Centrale nucléaire de Civaux

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Centrale nucléaire de Civaux
Centrale nucléaire de Civaux (2005)
Administration
Pays
Région
Département
Commune
Coordonnées
Opérateur
Construction
de 1981 à 1999
Mise en service
Statut
en exploitation
Direction
Christophe Rieu
Réacteurs
Fournisseurs
Type
Réacteurs actifs
2 x 1495MWe nets
Puissance nominale
2 990 MWe nets
Production d’électricité
Production annuelle
22,24 TWh (2019)[1],[2]
Facteur de charge
84,9 % (en 2019)
75,7 % (jusqu'en 2019)
Production moyenne
19,86 TWh (2015 à 2019)
Production totale
384,57 TWh (fin 2019)

Source froide
Site web
Carte

La centrale nucléaire de Civaux est située sur la commune de Civaux (Vienne) au bord de la Vienne entre Confolens (55 km en amont) et Chauvigny (16 km en aval), à 34 km au sud-est de Poitiers.

En 2023, la centrale exploite deux réacteurs à eau pressurisée (REP) de 1 450 MWe chacun, et emploie environ mille trois cent personnes, salariés d'EDF et partenaires.

C'est la dernière centrale nucléaire française à avoir été mise en service, en 1997. Elle comprend deux réacteurs du palier N4.

Présentation[modifier | modifier le code]

Centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne. Sont visibles une cheminée de refroidissement et les sommets des deux réacteurs.

La centrale de Civaux se compose de deux réacteurs nucléaires de la filière REP, désignés comme « palier N4 », d'une puissance unitaire de 4 270 MWth, chacun délivrant 1 495 MWe sur le réseau. Elle utilise l'air ambiant et l'eau de la Vienne pour son refroidissement[3].
La centrale est équipée de deux tours aéroréfrigérantes d'une hauteur de 178 m qui utilisent l'eau de la Vienne pour contribuer au refroidissement des installations[4]. Leur hauteur est déterminée pour optimiser les échanges de chaleur avec l'air ambiant, en fonction du débit de la Vienne et de la puissance des réacteurs.

La centrale de Civaux produit environ 20 millions de mégawattheures par an, soit l'équivalent de 50 % de la consommation d'électricité de la Nouvelle-Aquitaine. Civaux-1 a produit 11,6 TWh en 2019 : c'est le deuxième réacteur le plus productif durant cette année au monde après l'EPR de Taishan[5].

Caractéristiques des réacteurs[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques détaillées de chaque réacteur en service sont les suivantes :

Nom du réacteur Modèle Capacité [MW] Exploitant Constructeur Début construction Raccordement au réseau Mise en service commerciale 1re visite décennale 2e visite décennale
Thermique (MWt) brute (MWe) Nette (MWe)
Civaux-1[1] N4 REP 1450 4270 1561 1495 EDF Framatome 15 octobre 1988 24 décembre 1997 29 janvier 2002 12 août 2011 au 03 décembre 2011 21 août 2021 au 01 février 2023
Civaux-2[2] N4 REP 1450 4270 1561 1495 EDF Framatome 01 avril 1991 24 décembre 1999 23 avril 2002 17 février 2012 au 30 septembre 2012 19 novembre 2021 au 27 avril 2023


Dates clés[modifier | modifier le code]

