Sadisme et masochisme au cinéma

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Le sadisme et le masochisme sont deux thèmes très présents dans le septième art. Plutôt que sadomasochisme ou BDSM au cinéma, cet article sépare le sadisme du masochisme, ce qui permet de traiter l'ensemble des films, qu'ils abordent la seule thématique du sadisme, ou bien celle du masochisme, et sans qu'il soit forcément et uniquement question de jeux sexuels contractuels.

Distinction[modifier | modifier le code]

Traiter le sadisme et le masochisme au cinéma, n'est pas traiter uniquement le BDSM, dont le but est la quête du plaisir sexuel. Selon la pure tradition hollywoodienne le masochisme au cinéma est acceptable « s’il évacue toute notion de plaisir sexuel : s’il peut incarner l’exaltation du martyre dans le plus pur style judéo-chrétien[1]. » De même qu'aucune censure ne frappera les films historiques au sadisme exacerbé. Films où l'on met en images des scènes de fouet à peine soutenables : Les Révoltés du Bounty. Ou encore, Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? qui met en scène un sadisme social terrifiant, à travers un couple sadique[2] et victime, incarné par deux sœurs.

En revanche, « que le héros vienne à succomber aux avances capiteuses de cet archétype hétaïrique qu’est la vamp, et celle-ci le conduira à l’humiliation et à la déchéance[1]. »

L'énigme Marlon Brando[modifier | modifier le code]

Tout au long de sa carrière, Marlon Brando a accumulé les rôles de personnages troubles ou ambigus, anti-héros ou au contraire pervers cruels et effrayants. Acteur aux mille facettes, il avait aussi « quelque chose de dangereux, comme un parfum noir qui émanait de lui. Détestable ? Non. Au contraire, séduisant, attirant. Il avait la beauté du diable. »[3] Si bien que certains ont pu parler de lui comme d'un « monstre », à tel point qu'« on a l’impression que l’écran n’est pas assez grand pour lui. »[4]

« Brando, ce fut la contradiction même : une voix douce sur un corps de colosse une virilité féminine - ah, cette lenteur douloureuse de Sur les quais -, un sadisme alternant avec le pire des masochismes - Colombani en fait un autodestructeur compulsif - et une violence qui n'aura de cesse de tendre vers le zen, jusqu'au bouddha Kurtz dans Apocalypse Now. Des contradictions résolues très tard avec ce film-culte, mais aussi avec Le dernier tango à Paris, où il se dépouille comme jamais. C'est à la fin que le “Roi Brando” est nu. »[5]

Parmi ses incarnations de personnages humiliés, frappés :

  • Viva Zapata ! (1952) de Elia Kazan : Emiliano Zapata (Marlon Brando) est promené corde au cou comme un animal[6].
  • Sur les quais (1954) de Elia Kazan : dans ce film, qui reprend le « topos » de l'homme seul dressé contre une puissante organisation (un gang qui a la haute main sur un syndicat de dockers du port de New York), une scène de passage à tabac montre un Marlon Brando, « torturé et inspiré[7] », se faisant littéralement massacrer[6].
  • La Vengeance aux deux visages (1961), film qu'il réalise et dans lequel il apparaît fouetté par son ancien ami, joué par Karl Malden[6]. Jean Tulard fait ce commentaire : « Brando ne donne pas dans la simplicité, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il est si visiblement content de se faire martyriser devant la caméra qu'on est content pour lui. »[8]
  • La Poursuite impitoyable (1966) de Arthur Penn : brutale scène de passage à tabac dont est victime le shérif incarné par Brando[9].
  • L'Homme de la Sierra (The Appaloosa, 1966) de Sidney J. Furie : Marlon Brando est pendu [10].
  • Reflets dans un œil d'or (1967) de John Huston : Brando y joue le rôle d'un officier de l'armée qui refoule son homosexualité et est cravaché par Elizabeth Taylor[11]. « Un film sur la folie et les déviations [...] catalogue de perversions, de l'automutilation au fétichisme[12] ».

Personnages cruels ou sadiques :

  • Un tramway nommé désir (1951) est un film d’Elia Kazan. « Tout droit sorti de l’Actors Studio Brando devient par ce film le sexe-symbol américain rêvé, aux côtés de la déjà célèbre Vivien Leigh de Autant en emporte le vent, à cette époque déjà légèrement atteinte de la tuberculose qui l’emportera. Elia Kazan : “Brando possède vulgarité, cruauté, sadisme, et il a en même temps quelque chose de terriblement attirant.” La vieille Amérique du Sud est détruite par la nouvelle et jeune Amérique, et le film remporta un immense succès malgré le scandale qu’il suscita dans certains milieux bien-pensants. »[13]
  • Le Corrupteur (1972) de Michael Winner : dans une grande demeure bourgeoise, le domestique irlandais Quint, vulgaire, brutal, négligé et pervers, impose son autorité sur les occupants d'une grande demeure bourgeoise, et en particulier sur la jeune gouvernante qui se soumet totalement à sa domination, se faisant ligoter et fouetter[10]. Jean Tulard souligne « l'atmosphère pesante et étouffante [du film] malgré les échappées dans la campagne anglaise et [la] présence écrasante de Marlon Brando. »[14]
  • Missouri Breaks (1976) de Arthur Penn : dans un face à face tendu avec Jack Nicholson, Brando campe un « régulateur » tueur de voleurs, aussi fantasque et impitoyable que pervers[15].
  • Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola : Brando y joue le rôle de l'effrayant et violent colonel Kurtz, génie du mal aussi séduisant qu'inquiétant, « souverain des ténèbres » qui, caché dans la jungle, règne par la terreur sur un groupe d'indigènes[16].

Masochisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : masochisme.

