de bureau pour la production.

  • L'attaque du clochard est filmée sous un passage souterrain (rénové depuis) du rond-point de Wandsworth Bridge à Wandsworth, à Londres.
  • Une scène inutilisée du film est l'attaque du professeur tournée dans le centre commercial Friars Square (en) qui est maintenant couvert à Aylesbury dans le Buckinghamshire. Mais la scène est coupée car l'acteur, qui devait reconnaître Alex plus tard dans le film, meurt durant le tournage. En fait, ce sera le clochard qui reconnaîtra Alex.
  • La bagarre avec le gang de Billyboy a lieu dans l'ancien hôtel The Karsino (en), démoli depuis sur l'île de Tagg (en) à Kingston upon Thames dans le Middlesex.
Le lac South Mere, dans lequel Alex pousse Georgie et Dim, deux de ses droogies, au Thamesmead South Housing Estate à Thamesmead (en), à Londres.
  • L'appartement d'Alex est au sommet de la tour du bloc Century House à Borehamwood dans le Middlesex. Une plaque extérieure bleue et faite de mosaïque commémore le lieu de tournage.
  • Le magasin de disque où Alex accoste les deux filles est le rez-de-chaussée de l'ancien Chelsea Drugstore (en), localisé au coin de Royal Avenue et King's Road à Chelsea. Un restaurant McDonald's occupe le bâtiment.
  • La scène de fuite dans la nuit à bord de la « Durango 95 » (une Probe 16 (en)) est tournée à Colney Heath sur Bullens Green Lane sur la route de Fellows Lane dans le Hertfordshire.
  • La maison de l'écrivain, lieu de l'agression et du viol, est filmée dans trois lieux différents. L'arrivée à bord de la Durango 95 devant le panneau d'entrée « HOME » est tournée sur le chemin menant à Munden House, à proximité de School Lane, à Bricket Wood (en). Les extérieurs de la maison et le jardin avec le petit pont par-dessus la mare est le jardin japonais de Milton Grundy à Shipton-under-Wychwood (en) dans l'Oxfordshire et l'intérieur de Skybreak House au Warren à Radlett dans le Hertfordshire.
  • Alex jette Dim et Georgie dans le lac South Mere à Thamesmead South Housing Estate, à Londres. Juste à 200 mètres au sud, Alex, en rentrant d'une virée nocturne, passe par une esplanade (maintenant détruite) en donnant des coups de pied dans des poubelles.
  • Le pub The Duke of New York est le pub The Old Leather Bottle, qui fut ensuite renommé The Bottle and Dragon avant d'être détruit en 2002, à Stonegrove (en), à Edgware à Londres.
  • La maison de « la dame aux chats » où Alex est attrapé par la police est Shenley Lodge (en), Rectory Lane, à Shenley dans le Hertfordshire.
  • L'extérieur de la prison est la prison de Wandsworth, son intérieur est la prison, maintenant détruite, des casernes de Woolwich, à Woolwich à Londres.
  • Les deux scènes de fantasmes bibliques (Christ et la scène de combat) sont filmées au mausolée Dashwood à West Wycombe dans le Buckinghamshire.
  • L'examen dans la clinique médicale Ludovico, la salle de cinéma où s'effectue le lavage de cerveau, le hall de l'immeuble d'Alex avec l'ascenseur hors service, la chambre d'hôpital d'Alex, la salle d'interrogatoire (démolie) sont toutes situées à l'Université Brunel à Uxbridge dans le Middlesex.
  • L'allocution du ministre aux médias sur la « cure d'Alex » a lieu à Nettlefold Hall à l'intérieur de la bibliothèque de West Norwood à West Norwood à Londres.
  • La scène où Alex est attaqué par les vagabonds prend place sur la partie nord du Albert Bridge à Chelsea à Londres
  • La scène où Dim et Georgie prennent Alex dans leur Land Rover de la police pour se diriger vers la campagne pour ensuite le plonger la tête dans un abreuvoir est dans School Lane dans Bricket Wood dans le Hertfordshire.
  • La tentative de suicide et la scène de la salle du billard ont été tournées dans le vieux Edgewarebury Country Club dans Barnett Lane à Elstree dans le Hertfordshire.
  • L'hôpital où Alex récupère est l'hôpital Princesse Alexandra (en) à Harlow dans l'Essex.
  • Le fantasme sexuel final est tourné dans les hangars, démolis depuis, de Handley Page Ltd à Radlett dans le comté d'Hertfordshire.

