Cyberharcèlement

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Un cercle rouge sur fond blanc
Logo contre le cyberharcèlement.
Image laissée sur certains profils Facebook de victimes.

Le cyberharcèlement (cyberintimidation ou cyberbullying en anglais) est une forme de harcèlement conduite par divers canaux numériques.

Il peut prendre différentes formes, comme la création de faux profils, la diffusion de rumeurs infondées ou encore l'envoi de messages d'insultes. Le cyberharcèlement et le harcèlement traditionnel ont de nombreux points communs. Seule la forme change, puisqu'il s'agit d'agressions répétées sur le long terme envers un individu dans le but de nuire à celui-ci mais diffusées par des moyens de communication numériques. Seulement, avec les réseaux sociaux, les informations sont plus facilement conservées et peuvent se propager rapidement à un large nombre d'internautes connus ou non de la victime. L'anonymat et l'absence de face-à-face sont des caractéristiques propres au cyberharcèlement, mettant en évidence les dangers d'Internet, où chaque internaute ayant laissé des traces sur Internet peut devenir victime de ce phénomène.

Le premier à avoir évoqué ce phénomène est Bill Belsey, en . Ce professeur canadien en a donné la définition suivante : « La cyberintimidation est l'utilisation des technologies de l'information et de la communication pour adopter délibérément, répétitivement et de manière agressive un comportement à l'égard des individus ou d'un groupe avec l'intention de provoquer des dommages à autrui. ». Au Canada, on distingue le cyberharcèlement d'une notion proche, la cyberintimidation.

Chez les jeunes[modifier | modifier le code]

Description du phénomène[modifier | modifier le code]

Le cyberharcèlement est une forme récente de harcèlement. Si avant la fin des cours et le soir étaient des temps permettant d'apaiser les conflits de la journée, maintenant, avec le développement des réseaux sociaux, plus aucun temps de repos du conflit n'est permis. Le harcèlement n'est plus cantonné à la seule cour de récréation et aux moments où l'enfant est à l'école. Il est désormais possible d'atteindre une personne en permanence. L'ordinateur devient un déversoir d'insultes et de menaces diverses et devient une arme utilisable par ceux qui ne peuvent pas se défendre physiquement ou socialement. De plus en plus d'adolescents utilisent ces interactions pour intimider et harceler les autres.

Le harcèlement scolaire est fréquemment accompagné de cyberharcèlement : en , un jeune sur dix était importuné quotidiennement ou de manière très régulière par ce biais. Il existe une forte corrélation entre le harcèlement scolaire classique et le cyberharcèlement : le harcèlement classique se poursuit apparemment via les nouvelles technologies[1]. D'après une enquête de victimisation publiée en France en , 9 % des élèves sont victimes de cyberharcèlement par SMS et Internet[2].

Les « croyances normatives approuvant le harcèlement » influent sur l'incidence du cyberharcèlement : plus le jeune croit qu'il est facile de harceler autrui, plus il ou elle se livrera à des violences par l'intermédiaire de chats, d'interventions indésirables sur les réseaux sociaux ou de publications de vidéos humiliantes. On observe que si le jeune harceleur perçoit que sa victime est peu soutenue par ses pairs, ses attaques seront d'autant plus féroces.

En outre, la distance physique avec la victime permet une démultiplication du nombre de harceleurs, de leurs attaques et de la force (psychologique) de celles-ci[3].

  • Il est moins important que dans les interactions réelles d'être plus fort, intelligent, ou populaire que la victime pour se joindre à une entreprise de harcèlement ;
  • L'agresseur ne voit pas les réactions de souffrance de sa victime, ce qui court-circuite d'occasionnels passages à la compassion et l'empathie ;
  • La dépersonnalisation atteint non seulement la victime mais ses persécuteurs, qui ont tôt fait de se déresponsabiliser de leurs actes « virtuels » ;
  • Cette dépersonnalisation engendre une forme de paranoïa chez la victime, qui ne sait pas et ne peut savoir qui conspire dans l'anonymat des voies numériques.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Anonymat[modifier | modifier le code]

Les victimes de cyberharcèlement ne connaissent pas toujours l'identité de leurs harceleurs qui se cachent derrière un pseudo ou une fausse identité pour commettre leurs actes. Augmentant par la même occasion le sentiment d'insécurité que peut ressentir la victime, ne sachant pas qui s'en prend à elle.

