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La Prisonnière du désert

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La Prisonnière du désert
Description de cette image, également commentée ci-après
Affiche du film.
Titre original The Searchers
Réalisation John Ford
Scénario Frank S. Nugent d'après le roman d'Alan Le May
Acteurs principaux John Wayne
Jeffrey Hunter
Natalie Wood
Sociétés de production C. V. Whitney Pictures
Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre western
Durée 118 minutes
Sortie 1956

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

La Prisonnière du désert (The Searchers) est un western américain de John Ford, sorti en 1956, avec dans les rôles principaux John Wayne, Jeffrey Hunter et Natalie Wood.

Le film se déroule au Texas en 1868. Des Indiens Comanches attaquent le ranch d'Aaron Edwards, qui est tué ainsi que son épouse et son plus jeune fils. Ethan, le frère d'Aaron, découvrant le drame, part à la recherche de Lucy et Debbie, ses deux nièces disparues au cours de l'attaque. Bientôt, il n'est plus accompagné dans sa quête que de Martin Pawley (fils adoptif d'Aaron Edwards et donc neveu d'Ethan) et de Brad Jorgensen, le fiancé de Lucy.

Ce film est généralement considéré comme le chef-d’œuvre de Ford. En 2008, l'American Film Institute l'a désigné comme le « plus grand western de tous les temps ». Il est inscrit depuis 1989 au National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis « pour tous les temps en raison de son importance culturelle, historique ou esthétique[1]. »

Il y a trois ans que la guerre de Sécession a pris fin. Ethan Edwards, ancien soldat confédéré ne rentre que maintenant au pays, c'est-à-dire au ranch de son frère Aaron. Celui-ci y vit avec son épouse et leurs quatre enfants : deux filles, Lucy et Debbie, et deux fils dont un adoptif, Martin Pawley un gaillard de 18-20 ans (avec un huitième de sang cherokee dans les veines). Au souper, les propos d'Ethan trahissent son animosité vis-à-vis des Indiens.

John Wayne (Ethan).

Le lendemain, les voisins, menés par le révérend et capitaine Samuel Clayton, viennent chercher du renfort pour rechercher du bétail volé par les Comanches. Ethan et Martin se joignent à la petite troupe menée par Clayton. Mais ce vol de bétail n'est qu'une manœuvre de diversion des Comanches pour éloigner les hommes de leurs fermes. Pendant qu'ils le sont, le ranch Edwards est attaqué, les parents et leur jeune fils tués, et les deux filles enlevées. Ethan Edwards part à la recherche de ses nièces ; Martin Pawley, leur frère d'adoption, et Brad Jorgensen, le fiancé de Lucy, l'accompagnent. Ils retrouvent assez rapidement le cadavre de Lucy. Fou de douleur, Brad attaque seul le campement des rebelles comanches et meurt.

Pour récupérer la jeune Debbie, Ethan et Martin Pawley se lancent dans une longue quête à travers l'Ouest, qui durera plusieurs années et durant laquelle ils ne reviendront qu'une fois à la ferme Jorgensen. Au cours de ce bref séjour, l'amour qui existait depuis toujours entre Laurie, la fille Jorgensen, et Martin Pawley se renforce. Mais Ethan et Martin sont très vite obligés de repartir, toujours en quête de Debbie, leur nièce et sœur respective.

Natalie Wood (Debbie).

Après quelques péripéties, les deux pisteurs (Searchers) parviennent enfin jusqu'à Debbie qu'ils reconnaissent dans la tente même du chef Comanche « l’Éclair » (Scar, « le Balafré » dans la VO) : elle est devenue une de ses squaws. Il est impossible de la libérer sur-le-champ. Ethan et Martin repartent et campent non loin de là. Debbie les rejoint en catimini et dit à Martin de partir car elle est devenue une Indienne maintenant. Ethan arrive sur ces entrefaites et lève son pistolet pour tuer l'Indienne en qui sa nièce semble s'être transformée, mais Martin s'interpose. Le « Balafré » intervient aussi et blesse Ethan au bras, puis ses hommes mettent Ethan et Martin en fuite, sans parvenir à les tuer. Fin du premier contact direct entre Debbie devenue jeune femme et ses oncle et frère.