  • 1980 : Décision d'implanter une centrale nucléaire à Civaux[6].
  • 1981 : Création de la Commission Locale d'Information (CLI).
  • 1984 : Signature du Décret d'Utilité Publique.
  • 1985 : Obtention du label « Grand chantier », label est décerné à toute construction déclarée d'utilité publique qui nécessite des mesures d'accompagnement et d'accueil.
  • 1987 : Obtention du permis de construire.
  • 1988 : Début de la coulée des bétons de la tranche 1.
  • 1997 : Premier couplage au réseau de la tranche 1.
  • 1998 : de mai 1998 à mars 1999, arrêt de la tranche 1 pour réparation de fissures sur un coude de la tuyauterie du circuit de refroidissement à l'arrêt. Une réparation similaire est effectuée sur toutes les tranches du palier N4 (Chooz et Civaux).
  • 1999 : Premier couplage au réseau de la tranche 2.
  • 2001 : Premier arrêt pour rechargement et visite complète de la tranche 1.
  • 2002 : Premier arrêt pour rechargement et visite complète de la tranche 2.
  • 2003 : OSART (Operational Safety Assessment Review Team), mission d'évaluation de la sûreté en exploitation.
  • 2004 : Certification ISO 14001.
  • 2005 : Première évacuation de combustible usé vers la Hague.
  • 2006 : Entrée en tenue de travail standard en zone nucléaire.
  • 2007 : Certification OHSAS 18001 (démarche d’amélioration continue de la santé et de la sécurité du personnel).
  • 2009 : Accréditation NF EN ISO 17025 pour le laboratoire d'environnement.
  • 2011 : Première visite décennale du réacteur no 1[7].
  • 2012 : Première visite décennale du réacteur no 2[7]
  • 2014 : Demande de renouvellement et d'extension de l'accréditation ISO 17025 dans le laboratoire d’environnement.
  • 2021 : Arrêt du réacteur n°1 pour une visite décennale d'une durée de 140 jours[8]
  • 2021 : Prolongation de l'arrêt du réacteur n°1 le après la détection de fissures sur le système d’injection de sécurité (RIS) du circuit primaire en acier inoxydable[9],[10],[11]. EDF se rend compte que ce problème est susceptible d'affecter d'autres centrales nucléaires et met une vingtaine de ses réacteurs en arrêt prolongé.
  • 2022 : EDF procède à la découpe des portions de tuyauteries concernées et des expertises, réalisées en laboratoire, permettent de confirmer que les défauts constatés sur le réacteur de Civaux 1 sont liés à un mécanisme de dégradation appelé phénomène de corrosion sous contrainte. La tuyauterie est remplacée[12].
  • 2023 : Remise en route du réacteur n°1 (janvier) et n°2 (avril) après remplacement de la tuyauterie corrodée[13].
Vue aérienne

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Réglementation de l'utilisation de l'eau[modifier | modifier le code]

Les exploitants de la centrale de Civaux sont vigilants à l'utilisation de la rivière Vienne. La Vienne présente un débit capricieux, faible l'été, pouvant générer des crues l'hiver. La centrale de Civaux utilise la Vienne pour refroidir ses installations et pour effectuer des rejets. Le débit de la Vienne, comme celui de tous les cours d'eau français est soumis à un SAGE (Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux) ; placé sous la responsabilité du préfet, celui-ci impose un débit minimum de 13 m3/s en amont de la centrale (à Lussac-les-Châteaux), débit qui permet une utilisation de l'eau pour tous les utilisateurs : agriculteurs, rejets d'eaux usées, prélèvements d'eau potable, pêcheurs, etc. Lors des années de forte température ou sécheresse (2003 - 2004 - 2011) grâce aux barrages situés en amont d'avril à octobre, la Vienne a conservé un débit supérieur de 13 m3/s à la satisfaction de tous les utilisateurs. De plus, la centrale est soumise à un arrêté de rejet[14] précisant entre autres les seuils maximum de température des rejets de la centrale. Quand la température de la Vienne en amont est inférieure à 25 °C, la centrale ne doit pas contribuer à échauffer de plus de 2 °C entre l'amont et l'aval. Lorsque la température de la Vienne est supérieure à 25 °C, la centrale ne doit pas échauffer la Vienne. C'est pour cela qu'elle est équipée d'un système de refroidissement additionnel. Ainsi, lors des périodes très chaudes, lorsque la Vienne monte naturellement à des températures élevées, la centrale ne la réchauffe pas encore plus.

Risques liés au réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

Selon une étude publiée par la revue scientifique Nature, dans les années 2040, la production pourrait perdre en moyenne 6 % l’été par rapport à la période de référence (1971-2000)[15]. Cette perte moyenne de 6 % pourrait masquer des accidents plus prononcés. Et elle pourrait représenter une baisse de puissance, pour les deux réacteurs de Civaux, d’environ 300 mégawatts, soit la consommation de plusieurs dizaines de milliers de personnes[16].

L'étude mentionne aussi des risques pour la faune et la flore de la Vienne en raison du réchauffement de l'eau accentué par la production d'énergie de la centrale nucléaire[17].