Absence de face à face[modifier | modifier le code]

L'envoi de messages d'insultes ou de menaces se faisant par divers canaux numériques, harceleurs et victimes ne se rencontrent pas toujours. Le harceleur ne peut voir la douleur qu'il procure à sa victime, le visage étant le principal miroir des émotions. Le harceleur a donc du mal à ressentir de l'empathie pour sa victime à cause de la distance créées par les moyens modernes de communication. Ce qui peut encourager la banalisation de la violence et libéré certaines formes d'agressivités[4].

Caractère permanent[modifier | modifier le code]

Les messages, photos et vidéos publiés et échangés via les canaux numériques laissent des traces même après la fin d'un harcèlement. Les contenus diffusées restant en ligne permettent de prouver plus facilement la situation de harcèlement.

Diffusion massive[modifier | modifier le code]

Les publications humiliantes diffusées sur les réseaux sociaux sont visibles par un grand nombre d'internautes. Là où le harcèlement scolaire se limite aux remparts de l'école, désormais, la victime humiliée est visible aux yeux de tous. Les internautes pouvant rapidement relayer les informations. Les frontières spatiales dans ce type de harcèlement n'existent plus.

Différentes formes de cyberharcèlement[modifier | modifier le code]

L'auteure américaine Nancy Willard (en) distingue sept formes de cyberharcèlement. Néanmoins, celles-ci ne sont pas fixes et restent aléatoires[5].

Le cyberharcèlement et l'intimidation en groupe existent aussi dans le domaine du jeu en ligne. Jeremy Blackburn, joueur et informaticien travaillant dans le domaine de la R&D pour Telefonica, s'est intéressé à la cyberintimidation dans le domaine du jeu en ligne (notamment League of Legends, joué par 67 millions de personnes), et aux moyens de la détecter automatiquement et quasiment en temps réel par un logiciel intelligent et auto-apprenant pour mieux la réduire[6].

Flaming[modifier | modifier le code]

Ce sont de brefs messages d'insultes, très violents, écrits avec un vocabulaire vulgaire, échangés entre différents protagonistes. On retrouve régulièrement cette forme sur les réseaux sociaux qui, grâce aux messageries instantanées, permettent d'échanger rapidement ces messages et de les diffuser au plus grand nombre.

Harrassment[modifier | modifier le code]

Comme le harcèlement scolaire traditionnel, caractérisé par le caractère répétitif et offensif des actes, le harrasement se définit par l'envoi répété de messages violents via les canaux de communication numériques. Ce qui le distingue du flaming, c'est son caractère répétitif. C'est ce que Catherine Blaya appelle le lynchage. Le plus souvent, cette agression se fait envers des personnes de l'entourage où victimes et agresseurs se connaissent. « Il s'agit de se moquer sans réfléchir aux conséquences pour la victime »[7]. Cependant, il arrive que cette agression n'ait pas lieu dans l'entourage immédiat. C'est le cas de Chelsea Cain, l'auteure de la bande dessinée Mockingbird[8]. En effet, après avoir annoncé sur Twitter la fin de ce comics, elle a été victime de messages d'intimidation, certains passablement misogynes. Suite à cela, elle a décidé de désactiver son compte. Pour se justifier elle dit d'ailleurs : « If a stranger yells at you on the street ? You walk away. »[9].

Denigration[modifier | modifier le code]

Ce terme regroupe l'ensemble des rumeurs, des ragots et tous autres moyens par lesquels on tente de nuire à la réputation d'autrui, en le diffamant dans le but de le brouiller avec ses amis. Dans cette forme on peut aussi ranger toutes les pages Facebook, les blogs ou les sites Internet, aussi appelé les Hate Sites, dédiés à la détestation de quelqu'un. Les réseaux sociaux sont d'ailleurs tenus de surveiller ce phénomène. Cependant, comme le montrent les problèmes rencontrés par Facebook à ce sujet, on ne peut que se rendre compte que ce n'est pas aussi évident qu'il n'y paraît de lutter contre ce phénomène. En effet, une enquête pour incitation à la haine, visant Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a été ouverte en Allemagne, suite aux difficultés qu'il rencontrait pour supprimer des pages à contenus haineux[10].