La musique dans le film[modifier | modifier le code]

La bande originale d'Orange mécanique est très particulière, voire « expérimentale » pour l'époque.

Kubrick préférait généralement utiliser de la musique classique existante plutôt que de faire appel à des compositeurs hollywoodiens, incapables selon lui de rivaliser avec les grands classiques (la partition prévue pour 2001, l'Odyssée de l'espace, achevée, avait par exemple été finalement refusée et remplacée par Richard Strauss, Johann Strauss, Ligeti et Khatchaturian).

Exemplaire d'un des premiers synthétiseurs en usage vers 1970.

Il réfléchissait alors, le film étant en cours de montage, à un moyen d'accommoder Beethoven, nécessairement présent dans la bande originale en raison du culte que lui voue le jeune voyou protagoniste, lorsqu'il reçut la proposition d'une ingénieure du son et compositrice, alors auréolée du succès immense de l'une des productions classiques les plus hardies de l'époque : Wendy Carlos (anciennement Walter Carlos) et son Switched on Bach, un album de musique baroque jouée avec un instrument alors révolutionnaire, le synthétiseur modulaire de Robert Moog. Carlos avait eu vent de ce que Kubrick travaillait sur une adaptation de Clockwork Orange, elle lui fit donc parvenir quelques maquettes et il fut séduit. Il faut savoir que Stanley Kubrick avait premièrement demandé au groupe Pink Floyd d'utiliser leur album Atom Heart Mother pour Orange mécanique, mais Roger Waters, improvisé leader du groupe à la suite du départ de Syd Barrett, a décliné la proposition[17].

À la fin des années 1960, les synthétiseurs sont des instruments d'avant-garde, aux sons inédits, nouveaux, qui créent une atmosphère étrange. Wendy Carlos adapte notamment la Symphonie nº 9 de Beethoven en utilisant les premiers vocoders, l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini, le film s'ouvrant sur un morceau particulièrement sinistre, mettant immédiatement le spectateur dans l'ambiance d'un monde futur inquiétant : Musique pour les Funérailles de la Reine Mary (Music for the Funeral of Queen Mary) de Henry Purcell, transformée par le recours à des flangers et autres effets modernes.

Bande originale du film[modifier | modifier le code]

Clockwork Orange Soundtrack

Album de Gioachino Rossini, Henry Purcell et Ludwig van Beethoven; Arrangement : Walter Carlos
Sortie Drapeau : Royaume-Uni 1972
Drapeau : États-Unis 1972
Enregistré 1971
Durée 42:36
Genre Classique-Musique électronique
Format CD, cassette, vinyle
Label Columbia Records
  • 1.Title Music from A Clockwork Orange (thème principal d'Orange Mécanique) - Wendy Carlos
  • 2.The Thieving Magpie (Ouverture de l'opéra La Pie voleuse - La gazza ladra - de Rossini, enregistrement de la Deutsche Grammophon Gesellschaft)
  • 3.Theme from A Clockwork Orange (Ludwig van Beethoven) (thème d'Orange Mécanique, Beethoven - Wendy Carlos)
  • 4.Ninth Symphony, Second Movement (Abridged) (Neuvième Symphonie, second mouvement - (extrait) - enregistrement de la Deutsche Grammophon)
  • 5.March from A Clockwork Orange (Marche d'Orange Mécanique - neuvième symphonie, quatrième mouvement) - Wendy Carlos et Rachel Elkind
  • 6.William Tell Overture (ouverture de Guillaume Tell de Rossini) - Wendy Carlos
  • 7.Pomp and Circumstance March No. 1 - Sir Edward Elgar
  • 8.Pomp and Circumstance March No. 4 (extrait), Edward Elgar
  • 9.Timesteps (Extrait) - Wendy Carlos
  • 10.Overture to the Sun - Terry Tucker
  • 11.I Want to Marry a Lighthouse Keeper - Erika Eigen (la version du film est différente)
  • 12.William Tell Overture (extrait) - enregistrement de la Deutsche Grammophon
  • 13.Suicide Scherzo (Neuvième Symphonie, Second mouvement), (extrait) - Wendy Carlos
  • 14.Neuvième symphonie, Quatrième Mouvement, (extrait), enregistrement de la Deutsche Grammophon
  • 15.Singin' in the Rain (Chantons sous la pluie), Gene Kelly, paroles de Arthur Freed, musique de Herb Brown
  • 16.Music for the Funeral of Queen Mary, musique de Henry Purcell

Outre cela, Carlos fait intervenir deux fois le début du Dies iræ liturgique (le thème du « Jour de la colère » divine, le Jugement dernier), joué au synthétiseur (dans le générique et dans Country lane).

