Remigration

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Manifestation anti-migrants et anti-islam organisée par PEGIDA en 2015 à Calais[1].

La remigration, ou réémigration, mot anglais et allemand, est un euphémisme et un néologisme utilisé en français principalement par la mouvance identitaire pour parler du retour forcé des immigrés non Européens dans leurs pays d'origine. L'expression est souvent lié à la théorie conspirationniste d'extrême droite du grand remplacement.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Ce mot est à l'origine un mot anglais[2], et n'est pas reconnu par les dictionnaires français. Il est couramment utilisé par les démographes de langues anglaise comme synonyme de « retour dans son pays d'origine » par des migrants[2]. En langue allemande, il inclut la notion de « retour dans sa communauté ethnique », sans lien géographique nécessaire avec le pays d'origine[3].

Définition et justification[modifier | modifier le code]

La remigration désigne en théorie une inversion des flux migratoires, donc aussi bien un retour volontaire qu'un retour forcé des immigrants, selon Jean-Yves Camus[4], tandis que pour la directrice de l'Institute for Strategic Dialogue et la journaliste Cécile Guerin « Concept clé de la pensée identitaire française, la remigration est un nouvel euphémisme pour un phénomène ancien, à savoir le déplacement forcé de populations entières » et une des « rhétoriques extrémistes aux implications d’épuration ethnique en Europe »[5].

La possibilité d'un déplacement massif de population est justifié par les militants défendant cette idée, par le fait qu'elle aurait déjà lieu lors de l'exode des Pieds-Noirs[4].

D'après Jean-Yves Camus, « le mot ne peut être compris sans référence à la théorie du « grand remplacement », élaborée par l'écrivain Renaud Camus en 2010 dans son Abécédaire de l'In-nocence »[4]. Il relève également que « le Front national (FN), du temps de Jean-Marie Le Pen, proposait déjà l'inversion des flux migratoires avec pour slogan « Quand nous arriverons, ils partiront ». Et il recueillait 19 % sur cette base, ce qui est énorme »[4].

Le retour forcé des immigrants dans leur pays s'appuie sur une idée complotiste : en décembre 2017, une étude réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, au moyen d'une enquête de l'Ifop, met en évidence le lien entre expulsion forcée et grand remplacement chez une grande partie des sondés. Sur plusieurs opinions concernant l'immigration, figure : « c'est un projet politique de remplacement d'une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d'où elles viennent ». 48 % des personnes interrogées se disent d'accord avec cette opinion, dont 17 % « tout à fait d'accord » et 31 % « plutôt d'accord »[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Retour en Europe des immigrés aux États-Unis (1880-1930)[modifier | modifier le code]

Le quartier de Little Italy à New York, vers 1900.
La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (mai 2019)
Motif avancé : Travail inédit visant à donner un vernis honorable à ce néologisme. Si l'on parle des flux migratoires A/R, la liste est très longue. Si l'on parle du néologisme français, le lien est ténu.

Selon l'historien américain Mark Wyman, professeur à l'université d'État de l'Illinois, au moins la moitié des Européens immigrés aux États-Unis au XIXe siècle avait pour but de s'installer temporairement dans le pays pour s'enrichir et de revenir ensuite en Europe. Dans son livre Aller-Retour en Amérique : le retour des immigrés en Europe (Cornell University Press, 1993), Wyman prend l'exemple des Italiens, qui constituèrent le contingent majeur de l'immigration aux États-Unis entre 1880 et 1914[réf. souhaitée]. Sur les 30 millions d'Italiens ayant immigré vers l'Amérique du nord durant cette période, 50 % d'entre eux seraient retournés en définitive en Italie[7].