Impersonisation ou masquerade[modifier | modifier le code]

Cette forme de cyberharcèlement désigne l'ensemble des usurpations d'identités commises à des fins malveillantes. Cela prend donc aussi en compte ce que la juriste américaine Parry Aftab appel le bullying par proxy (le harcèlement par procuration), qui consiste à emprunter l'identité de quelqu'un (nom, âge, photo, etc.) et son pseudonyme et d'adresser à autrui des insultes ou de propager des rumeurs, de façon à punir le véritable propriétaire du pseudonyme. C'est d'ailleurs ce dont a été victime Amanda Todd[11], son harceleur ayant créé un faux profil Facebook avec des photos de la jeune femme dénudée tout en contactant, via ce profil, l'ensemble de ses camarades de classe.

Le happy slapping[modifier | modifier le code]

Cela consiste à choisir une victime, à l'humilier, à l'agresser, à la passer à tabac ou à en abuser sexuellement tout en filmant la scène à l'aide d'un smartphone. La vidéo est ensuite partagée avec le reste de la communauté. Dans de nombreuses situations, les agresseurs sont des adolescents à la recherche d'amusements nouveaux. Ce qu'on appelle également le vidéo-lynchage peut causer chez ses victimes de graves dommages psychologiques ou physiques.

Outing ou trickery[modifier | modifier le code]

Ces termes désignent l'ensemble des moyens utilisés pour divulguer publiquement des informations intimes ou confidentielles telles que des secrets, des documents embarrassants ou encore des photos publiées sans l'autorisation de l'intéressé. Parmi l'outing, on peut distinguer le sexting, qui se définie par la diffusion de photographies dénudées ou de photos à caractère sexuel.

Exclusion[modifier | modifier le code]

C'est lorsqu'une personne est volontairement mise à l'écart d'un groupe de discussion ou sur un jeu en ligne, par exemple.

Cyberstalking[modifier | modifier le code]

Le cyberstalking rassemble plusieurs formes de cyberharcèlement, puisqu'il consiste à une traque sur Internet, en ne laissant aucun moment de répit à la victime par l'envoi répétitif de messages injurieux ou la diffusion de photographies embarrassantes. C'est une forme de harcèlement fréquemment utilisée lors de rupture amoureuse.

Généralement, un cas de harcèlement regroupe plusieurs formes. L'exemple d'Amanda Todd en est une parfaite illustration puisque son agression ne se limite pas à l'impersonation : elle se poursuit avec tout un processus de traque, de rumeurs et d'insultes de sorte qu'Amanda n'ait plus nulle part où aller pour se libérer de cet individu qui fait de sa vie un enfer. Si l'on ajoute à cela l'agression sexuelle et le passage à tabac qu'elle a subi, on a là un cocktail explosif qui permet de comprendre les raisons de son suicide.

Les conséquences du cyberharcèlement[modifier | modifier le code]

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Une relation triangulaire[modifier | modifier le code]

Selon certains chiffres présenté par la CNIL, environ 61 %[12] des victimes affirment ne pas avoir reçu d'aide face au cyberharcèlement. Pourtant, une prise de conscience a été faite sur les dangers que ce type de harcèlement représente et de l'impact négatif qu'il peut avoir sur les personnes.

Les conséquences du harcèlement numérique sont nombreuses et ne concernent pas uniquement la victime. Ces attaques, souvent violentes, entraînent des « séquelles graves chez la victime, l'agresseur ou le témoin »[13]. La médiatisation du harcèlement montre souvent les conséquences pour les victimes, mais oublie trop souvent que le harcèlement implique trois parties : en plus de la victime, il faut penser aux conséquences pour le harceleur, ainsi que pour le témoin. Le harcèlement n'est pas une relation en deux points (harceleur/harcelé), mais une relation triangulaire en trois points.

L'association Assistance et recherche de personnes disparues[14] rappelle et développe les conséquences sur le court, moyen et long terme, c'est-à-dire de l'enfance à l'âge adulte, pour les trois acteurs du harcèlement. Elle part pour le court terme du harcèlement scolaire un type de harcèlement qui aujourd'hui se retrouve lié au cyberharcèlement par l'utilisation des médias sociaux chez les jeunes. Ce tableau est intéressant[style à revoir] car des liens peuvent être fait entre les conséquences du harcèlement et du cyberharcèlement qui se retrouve lié. Celles-ci sont synthétisées dans ce tableau :

