Lawrence d'Arabie (film)

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Lawrence d'Arabie
Description de l'image Lawrence of arabia ver3 xxlg.jpg.

Titre original Lawrence of Arabia
Réalisation David Lean
Scénario Robert Bolt
Michael Wilson
d'après T.E. Lawrence
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre biographie, aventure historique
Durée 216 minutes
228 minutes (director's cut)
227 minutes (version restaurée)
Sortie 1962

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Lawrence d’Arabie (Lawrence of Arabia) est un film d'aventure historique britannique réalisé par David Lean, sorti en 1962. Il est inspiré de la vie de Thomas Edward Lawrence, dont le rôle est interprété par Peter O'Toole.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, l'officier du Royaume-Uni Thomas Edward Lawrence conseille aux Arabes du chérif Fayçal ibn Hussein de se révolter contre les Turcs de l'Empire ottoman et de fonder une nation arabe indépendante moderne.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Légende : Doublage de la version originale (1963) ; rajouts pour la version longue (1992)

Sources : Version française (VF) sur AlloDoublage[2]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse et développement[modifier | modifier le code]

L'idée de départ remonte avant la mort accidentelle de Thomas Lawrence. En effet, le producteur Alexander Korda émet à l'époque le souhait de réaliser une biographie. Mais Lawrence n'est pas intéressé. Après la mort de ce dernier, Korda relance le projet sans succès, la perspective d'alliance entre le Royaume-Uni et la Turquie face à l'Allemagne nazie empêchant de parler des Ottomans comme le film devait le faire.

Au début des années 1950, Harry Cohn, alors à la tête de Columbia Pictures, récupére le projet. Après le refus de Michael Powell, Cohn propose le film à David Lean qui, au même moment, reçoit la proposition de l'auteur Terence Rattigan qui écrit une adaptation théâtrale de Lawrence d'Arabie. Cohn décédant en 1958, le producteur Sam Spiegel décide de monter un partenariat avec Columbia. Avec David Lean, ils convainquent le Pr Arnold Lawrence (frère de Thomas) de leur vendre les droits du livre Les Sept Piliers de la sagesse, écrit par le défunt officier durant son expédition dans la péninsule arabique, à condition de lui présenter le scénario final pour un accord définitif.[3]

Scénario[modifier | modifier le code]

Michael Wilson est embauché après son travail sur le script du Pont de la rivière Kwaï (que par ailleurs, victime du Maccarthysme, il a écrit dans l'ombre). Il commence alors à écrire une ébauche le , dépeignant Lawrence comme un officier occidental cynique et opportuniste. En voyant cette première version, Arnold Lawrence revend les droits à Sam Spiegel pour la somme de 22 500 Livres. Wilson passe un an à peaufiner le script et les dialogues. Mais lorsque David Lean, après avoir été écarté par divers problèmes de production, prend connaissance du script de 400 pages, en décembre 1960, il reproche à Michael Wilson de ne pas avoir assez romancé l'histoire de Lawrence, imposant à celui-ci sa personnalité dénuée de scrupules, l'escamotage de son masochisme voire sa probable homosexualité. N'acceptant pas les exigences de Lean, Wilson tire sa révérence. Cependant une partie de sa version est conservée, entre autres la scène d'ouverture sur l'accident de Lawrence. Sam Spiegel fait appel à Robert Bolt, connu comme l'auteur de la pièce Un homme pour l'éternité, pour remanier le scénario de Wilson. D'abord réticent à cause de sa trop grande expérience de dramaturge, il finit par accepter lorsque le producteur lui offre un cachet de 10 000 Livres pour sept semaines de travail.

Casting[modifier | modifier le code]

Peter O'Toole dans le rôle de Lawrence.

Après avoir auditionné Albert Finney, le jugeant pourtant trop jeune pour le personnage de Lawrence, David Lean choisit finalement Peter O'Toole après l'avoir remarqué dans Le Jour où l'on dévalisa la banque d'Angleterre où l'acteur incarnait un militaire benêt. Cependant O'Toole ne se montre pas très intéressé dans un premier temps, déclarant même « Tout le monde sur Terre voulait jouer ce rôle sauf moi. ». Pour se préparer, il consulte des photos de Lawrence puis se teint les cheveux. Par surprise, Peter O'Toole se retrouve confronté à des témoins ayant connu le véritable Lawrence. Ceux-ci auraient pu confondre le personnage authentique et le comédien s'il n'était pas question d'une différence de taille (Lawrence mesurait 1, 65 m ce qui reste loin du mètre 88 d'O'Toole).