Revenant chez les Jorgensen, Ethan et Martin arrivent en pleine célébration du mariage de Laurie — qui avait fini par renoncer à Martin, n'ayant reçu de lui en cinq ans qu'une seule lettre écrite en termes réservés — avec le brave Charlie McCorry, mariage sur le point d'être scellé par le révérend Clayton. Martin et Charlie mettent les choses au point entre eux en se battant dans la cour et finalement, la cérémonie de mariage est annulée.

Edwards, Martin et Clayton repartent peu après attaquer le campement indien du chef Comanche « le Balafré » repéré non loin de là par un régiment de cavalerie. Martin va sauver Debbie juste avant l'attaque et tue « le Balafré ». Finalement, chez Ethan l'instinct familial est plus fort que son animosité pour les Indiens : il ne voit plus en Debbie la Comanche qu'elle a été contrainte de devenir mais la nièce qu'il a connue petite fille. Il la prend donc dans ses bras et la ramène chez les Jorgensen (où Laurie retrouve enfin Martin et cette fois pour de bon), puis repart seul vers le désert et son destin.

Fiche technique

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Bande annonce du film.

Distribution

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Acteurs non crédités (par ordre alphabétique) :

Lieux de tournage

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Monument Valley.
Monument Valley, vu depuis le John Ford Point (2007).

Censé se dérouler au Texas, le film a en réalité été tourné en en extérieur à Monument Valley, Edmonton, Gunnison et Aspen (Colorado) et dans l'Utah.

On peut entre autres reconnaître le John Ford Point lors de la reconnaissance du camp indien précédant l'attaque finale par Ethan (h 43 min 32 s)[2].

Contexte historique

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Ethan mène une attaque contre un village amérindien

Les notes de recherche conservées de l’auteur Alan Le May indiquent que les deux personnages qui partent à la recherche d’une fille disparue ont été inspirés par Britton Johnson, un Afro-Américain conducteur de chariots qui racheta sa femme et ses enfants capturés aux Comanches en 1865[3]. Par la suite, Johnson effectua au moins trois voyages dans l’Indian Territory et au Kansas, cherchant sans relâche une autre fille kidnappée, Millie Durgan (ou Durkin), jusqu’à ce que des assaillants kiowas le tuent en 1871[4],[5].

Plusieurs critiques de cinéma ont suggéré que La Prisonnière du désert s’inspire de l’enlèvement en 1836 de la jeune Cynthia Ann Parker, âgée de neuf ans, lors du Massacre de Fort Parker par des guerriers comanches[2],[6],[7]. Elle passa 24 ans chez les Comanches, épousa un chef de guerre et eut trois enfants (dont le célèbre chef Quanah Parker), avant d’être secourue contre son gré par les Texas Rangers[8]. James W. Parker, l’oncle de Cynthia Ann, consacra une grande partie de sa vie et de sa fortune à une recherche obsessionnelle de sa nièce, à l’image d’Ethan Edwards dans le film.

De plus, le sauvetage de Cynthia Ann, lors de la Bataille de la Pease River, ressemble au sauvetage de Debbie Edwards lorsque les Texas Rangers attaquent le village de Scar. L’histoire de Parker n’était qu’un des 64 cas réels d’enlèvements d’enfants au Texas au XIXe siècle qu’Alan LeMay étudia lors de ses recherches pour le roman ayant servi de base au film.

La fin du roman de LeMay contraste avec celle du film : Debbie fuit à la fois les Blancs et les Amérindiens. Marty, dans la dernière étape de sa quête, la retrouve plusieurs jours plus tard, seulement après qu’elle se soit évanouie d’épuisement.