Accueil du film[modifier | modifier le code]

Controverse et reconnaissance[modifier | modifier le code]

Avec Bonnie and Clyde sorti en 1967, La Horde sauvage sortie en 1969, L'Inspecteur Harry sorti en 1971 et Les Chiens de paille sorti en 1971, Orange Mécanique fait partie de ces films qui ont libéré l'expression de la violence au cinéma et sur lesquels la censure a, en général, limité son action[18]. Au Royaume-Uni, Orange Mécanique est hautement sujet à controverse et même Kubrick émet des réserves quant aux réactions du public. Le film est à la 21e place de la liste de AFI's 100 Years...100 Thrills, soit les 100 meilleurs thrillers du cinéma américain publié en 2001 et à la 46e place du Top 100 de l'American Film Institute, bien qu'il ne soit plus qu'à la 70e place sur 100 de la deuxième liste publiée en 2007. Alex DeLarge est à la 12e place sur 50 dans la catégorie des méchants dans AFI's 100 Years... 100 Heroes and Villains publié en 2003. Le film est à la quatrième place des 10 plus grands films de science-fiction du cinéma américain publié par l'AFI's 10 Top 10 en 2008.

Il obtient 89 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes, basé sur 47 avis et une note de 8.4/10 sur IMDb.

Accueil et censure au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Après la sortie du film, plusieurs délinquants britanniques ayant perpétré des actes de violence gratuite se sont vantés avoir pris exemple sur le film[19] mais, selon le réalisateur John Baxter, aucune preuve n'a jamais été réellement apportée à l’appui de cette influence supposée du film[20].

Les lettres de protestation, voire de menaces, envahissent alors la boîte aux lettres de Stanley Kubrick (qui avait quitté les États-Unis pour l'Angleterre) et des mécontents se groupent devant chez lui[21]. Pour protéger sa famille[22], il demande à Warner Bros. de retirer le film des salles de cinéma britanniques en dépit de son grand succès[21]. Fait unique, la société de production obtempère et le film est retiré[21] après tout de même 61 semaines de projection en salles[22]. Cette censure durera pendant 27 ans et ne se terminera qu'après la mort de Stanley Kubrick le 7 mars 1999, avec une sortie en VHS et DVD. Ce n'est qu'en 2000, c'est-à-dire après la mort de Kubrick, que le film est à nouveau projeté au Royaume-Uni[23].

À la sortie du film en 1972, l'opinion publique s'était dite extrêmement choquée que la violence du film soit représentée de manière esthétique (it)[réf. souhaitée], lui donnant des ambiances de fêtes notamment dans les actes commis par Alex et sa bande au début du film. Dans les bonus du DVD du film, il est dit que les censeurs n'ont finalement rien trouvé à redire sur le film et se sont même déclarés étonnés de sa réputation sulfureuse au vu de son contenu réel qui justifiait selon eux la violence gratuite du début du film[pas clair].

Exploitation du film en France[modifier | modifier le code]

Le film est exploité en salles pendant 24 ans sans connaître aucune distribution vidéo ou diffusion à la télévision.

Warner Home Video édite pour la première fois le film en VHS en février 1996[24].

Le film est diffusé pour la première fois à la télévision sur Canal + le 14 novembre 1996[25]. Le film soulevant toujours autant de polémiques (« C'est de la provocation » écrit le journaliste Richard Cannavo dans le Nouvel Obs, Télérama juge les dirigeants de Canal + « très légers, voire irresponsables »), la chaîne renonce à le présenter en prime time et le diffuse en deuxième partie de soirée, assorti de la signalétique d'avertissement interdit aux moins de seize ans[26].

Box-office[modifier | modifier le code]

Pays ou région Box-office Date d'arrêt du box-office Nombre de semaines
Drapeau des États-Unis États-Unis 26 589 355 $[27] - -
Drapeau de la France France 7 602 396 entrées[28] - -

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (mai 2014)

Thèmes du film[modifier | modifier le code]

Morale[modifier | modifier le code]

La question de la morale est un des thèmes centraux du film (comme dans beaucoup des livres de Burgess), surtout la définition du « bien » et du « juste » et quelles méthodes utiliser pour stopper les comportements immoraux[29].