Pour le rôle du shérif Ali, partiellement fictionnel, David Lean contacte l'acteur allemand Horst Buchholz mais ce dernier préfère s'engager sur le film Un, deux, trois de Billy Wilder. Par la suite, Sam Spiegel propose le rôle à Alain Delon qui, malheureusement, a d'autres projets. Après s'être rabattu sur Maurice Ronet, Spiegel repère Omar Sharif, qui est déjà une vedette au Proche-Orient, et finalement le choisit.

Revenant tout juste du tournage de Barabbas, Anthony Quinn accepte le rôle d'Auda Ibu Tayi contre la somme mirobolante de 400 000 $. Bien décidé à faire forte impression, Quinn se présente en Jordanie, où les prises de vue ont démarré, affublé d'une barbe postiche et d'un faux nez. De vieux figurants arabes prennent l'acteur sortant de sa tente, pour le véritable Auda, tant il ressemble à son personnage. Le réalisateur lui-même ne le reconnaît pas.[3]

David Lean retrouve son acteur fétiche, Alec Guinness ainsi que Jack Hawkins après les avoir dirigés dans Le Pont de la rivière Kwaï.

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage débute le en Jordanie. Peter O'Toole s'y trouvait depuis un mois, le temps d'apprendre à monter un chameau et à s'habituer à la température locale. Lorsqu'il chevauche sa monture, laquelle est remplie de puces puis chauffée par une température moyenne de 50°, l'acteur en redescend les cuisses en sang. Pour soulager son postérieure, il recouvre la selle en bois d'une couche de caoutchouc qu'il s'est procuré à Beyrouth.

Les séquences de désert sont filmées à Almeria en Espagne mais aussi en Jordanie, le roi Hussein ayant mis à disposition l'armée jordanienne pour les plans avec de nombreux figurants[3]. Ainsi environ 10 minutes de scènes (les finales) sont tournées notamment à Wadi Rum, à proximité des rochers des Piliers de la sagesse pour à peu près 20 % du film. La scène du Cairo Great Britain Army Headquarters est quant à elle filmée sur la Place d'Espagne. D'autres séquences sont tournées aux studios Texas Hollywood ainsi qu'au Parc national de Doñana.

David Lean subit beaucoup de problèmes au quotidien. Les plans doivent être filmés entre 8h et 11h du matin, la chaleur devenant trop accablante par la suite. Roy Stevens, l'assistant-réalisateur, a affirmé que le négatif chauffait dans la caméra. De ce fait, le directeur de la photographie Freddie Young a équipé les caméras d'une ombrelle pour éviter qu'elles ne chauffent davantage et, une fois les scènes en boîte, le film était rangé dans un camion réfrigérant réservé à la base pour la nourriture. Lean se heurte également à un autre souci technique : Veiller à ce que le sable soit vierge. En effet un jour où une scène est tournée, une tasse qui a été jetée passe devant l'objectif, laissant même des traces derrière elle. Le chef-accessoiriste Eddie Fowlie met donc au point un système : des balayettes accrochées à des tiges qui nettoient le sable et reconstituent les stries. Fowlie réalise aussi le trucage pour la scène où l'un des compagnons de Lawrence est aspiré dans les sables mouvants. Il fabrique puis enterre une boîte dans laquelle il s'introduit (au risque de s'étouffer) pour tirer le garçon par les pieds.

Comme à son habitude, Lean a tendance à se présenter sur le plateau sans avoir la moindre idée de la façon dont il doit filmer la scène, au point même de faire patienter ses acteurs selon les dires d'Omar Sharif. Le tournage prend donc beaucoup de retard, ce qui provoque la colère du producteur Sam Spiegel. Par ailleurs, David Lean ne sympathise pas avec ses comédiens en dehors du travail, craignant que cela l'empêcherait de les diriger le jour suivant.

Le tournage est interrompu le suite à l'arrestation de Robert Bolt à l'issue d'une manifestation pour le désarmement nucléaire, à Trafalgar Square. Il est condamné à un mois de prison mais Sam Spiegel fait tout pour faire libérer son collaborateur afin que celui-ci puisse achever le script. Après la tempête puis un détour à Londres pour regarder les rushes, David Lean reprend le tournage le 18 décembre à Séville pour filmer les scènes censées se dérouler à Damas, Amman, Jérusalem et Deraa.

Lors du tournage de la séquence de l'assaut contre Aqaba, Peter O'Toole tombe de sa monture mais, grâce à son chameau qui se positionne au-dessus de lui, évite le piétinement.

