Centrale nucléaire de Flamanville

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Centrale nucléaire de Flamanville
Administration
Pays
Région
Département
Commune
Coordonnées
Opérateur
Construction
1979 (début tranche 1), 1980 (début tranche 2), 2007 (début tranche 3)
Mise en service
1986 (tranche 1), 1987 (tranche 2), 2024 (date prévue pour la tranche 3)
Statut
Centrale en exploitation
Direction
David Le Hir
Réacteurs
Fournisseurs
Framatome (ex-Areva NP), GEAST (Alstom jusqu'en 2014)
Type
REP (tranche 1 et 2)
EPR (tranche 3 en construction)
Réacteurs actifs
2 × 1 330 MW
Puissance nominale
2 660 MW
Production d’électricité
Production annuelle
6,64 TWh (2019)[1],[2]
Facteur de charge

65,6 % (jusqu'en 2022)[3]
Production totale
556,52 TWh (jusqu'en 2022)

Source froide
Site web
Carte

La centrale nucléaire de Flamanville est une centrale nucléaire située sur la commune de Flamanville dans la Manche. Elle comprend trois réacteurs. Flamanville-1 et 2 sont deux réacteurs à eau pressurisée de génération II du palier P4, en service depuis respectivement 1986 et 1987 ; Flamanville-3 est un réacteur à eau pressurisée de génération III+ de type EPR, en construction et dont la mise en service commerciale, initialement prévue pour 2012, devrait intervenir en 2024.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

La centrale nucléaire de Flamanville, également appelée « Centre nucléaire de production d’électricité » (CNPE), est située sur la commune de Flamanville dans le département de la Manche, sur la côte ouest de la péninsule du Cotentin. Elle est construite au pied d'une falaise granitique haute de 70 m, à 25 km au sud-ouest de Cherbourg-en-Cotentin et à 20 km au sud de l'usine de retraitement de la Hague. La centrale se trouve à l’emplacement de l'ancienne mine de fer de Flamanville, qui a fonctionné de façon discontinue de 1860 à 1962, et du Trou Baligan.

Le site s'étend sur 120 ha dont la moitié sont gagnés sur le domaine maritime. Une digue de 950 m de long et une jetée de 300 m protègent les installations. La plateforme du site se trouve à 12,4 m de hauteur[4].

Le raccordement de la centrale de Flamanville au réseau électrique de 400 kV s'effectue au poste électrique de Menuel, près de Bricquebec-en-Cotentin, où l’électricité est redistribuée prioritairement vers le poste de Tollevast, de Tourbe (Caen), de Domloup (Rennes) et de Beaulieu-sur-Oudon (Laval).

Caractéristiques des réacteurs[modifier | modifier le code]

Caractéristiques des réacteurs[5]
Nom du réacteur Capacité (MW) Début construction Démarrage
1re réaction en chaîne
Raccordement au réseau Mise en service commerciale
Therm. (MWth) Brute (MWe) Nette (MWe)
Flamanville-1[1] 3817 1382 1330 décembre 1979 29 sept 1985[6] décembre 1985 décembre 1986
Flamanville-2[2] 3817 1382 1330 mai 1980 12 juin 1986[2] juillet 1986 mars 1987
Flamanville-3[7] 4300 1650 1630 décembre 2007 2024 (prévision)[8] - -

Flamanville 1 et 2[modifier | modifier le code]

En 1978, destruction à l'explosif de l'ancienne mine de fer de Flamanville et de la falaise.

Historique du projet[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Flamanville figure parmi les lieux d'implantation de centrales nucléaires du programme de développement nucléaire français. En 1975, une consultation est organisée à Flamanville, où 63,7 % des habitants se prononcent en faveur de la proposition.

À la suite de l'enquête publique menée en , la déclaration d'utilité publique paraît au Journal officiel le . Les premiers terrassements sont effectués en .

Les constructions des deux réacteurs débutent officiellement en décembre 1979 et mai 1980, les réacteurs divergent pour la première fois en et en . Les premières connexions au réseau électrique sont effectuées en et , et les mises en service commerciales sont prononcées en et [1],[2].

Caractéristiques des réacteurs[modifier | modifier le code]

Les réacteurs 1 et 2 sont des réacteurs à eau pressurisée (REP) de deuxième génération, appartenant au palier P4 de 1 300 mégawatts, comme ceux des centrales nucléaires de Paluel et de Saint-Alban[9]. Comme pour la centrale de Saint-Alban, la conception des deux réacteurs de Flamanville est hybride : l'îlot nucléaire est de conception P4, mais la salle des machines (îlot conventionnel) est de conception P'4[4].

Les deux chaudières nucléaires ont été fournies par Framatome. Les deux îlots conventionnels (groupes turbo-alternateurs équipés de turbines à vapeur, de l'essentiel de leurs auxiliaires mécaniques et électriques, et du poste d'eau) ont été fournis par Alstom[10],[11].

Chacun des deux réacteurs nucléaires fournit une puissance thermique maximale de 3 817 MW. La puissance électrique brute produite par chaque alternateur est de 1 382 MW et la puissance électrique nette (après déduction des consommations internes) de 1 330 MW, ce qui confère un rendement global de 34,8 %[1],[2].

Production et maintenance[modifier | modifier le code]

En 2023, l'exploitation des deux réacteurs emploie plus de 1 100 personnes (salariés d'EDF et prestataires externes). Leur production électrique couvre la moitié des besoins en électricité de la région Normandie[12].

Comme pour les 58 autres réacteurs nucléaires français de deuxième génération, les réacteurs 1 et 2 de Flamanville étaient conçus pour une durée d’exploitation d'au moins 40 ans. Pour atteindre voire dépasser cette durée de fonctionnement, une réévaluation et un réexamen de sûreté ont lieu tous les dix ans lors des visites décennales. En fonction de l'évolution de la réglementation, des progrès technologiques et du retour d'expérience de l’ensemble des installations nucléaires dans le monde, des modifications sont nécessaires, et sont effectuées pour respecter le niveau de sûreté requis. Une fois terminées, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) peut autoriser une poursuite de l'exploitation pour dix années supplémentaires[13]. Les dernières visites décennales (VD3) datent de 2018 pour le réacteur 1 et 2019 pour le réacteur 2[14],[15].

Production et facteur de charge de quelques années
Flamanville 1[1] Flamanville 2[2]
Année Production (GWh) Facteur de charge Production (GWh) Facteur de charge
1987 7 151 63,3 % 7 140 58,9 %
1990 7 090 60,8 % 7 820 67,1 %
1995 7 665 65,8 % 8 962 76,9 %
2000 8 035 68,8 % 9 908 84,8 %
2005 9 099 78,1 % 9 779 83,9 %
2010 8 520 73,1 % 7 594 65,2 %
2015 8 409 72,2 % 7 869 65,7 %
2020 0 0 % 404 3,5 %

Surveillance et protection de l'environnement[modifier | modifier le code]

Par un arrêté interministériel de 2004, EDF a l’obligation de surveiller et protéger l'environnement autour de ses installations[16].

