Cyberharcèlement

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Logo contre le cyberharcèlement.
Image laissée sur certains profils Facebook de victimes.

Le cyberharcèlement est une forme de harcèlement conduite par divers canaux numériques. Il peut prendre différentes formes, comme la création de faux profils, la diffusion de fausses rumeurs ou encore l'envoi de messages d'insultes.

Au Canada, on distingue le cyberharcèlement d'une notion proche, la cyberintimidation.

Chez les jeunes[modifier | modifier le code]

Description du phénomène[modifier | modifier le code]

Le cyberharcèlement est une forme récente de harcèlement. Si avant la fin des cours et le soir étaient des temps permettant d'apaiser les conflits de la journée, maintenant avec le développement des réseaux sociaux, plus aucun temps de repos du conflit n'est permis. Le harcèlement n'est plus cantonné à la seule cour de récréation et aux moments où l'enfant est à l'école. Il est désormais possible d'atteindre quelqu'un 24h/24 et 7j/7. L'ordinateur devient un déversoir d'insultes et de menaces diverses et devient une arme utilisable par ceux qui ne peuvent pas se défendre physiquement ou socialement. De plus en plus d'adolescents utilisent ces interactions pour intimider et harceler les autres.

Le harcèlement scolaire est fréquemment accompagné de cyberharcèlement : en 2006, un jeune sur dix était importuné quotidiennement ou de manière très régulière par ce biais. Il existe une forte corrélation entre le harcèlement scolaire classique et le cyberharcèlement : le harcèlement classique se poursuit apparemment via les nouvelles technologies[1]. D'après une enquête de victimation publiée en France en octobre 2011, 9 % des élèves sont victimes de cyberharcèlement par SMS et Internet[2].

Les « croyances normatives approuvant le harcèlement » influent sur l'incidence de cyberharcèlement : plus le jeune croit qu’il est facile de harceler autrui, plus il ou elle se livrera à des violences par l'intermédiaire de chats, d'interventions indésirables sur les réseaux sociaux ou de publications de vidéos humiliantes. On observe que si le jeune harceleur perçoit que sa victime est peu soutenue par ses pairs, ses attaques seront d'autant plus féroces.

En outre, la distance physique avec la victime permet une démultiplication du nombre de harceleurs, de leurs attaques et de la force (psychologique) de celles-ci[3].

  • Il est moins important que dans les interactions réelles d'être plus fort, intelligent, ou populaire que la victime pour se joindre à une entreprise de harcèlement.
  • L’agresseur ne voit pas les réactions de souffrance de sa victime, ce qui court-circuite d'occasionnels passages à la compassion et l'empathie.
  • La dépersonnalisation atteint non seulement la victime mais ses persécuteurs, qui ont tôt fait de se déresponsabiliser de leurs actes « virtuels ».
  • Cette dépersonnalisation engendre une forme de paranoïa chez la victime, qui ne sait pas et ne peut savoir qui conspire dans l'anonymat des voies numériques.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Anonymat[modifier | modifier le code]

Les victimes de cyberharcèlement ne connaissent pas toujours l'identité de leurs harceleurs qui se cachent derrière un pseudo ou une fausse identité pour commettre leurs actes. Augmentant par la même occasion le sentiment d'insécurité que peut ressentir la victime, ne sachant pas qui s'en prend à lui.

Absence de face à face[modifier | modifier le code]

L'envoie de message d'insultes ou de menaces se faisant par divers canaux numériques, harceleurs et victimes ne se rencontrent pas toujours. Le harceleur ne peut voir la douleur qu'il procure à sa victime, le visage étant le principal miroir des émotions. Le harceleur a donc du mal a ressentir de l'empathie pour sa victime a cause de la distance créées par les moyens modernes de communication. Ce qui peut encourager la banalisation de la violence et libéré certaines formes d’agressivités[4].

Caractère permanent[modifier | modifier le code]

Les messages, photos et vidéos publiées et échangées via les canaux numériques, laissent des traces même après que le harcèlement cesse. Les contenus diffusées restant en ligne permettent de prouver plus facilement la situation de harcèlement.

Diffusion massive[modifier | modifier le code]

Les publication humiliantes diffusées sur les réseaux sociaux sont visibles par un grand nombre d’internautes. Là où le harcèlement scolaire se limite aux remparts de l'école désormais la victime humiliée est visible aux yeux tous. Les internautes pouvant rapidement relayer les informations. Les frontières spatiales dans ce type harcèlement n'existe plus.

