Sueurs froides

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Sueurs froides
Sur fond rouge orangé, dans des spirales blanches, la silhouette noire d'un homme sur celle, transparente, d'une femme.
Affiche du film, créée par Saul Bass.

Titre original Vertigo
Réalisation Alfred Hitchcock
Scénario Alec Coppel
Samuel Taylor
d'après les romans de Boileau-Narcejac et de Georges Rodenbach
Musique Bernard Herrmann
Acteurs principaux
Sociétés de production Paramount Pictures
Alfred J. Hitchcock Productions, Inc.
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame
Policier
Thriller
Durée 128 minutes
Sortie 1958


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Bande-annonce du film (en anglais).

Sueurs froides, souvent désigné sous son titre original Vertigo[1], est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en , avec dans les rôles principaux James Stewart et Kim Novak

Le scénario du film s'inspire des romans D'entre les morts de Boileau-Narcejac et Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach[2]

Rencontrant un succès mitigé à sa sortie, il est aujourd'hui classé parmi les meilleurs films de l'histoire du cinéma, et est classé septième dans la liste AFI's 100 Years...100 Movies en .

Synopsis[modifier | modifier le code]

À San Francisco, John Ferguson (dit « Scottie ») est un ancien policier qui vit de ses rentes. Lors d'une tragique course-poursuite sur les toits, un collègue est mort en lui sauvant la vie. Rongé par la culpabilité, Scottie est devenu acrophobe et a quitté son métier. Il entretient une relation devenue amicale avec Marjorie Wood dite « Midge » (« Betty » dans la version française), toujours éprise de lui.

Un jour, l'un de ses anciens camarades d'études, Gavin Elster, le contacte pour qu'il suive Madeleine, sa jeune épouse de 26 ans. Il la croit possédée par l'esprit de son arrière-grand-mère maternelle Carlotta Valdes, abandonnée par son amant et morte désespérée, au même âge qu'elle, un siècle plus tôt. D'abord hésitant, Scottie accepte.

Au cours de patientes filatures il constate, intrigué puis séduit, que Gavin a dit vrai. Madeleine va se recueillir sur la tombe de son aïeule. Elle passe de longues heures au musée, devant un portrait peint de Carlotta. Elle s'identifie à elle en adoptant sa coiffure, en portant ses bijoux passés de mode - dont un pendentif orné de trois pierres rouges - et en achetant un bouquet de fleurs analogue à celui du modèle. Elle a même loué une chambre dans l'ancienne demeure de la défunte, devenue un hôtel.

Un jour, Madeleine se jette, désespérée, dans la baie de San Francisco. Scottie la sauve de la noyade et la ramène chez lui. Ils nouent connaissance et tombent amoureux. Mais victime d'un nouvel accès de dépression, la jeune femme se rend dans une ancienne mission catholique espagnole qu'elle a fréquentée durant son enfance. Elle grimpe au sommet d'un clocher. Paralysé par son acrophobie, Scottie ne peut avancer qu'à mi-hauteur. Madeleine se jette dans le vide et s'écrase sur le toit. Un procès a lieu, à l'issue duquel ni Scottie ni Gavin ne sont reconnus coupables.

Après une hospitalisation pour dépression nerveuse, Scottie retourne sur les lieux qu'il a fréquentés avec Madeleine. Il croit la voir partout. Puis il croise Judy (Lucie dans la version française) ; rousse et vulgaire quand la disparue était blonde et distinguée, elle possède toutefois ses traits. Fasciné, il l'aborde. Malgré les réticences de Judy, ils entament une relation. Scottie cherche à la transformer en Madeleine : il lui achète le même tailleur et lui fait teindre les cheveux en blond. Affligée, Judy le laisse faire car elle s'est éprise de lui.

Un soir où le couple s'apprête à sortir, Judy noue autour de son cou un collier où Scottie reconnaît le bijou que Carlotta arbore sur le portrait du musée. Il comprend alors subitement qu'il a été victime d'une cynique machination. Gavin souhaitait se débarrasser de sa femme légitime, qu'il avait reléguée à la campagne. Il avait engagé Judy, sosie de Madeleine, pour incarner une épouse dépressive. Après avoir brisé la nuque de Madeleine, il avait transporté son corps sans vie dans le clocher. Lorsque Judy avait atteint seule le sommet, il avait précipité le cadavre de Madeleine pour simuler un suicide dont Scottie serait témoin. Ensuite, il avait demandé à Judy de disparaître, en achetant son silence contre une somme d'argent. Mais il lui avait offert, en prime, le pendentif de Carlotta : cette erreur l'aura trahi.

Scottie emmène Judy dans l'église où Madeleine s'est prétendument suicidée. Surmontant son vertige, il l'entraîne en haut du clocher pour lui faire avouer la supercherie. Attirée par leurs éclats de voix, une religieuse surgit. Effrayée par cette apparition fantomatique, Judy se jette dans le vide et meurt sur le coup.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Entrée de l'immeuble de Madeleine Elster, Brockelbank Apartments, San Francisco.