Divers moyens de mesures sont répartis autour de la centrale de Flamanville. Des échantillons sont également prélevés par les techniciens Environnement et analysés par le laboratoire de mesures de la centrale. Depuis 2009, le laboratoire EDF de la centrale de Flamanville est accrédité par le Comité français d'accréditation (COFRAC), norme qualité ISO/CEI 17025, ce qui lui permet d’effectuer lui-même les mesures Bêta Aérosol (mesure de la radioactivité des particules en suspension dans l'air ambiant à proximité de la centrale).[réf. nécessaire]

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) assure en permanence la surveillance réglementaire radiologique de l'environnement. Des organismes indépendants, comme l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER), réalisent des contrôles hydrobiologiques de la Manche, tandis que l’IRSN effectue des études radio-écologiques de la chaîne alimentaire en milieux terrestre et marin. Ces contrôles n'ont relevé aucune modification significative de l'écosystème depuis le début de l’exploitation de la centrale. Plus de 12 000 mesures et contrôles sont réalisés chaque année.[réf. nécessaire]

Depuis 2003, la centrale est certifiée ISO 14001, norme relative au management environnemental.[réf. nécessaire]

En 2012, les rejets émis par l’exploitation de la centrale sont toujours restés inférieurs aux limites autorisées et plus de 81 % des déchets radioactifs ont été recyclés ou valorisés.[réf. nécessaire]

Des associations anti-nucléaires : France Nature Environnement, France Nature Environnement Normandie, Stop EPR Ni à Penly ni ailleurs, et le Crilan déposent une plainte le auprès du tribunal de Cherbourg pour « 36 infractions à la réglementation nucléaire et environnementale »[17],[18]. À la suite de déficiences constatées, le site est placé sous « surveillance renforcée » par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le . Au vu des améliorations, cette surveillance renforcée est levée le [19].

Incidents[modifier | modifier le code]

Suivant les recommandations de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) après l'accident nucléaire de Fukushima, un Diesel d'ultime secours est installé pour assurer le refroidissement des réacteurs, en cas de défaillance des autres alimentations électriques. À trois reprises, ce groupe électrogène prend feu, les et et le . Il s'agit d'une vulnérabilité du modèle choisi (acheté à Westinghouse), connue depuis 2008 et portée à la connaissance du public par le Réseau Sortir du nucléaire[20].

Le  : un incident — classé au niveau 1 sur l'échelle internationale des événements nucléaires — s'est produit à la centrale de Flamanville. Pendant près de six heures, une fuite radioactive est survenue sur le circuit primaire du réacteur no 1, alors à l'arrêt pour maintenance[21],[22]. L’eau qui s’est écoulée par la fuite (environ 22 m3) est restée en permanence confinée dans le bâtiment réacteur puis récupérée et traitée par les dispositifs habituels de traitement des effluents. Elle ne présentait pas de contamination significative. L’incident, déclaré à l'ASN, n'a pas eu de conséquence sur les salariés, les populations, et sur l'environnement.

Le , un dégagement de vapeur d'eau sur un générateur de vapeur[réf. souhaitée] qui alimente la turbine à vapeur de l'unité de production no 2, située dans la partie non nucléaire des installations, a causé un fort sifflement pendant environ un quart d'heure et un important panache de vapeur d'eau visible au-dessus du site. Les riverains ont entendu des bruits qu'ils ont jugés comparables à des passages d'avion à réaction, puis un sifflement qui a duré un quart d'heure[23]. Le 24 juin, EDF a identifié comme cause de ce dégagement de vapeur un défaut de la régulation automatique de la pression, qui a entraîné l'ouverture d'une soupape de sécurité permettant d'évacuer le surplus de vapeur vers l'atmosphère à l'extérieur de la salle des machines. Cet incident n'a pas eu de conséquence sur l'environnement.

Le , vers h 45, une détonation et un départ de feu au niveau d'un ventilateur situé sous l'alternateur se sont produits dans la zone non nucléaire (salle des machines) du réacteur no 1, provoquant un incendie durant deux heures. Cet incident a fait cinq blessés légers à cause des fumées de l'incendie. EDF a entrepris la mise à l’arrêt du réacteur no 1 le jour même[24],[25] puis a prévu de remettre en service ce réacteur le , avant de finalement décider de le « déconnecter du réseau jusqu'au  » à cause d'un problème « sur le système d'évacuation d'énergie situé sous l’alternateur »[26].

Phénomène de corrosion sous contrainte[modifier | modifier le code]

Fin 2021 sont découverts sur les réacteurs de Civaux des microfissures au niveau des circuits d'injection de sûreté (dit circuits RIS), en lien avec un phénomène de corrosion sous contrainte (CSC). Cette anomalie d'allure générique pouvant potentiellement affecter l'ensemble des réacteurs du parc français entraine l'arrêt pour contrôles de nombreux réacteurs durant les années 2022 et 2023, le tout dans un contexte de crise énergétique européenne et mondiale[27]. Les réacteurs de Flamanville permettent de valider des procédés de contrôle non destructif[28]. Finalement, il n'est pas retrouvé de signe de CSC « générique » au niveau des réacteurs 1 et 2 de Flamanville. En revanche, une soudure du circuit RIS du réacteur 2 doit être reprise pour un défaut de soudage initial[29].

Flamanville 3[modifier | modifier le code]

Historique du projet[modifier | modifier le code]

Rendu 3D de l'EPR de Flamanville au premier plan devant les 2 réacteurs déjà existants

EDF anticipe un éventuel renouvellement des centrales françaises à l'horizon 2020, en remplacement des réacteurs de deuxième génération qui arriveront progressivement en fin de vie. Dès 1999, EDF se voit refuser l'accord du Gouvernement Jospin pour construire un EPR en France[30]. En 2002, le changement de majorité politique français, plus favorable au nucléaire, et la sélection de l'EPR à l'appel d'offre de l'électricien finlandais TVO en 2003 permettent à EDF d'insister sur la nécessité de la construction d'un EPR « tête de série » en France[30]. Comme la centrale nucléaire de Penly (également en Normandie), la centrale de Flamanville était dimensionnée pour permettre la construction de quatre réacteurs, mais seuls deux ont été construits, ce qui offre la possibilité de construire un nouveau réacteur demandant des travaux de terrassement réduits. La localisation en bord de mer est plus favorable qu'en bord de cours d'eau du point de vue thermodynamique, car la source froide est plus importante ce qui minimise les conséquences d’une canicule.

