Docteur Folamour

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Pour la sitcom française, voir La Croisière foll'amour.
Docteur Folamour

Docteur Folamour, trailer

Titre original Dr. Strangelove
Réalisation Stanley Kubrick
Scénario Roman et adaptation :
Peter George
adaptation :
Stanley Kubrick
Terry Southern
Non crédités :
Peter Sellers
James B. Harris
Acteurs principaux
Sociétés de production Columbia Pictures
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Comédie
Durée 94 minutes
Sortie 1964

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (Dr Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d'après le thriller Red Alert (ou Two Hours to Doom), écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. L'acteur principal du film, Peter Sellers, y tient trois rôles distincts.

En 2000, il a été classé troisième meilleur film « humoristique » américain (derrière Certains l'aiment chaud de Billy Wilder et Tootsie de Sydney Pollack) par l'American Film Institute.


Synopsis[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule en pleine guerre froide. Le général américain Jack D. Ripper, frappé de folie paranoïaque, décide d’envoyer ses B-52 frapper l’URSS. Le président des États-Unis (interprété par Peter Sellers) commande une réunion d'urgence dans la salle souterraine de commandement stratégique pour tenter d'éviter une guerre nucléaire.

Un débat s'engage alors entre les tenants des différentes options politiques et militaires qui s’offrent au président. La seule possibilité pour éviter un conflit majeur est de fournir aux Soviétiques les positions des avions, afin qu’ils les détruisent. Certains sont abattus et les autres sont rappelés de justesse, grâce à la détermination d'un officier britannique (interprété par Peter Sellers).

Tous sauf un, dont le système de communications est hors d'usage. L’ambassadeur de l’URSS, convoqué afin de témoigner de la bonne foi du président américain, mentionne l’existence d’un système secret de défense qui déclencherait automatiquement l’holocauste nucléaire en cas d’attaque contre son pays. Ledit système secret de défense porte le nom de La Machine infernale.

On consulte alors le docteur Folamour (troisième rôle joué par Peter Sellers), un scientifique transfuge nostalgique du régime nazi. Il explique alors une solution possible pour sauver l'espèce humaine : ne sélectionner que les meilleurs éléments pour les emmener survivre sous terre, réprimant un salut nazi lorsqu'il donne ses explications.

Pendant ce temps, l’équipage du B-52 mène sa mission vers son terme, certain du bien-fondé de l’ordre qu’il a reçu, malgré toutes les difficultés qu’il ne manque pas de rencontrer. Au moment de larguer sa bombe atomique sur la cible soviétique assignée, le système d'ouverture de la soute à bombe s'enraye. Le commandant du B-52 à l'accent texan se rend alors dans la soute, monte sur une bombe, frappe avec son chapeau le boitier électrique de commande d'ouverture des portes de soute qui était bloqué, les portes s'ouvrent et la bombe tombe entraînant le major Kong. Il descend vers le sol à cheval sur l'engin de mort nucléaire en brandissant son couvre-chef et en criant "yahhhooo !!". Le film se clôture par des images d'apocalypse, un ballet d'explosions nucléaires avec leurs champignons.

Cette scène a pour fond sonore la chanson We 'll meet again (On se retrouvera), un choix qui est tout sauf innocent. Cette chanson, popularisée par Vera Lynn, était la chanson favorite des aviateurs de la RAF durant la Seconde Guerre mondiale. Même si les paroles en sont apparemment anodines, dans les années 1940 et 1950, tous les auditeurs comprenaient que le lieu idéal, évoqué par Vera Lynn « où l'on se retrouverait, je ne sais où, je ne sais quand, par un jour ensoleillé », était le paradis, qui guettait de près les pilotes de chasse de la bataille d'Angleterre.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Source et légende : Version française (VF) sur AlloDoublage[1]

Commentaires[modifier | modifier le code]