Court terme Moyen terme Long terme
Victime ● Absentéisme et décrochage scolaire. Indisponibilité psychique. Logique d'isolement, sentiment d'abandon.
● Troubles du métabolisme et du comportement. Divers symptômes de santé.
● Isolement relationnel. Renfermement sur soi, sentiment de honte, perte de confiance et d'estime de soi, culpabilité.
● Troubles anxio-dépressifs. Sentiment d'être coupable de ce que l'on subit.
● Comportement suicidaire.
● Comportement violent. Recours à la violence comme unique moyen possible de défense.
● Trouble de la socialisation. Problème d'une construction sociale à l'âge adulte.
● Troubles psychiques. Dépression, drogue, etc. Les dérives peuvent être directement liées aux conséquences du harcèlement vécu plus jeune.
● Coût social. Problème de santé publique, prise en charge médico-sociale onéreuse.
Harceleur ● Manque d'empathie. Plus elle disparaît, moins le harceleur aura conscience de la gravité de ses actes.
● Violence pour masquer son manque de confiance en lui.
● Répétition du harcèlement pour conserver ou retrouver le sentiment de puissance après des sanctions.
● Marginalisation, qui amène une attirance pour la délinquance.
● Échec scolaire : lorsque le harceleur est encore jeune, il risque de se retrouver en situation d'échec, avec le sentiment que les adultes le rejettent de façon injustifiée.
● Les jeunes adultes ayant harcelé sont plus nombreux, avec un statut social précaire.
● Le risque de condamnation pour délinquance est accru ainsi que les violences.
● Présence de plus grands troubles sociaux, comme la violence envers le compagnon ou les enfants.
● Dépression plus fréquente suite aux séquelles et aux blessures de l'enfance.
Témoin Pour le témoin, les conséquences sont surtout importantes et présentes au moment des faits, et donc pendant la période constatée du harcèlement.

● Attitude violente et méfiance envers les autres.
● Sentiment d'insécurité.
● Changement de rôle, ne plus seulement être le témoin avec la pression en passant aussi à l'acte de violence.
● Sentiment de culpabilité de ne pas avoir dénoncé, par appréhension.

Dans le cadre du cyberharcèlement, les témoins peuvent être nombreux et la perception de l'acte sera variable en fonction du degré d'implication, mais aussi en fonction de la connaissance personnelle ou non de la victime.

Le cyberharcèlement est violent par une nouvelle dimension qui est celle de la visibilité. Sur le net les faits sont connu à grande échelle, ce qui constitue une pression supplémentaire pour la victime qui voit son intimité « violée » et qui ne peut pas être oubliée sur la toile. C'est notre e-réputation qui est en jeu sur le web, la façon dont nous allons être perçus.

Le harcèlement évoqué dans les médias[modifier | modifier le code]

Le voyeurisme des médias[modifier | modifier le code]

André Vitalis, professeur à l'université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, nous explique qu'aujourd'hui, dans le monde de l'information, il est nécessaire de tout dire et de tout montrer[15]. Il est nécessaire d'être « transparent ». C'est un problème du côté des médias et de la médiatisation de la vie privée : par exemple, l'affaire Star Wars Kid avec le New-York Times et les journaux de télévision. C'est le cas également avec l'affaire Amanda Todd. On retrouve une médiatisation importante de la vie privée d'un individu, qui n'est pas forcément souhaitée. Pourtant, la loi française protège des abus de la presse (cf. Article 11, Déclaration des droits de l'homme, 1789). La presse montre de façon exagérée des morceaux du quotidien d'une personne. Pour le cyberharcèlement, c'est un problème, les médias ont accru la peur autour du phénomène du harcèlement numérique jusqu'à le confondre parfois avec des actes d'une grande criminalité. Le risque avec la surmédiatisation est de prendre tous les cas pour du harcèlement, réduisant ainsi l'aide pour ceux qui en ont réellement besoin. La presse attire l'attention sur des personnes fragilisées par le traumatisme sans les préparer au regard que la société va ensuite poser sur elles. Ces personnes sont alors une fois de plus confrontées au regard des autres, critique ou bienveillant, sans l'avoir souhaité.