La centrale de Flamanville est retenue en octobre 2004 pour l'implantation d'un premier EPR. La loi d’orientation sur l’énergie du fournit un cadre législatif favorable au projet EPR[31]. Le débat public national sous l'égide de la CNDP à lieu d' à [32]. Les travaux préparatoires commencent à l'été 2006[33], et le décret d’autorisation de construction (DAC) est signé le [34]. Ce décret prévoit un délai de dix ans — soit jusqu'au  — pour réaliser le premier chargement en combustible du réacteur[35]. Le premier béton est coulé le , marquant le début du chantier, pour un délai de construction prévu de 54 mois et une mise en service en 2012[36].

La construction de cet EPR est l'objet de tractations politiques importantes et devient l'un des symboles de l'énergie nucléaire française[37]. Lors de l'élection présidentielle de 2007, le lancement du chantier fait l'objet d'un débat entre les candidats Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy[38],[39]. En 2012, les deux principaux candidats à l'élection présidentielle, François Hollande et Nicolas Sarkozy, se déclarent favorables à la poursuite de la construction[40] ; à l'inverse, les candidats Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon qui y sont opposés[41].

Opposition[modifier | modifier le code]

Le , à l’appel du collectif Stop EPR crée par le Réseau Sortir du nucléaire (SDN), des milliers de manifestants se rassemblent à Cherbourg près de Flamanville, pour s’opposer au projet[42]. L’association anti-nucléaire Greenpeace France lance une campagne intitulée « EDF, demain j’arrête », qui vise à s’opposer au projet EPR en faisant pression sur EDF[43]. Le est organisée par le collectif Stop EPR une nouvelle manifestation dans plusieurs grandes villes de France, rassemblant entre 20 000 personnes selon la police, et 62 000 personnes selon les organisateurs du collectif Stop EPR[44].

Le , Greenpeace mène une action de blocage du chantier, mais l'interrompt le lendemain sous la menace de sanctions financières[45]. L'organisme affirme que la France a une surcapacité de production électrique et que la construction de l'EPR de Flamanville n'est pas nécessaire[46].

En septembre 2015, lors de l'annonce du report de la mise en service de l'EPR de Flamanville à 2018, EDF demande une prolongation du DAC pour un premier chargement en combustible après le (ce dernier étant valable dix ans à compter de cette date)[47]. L'association anti-nucléaire Observatoire du nucléaire déclare vouloir attaquer en justice cette décision, estimant que l'enquête publique et le débat national sont caducs et devraient être refaits[48]. Le , plusieurs ONG s’opposant à la mise en service de l'EPR sont déboutées par le Conseil d’État « aux motifs qu'aucun des moyens soulevés, en l'état de l'instruction, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'autorisation délivrée par l'Autorité de sûreté nucléaire »[49].

Le , l'Observatoire du nucléaire est débouté de sa demande d'expertise en référé par le tribunal de grande instance de Paris des anomalies de la cuve et du couvercle de l'EPR découvert en 2015. Le tribunal de grande instance juge que le danger imminent allégué par l'association n'est pas prouvé, et la condamne à payer 3 000 euros de dommages et intérêts à Areva, l'ASN et EDF[50].

Caractéristiques du réacteur[modifier | modifier le code]

Le réacteur no 3 est un réacteur à eau pressurisé de type EPR (Evolutionnary power reactor), de troisième génération. Les principales différences avec les réacteurs 1 et 2 sont une puissance plus importante et un niveau de sûreté amélioré. Comme l’explique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), « l’EPR est un réacteur « évolutionnaire », il ne présente pas de grande rupture technologique par rapport aux installations en exploitation. [...] Néanmoins, ce réacteur de troisième génération offre des améliorations des systèmes de sûreté. » Parmi les améliorations apportées sur ce plan, on peut citer les quatre trains de sauvegardes indépendants, le récupérateur de corium permettant de refroidir le cœur fondu en cas d’accident de fusion du cœur, et la réduction de la quantité de stellite afin d’améliorer la radioprotection des travailleurs[51].

La puissance thermique maximale fournie par la chaudière nucléaire est de 4 300 MWth, la puissance électrique brute délivrée par l'alternateur de 1 650 MWe et la puissance électrique nette de 1 630 MWe, ce qui lui confère un rendement globale de 37,9 %[52].

À sa mise en service, il sera le réacteur nucléaire le plus puissant de France[53], devant ceux des centrales nucléaires de Chooz dans les Ardennes et de Civaux dans la Vienne (appartenant toutes deux au palier N4 de 1 500 MWe). Sa durée de fonctionnement minimale à la conception est de 60 ans minimum[7].

En août 2006, le génie civil principal est attribué au groupe français Bouygues Construction, et la réalisation de la salle des machines à Alstom[33]. En , AREVA NP signe le contrat de fourniture de l'îlot nucléaire incluant la cuve et le couvercle du réacteur, les mécanismes de commande des grappes, les quatre générateurs de vapeur, le circuit primaire avec ses quatre pompes, ainsi que le pressuriseur[33],[54].

Historique du chantier[modifier | modifier le code]

Génie civil - à [modifier | modifier le code]

Les travaux préparatoires commencent à l'été 2006[33]. Il s'agit d'aménagement des accès, logements, etc. nécessaires au personnel à venir ; ainsi que les travaux de terrassement. La construction de l'EPR débute le avec la coulée du premier béton du radier de l'îlot nucléaire[36].

L'ASN publie le une lettre d'information rapportant plusieurs écarts[55] :

  • un risque de chute d'une grue sur un bâtiment auxiliaire du réacteur no 2. EDF prend la décision d'édifier des « cheminées » en béton autour des grues, afin de prévenir tout risque de basculement[55] ;
  • l'apparition de micro-fissures sur le bloc de béton composant le radier de l'îlot nucléaire coulé du 3 au [55]. Elles seraient liées au retrait du béton lors de son durcissement, phénomène fréquent lors de la réalisation d'un bétonnage en grande dimension. EDF a traité cette anomalie en injectant dans les fissures une résine sous pression[55]. Après avis de l'IRSN, l'ASN considère cette solution acceptable[55] ;
  • des non-conformités de disposition de certaines armatures en fer par rapport aux plans. Des mesures correctives sont prises afin d'éviter de nouveaux écarts de ce type. Ces non-conformités ont été corrigées avant bétonnage[55].