À propos de masochisme au cinéma Michel Etcheverry nous dit : « Ce penchant pour le supplice cinématographique constitue le versant respectable du fantasme masochiste masculin »[1]

Un des personnages principaux est masochiste[modifier | modifier le code]

Un des personnages a subi des violences non consenties et bascule vers le masochisme charnel[modifier | modifier le code]

  • Portier de nuit (1974) de Liliana Cavani avec Dirk Bogarde et Charlotte Rampling : une ancienne déportée retrouve son ancien bourreau SS, avec qui elle a eu une relation amoureuse, et renoue avec lui des rapports contractuels[27]. Le film suscita de nombreuses polémiques, en raison des flash-back dérangeants qui exposent la relation sadomasochiste entre Max et Lucia, totalement déconnectée de la réalité atroce de l'univers concentrationnaire. En particulier, Michel Foucault critiqua sévèrement cette vision sexualisée du nazisme, s'étonnant que tout un « imaginaire érotique de pacotille [soit] placé maintenant sous le signe du nazisme »[28].
  • Attache-moi ! (1990) de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas et Victoria Abril. « Marina [une actrice porno] finit par être troublée par l’amour que cet homme [Ricky, qui la séquestre] lui porte. Dans un monde conventionnel, les journaux feraient leur une avec cet exemple de syndrome de Stockholm [...] Attache-moi ! est insolite et intrigant, mais aussi provocant et drôle, passionnel et violent, dans la lignée de La Loi du désir. C’est sans doute  le plus optimiste des films sadomasochistes. »[29]
  • Elle (film) (2016) de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert et Laurent Lafitte ː « Une femme d'affaires, victime un soir, dans sa belle maison bourgeoise, d'un viol perpétré par un homme cagoulé, qui la roue de coups. Une scène digne des jeux vidéos qu'elle produit pour son travail Michèle (Isabelle Huppert) en touche à peine un mot à ses proches et ne va pas se plaindre à la police. Elle s'achète une bombe de gaz lacrymogène, dort avec un marteau. Et continue sa vie, entre une mère botoxée, un ancien mari déprimé, un fils en mal de paternité et un futur ex-amant qui n'est autre que le mari de sa meilleure amie. Elle soupçonne un temps son violeur d'être lié à l'histoire qui a brisé son enfance: celle d'un père massacreur d'enfants, qu'elle n'a jamais voulu revoir, et qui ressurgit à la faveur de sa demande de libération conditionnelle. (…) Fille d'un monstre, Michèle devra subir un nouveau viol avant de démasquer son agresseur, qui la violera à nouveau, cette fois avec son plein consentement, dans une scène mémorable où humour et perversité s'entremêlent. Jusqu'à l'orgasme. »[30]

Films contenant une ou plusieurs scènes BDSM[modifier | modifier le code]

Dominatrices[modifier | modifier le code]

Films où une ou plusieurs dominatrices sont mises en scène[modifier | modifier le code]

  • Maîtresse (1975) de Barbet Schroeder : une plongée dans l'univers d'une dominatrice professionnelle.
  • L'Empire des sens (1976) est un film franco-japonais de Nagisa Ōshima inspiré d'un fait divers authentique qui défraya la chronique en 1936 : « l’histoire d’un couple, un maître d’auberge et sa servante, entraîné dans une spirale érotique et sadique extrême qui mène à leur autodestruction et à la mort d’un des amants[32]. » Passion érotique, jusqu'à la mort donc, liant une ancienne geisha, devenue prostituée, Sada Abe, et son amant, qu'elle finit par tuer en l'étranglant, avant de l'émasculer. Elle sera ensuite arrêtée, errant hallucinée dans les rues, tenant à la main les attributs de Kichizo. Ce film montre des échanges de gifles, de coups demandés et acceptés, interrogeant ainsi sur les limites de l'érotisme ; censuré au Japon pour obscénité, il suscita de vives polémiques, notamment du fait que les scènes érotiques ne sont pas simulées, comme dans un film pornographique. Comme le titre original en japonais l'indique (Ai no corrida, littéralement « Corrida d'amour »), Oshima considère qu'entre la passion physique, la jouissance née du plaisir sexuel et la mort, il y a « un lien indissoluble. Dans l'extase de l'amour, ne s'écrit-on pas : “Je meurs ?” »[33]
  • La Femme flambée (Die flambierte Frau, 1983), drame de mœurs allemand de Robert van Ackeren, coécrit avec Catharina Zwerenz, avec Gudrun Landgrebe et Mathieu Carrière, est le portrait d'une jeune femme qui décide de devenir dominatrice professionnelle. Tout va « bien » jusqu'au moment où elle tombe amoureuse d'un escort-boy bisexuel et dominateur à ses heures. Peu à peu ce « gigolo qui se prénomme Chris [...] a du mal a supporter les activités d’Eva qui prend un certain plaisir à être une dominatrice sadomasochiste »[34].
  • Les Jours et les nuits de China Blue (Crimes of Passion, 1984) est un film américain réalisé par Ken Russell, avec Kathleen Turner (Joanna Crane / China Blue), Bruce Davison (Donny Hopper), Gordon Hunt (Group Leader), Dan Gerrity (Group Member #1) Anthony Perkins. China Blue est souvent cité comme un film BDSM en raison de la scène dans laquelle China Blue domine un policier menotté, qu'elle sodomise avec sa matraque de flic[35].
  • Tokyo décadence (1992) de l'écrivain et réalisateur Ryu Murakami : « itinéraire d'une prostituée spécialisée dans le sadomasochisme »[36] qui souffre des fantasmes de ses clients (domination, nécrophilie) et, repliée sur elle-même, rêve de son amour perdu, tout en se liant avec une dominatrice. Celle-ci aussi insensible et sardonique que les autres lui permet malgré tout de sortir de sa solitude.
  • Preaching to the Perverted (1998) de Stuart Urban : un jeune homme est chargé, par les censeurs vertueux, d'enquêter dans le milieu des sexualités plurielles à Londres. Il tombe amoureux d'une dominatrice[37].
  • Mr. et Mrs. Smith (2005) de Doug Liman : dans une scène, le personnage interprété par Angelina Jolie se fait passer pour une dominatrice pour accomplir une mission[38].
  • Une histoire d'amour (2013) : « Premier long-métrage de l'actrice Hélène Fillières. Une histoire d'amour met en scène Benoît Poelvoorde et Laetitia Casta en amants sulfureux. Une jeune femme trompe son mari vieillissant avec un autre homme qui l'initie aux armes et au sado-masochisme. L'argent s'y mêle et plonge le couple dans les affres du pouvoir. Un drame noir et intense, inspiré du roman Sévère de Régis Jauffret, porté par un duo d'acteurs au sommet. »[39]
  • My Mistress (2014) est un film australien réalisé par Stephen Lance avec Emmanuelle Béart, Harrison Gilbertson, Rachael Blake. Une folle passion entre un adolescent et une dominatrice française[40].

Les femmes fatales[modifier | modifier le code]

« À bien des égards, [la femme fatale] apparaît comme l’archétype de la femme dominatrice recherchée par le masochiste, [...] plus créature du masochiste que tortionnaire, parfaitement résumé par Gilles Deleuze dans sa célèbre introduction à La Vénus à la fourrure, de Leopold von Sacher-Masoch »[1]. Selon Michel Etcheverry, une lecture attentive de Basic Instinct et Body en est la parfaite illustration[1].