Lutte contre le cyberharcèlement[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Dans un rapport du 27 avril 2011 intitulé « Prévention du harcèlement à l'école », le sociologue français Éric Debarbieux préconise de :

  • mener des campagnes d'opinion en mobilisant notamment les médias, les fournisseurs d'accès et les réseaux sociaux pour promouvoir la lutte contre le cyberharcèlement ;
  • apporter une réponse technique. Un accord avec Facebook prévoit de fermer le compte d'un harceleur sur signalement de l'Éducation Nationale ;
  • former les adultes aux outils utilisés par les jeunes. Au cours des assisses nationales contre le harcèlement à l'école, deux chercheurs allemands (Thomas Jäger et Andy Hickson) ont présenté un projet de campus anti-violence. Ce campus est ouvert sur le site Second Life et propose une formation d'adultes ;
  • fournir des outils pour aider les jeunes à utiliser positivement les réseaux sociaux (en lien avec la CNIL et e-enfance).

Le gouvernement français, en partenariat avec l'association e-enfance, a mis en place un numéro vert (0800 200 000, accessible de h à 19 h au coût d’une communication locale) et un site internet (Net écoute) pour aider les parents désemparés par rapport aux risques sur internet[5]. Le service est accessible par courriel à l'adresse educnat@netecoute.fr. Les parents peuvent aussi se rendre sur le site Info-familles.netecoute.fr pour y trouver des réponses aux questions les plus fréquemment posées.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Au Canada, on parle plutôt de cyberintimidation. Ainsi, dans le cas du suicide d'Amanda Todd, dont les causes ont été qualifiée par la presse française de cyberharcèlement[6],[7], le juriste Andrew Murray qualifie les faits d'intimidation, et précise « Il y a clairement une ligne entre intimidation et harcèlement ». Le harcèlement est couvert par le Harassment Act, et est pénalement répréhensible, alors que l'intimidation ne l'est pas en tant que telle. Elle peut toutefois l'être en cas d'actes trop marqués et répétés susceptibles d'être requalifiés en harcèlement, ou bien au nom du Malicious Communications Act de 1998, qui réprime l'envoi de courriers ou de communications électroniques malveillantes, indécentes ou menaçantes, un délit mineur sanctionnable d'une peine maximale de 6 mois de prison.

Chez les adultes[modifier | modifier le code]

Une étude sur la criminalité sur le Web[8] montre que ce ne sont pas le harcèlement et les menaces qui augmentent en raison de l'utilisation des TIC mais surtout les insultes gratuites et le mépris.

En Suisse, l'usage de deux propos dérogatoires[9] sur Facebook a valu à son auteur une amende[10],[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Andrew Murray, Information Technology Law: The Law and Society, Oxford University Press, 2013, 157-158 p. (ISBN 0199661510 et 9780199661510)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. H., Vandenbosch, K., Van Cleemput, D., Mortelmans, M., Walrave, “Cyberpesten bij jongeren in Vlaanderen”, studie in opdracht van viWTA, Brussel, (2006), 169.
  2. Enquête nationale de victimation au sein des collèges publics au printemps 2011.
  3. Pascale Senk, « Qui sont vraiment les ados harceleurs ? », sur Le Figaro.fr,‎ 7 mars 2014
  4. « Guide pratique pour lutter contre le cyberharcèlement entre élèves », sur Gouvernement,‎ 2012 (consulté le 25/03/15)
  5. Brigitte Fanny-Cohen, « Le cyber-harcèlement augmente », sur France Info,‎ 7 septembre 2011
  6. Salima Bahia, « Cyber-harcèlement : le suicide d'Amanda Todd bouleverse le Canada », sur Terra Feminina,‎ 16 octobre 2012
  7. « Quand le cyberharcèlement conduit à des tragédies », sur Le Figaro.fr,‎ 26 novembre 2013
  8. Vincent Gautrais et Benoit Dupont, Les crimes dans le Web 2.0. Chaire de l'Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques, Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal
  9. « Couillon » et « pauvre type ».
  10. 230 $ plus frais de procédure de 1 400 $, en dollars canadiens.
  11. Le Devoir, Les mutations tranquilles (blog). Un «couillon» qui fait tache dans les réseaux sociaux. Fabien Deglise. 9 mai 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

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