L'ASN détecte en mars 2008 des anomalies sur le ferraillage du radier du bâtiment combustible ; puis le 21 mai 2008, EDF informe l'ASN d'autres anomalies du ferraillage d'une partie du radier destiné à supporter le bâtiment d'un des quatre systèmes de sauvegarde du réacteur[56]. Bien que sans conséquence en matière de sûreté[56], ces anomalies répétés mettent en évidence un manque de rigueur de la part d'EDF et de ses sous-traitants, dans l'organisation et la construction du chantier de l'EPR. L'ASN demande le à EDF la suspension des opérations de bétonnage des ouvrages importants pour la sûreté, ainsi que la transmission d'un plan d'actions correctives[56],[57]. Le , après examen du plan d'actions correctif proposé par EDF, l'ASN autorise la reprise des opérations de bétonnage[58]. Enfin, dans le cadre du traitement technique de ces anomalies, EDF a transmis à l'ASN une étude sur les conséquences du manque localisé d'épingles dans le ferraillage. Ces manques ne remettent pas en cause la tenue mécanique de l'ouvrage, compte tenu des marges retenues à la conception[59].

Pendant l'année 2008, l'ASN mène des inspections sur le « liner métallique » destiné à étancher l'enceinte de confinement interne. Ces dernières mettent en évidence des écarts dans la préfabrication du liner, ainsi que dans la réalisation des soudures, entrainant de nombreuses reprises[59],[60]. L'ASN a demandé à EDF de justifier la capacité du liner à assurer sa fonction de sûreté du confinement[60]. Après consultation de l'IRSN, l'ASN demande le à EDF d'effectuer des contrôles sur les soudures déjà réalisées, et de présenter un plan d'amélioration pour les soudures à venir[60]. En juillet 2009, après examen du plan d'action présenté par EDF en avril et contrôle radiographique des soudures, l'ASN considère que les actions mises en œuvre par EDF sont de nature à améliorer la maîtrise des opérations de soudage. L'ASN maintient néanmoins une surveillance rapprochée[61].

Le débute le montage du groupe turbo-alternateur, assurant la production d'électricité dans l'îlot dit « conventionnel ». Sa ligne d'arbre mesure 70 mètres de long[62].

Le , la salle de commande de l'EPR est installée. Après la création d'une réplique de la salle en , où les deux opérateurs et le chef d'exploitation ont été formés à la conduite informatisée des installations, le poste de pilotage et de contrôle du fonctionnement est construit à proximité du réacteur[63].

À la fin de l'année 2012, 93,5 % du génie civil et 41,2 % des montages électro-mécaniques sont achevés. L'année 2012 est marquée par plusieurs étapes cruciales de la construction de la centrale, en particulier pour les éléments électriques[64].

En mars 2013, la mise sous tension des transformateurs de soutirage est effectuée, permettant à l'EPR de bénéficier d'une alimentation électrique entièrement indépendante de celle de la centrale de Flamanville. Pour préparer ce raccordement, les équipes d'EDF et d'Ineo ont tiré, fin janvier, trois câbles de 600 m, sur la plateforme électrique. Début février, des essais d’aspersion sont réalisés pour vérifier la protection incendie des transformateurs[65].

Au mois d’avril, les premières armoires de contrôle commande sont installées dans la partie nucléaire des installations. La pose et le raccordement de ces armoires sont confiés à l'entreprise Snef. Par cette étape, le site entre dans sa configuration définitive d’alimentation électrique[réf. nécessaire].

Le , l’installation du dôme du bâtiment réacteur est effectuée par la grue « Big Benny » de la société belge Sarens (en). À l'époque, cette grue (modèle SCG-120) fait partie des trois plus grandes au monde avec 200 mètres de hauteur. Elle soulève ainsi sur 44 mètres la structure pesant près de 300 tonnes et atteint une précision de pose de cinq millimètres[66],[67].

Cuve et couvercle non conformes - janvier 2014 à juin 2017[modifier | modifier le code]

Fin , la cuve du réacteur, d’un poids de 425 tonnes pour 11 mètres de hauteur et 5,5 mètres de diamètre, est posée avec succès dans le puits de cuve au centre du bâtiment réacteur[68]. Le directeur du chantier, Antoine Ménager, annonce les premiers essais pour 2015[69].

EDF annonce en novembre 2014 un report de la mise en service à 2017. L'électricien attribue ce retard à des difficultés rencontrées par Areva pour livrer certains équipements, comme le couvercle et les structures internes de la cuve, ainsi qu’à la mise en place de la réglementation des équipements sous pression nucléaires (ESPN) pour laquelle Flamanville 3 est tête de série, en particulier sur un lot de montage réalisé par Areva et ses entreprises sous-traitantes.[réf. nécessaire]

Le , l'ASN annonce qu'Areva l'a informée d'une anomalie de la composition de l’acier dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville[70],[71]. L'anomalie concerne la teneur en carbone (ségrégation carbone) de l'acier, qui serait de 0,3 % au lieu de 0,2 %[72]. Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie, demande au fabricant de donner sans délai les suites qui s’imposent au rapport de l'ASN[73]. Dans un rapport technique publié le , l'ASN précise que « Les essais réalisés à ce stade mettent en lumière un défaut de maîtrise de la qualité des fabrications, ayant un impact sur les caractéristiques mécaniques des matériaux[74] ». Le président de l'ASN explique qu'« en dépit des difficultés matérielles à remplacer cette cuve, c'est une option réalisable, parce qu'elle n'a pas encore été irradiée, le réacteur n'étant pas en marche[75] ». Mais selon Yves Marignac du cabinet Wise-Paris[a], « Toute solution de réparation [...] conduirait presque certainement à devoir évacuer le corps de la cuve »[76]. Le , EDF relève le coût de construction à 10,5 milliards d'euros, et la fin des travaux au quatrième trimestre 2018[77]. Areva propose la mise en œuvre jusque fin 2016 d'un programme d’essais pour justifier le caractère suffisant des propriétés mécaniques du matériau de ces composants[71]. Les cuves des deux EPR de Taishan fournies par Mitsubishi Heavy Industries et Dongfang Electric Corporation ; et celle de l'EPR d'Olkiluoto, sous-traitée par Areva à Mitsubishi Heavy Industries, ne sont pas concernées par ces anomalies[78],[79],[80]. En , le journal Les Échos révèle un système de possibles « falsifications » des dossiers de fabrication d'Areva[81].

Le , au vu du programme d'essais conduit par Areva, l’ASN autorise EDF à exploiter la cuve : « sur la base des analyses techniques réalisées, [...] les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d’accident »[82]. Le couvercle de la cuve sera cependant à changer d’ici fin 2024[83]. Le rapport de l'ASN ne reprend pas les « falsifications » évoquées par Les Échos. EDF prend acte de la position de l'ASN indiquant que la cuve du réacteur de Flamanville 3 est apte au service et de prévoir le remplacement du couvercle d'ici 2024. En parallèle, les équipes d'EDF sont mobilisées pour développer une méthode de suivi en service permettant de démontrer que le couvercle conserve ses qualités dans la durée et échangent régulièrement avec l'ASN sur ce sujet[84][réf. incomplète].

