Ahmadou Bamba

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Ahmadou Bamba
AhmaduBamba.jpg
La seule photographie connue de Serigne Touba en 1913
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Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (Aḥmad ibn Muḥammad ibn Ḥabīb Allāh) dit Khadimou al-Rassoul (en arabe : " serviteur du Prophète" et Serigne Touba (chef religieux, fondateur de Touba), né vers 1853 à Mbacké (anciennement Mbacké-Baol), disparu le à Diourbel au Sénégal, est un théologien, juriste musulman et soufi. Il est l’une des figures les plus importantes de l'islam de la région en qualité de fondateur de la confrérie des Mourides. Il fut également un grand poète. Il marqua l'histoire de son pays de par sa résistance pacifique face à la colonisation.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'île de Mayumba au Gabon où Cheikh Ahmadou Bamba fut déporté.
Mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba à Touba.

Né à Mbacké-Baol, ville fondée par son arrière-grand-père Maharame Mbacké dans le royaume de Baol, fils du marabout de la confrérie de Xaadir – la plus ancienne du Sénégal – Mame Momar Anta Sali Mbacké, et de Mame Diarra Bousso, Ahmadou Bamba est un musulman soufi ascétique et mystique qui écrivait sur le tawhid, le fiqh et le tassawouf ainsi que la grammaire. Il est également l'auteur de nombreuses fatwas au Sénégal et en Mauritanie (notamment sur la théologique islamique et la récitation du coran). La plus grande partie de son œuvre écrite est mystique et consacrée principalement à la glorification de Dieu, des prières et éloges sur le prophète Mahomet[1],[2].

Il prêche avec succès la paix et promet le salut à ses disciples qui se seraient conformés à ses recommandations qui sont celles de Dieu et de son prophète dans l'islam. Il fonde la ville de Touba (Sénégal) en 1887. Il est arrêté par les autorités coloniales, qui l'enferment dans la prison de Saint-Louis, siège du gouverneur de l'Afrique-Occidentale française (AOF), avant de l'envoyer en exil, en 1895, au Gabon. Son frère Mame Thierno Birahim Mbacké supplée à son absence auprès de sa famille et de la communauté mouride. L'administration coloniale justifie alors sa décision en affirmant :

« Il ressort clairement du rapport que l'on a pu relever contre Ahmadou Bamba aucun fait de prédication de guerre sainte, mais son attitude, ses agissements, et surtout ceux de ses principaux élèves sont en tous points suspects[3]. »

Il retourne à Dakar en 1902, après 7 ans et 9 mois d’exil au Gabon dans la forêt équatoriale, et est acclamé par la foule[3] alors que beaucoup pensaient qu'il y était mort. L'administration coloniale tente à nouveau de l'arrêter, en envoyant des tirailleurs et des spahis, mais ses disciples (talibé) le protègent[3]. Il est finalement arrêté l'année suivante (1903) et amené pendant quatre ans en Mauritanie[4]

Après 1910, les autorités françaises réalisent que cheikh Ahmadou Bamba ne désire pas la guerre. Dès lors, puisque la doctrine de Cheikh Ahmadou Bamba les sert, elles décident de collaborer avec lui. Serigne Touba refusa la Légion d'honneur[5]. Son mouvement prit de l'ampleur en 1926 quand la construction de la Grande Mosquée de Touba, où il est inhumé, commença[6]. Son tombeau est un lieu de pèlerinage. Après sa mort la confrérie des Mourides fut dirigée, avec une absolue autorité sur ses disciples, par ses héritiers[7].

Croyance et doctrine[modifier | modifier le code]

Le Cheikh Ahmadou Bamba était de croyance traditionnelle sunnite. Ainsi il dit au début de son livre « Mawâhibou l-Qouddoûs » : « Il (Allâh) n’a pas de semblable, Il ne dépend pas du temps, Il est exempt du genre et Il est sans endroit »[8]. Son mysticisme soufi s'inscrit ainsi dans le cadre du fiqh et une vision orthodoxe du sunnisme[9].