En 1971, lors d'une interview pour l'hebdomadaire américain Saturday Review, Stanley Kubrick décrit le film comme : « [...] une satire sociale posant la question de savoir si la psychologie comportementale et le conditionnement psychologique sont de nouvelles armes dangereuses pour un gouvernement totalitaire qui chercherait à imposer un vaste contrôle sur ses citoyens et les transformerait en à peine plus que des robots[30]. » De la même manière, sur une fiche du script du film, Kubrick écrit : « C'est l'histoire d'une rédemption douteuse d'un adolescent délinquant par une thérapie de réflexes conditionnés. C'est en même temps un débat sur le libre-arbitre. »

Alex expérimentant la technique Ludovico.

Après avoir subi la thérapie de l'aversion, Alex se comporte comme un homme honnête dans la société. Sa bonne volonté et son honnêteté sont involontaires, il fonctionne comme une orange mécanique, organique à l'extérieur et mécanique à l'intérieur. En prison, après avoir été témoin de la technique Ludovico sur Alex, l’aumônier critique la technique, la considérant comme artificielle et fausse, affirmant que la véritable bonté et honnêteté doit venir de sa propre volonté. Cette réflexion amène à se questionner sur la restriction des libertés fondamentales, qu'elles soient personnelles, gouvernementales ou civiles à travers Alex, qui devient sujet de l'expérience Ludivico. À travers cette expérience, s'affrontent deux forces politiques, celle du gouvernement (totalitaire) et celle plus « libérale » des dissidents, les deux manipulant Alex pour des finalités purement politiques[31]. L'écrivain Frank Alexander, victime d'Alex et de sa bande, veut à la fois se venger de lui, mais aussi se servir de son suicide pour lever la population contre le gouvernement en place et son nouveau régime. Alexander craint le nouveau gouvernement, au téléphone avec un de ses partisans, on l'entend dire dans la version française : « [...] Depuis ces derniers mois on recrute des brutes furieuses en guise de policiers, on instaure des techniques dégradantes et dangereuses de lavage de cerveau. Oh, on a déjà vu tout ça, hélas, dans d'autres pays ; ce n'est que l'ombre du poignard ! Mais bientôt sans même nous en apercevoir nous mourrons écrasés sous le totalitarisme. »

De l'autre côté, le ministre de l'Intérieur (le Gouvernement) emprisonne M. Alexander (l'intellectuel dissident) sous prétexte qu'il a mis en danger Alex (symbolisant le peuple), plutôt que le régime totalitaire du gouvernement (décrit par M. Alexander). Le sort de l'écrivain reste incertain, cependant, le ministre explique à Alex que M. Alexander a interdiction d'écrire ou de produire un quelconque travail « subversif » critiquant le gouvernement et ayant pour but de créer des troubles politiques.

Kubrick a voulu souligner que l'immoralité d'Alex se reflète dans la société dans laquelle il vit. L'amour de la « dame aux chats » pour l'art pornographique est comparable aux goûts d'Alex pour le sexe et la violence. Des objets ou éléments ayant pour inspiration une pornographie plus légère sont présents dans le logement des parents d'Alex. Dans une des dernières scènes, quand Alex se réveille de son coma à l'hôpital, une infirmière et un docteur sont en plein acte sexuel.

Adaptation théâtrale (Los Angeles, 2003) rappelant la scène de la technique Ludovico : après inoculation sous cutanée d’un sérum, Alex est attaché au moyen d'une camisole de force dans un fauteuil, des écarquilleurs de paupières maintenant ses yeux ouverts.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Une autre cible du film est le behaviourisme (psychologie behaviouriste) prôné par les psychologues John B. Watson et B. F. Skinner[32]. Burgess désapprouve le behaviourisme, qualifiant un des livres les plus célèbres sur le sujet écrit par un des plus connus des behaviouristes B. F. Skinner, Par delà la liberté et la dignité (Beyond Freedom and Dignity), sorti en 1971, « un des livres les plus dangereux jamais écrit »[33].

Bien que les limites du behaviourisme aient été énoncées par son principal fondateur J. B. Watson, Skinner affirme que la modification comportementale, spécialement le conditionnement opérant (conditionnement qui s'effectue via des techniques alternant récompenses/punitions), plus que le conditionnement Watsonnien « classique », est la clef d'une société idéale[34]. La technique Ludovico du film est largement perçue comme une parodie de la thérapie par aversion plus qu'un conditionnement classique et normal[35].