Première phase d'essais d'ensemble - mars 2017 à février 2020[modifier | modifier le code]

Le , EDF annonce avoir commencé la phase des essais d'ensemble du réacteur[85]. Le , débutent les « essais à froid » du réacteur ; il s'agit de tester la résistance, l'étanchéité et le bon fonctionnement du circuit primaire de l'installation à 240 bars de pression[86]. Ces essais son réalisés sans combustible nucléaire.

Le , EDF annonce avoir achevé les « essais à froid » avec succès et prépare la phase d'« essais à chaud » qui débutera en juillet 2018. Il s'agit de simuler le fonctionnement complet du réacteur, toujours sans combustible nucléaire, dans des conditions de température et de pression similaires aux conditions d'exploitation[87]. Enfin, l'épreuve d'enceinte du bâtiment réacteur permet de tester l'étanchéité du bâtiment réacteur en élevant la pression à l'intérieur de celui-ci[88].

Le , les essais à chaud sont terminés avec succès[89].

Soudures non conformes[modifier | modifier le code]

Soudures du circuit secondaire - à [modifier | modifier le code]
Schéma d'un réacteur à eau pressurisé (comme l'EPR). Le circuit secondaire est représenté au centre en bleu clair/blanc. Le circuit primaire est à gauche en orange/jaune.

En , des « écarts de qualité » sont constatés sur 33 soudures du circuit secondaire principal, assurant le transfert en circuit fermé de la vapeur produite par les générateurs de vapeur jusqu'à la turbine. Le coût de construction prévisionnel est relevé de 400 millions d'euros, à 10,9 milliards d'euros, et le raccordement au réseau électrique envisagé au premier trimestre 2020[90],[91]. Selon Le Canard enchaîné l'ASN aurait « mis plus d'un an à s'alarmer officiellement des graves soucis de soudure rencontrés par EDF sur le chantier du réacteur de l'EPR de Flamanville », en dépit de sa connaissance du problème[92]. Le président de l'ASN, Bernard Doroszczuk, regrette cette stratégie d'attente d'EDF : « Les anomalies présentes sur les traversées ne sont pas récentes, elles ont été découvertes en juillet 2015, l'ASN n'a été informée qu'en janvier 2017 »[93].

Ce circuit secondaire est conçu dans une démarche dite « d'exclusion de rupture », consistant à ne pas étudier intégralement les conséquences d'une rupture de ces conduites, jugée extrêmement improbable. Cela implique en contrepartie des normes de conception, de fabrication, de soudure et de suivi particulièrement exigeantes[94],[95]. En l’IRSN et le groupe d’experts permanent de l'ASN émettent un avis défavorable sur la justification présentée par EDF du maintien en l’état, moyennant une surveillance renforcée, de huit soudures sur les 33 incriminées. Ces huit soudures sont situées au niveau des traversées des deux enceintes de confinement en béton, ce qui implique des réparations complexes, un surcoût important, et un nouveau report de la mise en service, à fin 2022 au plus tôt[96],[97]. Selon l'ASN, la rupture de ces soudures « ne peut plus être considérée comme hautement improbable ». Son président Bernard Doroszczuk écarte l'idée d'une réglementation française trop tatillonne. Pour lui, le niveau d'exigence est « comparable » à celui « retenu et atteint » pour les EPR de Taishan en Chine et d'Olkiluoto en Finlande. « Nous ne sommes donc pas face à une exigence française qui serait d'un niveau supérieur au niveau d'exigence fixé, pour ces soudures, sur les EPR construits à l'étranger[98],[99]. »

Toujours selon Bernard Doroszczuk, ces défauts relèvent d'une défaillance industrielle globale de la chaîne de conception, de fabrication et de contrôle : « les exigences (de qualité) n'ont pas été transmises aux deux entreprises, sous-traitants, chargées de réaliser les soudures en usine »[93].

En juin 2019, l’ASN ordonne la réparation de ces huit soudures[100]. EDF propose en un scénario de réparation des conduits par l'intérieur, au moyen de robots télé-opérés[101],[93]. L'ASN valide cette approche en 2020[102]. En , EDF annonce que la totalité des trente trois reprises de soudures sont terminées et conformes, mais nécessitent la réalisation finale d'un traitement thermique de détention consistant en une montée en températures des soudures jusqu'à 600 °C, puis une baisse progressive afin de relâcher les contraintes résiduelles sur ces dernières. Ce traitement est rendu plus complexe par la présence de matériel sensible à la chaleur à proximité des soudures, et nécessite des études complémentaires[103],[104]. Un nouveau report du chargement au premier trimestre 2024 est programmé, et le coût total à terminaison réévalué à 13,2 Md€(2015)[103]. Le , les 200 traitements thermiques de détention sont terminés[105].

Soudures du circuit primaire - à [modifier | modifier le code]

En 2006, EDF et Framatome modifient le diamètre de conduites auxiliaires soudées au circuit primaire, afin de faciliter le contrôle de leur zone de soudure (dit « piquage »). Cette modification survient après la réalisation des études de sûreté, réalisées avec un diamètre de conduite plus faible[106]. Cette erreur de conception est découverte en 2013, après la fabrication des conduites. EDF traite cet écart en 2014 en étendant à ces soudures la démarche d’exclusion de rupture (cf supra), déjà appliquée aux circuits primaire et secondaire[106].

La découverte début 2020 de nombreux écarts de soudure sur le circuit secondaire, pousse l'ASN à demander à EDF un ré-examen des zones de piquages des conduites auxiliaires soudées au circuit primaire. Les inspections révèlent des écarts sur trois zones de piquage, ne permettant pas de valider la démarche d’exclusion de rupture. L'ASN exige d'EDF en l'élaboration d'une stratégie de traitement de ces écarts[106].

En , EDF propose à l'ASN de renforcer les trois zones de piquages en plaçant un cerclage métallique tel un « collier de serrage » autour des circuits ; seule solution permettant de tenir le calendrier de démarrage pour la fin 2022[107]. Selon le directeur général adjoint de l'ASN, Julien Collet, « l'ASN n'a pas d'objection de principe à cette stratégie de traitement qui présente des intérêts en matière de sûreté en évitant des interventions complexes sur le réacteur », mais c'est un procédé sans précédent qui nécessite des investigations complémentaires avant validation[107],[108]. La pose des cerclages métalliques se termine en [109].

Préparation du démarrage - à [modifier | modifier le code]

Le , l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise l'arrivée de combustible nucléaire sur le site du réacteur EPR de Flamanville[110]. Au , tout le combustible est livré et entreposé dans la piscine de stockage de combustible nucléaire, son chargement dans le réacteur est prévu pour la fin 2022[111].