Incidents[modifier | modifier le code]

1998 : Fissures sur le circuit de refroidissement du réacteur à l'arrêt[modifier | modifier le code]

Le 12 mai 1998, alors que l'unité était à l'arrêt, une fuite d'eau estimée à 30 m3/h s'est produite en raison d'une fissure sur un coude de la tuyauterie du circuit de refroidissement à l'arrêt du réacteur no 1. Après avoir isolé la voie accidentée, le refroidissement du réacteur à l'arrêt a été assuré par la seconde voie. Les procédures ont été appliquées et la fuite a été stoppée quelques heures plus tard[18]. Les 230 m3 d'eau faiblement radioactive échappés ont été, selon le directeur de la sûreté nucléaire (DSIN), entièrement récupérés dans le puisard du réacteur.

Les expertises ont montré que les fissures étaient provoquées par un mauvais mélange des eaux chaudes et froides à l'intérieur du circuit. À l'époque de l'incident, un défaut de qualité des tubes avait aussi été évoqué[19].

Salle des machines.

À la suite de cet incident, EDF a déchargé les quatre réacteurs du « palier N4 », c'est-à-dire l'autre réacteur de Civaux et les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Chooz qui étaient tous porteurs du même défaut. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorisera ces réacteurs à redémarrer plus de dix mois après l'incident[20],[21]. Cet incident a été classé au niveau 2 de l'échelle INES.

2001 : Défaut d'étanchéité de l'enceinte de confinement[modifier | modifier le code]

En juin 2001, à la suite du premier test de mise en pression, l'ASN publie un avis d'incident, classé au niveau 1 de l'échelle INES, à cause d'un « défaut d'étanchéité de l'enceinte ». Le béton des enceintes, autant interne qu'externe, s'avère être fissuré[22],[23].

2007 : Dépassement d'activité à la cheminée[modifier | modifier le code]

En 2007, lors du déchargement du combustible du réacteur no 1, un dépassement d’activité avait été constaté à la cheminée à cause du dégazage d'assemblages fuitards. Plusieurs crayons d'assemblage combustible identifiés comme fuitards subissent alors des investigations afin d’identifier l’origine de leurs défauts[24].[source insuffisante]

2012 : Présence de tritium sous la centrale[modifier | modifier le code]

Le 13 janvier 2012, l'analyse d'un prélèvement réalisé dans un puits de contrôle de la qualité des eaux souterraines avait révélé la présence élevée de tritium dans les eaux souterraines situées sous la centrale nucléaire de Civaux, à une concentration de 540 becquerels/litre (Bq/L) contre une valeur de 8 Bq/l attendue. L'ASN publie un rapport sur cet événement classé au niveau 1 de l'échelle INES[25]. Les investigations menées sur les installations ont montré que cette radioactivité, de l'ordre d'un vingtième de la limite autorisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'eau potable, a pour origine un écoulement d'eau provenant des réservoirs d'effluents situés au-dessus du puits de contrôle. L'eau de cette nappe souterraine, qui communique avec la Vienne, n'est utilisée ni pour l'eau potable ni pour les besoins agricoles. Deux défaillances sont à l'origine de cet écoulement : un robinet défectueux et un bassin de rétention non étanche[25]. Des travaux ont été engagés rapidement, sur les réservoirs de stockage comme sur le dispositif de rétention qui se situe en dessous. Une réfection totale du revêtement a été réalisée.

2015/2018 : Défaut de résistance au séisme de tableaux d’alimentation électrique[modifier | modifier le code]

L'ASN signale en 2018, une fois les réparations effectuées, un défaut de résistance au séisme de tableaux d’alimentation électrique des réacteurs de Civaux 1 et 2 et de Chooz 1, défaut détecté par EDF dès 2015 et 2016. Cette anomalie est classée au niveau 1 de l'échelle INES pour les réacteurs de Civaux et au niveau zéro pour celui de Chooz[26],[27].

2021 : Fissures sur le circuit d'injection de sécurité[modifier | modifier le code]

En 2021, lors de la visite décennale du réacteur no 1 démarrée en août, EDF détecte des fissures de corrosion sous contrainte sur le système d’injection de sécurité (RIS) du circuit primaire. Le réacteur n°2 est mis à l'arrêt le 20 novembre pour effectuer des contrôles qui révèlent le même défaut[9],[10]. Après réparations, la tranche 1 est reconnectée au réseau le et la tranche 2 le [28].