Dans l'ouvrage C'est compliqué : Les vies numériques des adolescents[16], Danah Boyd explique que les médias sociaux est le terrain favori du cyberharcèlement, qui amène une nouvelle dimension dans les conflits. Aujourd'hui, une majeure partie de la population fait partie de la communauté numérique. Si nous cherchons à protéger notre intimité, cela est en contradiction avec le principe même de fonctionnement des réseaux sociaux, qui relèvent principalement d'un système de projection et de mise en avant médiatique. Malgré une volonté de conserver une vie privée, notamment chez les jeunes, cette nécessité ressentie est complètement ignorée par les médias. Elle définit la vie privée comme « la capacité à se cacher ou à refuser l'accès à soi dans les environnements publics ».

Le fonctionnement de Facebook qui permet de communiquer avec diverses personnes permet de nous protéger grâce au paramétrage, mais en laissant néanmoins une trace de nos actions qui peuvent alors être partagées par d'autres personnes. Il suggère des publications susceptibles de plaire à un individu en particulier, mais aussi celles qui ont fait l'objet d'un buzz médiatique.

Il y a un paradoxe entre la volonté des utilisateurs de protéger leur vie privée sur les médias sociaux et le mode de fonctionnement de ces plateformes. C'est une forme de voyeurisme qui est induit par notre perception, notre vision de la vie privée sur internet et la réalité du fonctionnement numérique.

Les sanctions[modifier | modifier le code]

Internet n'est pas un univers ou tout le monde est protégé par une forme d'anonymat : tout le monde laisse des traces qui peuvent, au besoin, être retrouvées. Il en va de même pour le harcèlement numérique. En France, la CNIL[17] donne une première démarche pour pouvoir poursuivre en justice les harceleurs, avec trois étapes :

  • Collecter des preuves (capture·s d'écran des propos tenus, par exemple)
  • Porter plainte à la gendarmerie ou au poste de police, si le cas est plus grave.
  • Parler de la situation à des personnes de confiance, ne surtout pas se replier sur soi-même et rester seul à supporter le poids du traumatisme subi.

Pour les mineurs, des moyens supplémentaires ont été mis en place : ils ont notamment la possibilité de joindre un numéro : le 3020, aussi ouvert aux témoins et aux parents pour obtenir des ressources face au harcèlement. Pour le harcèlement numérique, le 0800 200 000. Pour poursuivre en justice les harceleurs, les mineurs doivent pouvoir compter sur la présence d'un représentant légal. Malgré les moyens mis en place, les mineurs, pour diverses raisons, préfèrent cacher la situation. En France, les victimes mineures de harcèlement numérique et autres dérives liées au monde numérique peuvent demander l'effacement des données les concernant depuis la modification de la loi informatique et Liberté, ce qui n'est pas encore le cas pour les adultes. Dans ce genre de cas, la CNIL explique aussi pouvoir intervenir si les données n'ont pas été effacées avant 30 jours après la demande.

La responsabilité de tout individu est engagée lors de dérives sur Internet et les sanctions peuvent être lourdes :

  • Injure ou diffamation : jusqu'à 12 000 € d'amende (art. 32, loi du 29 juillet 1881)
  • Droit à l'image : jusqu'à un an de prison et 12 000 € d'amende (art. 226-1, 226-2, Code pénal)
  • Usurpation d'identité : jusqu'à un an de prison et 12 000 € d'amende (art. 226-4, Code pénal)

En France, pour répondre aux événements tragiques liés aux cyberharcèlement, un nouvel article a été ajouté dans la loi sur le harcèlement et prend désormais en compte le harcèlement avec utilisation des outils numériques. Cela est développé dans le quatrième point de l,article 222-33-2-2 du code pénal, qui prévoit une plus grande sévérité : 2 ans d'emprisonnement et jusqu'à 30 000 € d'amende.

Lutte contre le cyberharcèlement[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Dans un rapport du 27 avril 2011 intitulé « Prévention du harcèlement à l'école », le sociologue français Éric Debarbieux préconise de :

  • mener des campagnes d'opinion en mobilisant notamment les médias, les fournisseurs d'accès et les réseaux sociaux pour promouvoir la lutte contre le cyberharcèlement ;
  • apporter une réponse technique. Un accord avec Facebook prévoit de fermer le compte d'un harceleur sur signalement de l'Éducation Nationale ;
  • former les adultes aux outils utilisés par les jeunes. Au cours des assisses nationales contre le harcèlement à l'école, deux chercheurs allemands (Thomas Jäger et Andy Hickson) ont présenté un projet de campus anti-violence. Ce campus est ouvert sur le site Second Life et propose une formation d'adultes ;
  • fournir des outils pour aider les jeunes à utiliser positivement les réseaux sociaux (en lien avec la CNIL et e-enfance).

