Centrale nucléaire de Chooz

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Centrale nucléaire de Chooz
Image illustrative de l'article Centrale nucléaire de Chooz
Centrale nucléaire de Chooz
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Champagne-Ardenne
Département Ardennes
Commune Chooz
Coordonnées 50° 05′ 24″ N 4° 47′ 26″ E / 50.09, 4.79056 ()50° 05′ 24″ Nord 4° 47′ 26″ Est / 50.09, 4.79056 ()  
Opérateur Électricité de France
Année de construction 1960 (Chooz A)
Date de mise en service 10 avril 1997 (Chooz B)
Direction Frederic Maillard
Réacteurs
Fournisseurs Framatome, Alstom
Type REP
Réacteurs actifs 2 × 1 450 MW
Puissance nominale 2 900 MW
Production d’électricité
Production annuelle d'électricité 19,4 TWh (en 2010)
Production moyenne 19,847 TWh (5 dernières années)
Production totale 195 TWh (au 27 juillet 2007)
Divers
Source froide Meuse
Site web Site EDF exploitant de Chooz

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Centrale nucléaire de Chooz

La centrale nucléaire de Chooz (prononcer "chô") est située sur la commune de Chooz dans la pointe de Givet, à proximité de la frontière entre la Belgique et la France. Claude Parent en a été l'architecte.

Elle occupe une superficie de deux cents hectares, situés en bord de Meuse entre Charleville-Mézières (55 km en amont) et Dinant (25 km en aval) en Belgique, et à 210 km au nord-est de Paris. La centrale de Chooz emploie environ 900 personnes, dont 680 salariés EDF[1]. Elle contribue à la fiscalité locale à hauteur de soixante quinze millions d'euros, dont neuf millions pour la taxe foncière.

Le site nucléaire de Chooz se répartit en deux centrales : Chooz A et Chooz B, comportant au total trois réacteurs nucléaires. Le réacteur de Chooz A, situé sous terre, est le premier de type réacteur à eau pressurisée (REP) à avoir été mis en service en France, et également le premier à être en cours de déconstruction.

Chooz A[modifier | modifier le code]

Le premier réacteur de Chooz est un projet franco-belge, tant pour sa construction que pour son exploitation[2]. En 1960, dans le prolongement du traité Euratom, une société est constituée entre EDF et une compagnie d'électricité belge, la société d'énergie nucléaire des Ardennes (SENA), pour mener à bien ce projet, dans une boucle de la vallée de la Meuse[3].

La centrale de Chooz A démarre en avril 1967[4], et reste en activité de 1967 à 1991[5]. Elle comporte un réacteur, situé à 150 mètres sous terre, qui fut le premier de type réacteur à eau pressurisée (REP) à avoir été mis en service en France. La cuve du réacteur et ses quatre générateurs de vapeur se trouvent dans un premier souterrain, tandis qu'un autre souterrain abrite la piscine de désactivation et les circuits de secours[6].

Lors de la construction de Chooz A en 1962, EDF a utilisé pour la première fois une licence de fabrication de réacteurs à eau pressurisée acquise en 1959 auprès de l’industriel américain Westinghouse Electric. De ce fait, Chooz A, d'une puissance de 305 MW[5], est une copie - 4 à 5 fois plus puissante — du réacteur américain de Shippingport[7].

Après la fermeture en 1991, EDF a préféré attendre que la radioactivité dans les lieux diminue avant de procéder au démantèlement. Puis en 2001, elle s'est décidé à lancer ce démantèlement, avant de perdre «la mémoire de l'installation» a-t-elle dit, mais sans doute également pour acquérir les compétences et l'expérience sur ce type d'opérations qui représentent désormais un marché de prestation important, «un vrai business au niveau mondial»[8],[6]. 58 réacteurs de ce type sont encore en fonctionnement en France, et vont s'arrêter au rythme de deux réacteurs par an à partir de 2017 si leur durée de vie prévue pour quarante ans n'est pas prolongée, sachant que le président de la République François Hollande avait promis d'arrêter l'une d'elle, la centrale de Fessenheim, d'ici fin 2016. De nombreux réacteurs de ce type existent au monde[8].

En avril 2010, le démantèlement du circuit primaire principal de Chooz A a été attribué par EDF à Onet technologies et le démantèlement de la cuve du réacteur à la société Westinghouse Electric, pour un montant resté confidentiel[9].