Marlène Dietrich[modifier | modifier le code]

Josef von Sternberg

« Appelé en Allemagne par E. Pommer, directeur de la UFA, il se voit proposer une vie de Raspoutine, qu'il refuse, et une adaptation du Professor Unrat d'Heinrich Mann, qu'il accepte : c'est L'Ange bleu (Der blaue Engel, 1930), qui marque sa rencontre avec celle dont il va faire, film après film, un mythe universel, Marlène Dietrich. La version anglaise de l'œuvre ne sortira aux États-Unis qu'après le deuxième film de Sternberg et Marlene, Morocco : Cœurs brûlés. L'Ange bleu comme Cœurs brûlés sont des films marqués par une fatalité trouble, que Sternberg, dont le style flamboyant ne s'est pas encore totalement affirmé, traduit en images raffinées jusqu’à la plus extrême sophistication. En 1931, le cinéaste fait de Marlène Dietrich une espionne dans le style de Mata Hari [...] Il retrouve peu après Marlène Dietrich dans une aventure exotique, Shanghaï Express (1932), lointainement inspirée de Boule de Suif. Femme fatale, Marlène s'y sacrifie pour sauver les passagers d'un train arraisonné par des brigands, et Sternberg nous parle, avec élégance et raffinement, des rapports de l'homme et de la femme, rapports entachés de sadisme et de masochisme, qui constituent son thème de prédilection. »

— Extrait du Grand Larousse encyclopédique[41]

  • L’Ange bleu (film, 1930), réalisé par Josef von Sternberg : le professeur Immanuel Rath (Emil Jannings) tombe amoureux fou de Lola-Lola (Marlène Dietrich), une artiste de cabaret. Il l'épouse, mais il devient victime de cette femme fatale qui l'humilie de plus en plus, et causera sa perte. Dans sa descente aux enfers, il se trouve réduit au rôle de bouffon. Licencié de son poste d’enseignant, bafoué, trompé, humilié, ridiculisé, il se suicide dans sa salle de classe tant regrettée[42].
  • La Femme et le Pantin (1935) est un autre film de Josef von Sternberg avec Marlène Dietrich. Un film de Josef von Sternberg dont le titre original est The Evil is a Woman, « le Mal est une Femme »[43].

Travestissement[modifier | modifier le code]

Le masochisme peut prendre les diverses formes du travestissement. Ainsi, à propos du « masochisme dans le cinéma comique », Jean Streff écrit : « Le ridicule ne tue pas, il fait même jouir[44] . » Selon lui, il y aurait un masochisme conscient ou inconscient chez le héros travesti au cinéma. Il remarque dans son livre que « l’aspect délibérément parodique de ce travestissement et son origine le plus souvent impérative (nécessité de la situation ou caprice de la « maîtresse ») assigne au héros cinématographique et au masochiste civil une fonction rigoureusement identique : être contraint et forcé, en butte au rire sarcastique des spectateurs[45]. »

Par ailleurs, le neuro-psychiatre André Brousselle, partant des travaux de Sigmund Freud, « nous mène à prendre en compte l’importante problématique de l’identité, et d’autres culpabilités – celle du travestissement de l’identité sexuée »[46].

  • Mam'zelle Charlot (1915) de Charlie Chaplin : « Chaplin se travestit en jeune fille. Tant qu’il conserve sa moustache, ce n’est guère convaincant (!) mais dès qu’il la rase, on peut dire que le résultat est assez… trompeur »[47].
  • Entr'acte (1924) de René Clair : une surréaliste ballerine en tutu… barbue. « Quelle beauté et quelle grâce dans le mouvement aérien de ces sveltes guibolles dont on s’aperçoit lors d’un changement de plan qu’elles sont celles d’un homme à la barbe fournie travesti en ballerine : Picabia himself. Sur la toile comme à la scène, l’artiste est toujours là pour prendre le bourgeois fat au piège de son propre désir »[48].
  • Viktor und Viktoria (1933) de Reinhold Schünzel : la version originale du film de Blake Edwards, dans un Berlin décadent en voie de disparition. « C’est un film de transition entre la République de Weimar qui vit s’épanouir une forme de liberté sexuelle et un relâchement des mœurs – Viktor Viktoria est une comédie de travestis – et le nouveau régime nazi qui encourage les films rassurants et divertissants, porteurs d’une morale petite bourgeoise »[49].
  • L'Impossible Monsieur Bébé (1938) de Howard Hawks : Cary Grant dans son déshabillé vaporeux criant « because I'm gay ». « Avec cet air de surprise perpétuelle devant les désastres qui l'assaillent, Cary Grant joue les passifs : à la suite d'une machination, il est contraint de revêtir le déshabillé de cette Susan qu'il ne veut pas reconnaître comme son âme soeur »[50].
  • La Règle du jeu (1939) de Jean Renoir : « Après s'être érotisé dans la palpation des bas de soie, Jean Gabin demande à un jeune soldat de se travestir. Le jeune homme s'exécute et surgit bientôt en fille. Un silence général s'ensuit. C'est le silence du désir. Et Renoir le filme sur le visage interdit des hommes tandis que le jeune homme travesti avance indécis en répétant: «Ça fait drôle, ça fait drôle» »[51].
  • Allez coucher ailleurs (1949) de Howard Hawks : Cary Grant en épouse de guerre, jouant les jeunes filles en uniforme. « Clin d’œil : l’acteur a recours à toutes sortes d’objets d’élévation mécanique de substitution et semble plutôt vouloir éviter le passage à l’acte, contrairement à son personnage… Comment ne pas voir de sous-entendu dans ses efforts vains pour introduire une poignée cassée dans le trou de la porte de sa fiancée ? Pour couronner le tout, l’armée l’enregistre sous un nom féminin, et l’acteur devra se travestir… »[52]
  • Psychose (1960) de Alfred Hitchcock : Anthony Perkins dans le rôle du fils à maman, et celui de maman. « Dans mon roman, fidèle aux préceptes freudiens, j'ai fait de Norman Bates un travesti qui portait une perruque et les vêtements de sa mère pour commettre ses crimes »[53].
  • Un, deux, trois (1961) de Billy Wilder : Hanns Lothar, sa robe à pois et ses faux seins Yankees go home. « Le directeur récupérera l’époux ébouriffé en lâchant aux mains des Russes une secrétaire aussi sexy que coopérative, voire pour plus de sûreté un travesti qui la remplace »[54].
  • Les Damnés (1969) de Luchino Visconti - « Deuxième acte, deuxième dîner, point culminant du film, « la nuit d’orgie des SA, la kermesse kaki, la messe noire » (Le Nouvel Observateur). C’est la « nuit des Longs Couteaux » (juin 1934), l’élimination physique des SA, qui marque la fin de toute opposition à Hitler, libre désormais de gouverner avec l’armée et les SS. Cet évènement marque aussi « la prise de conscience de Friederich Bruckman (Dirk Bogarde), donc d’une certaine intelligentsia collaboratrice, d’avoir été joué », constate Positif. L’Express note par ailleurs à quel point Visconti renouvelle l’illustration de cet « épisode » historique, en « assimilant la ferveur nazie à la partouze, dans cette métamorphose des beaux aryens en travestis, ce mélange de poésie malsaine, de violence et d’écœurement »[55].
  • La Lettre du Kremlin (1970) de John Huston : George Sanders en espion travesti à San Francisco. « Le film à costumes convenait merveilleusement à son élégance naturelle, mais on l'a beaucoup aussi aimé dans des films d'espionnage comme Le Secret du rapport Quiller (The Quiller Memorandum) et surtout La Lettre du Kremlin (The Kremlin Letter) où il se parodiait en travesti inquiétant »[56].
  • Pink Flamingos (1972) de John Waters : « Une Castafiore décatie s'agenouille à côté d'un caniche en train de tranquillement déféquer sur un trottoir. Le travesti, car c'en est un, ramasse la crotte avec une mine goulue et la gobe promptement, avant de consciencieusement la laisser fondre sur sa langue. »[57].
  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (1972) de Woody Allen : « Sam adore se déguiser en femme »[58].
  • The Rocky Horror Picture Show est un film musical américain de Jim Sharman, sorti en 1975 et adapté de la comédie musicale de Richard O'Brien, The Rocky Horror Show créée à Londres en 1973. « Après une panne de voiture, ils arrivent lors d'une nuit orageuse dans un château peuplé de créatures étranges, dont un scientifique «travesti de Transylvanie», le Dr Frank-N-Furter (Tim Curry) et Rocky (Peter Hinwood), un «homme idéal» créé dans son laboratoire »[59].
  • Le Locataire (1976) de Roman Polanski : « Mais avant tout, c’est le visionnage du Locataire que nous conseillons. Le petit appartement parisien triste et insalubre que loue Trelkovsky (interprété par Polanski lui même), de la fenêtre duquel l’ancienne locataire a voulu se suicider, devient le théâtre de l’horreur paranoïaque d’un homme que l’on transforme, que l’on travestit »[60].

