Jeune Nation

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Jeune Nation
Histoire
Fondation
Dissolution
Cadre
Sigle
JNVoir et modifier les données sur Wikidata
Type
Organisation
Site web

Jeune Nation était un mouvement nationaliste français fondé à la fin de 1949 et dissous en 1958.

Fondation[modifier | modifier le code]

Jeune Nation est fondé en 1949 par Albert Heuclin, mandataire aux Halles, Jean Marot, Jacques Wagner et les frères Sidos. Le , le mouvement est présenté pour la première fois au siège du Souvenir napoléonien, rue du Cirque. Le , il est officiellement déclaré à la Préfecture de police de Paris[1]. L'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, ancien député et ancien secrétaire général adjoint à l’Information du régime de Vichy est aussi cité comme cofondateur[2],[3],[4].

Les frères Sidos[modifier | modifier le code]

Les frères Sidos sont :

  • Jacques Sidos (condamné en 1946 pour faits de collaboration) ;
  • Pierre Sidos (mineur condamné en 1946 pour « appartenance au mouvement franciste »)[5], secrétaire général et bientôt numéro un de l'organisation nationaliste.
  • François Sidos, président du mouvement, ancien combattant volontaire des Forces navales françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale, titulaire de la croix de guerre 39-45, il a notamment participé aux débarquements d'Italie et de Provence[6].

Ils sont les fils de François Sidos, un ancien des Jeunesses patriotes, pétainiste de la première heure puis inspecteur général des Forces du maintien de l'ordre sous Darnand, milicien et fusillé après jugement en par la résistance française à ce titre en mars 1946 à La Rochelle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Alors que Tixier-Vignancour quitte Jeune Nation pour fonder le Rassemblement national français, le groupuscule s'élargit en 1954 avec l'arrivée dans ses rangs de militaires de retour d'Indochine redoutant la désagrégation complète de l’empire colonial après la défaite face au Việt Minh[7]. Dominique Venner rejoint le mouvement en 1955 et intègre bientôt sa direction[8].

Jeune Nation appuie l'action de l'armée en Algérie et l'Algérie française durant la guerre d'Algérie[9].

Le 10 octobre 1954, le chauffeur d'une camionnette transportant vingt mille exemplaires du journal communiste L'Humanité Dimanche, est agressé à Paris et les journaux sont jetés sur la chaussée. Quatre membres de Jeune Nation, mouvement anticommuniste, sont arrêtés quelques jours plus tard, dont Jacques Sidos[10],[11],[12]. François Sidos, président du mouvement, adresse une lettre au quotidien Le Monde au nom du « Conductoire du Mouvement Jeune Nation », désapprouvant « formellement les violences individuelles commises ces derniers temps » mais affirmant que ces « réactions incontrôlées » s'expliquent « par la satisfaction de la presse communiste devant la perte de l'Indochine, le massacre du corps expéditionnaire et des prisonniers; le terrorisme en Afrique du Nord et l'actuelle affaire de trahison au profit des Soviets »[13]. Jacques Sidos est condamné en mars 1958 pour cette affaire à trois ans de prison avec sursis[14].

De jeunes membres de l'organisation participent aux luttes contre les militants de gauche et/ou anticolonialistes à Paris, aux côtés d'autres militants d'extrême droite, parfois à coups de poing[15]. Le 7 novembre 1956, menés par Jacques Sidos, ils participent à l'attaque du siège de L'Humanité, en réaction à l’intervention soviétique en Hongrie,[16],[17],[18],[19], aux côtés de jeunes gaullistes[20]. En 1957, ils prennent part à une manifestation sur les Champs-Élysées en hommage au capitaine Mourreau, assassiné par des indépendantistes marocains, à l'appel du colonel Pierre-Louis Bourgoin ; la manifestation qui devait être silencieuse et digne donne lieu à quelques affrontements violents[21].

Jeune Nation manifeste aussi contre les Américains ; le mouvement appelle ainsi à manifester le 27 novembre 1957 devant l'ambassade des États-Unis, pour protester contre les livraisons d'armes à la Tunisie, ce qui donne lieu à des violences et à des arrestations[22],[23],[24].

La guerre d'Algérie et la médiatisation de ces échauffourées accélèrent l'adhésion de nouveaux membres, tels Alain Mayoud, futur député, François d'Orcival, Jean-Jacques Susini, Jean-Charles Marchiani, futur préfet, Robert Martel, en Algérie, et la constitution de sections en province[25]

Jeune Nation est dissous le par un décret du gouvernement Pflimlin, à la suite de la journée insurrectionnelle du 13 mai, précédée d'une série d'attentats et de violences dans les jours qui la précédèrent[26]. Cependant Jeune Nation refusa de se dissoudre et se reforma sous le nom de Parti nationaliste en 1958. Le nouveau Parti fut dissous au bout d'un an et l'organisation se reforma encore en Fédération des étudiants nationalistes.