Usage par l'extrême droite (années 2010)[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé à partir du début des années 2010 par la mouvance identitaire, dont le Bloc identitaire ; à titre d'exemple, le militant Laurent Ozon fonde en 2013 le « Mouvement pour la remigration »[4]. Pour Jean-Yves Le Gallou, co-fondateur de l'Institut Iliade, un organisme de formation de l'extrême droite qui publie par ailleurs du matériel de propagande, la promotion de ce mot — issu d'un glissement sémantique[5] — s'inscrit dans une « bataille du vocabulaire » afin de faire progresser les positions identitaires : « Race blanche, Français de souche, grand remplacement et remigration sont les mots qu'il faut utiliser »[8]. Une stratégie virale pour répandre le néologisme est adoptée par des groupuscules tels que Le Bloc identitaire ou la Dissidence française, qui utilisent abondamment les réseaux sociaux dans leur stratégie de communication[9]. Selon Mathieu Dejean des Inrocks, « cette stratégie a pour effet de leur donner parfois une grande visibilité alors qu'ils sont en réalité très peu nombreux »[9]. Selon l'Institute for Strategic Dialogue, le mot aurait fait l'objet de 500 000 tweets entre fin 2014 et début 2019, dont 10 000 émis par un seul compte appartenant à un identitaire lors du lancement de la campagne au cours du second trimestre de 2015[10].

Henry de Lesquen, « emblème des jeunes d’extrême droite sur Internet », préfère au terme de remigration celui de « réémigration »[11],[12].

En Autriche[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé par le mouvement identitaire autrichien (Identitäre Bewegung Österreichs (en) IBÖ), en lieu et place de « déportation de masse », pour donner un vernis plus honorable à son discours, de la même façon qu'est utilisé le mot « identitaire » pour parler de racisme ou de xénophobie ; il s'agit d'employer des mots dans un sens historiquement inutilisé pour masquer les idéologies d'extrême droite qu'elles comportent[13].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Calais : une centaine de personnes au rassemblement anti-migrants, La Voix du Nord, 8 novembre 2015.
  2. a et b Définition sur English - Oxford dictionnaries
  3. (de) « Remigration », sur ome-lexikon.uni-oldenburg.de
  4. a b c d et e Annie Mathieu, « D'où vient l'expression «remigration»? », sur La Presse.ca, (consulté le 21 août 2017).
  5. a et b Sasha Havlicek et Cécile Guerin, « La «remigration», un concept qui essaime au-delà des identitaires », Libération (journal),
  6. Jean-Baptiste de Montvalon, « Les théories du complot bien implantées au sein de la population française », sur Le Monde, .
  7. Larry Portis, La « remigration » et la démocratie nord-américaine in "L'émigration : le retour", université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand, Cahiers du Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines, (présentation en ligne), p. 115 - 120
  8. Éric Dupin, La France identitaire : enquête sur la réaction qui vient, La Découverte, (lire en ligne).
  9. a et b Mathieu Dejean, « Un groupuscule cible le musée de l’Histoire de l’immigration pour prôner la « remigration » », sur lesinrocks.com,
  10. Michael Weiss et Julia Ebner, « The strange tale of an unlikely racist slogan that went viral — to lethal effect », sur washingtonpost.com, The Washington Post],
  11. Vincent Matalon, « "Réémigration", négationnisme, "race congoïde"... Les mauvaises ondes d'Henry de Lesquen, le patron de Radio Courtoisie », sur francetvinfo.fr, .
  12. Xavier Ridel, « Comment Henry de Lesquen est devenu l’emblème des jeunes d’extrême droite sur internet ? », sur lesinrocks.com, .
  13. (de) « Identitäre Bewegung Österreich (IBÖ) », sur doew.at

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Wyman Mark, Round-Trip to America: The Immigrants Return to Europe, 1880-1930, Ithaca et Londres, Cornell University Press, 1993.
  • Weil François. Mark Wyman, Round-Trip to America : The Immigrants Return to Europe, 1880-1930. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 51ᵉ année, N. 5, 1996. pp. 1150-1151.
  • De Tapia Stéphane, De l'émigration au retour : les mutations du champ migratoire turc. In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n°52-53, 1989. Les Arabes, les Turcs et la Révolution française. pp. 255-272.
  • Portis Larry, La remigration et la démocratie nord-américaine, In: Cahiers du Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines, 1999, p.115-120.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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