Laurel et Hardy[modifier | modifier le code]

Pour Jean Streff, Laurel et Hardy « représentent certainement l'expression comique la plus accomplie des rapports dominant/dominé en milieu homosexuel » Toujours selon Jean Streff, dans le tandem Laurel et Hardy « La plus outrageante domination est, sans conteste, la catégorie des épouses. Elles mènent leur mari à la baguette et sont « hurlantes, violentes, dévastatrices, castratrices[61] »

Pour Jean-Yves Alt, « Comment ces deux "abrutis" de Laurel et Hardy ont pu échapper aux bistouris de la censure ? Parce que, dans leurs films, ça y va franchement : des mollets poilus aux talons aiguille, des pantalons envoyés en l'air, des nuits blanches transpirées dans le même lit, et même, des envie de faire un bébé ensemble… »[62]

  • Il était un petit navire : Stan Laurel travesti en vamp « emperlousée » selon l'expression de Jean Streff, flirte avec le commandant du bateau, un personnage rude et brutal :Oliver Hardy[61].
  • Drôles de locataires (Another Fine Mess) est une comédie sortie le . Le film est réalisé par James Parrott avec Laurel et Hardy sur une production de Hal Roach. Laurel incarne Agnès, la femme de chambre de Hardy, selon Jean Streff, la garde-robe de Laurel, perruque blonde, collerette en dentelle et petit tablier de soubrette, la panoplie du rituel masochiste est au complet. Et il n'y a pas que face à con complice que se manifeste le goût délibéré de Stan pour la soumission[63].
  • Le valet casse tout (Early to Bed) est un film d'Emmett Flynn sorti en 1928. Stan est le valet de chambre de Hardy, qui se complaît à l'humilier et à en faire son souffre-douleur[64].
  • Scram est un film de Raymond Mc Carey sorti en 1932. « Une très belle séquence de masochisme chevalin ː Laurel en robe de chambre (censure oblige ǃ) "monté" et dressé par Vivien Oakland sous l'œil inquiet, (jaloux ?) d'Hardy (...) Le dominateur (Les jeux de l'orgueil) aime parfois inverser la situation et tenir à son tour le rôle du dominé" »[65].

Mimétisme canin[modifier | modifier le code]

Sous cette appellation, Jean Streff intègre le film suivant dans son analyse de régression masochiste[66] : Un mari en laisse (1962) de Henry Levin : Micheline Presle traite son époux en chien, lui apprend à marcher comme un chien tenu en laisse, la patte levée pour se soulager.

Masochisme religieux[modifier | modifier le code]

  • Tristesse des anthropophages (1966) est un court métrage de Jean-Denis Bonan, avec Bernard Letrou. « Ce carnaval ferait certainement la joie des clients du restaurant de Tristesse des anthropophages, qui dévorent avec appétit la "spécialité" de la maison, sortie toute fraiche et fumante des intestins de trois "cuisiniers" »[67]. « Un nouveau Christ est condamné par ses pairs à réintégrer le ventre maternel et est mené enchaîné, à coups de bâton, jusqu'à l'orifice qui va lui permettre en s'y replongeant de n'avoir jamais vécu »[68],[note 1]. Selon Otto Rank le désir de retour au ventre maternel constitue un élément typique du masochisme[69].
  • La Religieuse de Monza (La Monaca di Monza) (1969) est un film d'Eriprando Visconti avec Anne Heywood, Tino Carraro, Antonio Sabato, basé sur les mortifications (ceintures cloutées, corsets munis de pointes acérées, chats à neuf queues, etc.) que s'impose la pieuse héroïne, suivant les exemples célèbres de la nonne de La Sorcellerie à travers les âges (1922) de Benjamin Christensen, ou de Yvette Lebon se fustigeant frénétiquement dans Milady et les mousquetaires (1952) de Vittorio Cottafavi[70].
  • Les Diables (The Devils) (1971) est un film britannique réalisé par Ken Russell, qui traite de la religion, l'inquisition et la sorcellerie sur fond de vérité historique. Pamphlet contre l'intolérance religieuse, le film, à la fois violent et érotique à la fois, s'inspire de l'affaire des démons de Loudun. Pour Jean Streff « Ken Russel a filmé les plus belles scènes de déchaînement sexuel qu'il soit données de contempler à l'écran [...] les injections de lavement à l'huile bouillante »[71].