Journal[modifier | modifier le code]

Le parut le premier numéro du journal Jeune Nation, présenté comme un bimensuel d'information, mais qui se voulait l'organe de Jeune Nation dissous[27],[28]. Son dernier numéro sort le [29].

Emblème[modifier | modifier le code]

Les Sidos choisissent la croix celtique comme symbole du mouvement.[30] Certains analystes proposent que Pierre Sidos se soit inspiré de symboles utilisés par la LVF durant sa période de collaboration avec l'Allemagne Nazie.[31]

Internet[modifier | modifier le code]

Jeune Nation existe toujours, sous forme de site Internet. Après la dissolution le de L'Œuvre française et des Jeunesses nationalistes, le site redevient actif, sous l'impulsion d'Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal officiel de la République française, no 86, .
  2. Anna-Maria Thaler, Jeune Nation und Œuvre Française: Die Entwicklung zweier rechtsradikaler Gruppierungen unter besonderer Berücksichtigung des Vichy-Syndroms, Université de Vienne, 2010, p. 96 [PDF]
  3. Jean-Paul Gautier, Les extrêmes droites en France: De 1945 à nos jours, Syllepse, 2017
  4. François Duprat, Les mouvements d'extrême-droite en France depuis 1944, Albatros, 1972, p. 56
  5. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  6. Le Monde, 5 juillet 1995, "Une lettre de François-Xavier Sidos"
  7. Jean-Pierre Rioux, Histoire de l’extrême droite en France, Points, , p. 233
  8. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  9. Photographie de Paris-Match, janvier 1957
  10. Le Monde, 18 octobre 1954, Les agresseurs de la camionnette de L'Humanité -dimanche sont " sont des membres du groupement anticommuniste " Jeune Nation "
  11. https://jeune-nation.com/kultur/culture/pierre-sidos-retrospective-entretien-a-la-revue-charles-2013 Entretien de Pierre Sidos à la revue Charles (2013), sur le site jeune-nation.com, 8 septembre 2020
  12. Jean-Paul Gautier, Les extrêmes droites en France: De 1945 à nos jours, Syllepse, 2017
  13. Le Monde, 23 octobre 1954, "Une lettre du Mouvement Jeune Nation"
  14. Le Monde, 22 mars 1958, Ibid., 25 mars 1958, "Deux ans de prison à Holmsky, sursis à ses trois coaccusés", Ibid., 14 février 1961
  15. Le Monde, 26 avril 1956, "De violents incidents interrompent une réunion sur la "répression en Algérie ", Ibid., 17 novembre 1956, Bertrand Poirot-Delpech, "Les étudiants sont en quête de regroupements politiques", Ibid., 10 juin 1957
  16. https://jeune-nation.com/kultur/culture/pierre-sidos-retrospective-entretien-a-la-revue-charles-2013 Entretien de Pierre Sidos à la revue Charles (2013), sur le site jeune-nation.com, 8 septembre 2020
  17. jeune-nation.com, "22 avril 2009 : décès de Jacques Sidos"
  18. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  19. Le Monde, 9 novembre 1956, "Violents incidents au siège du parti communiste et à "l'Humanité "
  20. François Audigier, Malaise et divisions des jeunes gaullistes durant la guerre d'Algérie, dans Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2004, n° 74 [PDF]
  21. Le Monde, 2 avril 1957, "Incidents samedi aux Champs-Elysées"
  22. Le Monde, 26 novembre 1957, "Deux appels", Le Monde, 27 novembre 1957, "Incidents lundi soir place de la Concorde où divers mouvements d'extrême droite voulaient manifester devant l'ambassade américaine
  23. https://jeune-nation.com/kultur/culture/pierre-sidos-retrospective-entretien-a-la-revue-charles-2013 Entretien de Pierre Sidos à la revue Charles (2013), sur le site jeune-nation.com, 8 septembre 2020
  24. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  25. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  26. Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, Paris, 2005.
  27. Joseph Algazy, La tentation néo-fasciste en France de 1944 à 1965, Paris, Fayard, 1984, p. 158-159.
  28. Notice de la BNF
  29. Laurent de Boissieu, « Jeune Nation (JN) », sur France-politique.fr.
  30. Jean-Paul Gautier, Les extrêmes droites en France : De 1945 à nos jours, Syllepse, , 40-41 p. (ISBN 978-2-84950-570-0, lire en ligne)
  31. Frédéric CHARPIER, Les plastiqueurs : Une histoire secrète de l'extrême droite violente, La Découverte, , 407 p. (ISBN 978-2-348-03557-9, lire en ligne)
  32. Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac réactivent « Jeune nation » sur http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/ du 07 août 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]