Baye Fall

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Un Baye Fall au Sénégal

Le Baye Fall (ou Baay Faal) est, au Sénégal, une branche de la confrérie des Mourides fondée par Cheikh Ibrahima Fall.

Le mouridisme est une confrérie ou voie soufie (tariqa en arabe) comme on en trouve à différents endroits du monde, se caractérisant notamment par l'importance du lien entre le cheikh et son disciple, la pratique du dhikr (rappel des noms divins et invocation à l'aide d'un chapelet), la poésie et la méditation, tous typiques du soufisme.

Le mot « murid (en) », qui veut dire « aspirant », est lui-même emprunté au lexique soufi.

Histoire, mode de vie et rites[modifier | modifier le code]

Baye Fall du Sénégal.

Culte musulman dérivé du mouridisme, le mouvement Baye Fall a été initié par Ibrahima Fall, lui-même adepte du cheikh Ahmadou Bamba. Il voue un pouvoir total et une croyance absolue en Dieu et au marabout (= un cheikh), messager de la parole de Dieu.

Le Baye Fall revendique un désintérêt total pour les affaires du monde et, pour cette raison, vit détaché de toutes possessions matérielles. Le vœu de pauvreté se mêle à un engagement total et sincère envers l'œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba. Lorsqu'Ibrahima Fall prêta allégeance à Ahmadou Bamba, près de la ville de Mbaké Cayor au Sénégal, ce dernier lui offrit une hache symbolisant le don et le travail au service de l'homme[1]. Ceux-ci sont ainsi particulièrement actifs dans l'agriculture et leur rôle est déterminant dans le développement économique de la confrérie mouride.

Les Baye Fall se caractérisent essentiellement par leur grande ferveur, visible notamment lors des célébrations organisées par les mourides. Mode de vie pour certains, religion pour d'autres – « on ne naît pas Baye Fall, on devient Baye Fall » –, le Baye Fall est essentiellement issu du monde wolof. Ibrahima Fall était wolof musulman, faisant partie de la noblesse Garmi. De nombreux éléments de cette tradition wolof (thieddo) ont été introduits dans la culture Baye Fall, notamment les locks (Njañ), la large ceinture autour de la taille, les boubous et toges multicolores (Njaxaas), les chants religieux rythmés exactement comme les chants wolofs (Zikar), etc.

Les Baye Fall d'origine portaient toujours un outil de type sabre, machette ou hache pour les travaux agricoles, dont ils pouvaient se servir comme arme pour se défendre. L'administration coloniale française au Sénégal, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, interdit le port d'armes blanches par crainte de leur utilisation lors de révoltes, ce qui explique le port du gourdin chez les Baye Fall d'aujourd'hui.

Le Majjal fait partie des rites et consiste à faire la ronde dans le but de mendier par groupes restreints.

La pratique du Zikr (chant et louanges à Allah, au Prophète de l'islam Mahomet, à Cheikh Ahmadou Bamba et ses descendants et à Mame Cheikh Ibrahima Fall et ses descendants) prend une grande part des rituels religieux. Les Baye Fall authentiques sont lettrés, ayant une parfaite connaissance du Coran. La langue wolof qu'ils parlent est pure ou très peu altérée par les langues étrangères. Contrairement à d'autres musulmans, ils ne font pas d'amalgame entre la religion musulmane et la tradition arabe et tiennent à la tradition africaine. La relation qu'ils entretiennent avec leur marabout s'illustre par le principe du Njebullu (allégeance ou ba'ia), le respect envers le maître spirituel et de ses recommandations (Ndiguël).

Les Baye Fall se distinguent des autres musulmans notamment par leur conviction que le travail accompli ici-bas au nom de leur marabout les exempte des devoirs et obligations religieuses puisque leurs œuvres leur ouvriront les portes du paradis. Certains se permettent la consommation d'alcool et de cannabis.

Califes des Baye Fall[modifier | modifier le code]

Le mouridisme comporte plusieurs branches que dirigent des califes ou des responsables moraux, qui dépendent eux-mêmes du calife général des Mourides. Chez les Baye Fall, la succession au titre de calife est héréditaire.

La liste des califes Baye Fall depuis Mame Cheikh Ibrahima Fall :

  • Cheikh Modou Moustapha Fall, 1er calife, de 1930 à 1950.
  • Serigne Mor Tall Fall, 2e calife, de 1950 à 1954.
  • Serigne Ablaye Fall Ndar, 3e calife, de 1954 à 1975.
  • Cherif Assane Fall, 4e calife, de 1975 à 1980.
  • Serigne Abdou Chakor Fall, 5e calife, de 1980 à 1984.
  • Serigne Modou Aminta Fall, 6e calife, de 1984 à 2007.
  • Cheikh Dieumb Fall, calife depuis 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Valentine Van Vyve et Johanna De Tessières, « Les Baye Fall, voix méconnues de l'islam », sur www.lalibre.be, (consulté le 31 mai 2015)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serigne Babacar Mbow, La lumière de l'Éternel ou Khadimou Rassoul.
  • Serigne Babacar Mbow, La voie Baye Fall, Genève, Impression Privée.
  • Xavier Audrain, Baay Fall du temps mondial : individus modernes du Sénégal, mémoire de DEA d'Études africaines, Paris 1-La Sorbonne UFR de science politique, 2001-2002 [1]
  • Charlotte Pézeril, Islam, mysticisme et marginalité : les Baay Faal du Sénégal, L'Harmattan, Paris, 2008, 320 p. (ISBN 2296053572) [2]
  • Cheikh Tidiane Sy, La confrérie sénégalaise des mourides : un essai sur l'Islam au Sénégal, Présence Africaine, Paris, 1969, 350 p.
  • Emmanuel Brisson, Pèlerinage en Mecque d'Afrique, Collection Reporter extraordinaire, les éditions Globophile, Vincennes, 2013, 210p.
  • Abdou Seye, Des hommes autour du Serviteur de l'Envoyé - Aperçu biographique de disciples de Cheikh Ahmadou Bamba, Édition 1438 h / 2017. lien

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le chant du Baye Fall, film documentaire tunisien de Taïeb Louhichi, Tanit productions, 1994, 20'

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]