  • Docteur Folamour est, selon Bosley Crowther pour le New York Times « la plaisanterie macabre la plus choquante que j'ai jamais rencontrée, et en même temps l'une des pointes les plus ingénieuses et les plus acérées, dirigée contre la balourdise et la folie de l'armée, encore jamais montrée à l'écran ». Le titre original est à lui seul d’un cynisme qui fait frémir.
  • La sortie du film était prévue le 22 novembre 1963, mais ce jour-là est assassiné le président John Fitzgerald Kennedy. La production doit repousser la date de sortie au début de l'année suivante. Dans la version initiale, Le commandant du B52 (Le major Kong , joué par Slim Pickens) déballe un « kit de survie » censé permettre aux aviateurs abattus de se gagner les faveurs des femmes soviétiques: bas nylon, parfumerie, dollars en or, colifichets, préservatifs ainsi qu'un revolver Colt. Il commente en déclarant : « Les gars je dois dire qu'avec ça, un loustic pourrait se payer une bonne nuit de rigolade à Dallas ». La réplique fut censurée par la production et Dallas (où Kennedy venait d'être abattu) transformée en Las Vegas.
  • Lors de sa sortie en salles, la tension entre les États-Unis et l'URSS avait baissé d'un cran, rendant le film d’une actualité moins brûlante. Point limite (Fail-Safe) de Sidney Lumet, tourné la même année, brode autour du même thème. Kubrick le fait racheter par Columbia Pictures pour qu'il ne compromette pas la sortie de son propre film. L'exploitation en salle de Point Limite sera reportée à octobre 1964.
  • Peter Sellers interprète à lui seul trois rôles : le président des États-Unis, l'officier anglais Lionel Mandrake et le docteur Folamour. Il aurait dû jouer un quatrième personnage, le commandant T.J. King Kong qui pilote le B-52, mais une blessure à la cheville l'a empêché de tenir ce rôle très physique. Pourquoi quatre rôles ? Selon Kubrick, il s'agissait de quatre rôles nécessitant un grand talent comique que seul détenait selon lui Peter Sellers. C'est probablement aussi un hommage à Noblesse oblige de Robert Hamer, où Alec Guinness interprète tous les personnages d'une même famille.
  • Le général Jack D. Ripper imagine un complot communiste à l'origine de la "fluorisation" des aliments (ex: fluoration de l'eau). Ce point de vue a réellement existé aux USA.
  • George C. Scott, qui interprète le général « Buck » Turgidson, avait la réputation d'être un acteur très difficile à diriger. Mais Kubrick connaissait son point faible : l'acteur avait la certitude, à tort visiblement, d'être un bon joueur d'échecs. Le réalisateur, étant lui-même un bon joueur, avait installé un échiquier sur le plateau. Il battit Scott à plate couture et gagna ainsi son respect.
  • Docteur Folamour, le personnage-titre, incarne le recyclage par les États-Unis (et l’URSS) des scientifiques ayant œuvré (et souvent adhéré) au régime nazi. Avec une outrance comique, Kubrick rappelle que le phénomène est loin d'être une invention (voir Opération Paperclip). Le Docteur est inspiré de Wernher von Braun, ancien savant allemand à la solde des Nazis (réplique du général Turgidson : « Pour moi c'est toujours un Fritz »), père des V2, ainsi que de l'ingénieur et inventeur de la bombe H Edward Teller et du mathématicien et physicien John von Neumann, tous deux Juifs hongrois ayant travaillé au projet Manhattan. Le premier, von Braun, spécialiste des propulsions et tenues en vol des fusées, a fait décoller les programmes de la NASA. Le second devint plus tard conseiller technique du président américain ; il possédait un fort accent hongrois et un tempérament « va-t-en guerre » décomplexé. Le troisième, von Neumann, fut chargé de certains calculs au sein du projet Manhattan. Il fit partie du comité chargé de désigner les cibles des bombes, et calcula l'altitude optimale d'explosion de ces dernières afin qu'elles fassent le maximum de dégâts. Il fut ensuite avec Wiener l'un des fondateurs de l'informatique théorique, imaginant la structure des premiers ordinateurs. Le nom du Dr Folamour (« Strangelove » dans l'original anglais) est en réalité « Merkwürdigliebe ». Par deux fois dans le film, le Dr Folamour s'adresse au président avec les mots « Mein Führer ! ». Le personnage du docteur Folamour n'apparaît pas dans le roman de Peter George.