En montrant le Alex « réhabilité » rejetant à la fois le sexe et la violence, le film suggère qu'en le privant de ses capacités à se débrouiller tout seul, le conditionnement mental d'Alex via la technique Ludovico déshumanise ses auteurs, tout comme les actes de violence d'Alex dans la première partie du film le déshumanisent.[réf. nécessaire] La technique qui tend à conditionner Alex à avoir des réactions de souffrances physiques face à la violence s'apparente au projet MKULTRA développé par la CIA dans les années 1950.

D'après Liz Moorhead, une blogueuse australienne, la technique Ludovico peut être comparée à des techniques existantes de castrations chimiques[36]. En outre, le film permet de : « placer le spectateur devant ses pulsions tabou », et ainsi considérer le cerveau comme « antre de la folie »[37].

Type de société[modifier | modifier le code]

La société décrite dans le film, caractérisée par une crise sociale et une dérive totalitaire, est parfois perçue comme communiste[38] en raison d'évocations de la culture russe, comme l'argot des adolescents, créé par Burgess en s'inspirant du vocabulaire russe, ou encore les fresques de travailleurs dans le style de la propagande réaliste socialiste soviétique, dégradées par des dessins obscènes, qu'on retrouve à la fois dans le film et dans le roman. Comme Malcom McDowell l'explique dans les commentaires du DVD, le lieu de résidence d'Alex, ainsi que le nom « bloc municipal 18A grande ceinture nord », s'inspire d'un habitat social de piètre qualité inspiré par les architectes du parti travailliste anglais (Labour Party).

Plus tard, dans le film, quand le nouveau gouvernement prend le pouvoir, l'atmosphère est plus autoritaire que l'atmosphère d'anarchie des débuts du film. La réponse de Kubrick à la question de Ciment sur la nature exacte de la société décrite reste ambiguë. Cependant, Kubrick, reconnaît qu'il fait des comparaisons dans le film entre la droite et la gauche et il estime qu'il y'a peu de différences entre les deux.

Kubrick explique : « Le ministre, joué par Anthony Sharp (en), est clairement une figure de droite. L'écrivain, joué par Patrick Magee, est un lunatique de gauche. [...] Ils diffèrent seulement dans leurs dogmes. Leur manière de faire et leur buts finaux sont quasiment les mêmes[38]. »

Différences entre le film et le livre[modifier | modifier le code]

A Clockwork Orange a été écrit par Anthony Burgess en 1962 et adapté au cinéma par Stanley Kubrick neuf ans plus tard, en 1971. Kubrick s'est appuyé sur la version américaine du livre, censurée dans le dernier chapitre. Informé par l'auteur pendant le tournage, Kubrick n'a pas voulu prendre cela en compte, le jugeant trop différent de ce qu'il voulait montrer à travers le film. Dans ce chapitre, Alex reforme une bande avec trois droogs, puis revoit Pete un soir. Celui-ci, âgé de vingt ans, est désormais marié, ce qui sidère Alex. En y réfléchissant, il décide de se ranger complètement, sermonne ses droogs sur leurs actions (« Tout ce que vous faites, c'est vous en prendre à des gens sans défense… ») et finalement songe à fonder une famille.

La sculpture phallique de la « femme aux chats ».

Hormis cette différence importante mais très localisée, le film est très proche du livre. Certaines répliques sont directement inspirées des dialogues du livre ; les différences qui subsistent sont surtout : l'âge d'Alex, le nom de ses droogs, l'âge des deux filles chez le disquaire, le lieu de l'agression de la devotchka au début. Certains détails sont entièrement apportés par Kubrick : la présence du serpent domestique d'Alex, la sculpture de forme phallique du sculpteur Herman Makkink qu'utilise Alex pour tuer la femme aux chats, la scène où Alex arrive en prison, les rapports sexuels entre le docteur et l'infirmière lors du réveil d'Alex à l'hôpital (après sa tentative de suicide). La chanson Singin' in the Rain est une pure improvisation de l'acteur Malcolm MacDowell[39]. Certains éléments du livre ont également été supprimés pour l'adaptation en film, tels l'assassinat commis par Alex en prison ou l'agression du vieux à la bibliothèque.