Sadisme[modifier | modifier le code]

Films autour du sadisme[modifier | modifier le code]

  • The Servant (1963) : domination, soumission et manipulation sous le regard naturaliste de Joseph Losey, le scénario étant signé par Harold Pinter, d'après le roman éponyme (publié en 1948) de Robin Maugham. The Servant retrace les rapports conflictuels entre deux hommes, un jeune aristocrate et son domestique, celui-ci prenant un malin plaisir à manipuler son maître, suivant la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel[72], et parvenant peu à peu à le dominer jusqu'à sa déchéance inexorable. En relation avec les rapports de domination et de servitude, le film évoque aussi la différence des classes « – l'une pourrissant quand l'autre se rebiffe – l'ambiguïté sexuelle et la perversion… Dans cet affrontement social, et sadomasochiste, entre Tony, un jeune lord anglais, qui croit encore vivre au XVIIIème siècle et Barrett, un domestique machiavélique et dépravé, Losey voit "une sorte d'histoire de Dorian Gray" mâtinée de mythe faustien. »[73]
  • La Planète des singes : (Planet of the Apes) est un film américain réalisé par Franklin J. Schaffner et sorti en 1968. Il est inspiré du roman La Planète des singes de Pierre Boulle, publié en 1963. Avec Charlton Heston : Le capitaine Taylor, Roddy McDowall : Cornélius, Kim Hunter : Dr Zira, Maurice Evans : Dr Zaius, ministre de la Science. Apocalypses, l'humanité réduite en esclavage, les Hommes capturés, mis en cage et dominés par des singes évolués. Pour Gérard Lenne, c'est une vision hallucinée du roman de Pierre Boulle. D'après Gérard Lenne tout fut mis en œuvre pour éviter le ridicule dans la transformation des acteurs et figurants en chimpanzés, gorilles. « Quant aux humains, auprès d'un Charlton Heston, qui prototype du héros viril, n'a pas hésité à entrer dans ce fantasme masochiste[74].
  • Orange mécanique (A Clockwork Orange) est un film britannique de Stanley Kubrick, sorti sur les écrans en 1971. « Au XXIème siècle, où règnent la violence et le sexe, Alex, jeune chef de bande, exerce avec sadisme une terreur aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l’emploient comme cobaye dans des expériences destinées à juguler la criminalité[75] ».
  • Duel (téléfilm à l'origine, premier long-métrage de Steven Spielberg, 1971), avec Dennis Weaver. Au volant d'une voiture quelconque, un représentant de commerce est amené à doubler un énorme poids lourd transportant des matières inflammables. Le routier, qui a gonflé le moteur de ce monstre, ne va plus lâcher David Mann, le talonnant, le percutant, zigzaguant devant lui, le guettant après trois arrêts dans des stations-service, sans que jamais Mann ne puisse voir son visage. Il va devoir trouver une stratégie pour remporter ce duel à mort[76]. « Mais le conducteur du camion, lui, reste dans l’ombre. En ne révélant pas son identité, Spielberg ouvre ce film très efficace à la fable. Qui est ce chauffard sadique, ce persécuteur ? Il n’a pas de visage. Il a tous les visages. »[77]
  • The Offence (1972) de Sidney Lumet met en scène un inspecteur de police usé, irascible, incarné par Sean Connery dans « l'un des contre-emplois les plus risqués de sa carrière »[78], se livrant à un interrogatoire musclé, qui tourne mal, sur la personne d'un homme arrêté et soupçonné de viols d'enfants.
  • Salò ou les 120 Journées de Sodome (1975) est un film italien réalisé par Pier Paolo Pasolini et sorti en France le 19 mai 1976. Libre adaptation, transposée au XXe siècle, de la grande œuvre du marquis de Sade, Les Cent Vingt Journées de Sodome, le film se veut une dénonciation du fascisme, autant que de la société de consommation, et se déroule en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, dans la république de Salò, où un groupe de notables âgés se livre aux pires tortures sur leurs prisonniers, des jeunes garçons et femmes : viols, coprophagie, mutilations, meurtres. Particulièrement éprouvant, le film suscita de vives polémiques à sa sortie et déchaîna les commentaires critiques ; parmi eux, Roland Barthes estime qu'il s'agit d'« un objet proprement sadien : absolument irrécupérable »[79].
  • Marathon Man (1976), film de John Schlesinger, contient une fameuse scène de torture dans laquelle le Dr Christian Szell, ancien nazi inspiré du docteur Mengele (joué par Laurence Olivier), torture le personnage interprété par Dustin Hoffman en lui transperçant une dent avec l'aide d'une perceuse, en répétant « Is it safe? » (« c'est sans danger ? » dans la version française, où le double-sens est perdu, puisqu'il est question de « safe » = coffre-fort en anglais) - cette scène fut d'ailleurs écourtée car l'assistance de la projection-test s'en montra choquée[80].
  • La Corde raide (1984) est un film américain réalisé par Richard Tuggle. L'inspecteur Wes Block (Clint Eastwood) poursuit un serial killer sadique qui assassine des prostituées et qui, ayant été arrêté par lui quelques années plus tôt, par vengeance, s'arrange pour laisser planer le doute sur la culpabilité de l'inspecteur[81].
  • Hitcher (1986) est un film de Robert Harmon, interprété par C. Thomas Howell et Rutger Hauer. Alors qu'il fait route pour la Californie, un jeune américain prend un auto-stoppeur s'avérant être un véritable psychopathe. Pour le héros, Jim Halsey, c'est le début d'un long voyage vers l'horreur, à la fois traqué par le tueur et pris pour cible par la police qui le rend responsable des meurtres qu'il n'a pas commis[82].
  • Boxing Helena (1993) est un film américain réalisé par Jennifer Chambers Lynch. Fils d'un père chirurgien et d'une mère qui collectionne les amants, Nick Cavanaugh grandit dans le culte de l’argent et de la réussite. Devenu un brillant et riche chirurgien, il nourrit un amour obsessionnel pour Helena, une personnalité charmeuse et sadique[83], qui va peu à peu le conduire à libérer ses fantasmes. À la fin du film, elle apparaît sur un autel entourée de fleurs comme une divinité, mais elle n’a plus de bras. Le public imagine alors, qu’après l’avoir amputé des jambes, Nick lui a coupé les bras.
  • Seven (1995) est un thriller américain de David Fincher[84]. « Seven est un polar signé David Fincher avec Brad Pitt et Morgan Freeman. Ils sont chargés d'une enquête sur un tueur psychopathe sadique qui planifie méthodiquement ses meurtres en fonction des sept péchés capitaux »[85].
  • 8 millimètres (1999) de Joel Schumacher traite du snuff movie et donc de crimes sadiques[86] : un détective privé, joué par Nicolas Cage, enquête dans les milieux du cinéma pornographique.
  • Les Nuits rouges du Bourreau de Jade (2011) est un film franco-hongkongais écrit et réalisé parJulien Carbon et Laurent Courtiaud. La scène d'ouverture montre un meurtre par asphyxie érotique.
  • La Planète des singes : Les Origines (2011) : « le gardien de zoo sadique qui déteste les animaux et qui a clairement du mal à évaluer les rapports de force »[87].