Depuis 2010, une centaine de personnes s'attellent à cette tâche : les quatre-vingts opérateurs d'Onet technologies et de ses sous-traitants, Areva et Mammoet entre autres, encadrés par une vingtaine d'agents EDF, démantèlent le circuit primaire du réacteur ainsi que la caverne HK (bâtiment piscine et ses auxiliaires). Début 2012, trois générateurs de vapeurs sur quatre ont été déposés[6]. La phase de démantèlement de la partie nucléaire devrait s'achever vers 2025[10]. Si cette phase dure aussi longtemps, c'est qu'elle n'a pas été prise en compte dans la conception et la construction initiale[8]. un rapport de la Cour des Comptes de 2012 s'inquiète de l'évolution des coûts de la filière électro-nucléaire suite à la complexité des démantèlements[11].

Une autre difficulté est le devenir des déchets radioactifs. Les 10 300 tonnes de déchets radioactifs à vie courte devraient rejoindre les centres de stockage de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs à Morvilliers et Soulaines-Dhuys, dans l'Aube. Par contre, les 30 tonnes de déchets radioactifs à vie longue, issues de la cuve et du circuit primaire, étaient destinés au lieu de stockage Iceda, sur le site de la centrale nucléaire de Bugey, dans l'Ain. Mais ce chantier d'Iceda est arrêté depuis janvier 2012, suite à l'annulation de son permis de construire[8].

Chooz B[modifier | modifier le code]

Vue du site Chooz B

La centrale Chooz B est un projet français et non plus franco-belge. Elle donne lieu pour autant à une coopération entre les deux pays, du fait de la proximité du site et de la frontière : réunions intergouvernementales en 1979 et 1980, échanges de documentation et d'informations, entretiens entre experts, étude d'impact en partie conjointe, dépôt d'observations par les citoyens belges sur les registres d'enquête publique, coopération sur les dispositifs de sécurité. La France a également assuré la Belgique d'une compensation des prélèvements d'eau en Meuse en période d'étiage. Et cette deuxième tranche a provoqué des contestations des deux cotés de la frontière[2].

Cette centrale Chooz B comporte deux réacteurs d'une puissance nominale de 1 450 MW chacun, de type réacteur à eau pressurisée et de conception 100 % française. Ce sont les deux premières unités du nouveau palier de puissance appelé « palier N4 », précurseur du projet de réacteur pressurisé européen (EPR).

  • Chooz B1 est en phase d'exploitation depuis 1996[12].
  • Chooz B2 est en phase d'exploitation depuis 1997[12].

Entre 1980 et 1982 une opposition vive se développe contre le projet. La répression du mouvement par les forces de l'ordre est violente, allant jusqu'au bouclage militaire de La Pointe. Les ouvriers de Vireux, dont le site sidérurgique vieux de 2 siècles installé sur 56 ha a cessé toutes ses activités en 1984, ont pris une part importante au mouvement antinucléaire contre la centrale de Chooz-B[13]. Le gouvernement à majorité socialiste de Pierre Mauroy, mis en place par le président François Mitterrand nouvellement élu, confirme la réalisation.

Caractéristiques des réacteurs[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques détaillées de chaque réacteur en service sont les suivantes[14]. La construction des réacteurs de Chooz B, qui a duré environ 12 ans, a nécessité le chantier le plus long de tous les réacteurs nucléaires français.

Nom du réacteur Modèle Capacité [MW] Exploitant Constructeur Début constr. Raccord. au réseau Mise en service comm.
Thermique (MWt) brute (MWe) Nette (MWe)
Chooz-B-1 N4 REP 1450 4250 1560 1500 EDF Framatome janvier 1984 août 1996 mai 2000
Chooz-B-2 N4 REP 1450 4250 1560 1500 EDF Framatome décembre 1985 avril 1997 septembre 2000

Projet avorté de réacteur EPR[modifier | modifier le code]

Plan type d'un réacteur EPR

Chooz était un des sites possibles d'implantation du second ou du troisième réacteur EPR français[15],[16]. Ces réacteurs EPR, après la réalisation pilote sur la centrale nucléaire de Flamanville, devaient marquer le lancement d'une nouvelle génération de centrale nucléaire, succédant aux 58 réacteurs français REP mis en service entre 1977 et 1999. EDF était l'architecte et l'ensemblier des réacteurs français REP, associé à Framatome pour leur conception. L'European Pressurized Water Reactor (EPR) associe EDF, Framatome mais aussi Siemens (présent à l'époque dans le capital d'Areva) et les électriciens allemands dans un projet franco-allemand[17]. Le nouveau groupe GDF Suez veut également être partie prenante de cette nouvelle filière[18]. La centrale nucléaire de Penly est finalement retenue puis le projet est abandonné[17].