Le gouvernement français, en partenariat avec l'association e-enfance, a mis en place un numéro vert (0800 200 000, accessible de h à 19 h au coût d’une communication locale) et un site internet (Net écoute) pour aider les parents désemparés par rapport aux risques sur internet[18]. Le service est accessible par courriel à l'adresse educnat@netecoute.fr. Les parents peuvent aussi se rendre sur le site Info-familles.netecoute.fr pour y trouver des réponses aux questions les plus fréquemment posées.

Sous l'impulsion de Luc CHATEL, ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la vie associative, un plan d'actions[19] a été défini en pour prévenir et pour lutter contre le harcèlement entre les élèves. Ce plan d'actions considère le harcèlement au sens large, c'est-à-dire celui qui peut avoir lieu non seulement à l'intérieur même des établissements scolaires mais également celui qui peut avoir lieu en dehors de leur enceinte. En effet, le harcèlement entre les élèves a le plus souvent lieu dans les écoles, mais celui-ci peut trouver son origine ou bien être poursuivi par l'utilisation d'Internet et des nouvelles technologies, via notamment l'ordinateur ou le téléphone portable.

Le guide, créé alors par le Ministère de l'Éducation nationale, intitulé “Guide pratique pour lutter contre le cyberharcèlement entre élèves”[20], a pour principal but de sensibiliser la communauté éducative à ce problème mais aussi d'en permettre sa prévention et son traitement. Celui-ci vient en complément d'un autre guide, consacré au harcèlement entre élèves (le reconnaître, le prévenir, le traiter)[21].

En , le chanteur Patrick Bruel présente un clip interactif, Maux d'enfants, réalisé en partenariat avec l'association e-Enfance. Il dénonce les actes de cyber harcèlement en milieu scolaire à travers différents portraits interactifs d'élèves incarnés notamment par les acteurs Lou Gala et Rayane Bensetti. Le clip se conclut sur un lien vers le chat Net Écoute opéré par l'association e-Enfance.

En , la ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, a présenté de nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement à l'école[22].

Cela s'est notamment traduit par une campagne de sensibilisation avec la création d'une journée de mobilisation qui a lieu le premier jeudi suivant les vacances de la Toussaint, appelée « Non au harcèlement ». Le message de cette campagne est : « Le harcèlement, si on n'en parle pas, ça ne s'arrête pas. ».

Pour l'année -, une nouvelle vidéo de campagne a été publiée ; elle fait partie des ressources disponibles du site consacré à la campagne « Non au harcèlement »[23]. Dans cette vidéo, il est davantage question du fait que le fait de « liker » une page, notamment sur Facebook, est une forme de harcèlement. D'où le message de la campagne : « Liker, c'est déjà harceler. ».

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Au Canada, on parle plutôt de cyberintimidation. Ainsi, dans le cas du suicide d'Amanda Todd, dont les causes ont été qualifiées par la presse française de cyberharcèlement[24],[25], le juriste Andrew Murray qualifie les faits d'intimidation, et précise « Il y a clairement une ligne entre intimidation et harcèlement ». Le harcèlement est couvert par le Harassment Act, et est pénalement répréhensible, alors que l'intimidation ne l'est pas en tant que telle. Elle peut toutefois l'être en cas d'actes trop marqués et répétés susceptibles d'être requalifiés en harcèlement, ou bien au nom du Malicious Communications Act de 1998, qui réprime l'envoi de courriers ou de communications électroniques malveillantes, indécentes ou menaçantes, un délit mineur sanctionnable d'une peine maximale de 6 mois de prison.

Chez les adultes[modifier | modifier le code]

Une étude sur la criminalité sur le Web[26] montre que ce ne sont pas le harcèlement et les menaces qui augmentent en raison de l'utilisation des TIC mais surtout les insultes gratuites et le mépris.

En Suisse, l'usage de deux propos dérogatoires[n 1] sur Facebook a valu à son auteur une amende[n 2],[27].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Andrew Murray, Information Technology Law: The Law and Society, Oxford University Press, 2013, 157-158 p. (ISBN 0199661510 et 9780199661510)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À savoir « couillon » et « pauvre type ».
  2. 230 $ plus frais de procédure de 1 400 $, en dollars canadiens.