Films d'aventures : les classiques[modifier | modifier le code]

Luis Buñuel[modifier | modifier le code]

  • Le Journal d'une femme de chambre (1964), d'après le roman éponyme d'Octave Mirbeau ː « Célestine elle-même, malgré sa lucidité et son dégoût, finit par devenir maîtresse à son tour et par houspiller ses bonnes, dans “le petit café” de Cherbourg où elle a suivi le jardinier-cocher Joseph, antisémite et sadique, enrichi par le vol audacieux de l’argenterie des Lanlaire, et dont elle s’est persuadée qu’il a violé et assassiné une petite fille, Claire »[95].
  • Belle de jour (1967), avec Catherine Deneuve, est tiré du roman éponyme, Belle de jour, de Joseph Kessel : Buñuel y souligne le caractère fondamentalement masochiste de la prostitution[96], à travers la figure de Séverine, épouse très réservée d'un chirurgien parisien, qui, en proie à d'étranges fantasmes masochistes, est baptisée « Belle de jour ». Selon Joël Magny, « mêlant volontairement réalité, souvenirs et rêves éveillés, Buñuel nous introduit dans l'univers mental de Séverine pour se livrer à une étude clinique du masochisme, lié pour lui aux valeurs chrétiennes comme à la société bourgeoise. »[97]
  • La Voie lactée (1969) est un film franco-germano-italien de Luis Buñuel articulé autour des diverses hérésies du christianisme. On y voit des religieuses crucifier à l'aide de clous la mère Marie Desanges[98].
  • Le Fantôme de la liberté (1974) présente une scène de flagellation hilarante[99].
  • Cet obscur objet du désir (1977), avec Fernando Rey, Carole Bouquet et Ángela Molina est une libre adaptation de La Femme et le Pantin de Pierre Louÿs. À travers les aventures amoureuses et malheureuses d'un homme, à qui échappe sans cesse la femme qu'il désire, Buñuel fait une peinture de « l'obsession masochiste de l'amour qui rend esclave, le refus, l'impossible consommation de l'acte sexuel. »[100]

Michael Haneke[modifier | modifier le code]

Michael Haneke ouvre une expérience de spectateur inédite et dérangeante, parfois traumatique dans la dureté des scènes exposées ou la manifestation d'une brutalité insoutenable, y compris hors-champ[101],[102]. La radicalité de ses films a souvent divisé la presse et le public : les adjectifs « pervers », « culpabilisant », « manipulateur » et « sadique » ont régulièrement été employés[101].

  • Funny Games (1997) est un film autrichien : « Haneke excelle dans la monstration du sadisme sans doute parce qu’il a des fantasmes sadiques – la répétition du même petit scénario, le fait que les victimes soient une famille bourgeoise cultivée, confirmeraient ce diagnostic. Ce qui ne nous pose aucun problème. C’est même très intéressant. Mais ce qui est insupportable, c’est que ce sadisme ne soit pas assumé, et qu’Haneke nous serve à la place une leçon de morale sur l’abjection de la violence des images. C’est cela qui est abject dans ce Funny Games U.S. : pas son sadisme, mais sa tartufferie [103] ».
  • La Pianiste (Die Klavierspielerin, 2001) est un film franco-autrichien avec Isabelle Huppert : « Partant du sadisme incestueux présent dans les relations mère-fille, Haneke glisse sur l'importance du rapport de force dans l'érotisme (occidental ?), et sa dégradation potentielle en saloperies gratinées. »[104]
  • Amour (2012), avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert : « ces perturbations sont autant de petites et grandes violences faites au spectateur, avec le sadisme que l’on a toujours connu à Haneke »[105]. « En tout cas, le sadisme n’épargne pas l’acteur, Trintignant semblant physiquement affecté par les contorsions imposées à son personnage »[106]

Quentin Tarantino[modifier | modifier le code]

  • Reservoir Dogs (1992) ː « Il faut dire que le futur réalisateur de Pulp Fiction n'y allait pas avec le dos de l'oreille : flingage, sang, torture, sadisme, dialogues plein d'ironie, amoralité... »[107]
  • Pulp Fiction (1994) : « Le sadisme va droit au but : Il s’agit d’obtenir le plaisir par le violence ou par la domination. Voilà tellement longtemps que les films hollywoodiens flattent en nous cette recherche du plaisir sadique qu’ils le font désormais avec un humour sophistiqué comme par exemple dans le film Pulp Fiction »[108].
  • Inglourious Basterds (2009) ː « Quentin Tarantino a un don pour réaliser la scène d’ouverture de ses films. Ici, on assiste a un interrogatoire du sadique et vicieux Colonel Hans Landa (Christoph Waltz) dit “Le Chasseur de Juifs” face au père d’une famille française, Monsieur LaPaditte (Denis Ménochet). Dès ces premières minutes, la performance de Christoph Waltz arrive à créer une tension chez le spectateur »[109].
  • Django Unchained (2012) ː « Ces justiciers de western sont armés d’une énergie vengeresse, comme va pouvoir le vérifier Calvin Candie, un propriétaire blanc qui règne sur ses sujets noirs avec une morgue et un sadisme naturels »[110].
  • Les Huit Salopards (2015) ː « Têtes qui explosent en gros plan, membres arrachés, gerbes de sang qui giclent partout, plans cradingues au possible, Tarantino verse alors dans le Grand-Guignol amusé, pas loin d’un second degré bouillonnant où chaque effusion salvatrice donne des envies d’applaudissements sadiques. »[111]

Sadisme, horreur et sorcellerie[modifier | modifier le code]

Sadisme au couvent[modifier | modifier le code]

  • Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, parfois appelé La Religieuse, est un film de Jacques Rivette, adapté du roman La Religieuse de Diderot et sorti en 1967. « la jeune Suzanne devra supporter les affres et les injustices de sa remplaçante, une nouvelle abbesse sadique »[115].
  • The Magdalene Sisters est un film dramatique franco-britannique de Peter Mullan sorti en 2002. Les jeunes filles subissent violences et humiliations. « The Magdalene Sisters», sur le sadisme qui prévalait dans certains couvents catholiques irlandais ». « La bonté ecclésiale s'inverse vite en perversion sadique »[116].

