Nicolas Hénin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Henin.
Nicolas Hénin
Nicolas Henin by Ammar Abd Rabbo.jpg
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activité
Père
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Œuvres principales
Notre monde est-il plus dangereux ? 25 questions pour vous faire votre opinion (d), Jihad Academy (d), Papa Hérisson rentrera-t-il à la maison ? (d), La France russe, enquête sur les réseaux Poutine (d), Haytham, une enfance syrienne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Nicolas Hénin, né le au Mans, est un journaliste français de presse écrite, radio et télévision. Spécialiste du Moyen-Orient, il couvre la Guerre d'Irak et la Guerre civile syrienne. Enlevé par l'ISIS le et retenu otage avec trois autres Français, il est libéré le . De retour en France, il co-fonde Action Résilience, une organisation d'étude du terrorisme et de prévention de la radicalisation, et milite contre l'incitation à la haine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Nicolas Hénin est le fils de l'universitaire Pierre-Yves Hénin et le petit-fils de l'ingénieur agronome Stéphane Hénin[1]. Après des études secondaires au lycée Henri-IV où enseignait sa mère, et en classe préparatoire au lycée Fénelon, il obtient à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne une licence de géographie et une maîtrise d’histoire. Suivant des cours de langue arabe, il se spécialise très tôt sur le Moyen-Orient, avec un mémoire de maîtrise en histoire des relations internationales[2] sur le sujet suivant : « Les relations interarabes de l’Égypte et la paix séparée avec Israël : novembre 1977 », mémoire préparé lors d’un semestre de recherche au Caire, au CEDEJ (Centre d'études et de documentation économiques et juridiques). Ce contact initial avec le Proche-Orient est l’occasion de premières contributions, dont des reportages sur le conflit soudanais dans Jeune Afrique (1997) et un reportage photographique, publié dans le mensuel Arabies sur « le Yémen, un pays en armes » en novembre 1999.

À son retour, il est admis à l'Institut pratique du journalisme (IPJ) dont il sort diplômé de la promotion 1999[2].

Journalisme au Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Nicolas Hénin travaille d’abord à l’agence de presse Infomedia, dont il démissionne en pour rejoindre l’Irak comme pigiste indépendant. Il couvre les mois d’avant-guerre puis l’intégralité de la période du conflit ouvert, notamment pour Radio France. Il couvre les suites du conflit, d’abord de Bagdad où il séjourne jusqu’à , puis d’Amman[2], où il se replie alors à la demande de la direction de Radio France, à la suite de l'enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot[2]. Il couvre longtemps l'Afrique et le Moyen-Orient pour plusieurs médias francophones, que ce soit en écrit, en radio ou en télévision, dont Le Point, Arte, Radio France, RTBF, RTS, Radio Canada, Marianne et L'Hebdo de Lausanne[1].

Comme chef opérateur images et collaborateur à l’enquête, il contribue au film documentaire « Tonnerre roulant sur Bagdad » réalisé par Jean-Pierre Krief et diffusé sur Arte à l’occasion du dixième anniversaire du déclenchement du conflit[2].

Il effectue divers reportages sur d’autres crises ou conflits du monde arabe, dont le Soudan, la Somalie et le Yémen, tant comme correspondant de l’hebdomadaire Le Point[3] que pour des reportages télévisés, habituellement produits par l’agence Solas Films et diffusés sur Arte[4] ou d’autres télévisions francophones. Depuis le déclenchement des mouvements dits du « printemps arabe », Nicolas Hénin couvre les événements d’Égypte, de Libye, du Yémen puis de Syrie où il se rend à cinq reprises de 2011 à juin 2013[5].

Nicolas Hénin a été plusieurs fois nominé au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en radio (2004 et 2011), en reportage télévisé (2008) et en presse écrite (2013)[6].

Enlèvement et détention par l'État islamique[modifier | modifier le code]

Le , Nicolas Hénin est enlevé à Raqqa par l'État islamique en Irak et au Levant. Le photographe Pierre Torrès est également enlevé le même jour. Tenue secrète à la demande des familles, la détention de Nicolas Hénin et Pierre Torrès est rendue publique par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault le [7]. Les autorités françaises font état de preuves de vie recueillies en août et en octobre 2013[8].

Lors de sa captivité, Nicolas Hénin côtoie d'autres otages, notamment le journaliste américain James Foley[9] et l'humanitaire américaine Kayla Mueller[10].