Lieux de tournage :

  • Hôtel Vertigo, 940 Sutter Street, San Francisco : c’est l’hôtel Empire du film, rebaptisé en 2008[3].
  • The Brocklebank Apartments, 1000 Mason Street, San Francisco : c’est dans ce bel immeuble de Nob Hill que réside Madeleine.
  • Mission Dolores, San Francisco : on y trouvait la tombe de Carlotta Valdes.
  • Fort Point, sous le Golden Gate Bridge : c'est à cet endroit que Madeleine tente de se suicider en se jetant dans les eaux du Pacifique.
  • Muir Woods National Monument, une plantation de sequoia sempervirens où Madeleine indique sur la tranche d'un sequoia l'année où elle est née et l'année où elle est morte.
  • Palais de la Légion d’honneur, San Francisco : Madeleine passe des heures dans ce musée devant le portrait de Carlotta Valdes.
  • Mission San Juan Bautista, à 140 km au sud de San Francisco : c’est du clocher de cette église que Madeleine se jette dans le vide.
  • Hôtel Fairmont, 950 Mason Street, San Francisco : Alfred Hitchcock et son équipe logent dans cet hôtel pendant le tournage.
  • 900 Lombard Street, San Francisco : appartement de Scottie

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Inspiré du roman noir D'entre les morts de Boileau-Narcejac (1954), Sueurs froides jouit d'une adoration particulière de la part des cinéphiles et des cinéastes du monde entier. Le film se classe d'ailleurs régulièrement au sommet des classements des meilleurs films de toute l'histoire du cinéma (la revue anglaise Sight and Sound, par exemple, ou les revues françaises Positif et Les Cahiers du cinéma[4]). L’American Film Institute le classe dans la liste des dix meilleurs films américains de tous les temps[5].

Le réalisateur Chris Marker en a fait son film préféré et le cite dans plusieurs de ses œuvres (La Jetée, Sans soleil, Immemory). Dans L'Armée des douze singes, Terry Gilliam fait entrer ses personnages, incarnés par Bruce Willis et Madeleine Stowe, dans un cinéma où le film est projeté. Brian De Palma considère Sueurs froides comme l'un de ses trois films préférés et bon nombre de ses propres films s'en inspirent, dans ses thèmes ou dans ses traits esthétiques, notamment Obsession, considéré comme un remake de Vertigo. Le film a influencé beaucoup de films hollywoodiens, dont Sang chaud pour meurtre de sang-froid, Basic Instinct, Lost Highway de David Lynch ou The Game de David Fincher.

Le plasticien Les Leveque a également détourné le film dans son œuvre homonyme (4 Vertigo), où les images d'Hitchcock sont reproduites et kaléidoscopées dans un montage hypnotique[6]. En , le magazine de cinéma britannique Sight and Sound le classe meilleur film de tous les temps[7], détrônant ainsi Citizen Kane, qui occupait ce titre depuis 1962[8].

Box-office[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

La technique au service de la mise en scène[modifier | modifier le code]

Pour illustrer les scènes de vertige, Alfred Hitchcock utilise la caméra subjective, mais d’une façon particulière : alors qu’il filme, vers le bas, la profondeur de la cage d’escalier que James Stewart est censé voir avec angoisse, la caméra opère deux mouvements simultanés : un mouvement d’appareil vers l’arrière (travelling arrière) et un zoom avant (augmentation de la longueur focale de l'objectif de la caméra). Le résultat de cet artifice technique appelé travelling contrarié, utilisé ici pour la première fois dans un film, est une image qui se déforme, comme si la cage d’escalier s’allongeait.

Autour du film[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Références au film dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les sources francophones utilisent très régulièrement le titre original plutôt que le titre français. C'est par exemple le cas d'un supplément des Inrockuptibles sur le film paru en , ou d'un ouvrage de Jean-Pierre Esquenazi intitulé Hitchcock et l’aventure de Vertigo, l’invention à Hollywood (2001).
  2. Arte, « Quand Vertigo croise Bruges-la-Morte », sur YouTube.com, (consulté le 14 août 2017).
  3. San Francisco, ville hantée, Ulysse, Le Monde, 01.11.2008.
  4. http://www.cahiersducinema.com/article1337.html
  5. « Info et Actualité en direct - Toutes les actualités et infos - MYTF1News », sur MYTF1NEWS (consulté le 10 mars 2016)
  6. http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/BA9C20B309DD3166C1256E890035CE85?OpenDocument&sessionM=&L=1&view=
  7. Fabien, « Vertigo, le meilleur film de tous les temps, à la place de Citizen Kane », sur Critictoo Cinema, (consulté le 10 mars 2016)
  8. « Citizen Kane » n’est plus le meilleur film au monde sur http://bigbrowser.blog.lemonde.fr du 2 août 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jean Douchet, Hitchcock, Paris, L'Herne, (ISBN 2-85-197-201-4), « Le suspense érotique », p. 15-48
  • Donald Spoto, L'Art d'Alfred Hitchcock, 50 ans de cinéma, 1976, trad. par Christian Rozeboom, Edilig, 1986 ; le chapitre Sueurs froides : p. 203-232
  • Jean-Pierre Esquenazi, Hitchcock et l’aventure de Vertigo, l’invention à Hollywood, CNRS éditions,

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Salachas, « Sueurs froides (Vertigo) », Téléciné, no 82,‎ .
  • « Supplément sur Vertigo », Les Inrockuptibles, no 94,‎ .
  • « San Francisco, ville hantée », Le Monde,‎ .

Liens externes[modifier | modifier le code]

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