On note aussi une nette différence quant à la quantité de jargon utilisé dans le film, largement inférieure à celle présente dans le livre. Le vocabulaire d'Alex et de ses droogs subit aussi parfois certaines modifications selon les versions (la séance de « dedans-dehors » devient « ça va-ça vient » dans la version française mais toujours « in-out » dans la version originale en anglais). Ces changements s'expliquent par la nécessité pour un spectateur n'ayant pas lu le livre de s'adapter rapidement à l'univers particulier de Burgess.

De même, les costumes des droogs du film sont totalement différents de ceux du livre.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

L'auteur du roman d'origine, Anthony Burgess a adapté lui-même son roman en une version musicale pour la scène, en 1986. Cette adaptation de l'œuvre au théâtre est une première mondiale.

En Grande-Bretagne, le roman a inspiré bien des adaptations pour la radio ou la scène, en dehors de la version cinématographique de Kubrick :

La BBC a réalisé la première adaptation filmée du roman - le premier chapitre seulement - pour l'émission Tonight, à la sortie du livre en 1962. Elle a également créé en 1998 la première adaptation sous forme de dramatique radio.

Des troupes de théâtre ont proposé leur propre vision de l'œuvre : la première adaptation connue a été montée par John Godber au festival d'Édimbourg en 1980. En 1998, The Ensemble Theatre from the North of England filmait une interprétation très contemporaine du roman, dans laquelle les drougs sont des skinheads accomplissant leurs méfaits sur de la musique techno.

Une performance scénique, Machinations of Choice, a été présentée par la troupe de Craig Quintero à l'occasion d'un colloque sur Orange mécanique à Angers, le 8 décembre 2001.

En France, Orange mécanique a été adapté au théâtre à Paris (au Cirque d'Hiver) en par Alexandre Berdat et Nicolas Laugero Lasserre, mis en scène par Thierry Harcourt et produit par Philippe Hersent, avec Isabelle Pasco dans le rôle de la jeune femme violée, Sagamore Stévenin dans le rôle principal et le DJ Philippe Corti dans celui d'un gardien de prison et d'un clochard. Marc Cerrone a composé la musique. La pièce, annoncée comme très crue, est interdite aux moins de 16 ans en raison du caractère ultraviolent de l'œuvre. Une adaptation théâtrale a également eu lieu à Linz, en Autriche, en 2012[40]. Elle était également interdite aux moins de 16 ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le roman et le film portent le même titre en version originale, A Clockwork Orange. Les titres français diffèrent quant à l'article défini : L'Orange mécanique pour le roman et Orange mécanique pour le film.
  2. « …a social satire dealing with the question of whether behavioural psychology and psychological conditioning are dangerous new weapons for a totalitarian government to use to impose vast controls on its citizens and turn them into little more than robots »Saturday Review, 25 décembre 1971 [lire en ligne]
  3. Le film de Kubrick Eyes Wide Shut (ou Les Yeux grand fermés) sorti en 1999 est une référence évidente à Orange mécanique et notamment à cette scène la plus violente du film avec les yeux maintenus ouverts par des écarteurs de paupière. D'après Michel Ciment, Kubrick, Calmann-Levy, , p. 284
  4. a et b (en) A Clockwork Orange - Box Office Mojo
  5. Denyse Beaulieu, Sex game book: histoire culturelle de la sexualité, Assouline, , p. 228
  6. Fiche Orange mécanique dans l'exposition virtuelle consacrée à Stanley Kubrick par la Cinémathèque française
  7. Estelle Bayon, Le cinéma obscène, L'Harmattan, , p. 277
  8. « Fiche du doublage français du film » sur AlloDoublage, consulté le 25 février 2015
  9. a et b (en) Juice from A Clockwork Orange - Anthony Burgess, Rolling Stone, 8 juin 1972
  10. a et b (en) The Clockwork Controversy - Christian Bugge, Visual-memory.co.uk
  11. (en) A Clockwork Orange - Chicago Sun-Times, 11 février 1972
  12. (en) Similarities – Funeral Parade of Roses and A Clockwork Orange - Recca's Blog
  13. « Orange mécanique », cineclubdecaen.com (consulté le 18 mai 2018).
  14. Il était une fois… Orange mécanique - Dailymotion, film documentaire d'Antoine de Gaudemar (2012) [vidéo]
  15. (en) Like Clockwork - Worldtv.com, 15 septembre 2007
  16. (en) Allen Jones: The day I turned down Stanley Kubrick - The Telegraph, 8 octobre 2007
  17. (en) Mark Blake, Pigs Might Fly: The Inside Story of Pink Floyd, Londres, Royaune Uni, Aurum Press Limited, , 3e éd., poche (ISBN 978-1-84513-366-5), p. 153
  18. Ian MacDonald, Revolution in the Head, Pimlico, p.235
  19. « ‘Clockwork Orange’ link with boy’s crime », The Times, 4 juillet 1973
  20. Stanley Kubrick, éditions du Seuil, , p. 264
  21. a b et c (en) Biography for Stanley Kubrick - IMDb
  22. a et b (en) Stanley Kubrick: A Life in Pictures - Documentary Site, 5 décembre 2010
  23. Dimitri Timacheff, L'histoire noire du cinéma américain, La Boîte à Pandore, , p. 87
  24. « Orange mécanique, must absolu », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  25. « Canal+, à partir de 20h35, Nuit du film culte, avec «Orange mécanique», de Stanley Kubrick. «Orange mécanique» vient déranger la télé. - Libération », sur www.liberation.fr (consulté le 5 septembre 2017)
  26. Télévision française : la saison 1997, Corlet-Télérama, , p. 27
  27. Gross for A Clockwork Orange – sur Box Office Mojo
  28. Entrées françaises du film Orange mécanique – sur JP's Box-Office
  29. (en) Should We Cure Bad Behavior? - Ronald Bailey, Reason.com, 1er juin 2005
  30. (en) « A social satire dealing with the question of whether behavioural psychology and psychological conditioning are dangerous new weapons for a totalitarian government to use to impose vast controls on its citizens and turn them into little more than robots. » — Interview par Penelope Houston, Saturday Review, 25 décembre 1971
  31. (en) Books of The Times - The New York Times, 19 mars 1963
  32. (en) A Clockwork Orange: Context - sparknotes.com
  33. (en) « [...] one of the most dangerous books ever written »Sparknotes 101 : Literature, Spark Educational Publishing, 2004 (ISBN 978-1-4114-0026-9), p. 144
  34. Voir, par exemple, Walden Two, roman écrit par le psychologue américain B. F. Skinner en 1948.
  35. (en) A Prophetic and Violent Masterpiece - Theodore Dalrymple, City, hiver 2006
  36. (en) A Clockwork Orange revisited - ActNow, 1er août 2008
  37. « TCM Orange mécanique », wiiz.tv (consulté le 26 août 2017)
  38. a et b (en) Kubrick on A Clockwork Orange : An interview with Michel Ciment - The Kubrick Site, extrait du livre Kubrick de Michel Ciment publié en 1980.
  39. Stanley Kubrick: A Life in Pictures, documentaire de 2001 de Jan Harlan
  40. (de) A Clockwork Orange : Stückinfo - Landestheater Linz