Références[modifier | modifier le code]

  1. H., Vandenbosch, K., Van Cleemput, D., Mortelmans, M., Walrave, “Cyberpesten bij jongeren in Vlaanderen”, studie in opdracht van viWTA, Brussel, (2006), 169.
  2. Enquête nationale de victimisation au sein des collèges publics au printemps 2011.
  3. Pascale Senk, « Qui sont vraiment les ados harceleurs ? », sur Le Figaro.fr,‎
  4. « Guide pratique pour lutter contre le cyberharcèlement entre élèves », sur Gouvernement,‎
  5. Jean-Pierre Bellon , Bertrand Gardette, Harcèlement et cyberharcèlement à l'école : Une souffrance scolaire 2.0, Issy-les-Moulineaux, ESF, , 151 p. (ISBN 978-2-7101-2600-3).
  6. Brendan Maher (2016) Can a video game company tame toxic behaviour? Scientists are helping to stop antisocial behaviour in the world's most popular online game. The next stop could be a kinder Internet, 30 mars 2016.
  7. Catherine Blaya, Les ados dans le cyberespace, prise de risque et cyberviolence, Bruxelles, De boeck, , 241 p. (ISBN 978-2-8041-7594-8).
  8. Clément Solym, « Injuriée, l'auteure féministe de Mockingbird, Chelsea Cain, quitte Twitter », Actualitté,‎ (lire en ligne)
  9. « 140 characters, plus a few thousand more, on the Twitter hubbub | Chelsea Cain: NYT Bestseller », sur chelseacain.com.
  10. (fr) « Incitation à la haine sur Facebook : Mark Zuckerberg visé par une enquête en Allemagne », LCI, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne).
  11. Virginie Rivière, « Amanda Todd : le suicide qui enflamme la toile », L'internaute,‎ (lire en ligne)
  12. « Réagir en cas de cyberharcèlement », sur CNIL,‎
  13. « Les conséquences du harcèlement », sur www.arpd-idf.org
  14. « Les conséquences du harcèlement », sur Association Assistance et recherche de personnes disparues (consulté le 12 décembre 2016)
  15. (dir) BAUDRY Patrick, SORBETS Claude, VITALIS André,, La vie privée à l’heure des médias, La vie privée entre protection et exhibition,, Saint-Etienne, Presse universitaire de Bordeaux,
  16. danah boyd, C'est compliqué : les vies numériques des adolescent, Caen, C&F, , 431 p. (ISBN 9782915825589), p. 247-325
  17. « Réagir en cas de harcèlement en ligne », sur CNIL,‎ .
  18. Brigitte Fanny-Cohen, « Le cyber-harcèlement augmente », sur France Info,‎
  19. Guide pratique pour lutter contre le cyber-harcèlement entre élèves. [En ligne]. Paris : Ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative. http://media.education.gouv.fr/file/09_septembre/58/6/guide-cyberharcelement_190586.pdf.
  20. Guide pratique pour lutter contre le cyber-harcèlement entre élèves. [En ligne]. Paris : Ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative. Disponible à l'adresse : http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/wp-content/uploads/2012/01/guide_cyberharcelement_finalwebnouveau_numero.pdf
  21. Le harcèlement entre élèves Le reconnaître, le prévenir, le traiter. [En ligne]. Paris : Ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative. http://media.education.gouv.fr/file/09_septembre.
  22. « Présentation de la première journée nationale « Non au harcèlement ».http://www.education.gouv.fr/cid94795/presentation-premiere-journee-nationale-non-harcelement.html », sur http://www.education.gouv.fr.
  23. La campagne de sensibilisation 2016-2017. In : Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Non au harcèlement. [En ligne]. Paris : MENESR. http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressources/la-campagne-de-sensibilisation-2016-2017/.
  24. Salima Bahia, « Cyber-harcèlement : le suicide d'Amanda Todd bouleverse le Canada », sur Terra Feminina,‎
  25. « Quand le cyberharcèlement conduit à des tragédies », sur Le Figaro.fr,‎
  26. Vincent Gautrais et Benoit Dupont, Les crimes dans le Web 2.0. Chaire de l'Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques, Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal
  27. Le Devoir, Les mutations tranquilles (blog). Un «couillon» qui fait tache dans les réseaux sociaux. Fabien Deglise. 9 mai 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

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