Reprenant la charge de l'école de Mbacké après la mort de son père, il organise un système d'enseignement articulé autour de trois piliers : l'instruction (taalim), l'éducation (tarbiyya) et l’entraînement à la vie (tarqiyya). Le premier correspond à l'enseignement religieux et traditionnel des écoles coraniques alors que les deux autres répondent à des objectifs alors nouveaux. La taarbiyaa repose sur la soumission volontaire du mouride à un maître. Elle prévilégie l’action et vise à corriger les adeptes, par exemple en enjoignant à des « nobles » (geer) d'effectuer des tâches dévolues aux personnes castées (les ñeeño) afin de leur apprendre l'humilité. Elle comprend également des prêches et des échanges informels. Lors de la tarqiyya, qui marque la fin de l'enseignement, le disciple aide son marabout dans la gestion de son domaine qui en retour l'introduit à la vie réelle et lui apprend à se débrouiller face aux aléas du quotidien. Ce programme éducatif visait à retrouver l'esprit des établissements soufis[10].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Henri Desroche, « Dumont (Fernand). La Pensée religieuse de Amadou Bamba fondateur du mouridisme sénégalais », Archives de sciences sociales des religions, n°47/2, 1979. p. 250, Lire en ligne
  2. Malick Sy, Ravane Mbaye, Pensée et action. T. 1. Vie et œuvre. Albouraq, 2003, p. 294
  3. a b et c Emmanuel Brisson, Reportage sur la confrérie Mouride (page 3), 2008, sur le site de Grand reportage.
  4. Jean-Pierre Bat, « Cheikh Ahmadou Bamba à travers les archives », sur Africa4, Libération, (consulté le 14 mai 2019)
  5. Guèye 2002, p. 82.
  6. Guèye 2002, p. 100.
  7. Oissila Saaïdia, « Islam et ordre colonial dans les Empires britannique et français : entre collaboration et contestation », Histoire, Monde & Cultures religieuses, vol. 1, no 25,‎ , p. 75-105 (lire en ligne, consulté le 14 mai 2019)
  8. « Le Chaykh Ahmadou Bamba confirme que Allâh existe sans endroit », Islam Sunnite,‎ (lire en ligne, consulté le 17 janvier 2018)
  9. Dumont 1975, p. 223.
  10. Mbacké Bambou 1997, p. 12-15.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Oumar Ba (documents recueillis par), Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 1982

Ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Abdoulaye Dieye, Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba : l'exil au Gabon, période coloniale, 1895-1902, Edition Ndigel, L'Harmattan, 1985
  • Claude Dazun, Rencontre avec un homme de Dieu : sheikh Ahmadou Bamba, Éd. Ndigel/Diff. Mouvement islamique des mourides d'Europe, 1990
  • (en) Ahmed Pirzada, The epistemology of Ahmadou Bamba, Birmingham, University of Birmingham, 2003 (thèse).
  • (en) Cheikh Anta Babou, Fighting the Greater Jihad: Amadu Bamba and the Founding of the Muridiyya of Senegal, 1853-1913, Ohio University Press, 2007, (ISBN 978-0-8214-1766-9)
  • Fernand Dumont, La pensée religieuse d'Amadou Bamba, Dakar, Les Nouvelles Éditions Africaines, , 371 p.
  • Ahmadou Khadim Sylla, La doctrine du Cheikh Ahmadou Bamba. Origines et enseignements, Éditions L'Harmattan,
  • Cheikh Guèye, Touba : la capitale des mourides, Paris, Khartala, , 536 p.
  • Serigne Bachir Mbacké, Les bienfaits de l'éternel, ou, La biographie de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (traduction par Khadim Mbacké), Dakar, IFAN/Cheikh Anta Diop, 1995
  • Alioune M'Backé (Didier Hamoneau), Vie et enseignement du cheikh Ahmadou Bamba : maître fondateur de la voie mouride, Éd. Al-Bouraq/Diff. Librairie de l'Orient, 1999
  • Abdou Seye, Des hommes autour du Serviteur de l'Envoyé - Aperçu biographique de disciples de Cheikh Ahmadou Bamba, Édition 1438 h / 2017 lien.

Thèses[modifier | modifier le code]

  • Fernand Dumont, Essai sur la pensée religieuse d’Amadou Bamba (1850-1927), Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 3 vol. (thèse), 1968
  • Cheikh Mor Doje, La vie religieuse de Ahmadou Bamba M'Backe, 1980 (thèse).
  • Ahmadou Drame Serigne, La pensée religieuse de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme (Sénégal), 1985 (thèse)
  • Amadou Ndiaye, La confrérie mourides et ses rapports avec le pouvoir politique au Sénégal de 1960 à 2000, thèse de doctorat, Université de Perpignan, France, 2011

Articles[modifier | modifier le code]

  • Mouhameth Galaye Ndiaye, « Le réalisme pragmatique du Cheikh suprême de la Muridiyya », Revue (Mouride Eveillé) 2007
  • Cheikh Anta Mbacké Bambou, « Autour de la genèse du mouridisme », Islam et société au sud du Sahara, no 11,‎ , p. 5-38 (ISSN 0984-7685)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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