Dans le film, le groupe comanche de Scar est désigné comme les Nawyecka, correctement les Noyʉhka ou Nokoni[9], la même bande qui avait enlevé Cynthia Ann Parker. Certains critiques de cinéma ont émis l’hypothèse que le modèle historique de l’attaque de cavalerie sur un village comanche — qui entraîne la mort de Look et la capture de prisonniers comanches emmenés dans un poste militaire — était la célèbre Bataille de la Washita, le 27 novembre 1868, lorsque le lieutenant-colonel George Armstrong Custer et le 7e régiment de cavalerie (États-Unis) attaquèrent le camp cheyenne de Black Kettle sur la rivière Washita (près de l’actuelle Cheyenne, Oklahoma)[10]. Cette séquence rappelle également la Bataille de North Fork en 1872, au cours de laquelle le 4e régiment de cavalerie (États-Unis) captura 124 femmes et enfants comanches et les emprisonna au Fort Concho.


Autour du film

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Les plans qui ouvrent et ferment le film (la caméra se trouve à l'intérieur de la maison et par un subtil plan séquence, Ford sort de celle-ci et embrasse avec sa caméra Ethan Edwards et l'impressionnant paysage de Monument Valley), sont considérés parmi les meilleurs du cinéma de Ford[2], ayant également inspiré Wim Wenders pour les plans de début et de fin de Paris, Texas.

Ford et les Indiens

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Ford aborde de nouveau le problème des guerres indiennes et des prisonnières dans Les Deux Cavaliers (Two rode together) en 1961[11].

Notes et références

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  1. (en) « Liste du National Film Registry » (consulté le ).
  2. a b et c « "La Prisonnière du désert" : comment le personnage du cowboy solitaire devient un mythe universel », Les Nuits de France Culture, le .
  3. « Brit Johnson, The Real Searcher », American History magazine, juin 2007, p. 64 ; « Search for The Searchers », Wild West magazine, avril 2009, p. 53.
  4. « "Negro Brit Johnson, Dennis Cureton & Paint Crawford" on », Fort Tour Systems, Inc. (consulté le )
  5. https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/documentaires/black-far-west-un-documentaire-darte-redonne-toute-leur-place-aux-afro-americains-dans-la-conquete-de-louest_5515575.html
  6. Arthur M. Eckstein et Peter Lehman, The Searchers: Essays and Reflections on John Ford's Classic Western, Wayne State University Press, (ISBN 0-8143-3056-8)
  7. John Milius avance également ce point dans un documentaire sur la production, bien que l’historien du cinéma Edward Buscombe observe dans The Searchers (Londres : British Film Institute, 2000), p. 71, que Milius « ne fournit aucune preuve de cette affirmation ».
  8. (en) Grace Jackson, Cynthia Ann Parker, Pickle Partners Publishing, (ISBN 978-1-83974-042-8, lire en ligne)
  9. Taa Nʉmʉ Tekwapʉ?ha Tʉboopʉ (Our Comanche Dictionary), Comanche Language and Cultural Preservation Committee, 2010.
  10. Beulah Archuletta (1909-1969), qui jouait Look, était Pee-Posh (Maricopa) de la Gila River Indian Community. Angela Aleiss, « In the Golden Age of Hollywood, a Local Pee-Posh Woman Makes Her Mark on the Silver Screen », sur Gila River Indian News, (consulté le )
  11. Pour une comparaison des deux films, voir Le Cercle brisé. L'image de l'Indien dans le western de Georges-Henri Morin, Payot, 1977 (ISBN 2228272701)

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Bibliographie

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  • Jean-Louis Leutrat, La Prisonnière du désert : une tapisserie Navajo, A. Biro, Paris, 1990.
  • Pierre Gabaston, Cahier de notes sur… La Prisonnière du désert, John Ford, Association Les Enfants de cinéma, Paris, 2000.
  • (en) Arthur M. Eckstein, Peter Lehman, The Searchers: essays and reflections on John Ford's classic western, éd. Wayne State University Press, 2004, 375 p., extrait en ligne.
  • Georges-Henri Morin, Le Cercle brisé, l'image de l'Indien dans le western, Paris, Payot, 1977.

Liens externes

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