2022 : Interruption de l’épreuve hydraulique du circuit primaire de l'unité de production n°1[modifier | modifier le code]

Le 2 novembre 2022, l’épreuve décennale d’étanchéité du circuit primaire de l’unité de production n°1 a été interrompue à la suite d’une défaillance matérielle d’un dispositif temporaire installé spécifiquement pour ce test. Celle-ci avait entraîné la dépressurisation du circuit et un écoulement d’eau dans un local situé à l’intérieur du bâtiment réacteur. Cet événement n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations, la cuve du réacteur ne contenant aucun élément de combustible, ni sur l’environnement, la collecte de l’eau faiblement radioactive ayant été effectuée dans les dispositifs prévus à cet effet. Un second test d’étanchéité a été réalisé avec succès le jeudi 17 novembre, en présence d’inspecteurs de l’ASN.[29],[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « IAEA - Power Reactor Information System - CIVAUX-1 », sur pris.iaea.org (consulté le ).
  2. a et b (en) « IAEA - Power Reactor Information System - CIVAUX-2 », sur pris.iaea.org (consulté le ).
  3. ASN, « La centrale de Civaux » (consulté le )
  4. [PDF] Document Afsset, 10 octobre 2007
  5. « Reactor Database », sur world-nuclear.org (consulté le )
  6. [PDF]La centrale nucléaire de Civaux, bilan 2012 EDF, février 2013
  7. a et b Le petit économiste - 18/07/2011 : La visite décennale de la centrale nucléaire de Civaux, un rendez-vous majeur
  8. « Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Civaux est à l'arrêt pour une visite décennale », sur Le Populaire,
  9. a et b Autorité de sûreté nucléaire (ASN), « Phénomène de corrosion sous contrainte détecté sur le circuit d’injection de sécurité du réacteur 1 de la centrale de Civaux – Arrêt des réacteurs de 1 450 MWe pour réalisation de contrôles », sur asn.fr, (consulté le )
  10. a et b IRSN, « Note d'information : Détection de fissures sur des tuyauteries du système d’injection de sécurité des réacteurs n° 1 et n° 2 de la centrale nucléaire de Civaux », sur irsn.fr, (consulté le )
  11. « La centrale nucléaire de Civaux en arrêt total jusqu'au 17 décembre », sur La Nouvelle République,
  12. « L'arrêt des réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux encore prolongé ! », sur France 3,
  13. « Le deuxième réacteur de la centrale nucléaire de Civaux a redémarré », sur ici, par France Bleu et France 3, (consulté le )
  14. Arrêté de rejet, commune de Civaux legifrance.gouv.fr, 23 juin 2009
  15. (en) Nature (revue) - 3 juin 2012 : Vulnerability of US and European electricity supply to climate change
  16. Le Figaro - 8/06/2012 : Le réchauffement menace les centrales nucléaires
  17. Baptiste Bize, « Le réchauffement climatique menace la centrale de Civaux », La Nouvelle République,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Revue de presse par Stop Civaux
  19. http://www.dissident-media.org/infonucleaire/incident_civeaux_stop.html
  20. Redémarrage du réacteur 1 de la centrale de Chooz B - Communiqué de l'ASN du 19 mars 1999
  21. Autorisation de chargement en combustible du réacteur no2 de la centrale de Civaux - Communiqué de l'ASN du 27 juillet 1999
  22. « Réacteur 1 Défaut d'étanchéité de l'enceinte », sur asn.fr (consulté le ).
  23. « [titre manquant] », sur La Nouvelle République du Centre-Ouest (consulté le ).
  24. https://www.asn.fr/content/download/72653/478621/version/1/file/INS-2009-EDFCIV-0005.pdf
  25. a et b La Nouvelle République - 24/01/2012 : Un rapport accablant pour la centrale de Civaux
  26. Hervé Liffran, « Le gendarme de l'atome a perdu sa langue », Le Canard enchaîné,‎ , p. 4
  27. Résistance au séisme de tableaux d’alimentation électrique des centrales nucléaires, ASN, 19 février 2018
  28. Centrale nucléaire : Arrêté depuis août 2021, le réacteur n°1 de Civaux reconnecté au réseau, AFP et 20minutes, 26 janvier 2023
  29. Centrale nucléaire de Civaux : la fuite a été résorbée, lepoint afp, 11 novembre 2022
  30. « Le redémarrage d’un réacteur de Civaux menacé par une fuite », sur Le Figaro,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]