  • La « machine du jugement dernier » (Doomsday Machine) décrite par l'ambassadeur soviétique dans le film a vraiment été étudiée par l'URSS au début des années 1960. Le projet consistait en un vaste cargo rempli de produits hautement radioactifs devant circuler le long des côtes soviétiques et qui, en cas de destruction de l'URSS, devait jouer le rôle d'une immense bombe radiologique. Ce projet n'a jamais vu le jour devant les risques évidents d'accident.
  • On raconte que lorsqu'il entra à la Maison Blanche en 1980, Ronald Reagan demanda où était la salle de guerre. Il fallut expliquer au nouveau président que cette salle était une pure invention de Stanley Kubrick.[réf. nécessaire]
  • Tout au long du film, le vol du B-52 est accompagné d'un thème musical récurrent appartenant au folklore traditionnel américain : When Johnny Comes Marching Home, décliné en plusieurs variations.
  • Vers 1:15, alors que le dernier des B-52 (avion à réaction, ailes en forte flèche et réacteurs jumelés en nacelles suspendues) vole très bas au-dessus de prairies russes enneigées, l'ombre visible fugitivement sous la maquette est clairement celle d'un vénérable quadrimoteur B-29 (surnommé "super-forteresse volante", prédécesseur du B-52 et seul avion à avoir largué des bombes A, en août 1945). Le B29 était un avion à aile droite, hélices et moteurs à pistons en étoile totalement retiré du service dès la fin des années 50.
  • Initialement, la scène finale devait être une scène de bataille de tarte à la crème entre tous les occupants du centre de commandement. Cette scène, quoique tournée par Kubrick, fut remplacée par celle de l'holocauste nucléaire, ironiquement accompagnée par la chanson We'll Meet Again de la chanteuse anglaise Vera Lynn.
  • Le film Armageddon de Michael Bay fait un clin d'œil au film de Stanley Kubrick : dans l'une des scènes, sur l'astéroïde, le personnage un peu loufoque surnommé « Carotte » (interprété par Steve Buscemi) se met à faire du rodéo sur une ogive nucléaire (comme le commandant T. J. « King » Kong), sous le regard énervé du pilote de leur navette spatiale qui lui intime l'ordre de descendre avant que « La Carotte » amusé, lui dise « J'imitais le Dr Folamour, vous vous rappelez ? Dans le film, quand il fait du rodéo sur une tête nucléaire... ».
  • Le rôle du Commandant Kong, le cow-boy nucléaire, refusé par Peter Sellers , qui se disait incapable de prendre un accent texan crédible, avait été initialement proposé à John Wayne, mais celui ci, aux convictions patriotiques bien ancrées, rejeta le rôle à la lecture du scénario qu'il considérait "too pinko" (trop gauchiste), tout comme Dan Blocker, l'acteur vedette de la série télévisée Bonanza. Ce fut Slim Pickens, un vétéran des westerns , habitué des scènes de chevauchées et de rodéo qui en hérita. N'ayant jamais quitté les États-Unis, il dut se faire établir précipitamment un passeport et débarqua en Angleterre, aux studios de Pinewood, vêtu comme à son ordinaire, c'est à dire avec des bottes texanes, une veste à franges et un immense chapeau de cowboy dit "four gallon hat". Tout le monde crut qu'il s'était mis en costume et jouait en s'imprégnant du rôle suivant la méthode de Stanislavski alors que c'était son accoutrement habituel (et celui de nombreux texans jusqu'aux dernières années du XX° siècle). Il n'avait d'ailleurs pas été informé que le film était une comédie et Kubrick tint à ce qu'il joue toutes les scènes comme pour un film de guerre "sérieux". Slim Pickens, qui était tout sauf une grande vedette, avait tout d'abord renâclé à prendre le rôle, en raison de la réputation de perfectionniste maniaque de Kubrick, mais après la sortie du film il devint une célébrité et nota malicieusement que Dr Strangelove avait tout changé pour lui: "Après Dr Strangelove , tout est devenu plus grand, les chèques, les chambres d'hôtel, les loges d'artiste. Avant, sur les plateaux on me disait" Hé, toi , là bas" , ensuite c'est devenu "Monsieur Pickens par-ci, Monsieur Pickens par là".

Distinctions[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche de doublage VF du film sur AlloDoublage, consulté le 16 février 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]