Diverses actions de soutien et de mobilisation, coordonnées en particulier par le comité « Otages en Syrie », ont été régulièrement menées pour la libération de Nicolas Hénin et de Pierre Torrès, ainsi que celle de Didier François et Edouard Elias, enlevés le 6 juin. À titre symbolique, l’IPJ (Institut pratique du journalisme) a fait de Nicolas Hénin le parrain de sa 34e promotion[11]. Les quatre otages ont été libérés le [12]. Peu d'informations sont rendues publiques sur les conditions de sa captivité. Il révèle toutefois qu'il s'est évadé « trois jours après son enlèvement le 22 juin 2013 et a été repris par ses ravisseurs au bout d'une nuit de fuite »[13].

Selon l'hebdomadaire allemand Focus, la France a dû verser 18 millions de dollars (environ 13 millions d'euros) pour la libération des quatre journalistes[14],[15].

Travail sur le djihadisme[modifier | modifier le code]

En septembre 2014, consécutivement aux révélations du journal Le Monde, Nicolas Hénin confirme que le suspect de la tuerie du Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, a été l'un de ses geôliers en Syrie et qu'il a été « maltraité » par celui-ci[16],[17].

Il a reçu en septembre 2014 le Prix de la Fondation May Chidiac pour le courage en journalisme[18].

Il publie en mars 2015 Jihad Academy[19], un essai sur « nos erreurs face à l'État islamique », et Papa hérisson rentrera-t-il à la maison?, un conte pour enfants illustré par son compagnon de captivité Pierre Torres[5]. Lors d'une interview durant l'émission télévisée On n'est pas couché, il critique vivement l'attitude de Barack Obama vis-à-vis de la Syrie[20].

En 2018, un groupe de réfugiés syriens identifie Kais A., dit Abou Hamza al-Kimawi (« le chimiste »), 35 ans, un terroriste et artificier de l'État islamique infiltré en allemagne et se faisant passer pour un étudiant en chimie à l'Université de Göttingen; Abou Hamza ayant joué un rôle central dans l'enlèvement de Torres et Hénin en 2013, le groupe prend contact avec eux. Hénin transmet le dossier au Parquet antiterroriste français, à la demande duquel la Police allemande arrête Abou Hamza en vue de son extradition vers la France. [21],[22],[23]

Travail sur les réseaux d'influence russes[modifier | modifier le code]

En 2016, il publie La France russe, enquête sur les réseaux Poutine, dans lequel il défend l'idée que « les services de renseignement russes consacrent à la France autant de moyens que lors de la Guerre froide », que « comme du temps du Komintern, où l’Union soviétique finançait des 'partis frères', Moscou achète aujourd’hui ses soutiens »[24], et estime que des responsables politiques comme Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont « séduits » par le poutinisme[25]. Hénin relate notamment la première entrevue entre Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine, où Poutine aurait brusqué et intimidé Sarkozy au point qu'il en aurait eu l'air ivre pendant la conférence de presse qui avait immédiatement suivi l'entretien[26]. Parmi les critiques du livre, Tigrane Yégavian juge qu'Hénin exagère le pouvoir d'influence de Moscou, selon lui modeste en regard du soft power et des réseaux américains, et qualifie de « farfelu » le passage sur l'entretien entre Poutine et Sarkozy[27]; Jean-David Levitte, conseiller de Sarkozy, dément également cette version[28].

Militantisme contre l'apologie du terrorisme et du racisme[modifier | modifier le code]

En février 2019, Nicolas Hénin est victime d'une campagne de cyberharcèlement sur Twitter menée par des comptes d'extrême droite. Celle-ci intervient après qu'il a signalé le compte Twitter de Patrick Jardin, père d'une victime des attentats du 13 novembre à Paris, qui avait alors réclamé le 31 janvier que les djihadistes français capturés en Syrie soient fusillés au lieu d'être rapatriés et avait également appelé à la mise à mort de leurs enfants : « Alors tuons aussi leurs enfants, d’ailleurs on devrait commencer par là ». Nicolas Hénin avait alors réagi : « Merci de signaler ce compte à Twitter et Pharos. Avoir perdu son enfant dans des conditions terribles n’est pas une excuse pour déverser un tel torrent de haine ». En réaction, plusieurs comptes Twitter d'extrême droite apportent alors leur soutien à Patrick Jardin et menacent Nicolas Hénin de mort, ainsi que ses enfants. Ce dernier porte alors plainte[29].