Incidents[modifier | modifier le code]

La sécurité de la centrale de Chooz a été un point de crispation entre les autorités françaises et belges, même si elles coopèrent sur les dispositifs de gestion d'une éventuelle crise transfrontalière[19]. Cette centrale a connu plusieurs incidents. Dès 1967, avant même qu'elle soit couplée au réseau, un incendie s'est déclenché[2]. En 1968, suite à un blocage d'une barre de contrôle, des techniciens se sont rendu compte que la moitié des vis tenant la cuve du réacteur avaient cédé[20],[2]. Plus récemment, en 2004, trois incidents classés au niveau 1 sur l'échelle INES, correspondant à des anomalies, sont survenus. En novembre 2006, s'est produit un rejet de gaz radioactifs supérieur aux limites définies dans les arrêtés de rejets, lors de travaux de maintenance. La limite spontanée a été dépassée de 10 % pendant une minute. Cela représente un dix-millième de ce qui est autorisé sur l'année. En septembre 2007, l'ASN estime que « le nombre important d'événements significatifs justifie également des efforts à consentir pour une meilleure culture de sûreté », et constate « un manque chronique de rigueur dans l'exploitation de la centrale »[21].

Suite aux test de résistance européens mené après l'accident de Fukushima, « les procédures prévues en cas d'accident sont jugées insuffisantes » et « les équipements de secours, comme les groupes électrogènes, ne sont pas assez protégés contre les éléments en cas de catastrophe naturelle en France. »[22].

Laboratoire d'étude du neutrino[modifier | modifier le code]

Le CEA et le CNRS ont établi un laboratoire international souterrain, nommé Double Chooz, destiné à étudier les 'oscillations' du neutrino[23]. Les centrales nucléaires constituent en effet une source importante de neutrinos électroniques, dont le niveau d'énergie, étant distinct de ceux du rayonnement solaire, facilite l'analyse spécifique. Le projet Double Chooz est une collaboration internationale entre le Brésil, la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Japon, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, et la Russie[24]. L'expérience conduit fin 2011 à la constatation d'une disparition effective de neutrinos électroniques imputables à ce phénomène dit d'oscillation des neutrinos[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • Rédaction Le Monde, « La centrale nucléaire franco-belge de Chooz a été couplée au réseau », Le Monde,‎ 5 avril 1967 (lire en ligne).
  • Jean-Michel Durand-Souffland, « Le « monstre » de Chooz fait trembler deux pays », Le Monde,‎ 23 juin 1980 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Monde (Correspondance), « Le « monstre » nucléaire de Chooz. Accidents matériels et implications diplomatiques », Le Monde,‎ 16 juillet 1980 (lire en ligne).
  • Guy Duplat, « Nucléaire, Chooz arrêté en 1991. », Le Soir,‎ 9 juin 1989 (lire en ligne).
  • Jean-François Augereau, « Les ferrailleurs du nucléaire », Le Monde,‎ 7 octobre 1992 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Monde avec AFP, « L'Autorité de sûreté nucléaire dénonce un manque de rigueur dans deux centrales », Le Monde,‎ 21 septembre 2007 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Figaro, « EDF en pole position pour la construction du deuxième EPR », Le Figaro,‎ 19 janvier 2009 (lire en ligne).
  • Pascal Gateaud, « Chooz ou Penly : Sarkozy choisira le site du second EPR », L'Usine nouvelle,‎ 20 janvier 2009 (lire en ligne).
  • Reuters, « Le deuxième réacteur EPR attribué à EDF et GDF Suez », Le Point,‎ 30 janvier 2009 (lire en ligne).
  • Laura Lavis, « La fin de parcours d'un prototype industriel. Le réacteur nucléaire de Chooz A, en phase de déconstruction, sera déclassé à l’horizon 2025 », Le Soir,‎ 27 novembre 2009 (lire en ligne).
  • Valéry Laramée de Tannenberg, « Retour aux sources pour Westinghouse », Journal de l'environnement,‎ 28 avril 2010 (lire en ligne).
  • Jean-Michel Bezat, « EPR, le réacteur maudit », Le Monde,‎ 11 novembre 2011 (lire en ligne).
  • Audrey Garric, « Au cœur d'une centrale en démantèlement », Le Monde,‎ 5 mars 2012 (lire en ligne).
  • Philippe Ricard, « Sûreté nucléaire : tension entre Paris et Bruxelles », Le Monde,‎ 2 octobre 2012 (lire en ligne).
  • AFP, « Grève sur le site nucléaire de Chooz », Le Figaro,‎ 4 février 2013 (lire en ligne).
  • Gabriel Siméon, « Le nucléaire en casse tous risques », Libération,‎ 10 février 2014 (lire en ligne).

Sources sur le web[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]