Le manque de raccords extérieurs avec le désert contraint la production à se rendre au Maroc (principalement dans les régions de Ouarzazate et Agdz), en juin 1962. La séquence de fin où Lawrence fait ses adieux au désert est filmée sous une canicule insupportable. Peter O'Toole joue sa scène avec les pieds dans un seau de glace.

Le tournage s'achève finalement le .

Postproduction[modifier | modifier le code]

Assisté de sa chef-monteuse Anne Coates, David Lean passe deux mois sur le montage du film. Travaillant seize heures par jour, ils réduisent les rushes à un métrage de 222 minutes. Pour certains passages dont un avec Lawrence soufflant sur une allumette peu avant un lever de soleil, Lean s'inspire des techniques de la nouvelle vague française de l'époque.

Musique[modifier | modifier le code]

À l'origine, David Lean souhaite engager le compositeur Malcolm Arnold, oscarisé pour Le Pont de la rivière Kwaï, ainsi que William Walton. Mais, après avoir regardé un premier montage du film, les deux hommes déclinent l'offre, ne croyant pas trop à cette épopée. Sam Spiegel pense alors au compositeur français Maurice Jarre qui vient de travailler sur la musique des Dimanches de Ville-d'Avray. Jarre trouve vite le thème du film lyrique et puissant, s'inspirant librement du Concerto pour piano d'Edouard Lalo. Gagnant l'estime et la confiance de Lean, Maurice Jarre passe six semaines à écrire l'intégralité de la partition, ne dormant que deux à trois heures par nuit.[3]

Bande son[modifier | modifier le code]

La bande originale du film est éditée chez Screen Gems.

  1. Overture (4:14)
  2. Main Title (1:54)
  3. Miracle (3:08)
  4. Nefud Mirage (2:20)
  5. Rescue of Gasim & Bringing Gasim into camp (5:46)
  6. Arrival at Auda's camp (2:01)
  7. The Voice of the guns (1:58)
  8. Continuation of the Miracle (2:13)
  9. Suns Anvil (3:04)
  10. Lawrence & body guard (2:04)
  11. That is the Desert (2:51)
  12. End Title (1:05)

Réception[modifier | modifier le code]

Lawrence van Arabië, programmé au cinéma du Midi à Amsterdam (20 décembre 1963).

Le film sort le aux États-Unis. Ayant coûté en tout quinze millions de dollars, il en rapporte plus de 70 millions. Cependant, jugée trop longue, l'œuvre est amputée de 35 minutes de scènes. Lawrence d'Arabie est vite considéré comme un chef-d'œuvre, propulsant même Peter O'Toole et Omar Sharif au rang de légendes du cinéma.

Bien que les deux acteurs ne repartent avec aucune statuette, le film remporte pas moins de sept Oscars dont celui du Meilleur film, du Meilleur réalisateur et de la Meilleure musique originale.

Version longue[modifier | modifier le code]

Une version remontée director's cut a été présentée au festival de Cannes 1989 comportant 21 minutes inédites supplémentaires. Le DVD original du film contient cette version longue, mais les scènes supplémentaires sont en version originale sous titrée.

À l'occasion de son cinquantième anniversaire, le film fut entièrement restauré par Sony pour une sortie en Blu-ray à partir du nouveau montage de 1989. Cette version fut présentée lors du festival de Cannes 2012 à Cannes Classics le 19 mai 2012[4]. Le Blu-ray contient un doublage partiel pour les scènes pourtant restées jusqu'ici en version originale sous-titrée sur le DVD du film. Ce doublage avait été effectué pour un passage télévisé du film en 1992. Les dialogues ajoutés ont donc été doublés 30 ans après la sortie du film par de nouveaux comédiens à l'exception de Jean-Claude Michel et Yves Brainville dont la voix a nettement vieilli.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Le titre du roman Mektoub de Serge Lamothe est une référence explicite à la réplique fataliste que fait Ali ibn el Kharish à Lawrence d'Arabie pour dissuader celui-ci d'aller à la recherche de son garde du corps perdu dans le désert. « Mektoub » : c'était écrit, c'était son destin, il n'y a rien à faire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Lawrence of Arabia (1962) - Box office / business », sur IMDb (consulté le 8 mars 2016)
  2. « Fiche du doublage français du film » sur AlloDoublage, consulté le 8 décembre 2014
  3. a b c et d Lawrence d'Arabie - L'Épopée sauvage par Olivier Rajchman, Premiere Classics #2, janvier-mars 2018.
  4. « Lawrence d’Arabie, un film entré dans la légende », sur Festival de Cannes (consulté le 8 mars 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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