Il dirige une société de conseil en contre-terrorisme et déradicalisation[29].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Jihad Academy, Paris, Éditions Fayard, coll. « Documents », 2015, 260 p. (ISBN 978-2-213-68656-1)
  • Papa Hérisson rentrera-t-il à la maison?, Flammarion, 2015 (avec Pierre Torres)
  • La France russe, enquête sur les réseaux Poutine, Éditions Fayard, 2016, 322 p.
  • Haytham, une enfance syrienne, Dargaud, 2016 (avec Kyungeun Park)[30]
  • Comprendre le terrorisme, Éditions Fayard, 2017, 280 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Point, magazine, « Journalistes otages libérés - Nicolas Hénin, fin connaisseur au "Point" du Moyen-Orient », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le 24 octobre 2018).
  2. a b c d et e « Nicolas Hénin, témoin de la guerre des gens normaux », LeMonde.fr, 19 avril 2014
  3. Voir la page de ce journal relatant son enlèvement et donnant accès à "Quelques-uns des reportages de Nicolas Hénin pour Le Point" : Le Point 9 octobre 2013
  4. « Lettre à Nicolas Hénin : un collègue témoigne », suivi de "Quelques reportages de Nicolas Hénin" - site d'Arte
  5. a et b La-Croix.com, « Nicolas Hénin : papa hérisson est revenu », sur La Croix, (consulté le 12 septembre 2018)
  6. « EN DIRECT - Le retour des quatre journalistes français ex-otages libérés en Syrie : « Un jour de joie pour la France» », sur FIGARO, (consulté le 12 septembre 2018)
  7. Syrie : les journalistes Nicolas Hénin et Pierre Torrès détenus en Syrie (9 octobre 2013), Diplomatie.gouv.fr,
  8. « Déclaration du ministre des Affaires étrangères »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  9. « Les ex-otages Didier François et Nicolas Hénin, détenus avec James Foley »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Libération.fr,
  10. « Otage américaine tuée en Syrie: Kayla Mueller, l'idéaliste qui n'avait pas froid aux yeux - L'Express », sur www.lexpress.fr, (consulté le 11 mai 2019)
  11. Un otage à l’honneur, Le Parisien, 14 novembre 2013
  12. « Les ex-otages de retour en France », LeMonde.fr, 20 avril 2014.
  13. « Ex-otages en Syrie : Nicolas Hénin avait tenté de s'évader » (consulté le 19 juin 2015)
  14. La France a versé 18 millions de dollars pour la libération des journalistes otages en Syrie, selon un magazine allemand, huffingtonpost.fr, 26 avril 2014
  15. (de) Paris zahlt 18 Millionen Dollar für Syrien-Geisel, focus.de, 26 avril 2014
  16. Le Nouvel Obs, 7 septembre 2014
  17. Nicolas Hénin, ex-otage en Syrie : «Mehdi Nemmouche m'a maltraité», Le Parisien, 6 septembre 2014.
  18. « Vladimir Poutine, cet homme fort qui rassure car "il en a..." », Atlantico.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 septembre 2018)
  19. « Nicolas Hénin : journaliste plus qu’ex-otage de Daech », sur Euronews.com,
  20. Fabien Morin, « L'ancien otage Nicolas Hénin accable Barack Obama, «nul sur toute la ligne» », sur Lefigaro.fr,
  21. Ismaël Halissat, « Comment des opposants syriens ont aidé à identifier un jihadiste en fuite », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019)
  22. Hala Kodmani, « Kais A. : au cœur de l’Allemagne, dans les pas d’un fantôme », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019)
  23. « De Raqqa à Kassel, la traque du «chimiste» », SFR,‎ (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019)
  24. « La France russe : Enquête sur les réseaux de Poutine », babelio.com
  25. « La France russe : enquête sur les réseaux Poutine », Jacques Monin pour France Inter, 10 juin 2016
  26. La France russe : enquête sur les réseaux Poutine, France Inter
  27. Tigrane Yégavian, « Les "collaborateurs" de Poutine », Conflits, no 11, oct.-déc. 2016, p. 73
  28. http://www.lepoint.fr/monde/sarkozy-poutine-jean-david-levitte-remet-les-pendules-a-l-heure-17-12-2016-2091173_24.php
  29. a et b « Cyberharcèlement : l’ancien journaliste Nicolas Hénin porte plainte contre X pour menaces de mort », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  30. Jean-Pierre Filiu, « La formidable histoire de Haytham, 20 ans, réfugié syrien en France », Blog Un si proche Orient sur Le Monde,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]