Châtiments corporels[modifier | modifier le code]

Fessées[modifier | modifier le code]

Selon Georges de Coulteray, « la fessée est devenue la forme privilégiée de ce que l'on nomme le petit sadisme[117] ».

Canne anglaise[modifier | modifier le code]

  • If.... - Lindsay Anderson - Palme d’or, 1969, Cannes, non seulement l’acteur principal prend une gifle monumentale par une fille dans la cafétéria, mais il y a dans ce film une scène de châtiment à la canne anglaise (caning), où l’élève victime est placé penché sur une table, poitrine collée à la table[130].

Fouet[modifier | modifier le code]

Sadisme et masochisme dans les séries télévisées[modifier | modifier le code]

  • Dans Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers, 1961), Emma Peel (Diana Rigg) incarne la femme à la fois dominante et dominatrice. Elle mène ses combats dans une combinaison de cuir, et apparaît en réelle tenue de dominatrice, guêpière, bottes, gants longs et collier à pointes, dans l'épisode Le club de l'enfer (A touch of brimstone, 1966)[132].
  • Dallas (1978) : manipulateur et cynique, J.R. Ewing (Larry Hagman) n'hésitera jamais à duper ou faire souffrir n'importe quel membre de sa famille ou a fortiori n'importe quel concurrent commercial lorsque des milliers ou des millions de dollars, ou encore la réputation de son entreprise, sont en jeu. Marié à Sue Ellen Ewing (Linda Gray), il n'hésite pas à lui être très souvent infidèle (y compris en la trompant avec sa jeune sœur), la délaissant totalement voire la méprisant la plupart du temps[133].
  • Dans la série télé française PJ (1997), le lieutenant Bernard Léonetti (Charles Schneider) tombe amoureux d'une femme, Mathilde (Isabelle Petit-Jacques), qui s'avère être une dominatrice. Ne trouvant ni intérêt ni plaisir dans cette relation BDSM, il prend ses distances avec elle. Elle finit par se suicider[134].
  • Dans Les Experts (2000), le superviseur Gil Grissom (William Petersen) nourrit pendant longtemps une attirance pour une dominatrice, Lady Heather (Melinda Clarke), dont il a fait connaissance dans une enquête, et qui l'aidera quelques fois à en résoudre d'autres[135].
  • Mentalist (2008) : le tueur en série John le Rouge a assassiné près de 20 personnes, essentiellement des femmes, ainsi que l'épouse et la fille du medium Patrick Jane. Ce dernier, en quête de retrouver John le Rouge, devient consultant pour le Bureau Californien d'Investigations. Au milieu des affaires spécifiques à chaque épisode, les meurtres barbares du tueur en série se multiplieront, John le Rouge ayant un penchant à se délecter du regard et de la panique de ses victimes pendant leur agonie[136].
  • Les Beaux Mecs (2011) : le personnage d'Olga, interprété, selon les époques, par Victoria Abril et par Juana Acosta, gagne sa vie comme dominatrice. « Soit toutes les femmes de la vie de Tony : sa mère, la putain tragique (la touchante Karine Lyachenko) ; son premier amour ; sa maîtresse dominatrice (l'amusante Victoria Abril »[137].
  • Le Sherlock Holmes contemporain de la série télé Elementary (2012) entretient des relations ambigües avec des femmes adeptes du sadomasochisme : une dominatrice qui lui a servi d'indic, deux compagnes de jeu, Athena et Minerva, avec lesquelles il reconstitue des scènes de crimes sexuels passés, etc[138].
  • Banshee (2013) : le choix des personnages est particulièrement caricatural : « l’ancien repris de justice qui devient shériff. L’homme d’affaires retors et sadique, capable de donner un homme à dévorer par ses chiens mais incapable d’affronter sa nièce. La petite garce qui a le feu au cul parce que son éducation a été trop stricte. »[139]
  • The Fall (2013) : jeu du chat et de la souris entre Stella Gibson (Gillian Anderson), commissaire de police, et Paul Spector (Jamie Dornan), psychologue et père de famille, qui traque, puis ligote, viole et assassine des jeunes femmes. Même se sachant traqué par la police, et même une fois identifié puis arrêté, il n'aura cesse de se comporter en manipulateur, poussant son sadisme jusqu'au suicide, afin de ne pas être jugé, et donc de ne pas donner d'explications sur ses crimes aux familles de ses victimes[140].
  • The Blacklist (2013) : Raymond Reddington (incarné par James Spader), criminel le plus recherché des Etats-Unis, se livre spontanément au FBI après plus de 20 ans de cavale. À la faveur d'un accord d'immunité qu'il négocie lui-même avec le Département d'Etat, il livre à une unité spéciale des criminels particulièrement cruels, parmi lesquels : un homme qui dissout les corps dans des mélanges chimiques de façon à les faire complètement disparaître, une humanitaire qui s'avère être à la tête d'un cartel de trafic d'êtres humains, un pervers qui dépèce les corps humains pour les empailler, un collecteur de dettes qui obtient le "dédommagement" de ses clients en faisant mourir les cibles dans des circonstances atroces, ou encore un US Marshal corrompu qui broie des corps dans une déchiqueteuse à bois. Dans son organisation, Reddington lui-même dispose d'un associé, Teddy Brimley, spécialiste de la torture sophistiquée pour obtenir des informations des adversaires[141].
  • Stalker (2014) : Beth Davis (Maggie Q) dirige une unité de police spécialisée dans la lutte contre le harcèlement. Un jeune psychopathe va s'immiscer dans sa vie et en retracer le passé, pour se connecter à l'ex-compagnon de Beth, qu'elle avait fui en changeant d'identité[142].
  • Dans Mr Robot (2015), le personnage de Joanna Wellick (Stephanie Corneliussen), femme de pouvoir qui contrôle tout dans la vie et les affaires, s'adonne à des séances de bondage exécutées à sa demande par son époux, lui ordonnant ce qu'elle veut exactement[143].
  • La Servante écarlate (2017) : dans cette série les femmes « sont asservies et violées pour donner un enfant aux dominants stériles. Une fiction féministe montrant la fragilité des droits des femmes. [...] Le féminisme de la série est donc à double détente. Dans l’organisation de Gilead, s’exerce la domination d’une classe de femmes dominées, égoïstes et parfois sadiques, sur d’autres femmes, mises à leur service : le nom de handmaid désigne bien les “femmes toutes mains”. Les formes de service et de servitude [...] font aujourd’hui vivre les sociétés occidentales aux dépens d’une armée invisible d’aidant.e.s. “Armée”, c’est le terme que reprend June : car une armée peut aussi se mobiliser, et agir. “Quand ils ont massacré le Congrès, on ne s’est pas réveillés, quand ils ont tout mis sur le dos des terroristes et suspendu la Constitution, on ne s’est pas réveillés non plus.” »[144]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Otto Rank, le sujet cherche à retrouver au travers de son immobilisation la situation voluptueuse de l'immobilité intra-utérine.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Michel Etcheverry : Le Pouvoir de la victime [1]
  2. Gérard Camy, « Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich - (1962) - Film - Drame, Drame sentimental », sur Telerama (consulté le 1er décembre 2018) : « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? est une œuvre grandiose et cruelle. [...] Le meurtre de la domestique noire vu par Jane à travers les yeux de Blanche immobilisée sur son siège, ou encore Jane, hideuse dans sa robe enfantine, chantant et dansant sur la plage : autant de morceaux de bravoure hallucinants, dégoulinant de rancœur sadique. Continuellement sur le fil du rasoir, Robert Aldrich filme au plus près les rapports exacerbés des deux femmes : la douce Joan Crawford, pathétique, et la monstrueuse Bette Davis, le visage déformé par la haine. »
  3. François Forestier, Un si beau monstre, Albin Michel, 2012, p. 9.
  4. « Marlon Brando : le "Monstre" antisystème », sur Cinéma Choc,
  5. . François-Guillaume Lorrain, « Marlon Brando mis à nu »,
  6. a b et c Streff 1990, p. 239.
  7. Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, p. 3093.
  8. Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, p. 3457.
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  10. a et b Streff 1990, p. 238.
  11. Streff 1990, p. 74.
  12. Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, p. 2733.
  13. Thierry Frémaux, « Un tramway nommé désir », sur Institut Lumière
  14. Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 1, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, p. 777.
  15. « Qui aurait pu se douter qu’un personnage aussi élégant et sentant bon l’eau de Cologne vingt-quatre heures par jour, était un parfait sadique, n’aimant rien de plus que de tuer à petit feu – comme un enfant méchant faisant fumer un crapaud. Est-il besoin de dire que Brando s’installe dans ce personnage comme dans une deuxième peau, lui conférant une stature qui commande le respect, autant que la peur. », « Marlon Brando, cowboy crépusculaire » par Robert Daudelin, Hors Champ, 14 avril 2010 [2]
  16. « L’apocalypse des systèmes de valeurs. Dilemmes moraux dans Au cœur des ténèbres et Apocalypse Now » par Toni Pape, Université de Montréal, septembre 2014 [3]
  17. Streff 1990, p. 154.
  18. Streff 1990, p. 178.
  19. Streff 1990, p. 155
  20. Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis (1886), trad. 8e édition allemande (1893), É. Laurent et S. Csapo, G. Carré, Paris, 1895.
  21. Coulteray 1964, p. 250.
  22. « Sick: The Life and Death of Bob Flanagan, Supermasochist sur Cinebel », sur cinebel.dhnet.be (consulté le 29 novembre 2018)
  23. Cahiers du cinéma, no 525, juin 1998
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  25. AlloCine, « Domination » (consulté le 1er décembre 2018)
  26. « Nymphomaniac : Charlotte Gainsbourg se met au sadomasochisme », Figaro,‎ (lire en ligne)
  27. « Portier de nuit », DVDClassik.com,‎ (lire en ligne)
  28. Michel Foucault, « Anti-Rétro », entretiens avec P. Bonitzer et S. Toubiana, Cahiers du cinéma, no 251-252, juillet-août 1974 ; repris dans Dits et Écrits, vol. I 1954-1975, Gallimard, coll. « Quarto », 2001, p. 1520-1521.
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  31. « Lunes de fiel de Roman Polanski - (1992) - Film - Drame » (consulté le 2 décembre 2018) : « Oscar se travestit en petit cochon pour exciter Mimi... Quelle dérision ! Car cochon, on l'est peut-être, mais petit cochon, sûrement pas. Alors, on hurle de rire devant le spectacle de soi qu'on donne à l'autre. A ce stade du plaisir, heureusement, le rire peut sauver le désir. Et puis, il ne sauve plus rien. Du rire, le couple passe à la douleur. Oscar décompose Mimi, qui se recompose pour mieux le décomposer à son tour. Et quand, même ça, ça ne marche plus, restent les autres avec qui, de qui, on peut jouer. C'est à ce stade de la passion que le film de Polanski commence : lorsque tout est fini, ou presque... » (Pierre Murat, dans Télérama)
  32. https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/l-empire-des-sens
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  40. AlloCine, « Bande-annonce : Emmanuelle Béart en dominatrice SM dans My Mistress », AlloCiné,‎ (lire en ligne) :