Le , la ministre de la Transition écologique autorise EDF à exploiter l'EPR de Flamanville[112]. Les autorisations délivrées par l'ASN pour charger le combustible nucléaire et mettre le réacteur en service sont prévues pour fin 2022[113],[114]. En novembre 2021, EDF annonce que le premier mégawatt sera produit en 2023[115].

En janvier 2022, EDF annonce que le chargement du combustible est décalé de fin 2022 au second trimestre 2023 et que l'entrée en service n'est pas prévue avant fin 2023[116]. Ce nouveau décalage est principalement lié aux activités de reprise des soudures sur le circuit secondaire du réacteur, qui devraient être terminées en au lieu d'avril. Au total, 110 soudures sont à refaire ; 70 d'entre elles sont en cours, dont 12 sont déjà terminées avec la qualité requise[117]. En décembre 2022, EDF annonce le chargement du combustible pour le premier trimestre 2024[118].

Les essais de requalification d'ensemble (ERE), qui constituent les derniers essais du réacteur, ont lieu du au pour une durée de dix semaines. Il s'agit d'une « répétition générale » du fonctionnement du réacteur sans combustible, qui doit répondre à plus de 400 critères de sûreté et de disponibilité, testés, analysés et vérifiés. Une réussite de ces ERE permettrait d'obtenir l'autorisation de mise en service (délivrée par l'ASN), pour un chargement du combustible nucléaire au premier trimestre 2024 et un démarrage du réacteur au premier semestre 2024[119],[120].

Conformément au programme annoncé fin-, EDF confirme le que le chargement du combustible aura lieu en , pour un démarrage du réacteur à la mi-. Le premier arrêt, appelé « visite complète », devrait intervenir 18 mois plus tard, à la fin du premier cycle du combustible[121],[122],[123]. Il s'agit d'un arrêt de plusieurs mois, réalisé de façon systématique après le démarrage d'un nouveau réacteur nucléaire en France[122],[123]. Le couvercle de la cuve du réacteur sera remplacé lors de cet arrêt[124].

Économie du projet[modifier | modifier le code]

Financement initial[modifier | modifier le code]

En mai 2005, la société italienne Enel signe avec EDF une lettre d’intention pour une participation d'Enel à hauteur de 12,5 % du projet Flamanville 3. En , Enel se retire du projet après l'annonce d'un nouveau retard et d'un nouveau surcoût de l'EPR de Flamanville. EDF verse à Enel une indemnisation de 700 millions d'euros pour les frais déjà engagés[125]. Ce choix est favorisé par l'absence de perspective de construction d'EPR en Italie, après le referendum du (réalisé trois mois après l'accident nucléaire de la centrale de Fukushima) où 94 % des votants rejettent la relance du nucléaire voulue par Silvio Berlusconi[125],[126].

Dérive des coûts[modifier | modifier le code]

Évolution au fil du temps du coût estimé du réacteur Flamanville 3.

Le coût, initialement estimé à 3,4 milliards d’euros, est successivement réévalué par EDF à 4 milliards en décembre 2008, puis à 5 milliards d'euros en juillet 2010[127], puis à 6 milliards d'euros en juillet 2011, à 8,5 milliards d'euros en décembre 2012[128],[129], à 10,5 milliards d'euros en septembre 2015[130], à 10,9 milliards d'euros en juillet 2018[131], à 11 milliards d'euros en [132], à 12,4 milliards d'euros en [101], à 13,2 milliards en [118]. En la Cour des comptes évalue le coût à 19,1 milliards d'euros. La différence d'estimation des coûts entre EDF et la Cour des comptes s'explique principalement par la prise en compte par cette dernière des intérêts intercalaires, c'est-à-dire des intérêts payés par EDF à ses créanciers pour l'emprunt des sommes nécessaires au financement des travaux[117],[133],[134]. La Cour des comptes identifie une « liste des raisons du dérapage », notamment :

  • l'EPR est un projet franco-allemand lancé en 1989, « la conception du réacteur demeure marquée par cette sorte de double paternité qui a constitué une source importante de complexité ». De plus, « l'Allemagne se retire de ce projet en 1998, après l'entrée des Verts dans le gouvernement outre-Rhin » ;
  • le projet a souffert de la rivalité entre EDF et Areva. « Cette compétition entre les deux entreprises n'a pas été arbitrée par les pouvoirs publics et a conduit, dans une sorte de surenchère, au lancement précipité des chantiers de construction des deux premiers EPR », en Finlande à Olkiluoto, ainsi qu'en France à Flamanville, accompagnée par une « sous-estimation de la complexité de la construction » ;
  • chez EDF, « une équipe dédiée pour piloter le projet n’a été mise en place qu’à partir de 2015. » « Ce défaut de pilotage résulte en premier lieu de la confusion entre la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre » ;
  • « le suivi du chantier et de sa rentabilité prévisionnelle n'a pas été suffisant de la part des autorités de tutelle ».

La Cour des comptes estime que « La construction de l’EPR de Flamanville est un échec opérationnel aux causes multiples [...] qui constitue une dérive considérable, même pour un réacteur « tête de série » [...] Malgré un choix technologique désormais éprouvé en Chine et l’amélioration apportée au pilotage de ces grands chantiers, les gains financiers et techniques attendus du projet EPR2 doivent être confirmés ».

À titre de comparaison, le coût de construction par kilowatt-heure de l'EPR de Flamanville serait le double de celui des EPR de Taishan construits en Chine, mais inférieur de 20 % à ceux des réacteurs AP1000 de la centrale de Voglte aux États-Unis[135]. Le coût du mégawatt-heure de l'EPR de Flamanville devrait également être largement supérieur au prix de vente retenu pour l'EPR d'Hinkley point : 104 €/MWh[136].

Le coût du mégawatt-heure produit par l'EPR de Flamanville (entre 100 et 120 ) serait le double de celui des installations solaires en [137]. Cependant, le prix du solaire photovoltaïque ne prend pas en compte le surcoût lié au stockage et au déstockage, qui peut représenter à lui seul entre 40 et 200 €/MWh d’énergie renouvelable produite[138].

Analyse des échecs du projet Flamanville 3[modifier | modifier le code]

Le , le ministère de l'Économie et des Finances publie le rapport commandé par EDF à Jean-Martin Folz (ancien PDG de PSA) sur le chantier de l'EPR de Flamanville[139]. Celui-ci détaille les dysfonctionnements qui ont pénalisé le projet depuis son lancement en 2006. Il ne critique pas la technologie de l'EPR elle-même : la mise en service des réacteurs de Taishan, en Chine, apporte « la preuve de la pertinence du concept et du design de l'EPR, qu'il faut certainement éviter de remettre substantiellement en cause ».