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anthony Burgess (trad. Bernard Turle), Les confessions d'Anthony Burgess [« You've Had Your Time : Being the Second Part of the Confessions of Anthony Burgess »], t. 2 : Si mon temps m'était compté, Paris, Bernard Grasset, , 412 p. (ISBN 2-246-45821-8).
  • (en) Laurie Calhoun, « At What Price Repentance ? Reflections on Kubrick's A Clockwork Orange », Journal of Thought, vol. 36, no 1,‎ , p. 17-34 (JSTOR 42589644).
  • (en) Susan Carruthers, « Past Future : The Troubled History of Stanley Kubrick's A Clockwork Orange », National Forum, vol. 81, no 2,‎ .
  • Michel Ciment (préf. Martin Scorsese), Kubrick, Paris, Calmann-Lévy, , 328 p. (ISBN 2-7021-3518-8).
  • (en) Stephen Farber, « The Old Ultra-Violence », The Hudson Review, vol. 25, no 2,‎ , p. 287-294 (DOI 10.2307/3849003, JSTOR 3849003).
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  • (en) Galia Hanoch-Roe, « Beethoven's Ninth : An "Ode to Choice" as Presented in Stanley Kubrick's A Clockwork Orange », International Review of the Aesthetics and Sociology of Music, vol. 33, no 2,‎ , p. 171-179 (JSTOR 4149775).
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  • (en) Peter Höyng, « Ambiguities of Violence in Beethoven's Ninth through the Eyes of Stanley Kubrick's A Clockwork Orange », The German Quarterly, vol. 84, no 2,‎ , p. 159-176 (JSTOR 41237071).
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]