    « Un film qui s'annonce sulfureux, dans lequel Emmanuelle Béart incarne une maitresse aux penchants SM entrainant un jeune homme dans une histoire passionnelle et dangereuse... »

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  42. Streff 1990, p. 70.
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  59. « The Rocky Horror Picture Show ressort en France pour ses 40 ans », sur Le Figaro,
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  78. Jean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années 70, Cahiers du cinéma, 2006, p. 109.
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  83. Marie Aimée, « Les grandes passions destructrices au cinéma », Vanity Fair,‎ (lire en ligne) :

    « Boxing Helena met en scène un chirurgien obsédé par une femme aussi fatale que sadique, qui se refuse à lui et qu’il va donc finir par séquestrer avant de lui couper les jambes et les bras, histoire de la statufier. »

  84. Jean Serroy et Gilles Lipovetsky, L'Ecran global. Cinéma et culture-médias à l'âge hypermoderne, Le Seuil, (ISBN 9782021008852, lire en ligne)
  85. « Les 25 meilleurs films de ces 25 dernières années », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne)
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges de Coulteray, Le sadisme au cinéma, Editions Le Terrain Vague, .
  • Jean Streff, Le masochisme au cinéma, Paris, Henri Veyrier, (1re éd. 1978), 270 p. (ISBN 2-85199-5243)
  • Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, 3 vol. (1re éd. 1990), Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », nouvelle édition, 2005.
  • (en) Steven Allen, « Bondage and Discipline, Dominance and Submission, and Sadomasochism (BDSM) at the Movies », dans Cinema, Pain and Pleasure, London, Palgrave Macmillan, , 26-57 p. (ISBN 978-1-349-33989-1)
  • (en) Ruth McPhee, Female Masochism in Film: Sexuality, Ethics and Aesthetics, Routledge, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Article de Michel Etcheverry professeur agrégé d’anglais à l’université de Paris IV-Sorbonne - Le pouvoir de la victime [7]