EDF a « grossièrement sous-estimé » les défis d'une technologie nouvelle ; la taille et la complexité de l'EPR ont entraîné « un sensible surcroît de complexité pour l'ingénierie et la construction ». L'auteur constate une « confusion entre les rôles majeurs dans la gestion d'un projet, maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'oeuvre ». Pour ce projet, EDF « semble avoir ignoré certaines des bonnes pratiques en vigueur dans d'autres secteurs » : pas de gestion prévisionnelle des coûts, pas de maquette numérique du projet, pas de planning partagé avec les sous-traitants ; de plus, la réglementation du nucléaire en France a évolué pendant le chantier. Le rapport est particulièrement critique sur la façon dont EDF a géré ses relations avec ses sous-traitants et fournisseurs, ainsi que sur les relations difficiles entre EDF et Areva. Enfin, il constate une « perte de compétences généralisée » de la filière nucléaire française, aucun réacteur n'ayant été construit depuis celui de Civaux 2, seize ans avant Flamanville[140]. Le ministère de l'Économie et des Finances espère que la filière se ressaisisse afin d'atteindre les meilleurs standards.

L'ancien patron de PSA ajoute qu'il s'agit d'un échec pour EDF[141]. Le rapport étudie aussi le déroulement du chantier des deux EPR de Taishan en Chine : ces réacteurs ont été construits en 110 et 113 mois, soit un dépassement de cinq ans du délai initialement annoncé, pour un coût d’environ 95 milliards de yuans (12,2 milliards d'euros), soit 60 % de plus que le budget prévu ; ces chantiers démarrés quatre ans après celui d'Olkiluoto et deux ans après celui de Flamanville ont bénéficié du retour d'expérience de ces deux têtes de série. « La construction simultanée de deux tranches sur le même site a été un véritable atout » et, surtout, « la construction de centrales nucléaires se poursuit régulièrement en Chine depuis une vingtaine d’années, si bien que le réservoir de compétences disponibles, et en particulier de soudeurs qualifiés, a non seulement été maintenu au fil des années mais il a été en réalité continûment développé ».

Social et emploi[modifier | modifier le code]

Conditions de travail et travail dissimulé[modifier | modifier le code]

Le , le journal France-Soir révèle que sur le chantier un salarié de Bouygues Travaux Publics sur trois vient des « pays de l’Est » et se fait le relais du syndicat CGT qui dénonce leurs mauvaises conditions de travail, en particulier pour les horaires (10 à 15 heures par jour)[142]. Le code du travail prévoit, en son article R 8111-11, que les missions d'inspection du travail sont exercées par des ingénieurs et techniciens de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), sous l'autorité du ministre chargé du travail.

À la suite du rapport fourni par l’ASN faisant état de situations salariales abusives, des centaines de travailleurs européens, parmi lesquels plusieurs dizaines « semblent » avoir été rapatriées d’urgence en Pologne[143]. D'autre part, une délégation du groupe socialiste et démocrate au Parlement européen, accompagnée par des représentants des syndicats européens, s'est rendue, le , sur le chantier de l’EPR à Flamanville pour évaluer les conditions de travail et de logement des ouvriers. La délégation est emmenée par la présidente de la Commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen, Pervenche Berès (France), l’eurodéputée de la circonscription, Estelle Grelier (France) et la députée membre de la commission emploi, Jutta Steinruck (Allemagne)[144].

Après la visite du chantier et une table ronde avec des représentants d’EDF, maître d’ouvrage et d’œuvre, et des syndicats sur le site, Pervenche Berès, tout en dénonçant « un exemple d’esclavage moderne[145] », prévoit d’« exiger, dans le cadre des marchés publics, des mesures pour clarifier les responsabilités sociales dans la chaîne des sous-traitants du maître d’ouvrage »[143].

Après le scandale Atlanco touchant l'emploi d'ouvriers polonais sans couverture sociale, EDF signe en 2012 avec la CGT, la CFDT, la CFE, la CFTC, et FO, un engagement en faveur du dialogue social pour une meilleure information des ouvriers et un renforcement des instances de concertation dont le Comité de suivi créé en 2008[146]. Cet accord est par la suite cité en exemple par les syndicats[147]

Les sociétés Bouygues Travaux Publics, Atlanco (agence d’intérim chypriote), Elco (entreprise de construction roumaine) et Welbond comparaissent du 21 au en correctionnelle à Cherbourg, dans une affaire de travail dissimulé concernant 460 travailleurs polonais et roumains, 163 ouvriers de la société Atlanco et 297 de la société Elco[148]. L'entreprise Bouygues Travaux Publics est condamnée une première fois en , puis en appel en 2017, la condamnant à payer une amende de 29 950 euros. Le montant ne doit rien au hasard car, comme le précise le président de la cour d’appel de Caen, une amende de 30 000 euros aurait interdit l’accès de l'entreprise aux marchés publics pendant plusieurs années. Le pourvoi en cassation est rejeté le [149].

Emplois sur le chantier[modifier | modifier le code]

À la fin de l’année 2013, on dénombrait 2 850 travailleurs sur le chantier, pour 57 % d’emploi local (Basse-Normandie) et 19 % de salariés d’origines étrangères[150]. Pour obtenir cette répartition, et faire appel au maximum à la main d’œuvre de proximité, les industriels ont notamment été aidés par la Chambre de commerce et d'industrie de Cherbourg-Cotentin. La chambre consulaire a en effet publié un guide à destination des entrepreneurs de la région dans le but d’obtenir une « meilleure anticipation et une bonne coordination des acteurs de notre territoire[151] ».

De plus, la Direction générale de la compétitivité, de l'innovation et des services (DGCIS) rappelle que dans le volet « condition de recours aux entreprises prestataires » des évaluations complémentaires de sûreté, « la filière a mis au point, avec les représentants des salariés, un cahier des charges social applicable aux prestations de services et de travaux réalisées sur une Installation Nucléaire de Base en France »[152]. Par ailleurs le site de Flamanville s’est vu attribuer le « label grand chantier » par le Premier ministre en 2008. Au total, un budget de 110 millions d’euros a pu être déployé notamment dans le cadre de l’engagement de développement des emplois et des compétences (EDEC) qui consacre la formation et la reconversion des salariés comme deux priorités. Concrètement cela s’est traduit par 540 000 heures de formation dispensées, dont 55 000 en 2013.

Sûreté nucléaire[modifier | modifier le code]

Clôture de la centrale nucléaire de Flamanville.

Sûreté nucléaire et radioprotection[modifier | modifier le code]

Cependant, dans un rapport du , l'ASN relève « treize constats » d'infraction dans le chantier EPR, dont du matériel et des équipements de secours de mauvaise qualité[153]. Ces équipements sont les « filtres de la piscine de réserve d'alimentation en eau borée en cas de situation accidentelle, sur des limitateurs de débit du système d'alimentation des générateurs de vapeur et sur des accumulateurs du système d'injection de sécurité en cas de perte du système de refroidissement[154]. » La validation des matériels par l'ASN est légalement indispensable à la poursuite du chantier et au lancement de la centrale.

Pour autant, les rapports de l’Inspecteur Général pour la Sûreté Nucléaire et la Radioprotection (IGSNR) de 2012 et 2013, montrent que de nombreuses améliorations ont été apportées depuis lors. Ainsi, si Jean Tandonnet (IGSNR) explique que les pistes évoquées dans le rapport Letalon n’ont pas encore été totalement réalisées, la priorité accordée à la recherche sur le conditionnement chimique des équipements devrait permettre d’atteindre les meilleurs standards de sûreté internationaux[155].

Dans son dernier rapport en date de , l’IGSNR soulignait notamment le rôle clef qu’avait pu jouer le Pôle de conseil et compétence (PCC) pour adapter les emplois aux évolutions des équipements et des méthodes d’exploitation. Il mentionne également l’intérêt du projet COLIMO qui « vise à définir, dans la perspective du Grand carénage, de nouvelles pratiques de consignation et de lignage plus simples et plus efficaces » et « à recentrer la consignation sur les objectifs de sécurité, en faisant évoluer le référentiel et les outils »[155].

Prévention et lutte contre les actes de malveillance[modifier | modifier le code]

Les normes de sûreté de l’EPR sont à l’origine du différentiel de coûts avec ces principaux concurrents de troisième génération. En effet, dès sa conception la volonté de prévenir contre les menaces extérieures avait prévalu. Entre autres, la coque de béton « constitue une protection très efficace contre les agressions externes, notamment en cas de chute d'avions militaires ou commerciaux »[156]. Toutefois, le directeur exécutif d’EDF, Hervé Machenaud, exposait devant l’Assemblée nationale[157] la possibilité d’optimiser la conception de l’EPR dont « la redondance de barrières de protection excessivement coûteuses sans rapport avec les faibles gains de sûreté obtenus » pouvait freiner ses exportations.

Des protections qui peuvent se révéler rassurantes, notamment lorsque les sites nucléaires font l’objet d’intrusion par des « militants pacifistes » comme ce fut le cas lors d'opérations de Greenpeace. Malgré la volonté du gouvernement d’empêcher ces manifestations à risques, l’avocat Jean-Pierre Mignard rappelle que l’octroi du statut militaire pour les 58 réacteurs n’est pas à l’ordre du jour ; car comme le précise le directeur de la production nucléaire d’EDF, Philippe Sasseigne, il faut parvenir à « un durcissement de la loi qui ne change pas les conditions de travail pour les salariés d'EDF et les sous-traitants »[158].

Risque d'inondation[modifier | modifier le code]

Pour l'EPR de Flamanville, le scénario le plus négatif envisagé[b] conduit à une vague atteignant 8 m au-dessus du niveau moyen de la Manche actuel, ce qui laisse une marge théorique de 4,60 mètres, le réacteur étant construit à une hauteur de 12,60 mètres au-dessus du niveau de la Manche[159]. Le risque d’une catastrophe naturelle de type raz-de-marée est quasiment nul dans la Manche : il n'y a pas de jonction entre des plaques océaniques ou continentales sous cette mer, et la faible profondeur n'entraîne pas de risque de glissement de terrain sous-marin[160].

Projet Flamanville 4[modifier | modifier le code]

Flamanville faisait partie des sites envisagés pour l'implantation d'un deuxième réacteur EPR en France[161].

Finalement, le site de la centrale nucléaire de Penly est choisi en 2021 par EDF pour la construction de la première paire d'EPR2[162],[163],[164].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. SCOP créée en 1983 pour fournir des documents et des argumentaires aux associations anti-nucléaires et aux promoteurs de la production solaire et éolienne d’électricité.
  2. Sur la base de la plus haute houle, d'une montée des eaux due au réchauffement climatique et d'un raz de marée dû au tremblement de terre le plus violent connu sur la région.

Références[modifier | modifier le code]

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  11. Alstom confirme sa position de leader pour les îlots conventionnels de centrale nucléaire, Alstom, 18 juin 2008
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  13. Rappels sur la visite décennale des réacteurs nucléaires en France connaissancedesenergies et AFP, 28 juin 2019
  14. Flamanville : la visite décennale du réacteur no 2 prolongée jusqu’à mi-octobre « (2019) » actu.fr, 11 juillet 2019.
  15. Aurélie Barbaux, Pourquoi EDF ne redémarre pas les réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire de Flamanville, L'Usine nouvelle, 4 mars 2020
  16. Arrêté du 13/12/04 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous la rubrique n° 2921, Ineris.
  17. Plainte contre EDF, accusé d'infractions à la centrale nucléaire de Flamanville, Capital, 25 août 2020.
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  23. Incident à la centrale nucléaire de Flamanville dans la Manche, France Bleue, 23 juin 2013.
  24. « Explosion à la centrale de Flamanville : la préfecture écarte un « risque nucléaire » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
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  78. Taishan 1 & 2, Framatome :

    « Parmi les fournisseurs des principaux équipements, on compte pour l’Unité 1 :

    • Mitsubishi Heavy Industries (Japon) pour la cuve du réacteur ;
    • Framatome Chalon/Saint-Marcel (France) pour les générateurs de vapeur et le pressuriseur.

    Pour l’Unité 2 :

    • DEC* (Chine) pour la cuve du réacteur et deux générateurs de vapeur ;
    • SEC** (Chine) pour les deux autres générateurs de vapeur. »
    .
  79. Nucléaire : le premier EPR de la planète a démarré en Chine, Le Monde avec AFP et Reuters, 7 juin 2018 :

    « Conçues par Areva, les chaudières de Taishan ont toutefois été fabriquées en Chine par Dongfang Electric Corporation. Et elles n’ont pas connu les concentrations anormales de carbone sur le fond et le couvercle détectées sur la cuve de Flamanville, qui a été forgée dans l’usine Framatome (ex-Areva NP) du Creusot. »

    .
  80. French official documents reveal flaw in another Taishan nuclear plant component, Factwire News Industry, 21 décembre 2017 :

    « At France’s Flamanville nuclear power plant, the upper and lower heads of the reactor pressure vessel were discovered to have similar carbon anomalies in April 2015, prompting questions over the safety of identical components at the Taishan plant, which came from the same supplier. (...) Meanwhile, China General Nuclear Power Corporation (CGN), which is developing the Taishan project with French utility Électricité de France (EDF), insisted at the time that inspections did not find any problems in any of the plant’s components. (...) The ASN has informed the Taishan plant, which shares the same design, of the quality issue in April 2015. China’s National Nuclear Safety Administration admitted at the time that the upper and lower heads of the two reactor pressure vessels at Taishan were made by Creusot Forge. »

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