Émaux de Briare

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Image illustrative de l'article Émaux de Briare

Création 1837
Dates clés rachats : en 1851 par Jean-Félix Bapterosses ; en 1963 à 54 % par Société générale de fonderie ; en 1996 par Les Jolies Céramiques sans kaolin
Personnages clés Jean-Félix Bapterosses, Alfred Loreau
Forme juridique Société par actions simplifiée[1]
Slogan CONCORDIA CRESCENT, puis MVNDVM ORNO
Siège social Drapeau de la France Briare Voir et modifier les données sur Wikidata (France)
Direction Jean-Claude Kergoat[1]
Activité fabrication de carreaux en céramique / NACE 2331
Produits mosaïque
Société mère Les Jolies Céramiques sans kaolin
Sociétés sœurs Établissements Carré ; Aurum Ceramics ; Cérafrance ; Cristal de France - Terres d'Est (faïencerie de Niderviller, faïencerie de Sarreguemines, faïencerie de Lunéville-Saint-Clément, cristallerie de Portieux, cristallerie de Vallérysthal)
Effectif 94 (2009)[2]
Site web www.emauxdebriare.com

Capitalisation retirée de la cote
Fonds propres capital social 2,8 millions d'euros
Chiffre d’affaires non publié
Résultat net non publié
Plus haute rémunération non communiquée

Les Émaux de Briare est une manufacture française de mosaïque basée à Briare dans le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire. Elle est issue du rachat de la Faïencerie de Briare, créée en 1837, par Bapterosses et Cie, une société spécialisée dans la fabrique de boutons de porcelaine fondée à Paris en 1845.

La société développe une stratégie internationale dès 1851 sur l'Europe puis ultérieurement, avec l'apparition des perles, en 1864[H 1] vers l'Afrique, l'Australie et les Amériques. Elle se spécialisera progressivement à partir du XXe siècle dans les mosaïques.

Cette manufacture est désormais filiale de la société parisienne Les Jolies Céramiques sans kaolin[3] au même titre que ses sociétés sœurs : Établissements Carré ; Aurum Ceramics ; Cérafrance ; Cristal de France - Terres d'Est (faïencerie de Niderviller, faïencerie de Lunéville-Saint-Clément, cristallerie de Portieux, cristallerie de Vallérysthal)[4].

Géographie[modifier | modifier le code]

La manufacture des Émaux de Briare est située à Briare, dans le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire[5]. Elle se trouve à proximité immédiate de la principale carrière de sable qui l'alimente depuis l'origine, sur le bord de la Loire qui longtemps servit à l'acheminement tant des matières premières que des marchandises.

La direction commerciale est implantée dans le 10e arrondissement de Paris[5] depuis 1878, dans un immeuble situé au 50 rue de Hauteville servant aussi pour la faïencerie de Gien et par la suite pour la compagnie industrielle du jouet (CIJ), devenues successivement filiales de la société[6].

Le groupe possède deux boutiques à Paris, l'une dans le 7e arrondissement, l'autre dans le 10e arrondissement, ainsi qu'une filiale à Bay Shore dans l'état de New York aux États-Unis[5].

Le musée de la mosaïque et des émaux de la manufacture est installé à Briare sur le site de l'usine[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Un double départ[modifier | modifier le code]

L'histoire de la manufacture de Briare peut être présentée comme le résultat de la fusion de deux histoires anciennes de créateurs dans le domaine de la céramique.

La manufacture de faïence lithocérame à Briare[modifier | modifier le code]
Plat de barbier : faïence lithocérame de Briare vers 1840.

Une manufacture de faïence fine dite lithocérame[note 1] est créée à Briare en 1837[7] par « Brisset, Azambre & Cie » sur des terrains rachetés aux propriétaires du canal de Briare. Elle est basée sur les travaux réalisés par un élève d'Antoine-François Fourcroy et de Louis-Nicolas Vauquelin qui recherchait un matériau intermédiaire entre la porcelaine et la poterie, tant en termes de prix de revient que de finesse d'aspect[8].

L'usine, moderne, est dotée de fours à houille[G 1], puis équipée d'une machine à vapeur dès 1843, soit dix ans avant la faïencerie de Gien[9],[10]. Elle utilise aussi des matières premières spéciales telles que des argiles à fer oligiste[11].

Cette société en commandite est l'une des premières manufactures à être cotée, dès 1838, à la bourse de Paris[12] au milieu d'une petite dizaine d'autres, dont celle de Saint-Gobain ou encore de la manufacture des Gobelins[8].

Selon l'écrivain français Henri-Gustave Lengellé dit Tardy, cette fabrication de faïence est semblable à celle du Beauvaisis excepté le fait qu'elle ne nécessite que quatre jours de cuisson au lieu de huit et que l'émail est confectionné avec du laitier de fer. Ce procédé semble avoir perduré au moins jusqu'en 1876[13].

La manufacture de boutons dits de porcelaine à Paris[modifier | modifier le code]
Boutons d'émail de Briare vers 1850.

Parallèlement, en 1843, à la suite d'un voyage en Angleterre, Jean-Félix Bapterosses découvre la nouvelle technique de production locale de boutons selon le procédé de pressage à sec breveté par Richard Prosser le [14]. La production démarre dès le mois d'août à l'usine Mintons Ltd à Stoke-on-Trent, célèbre faïencier du Staffordshire, qui s'est associé à Prosser[15]. Si Bapterosses perçoit l'intérêt de cette méthode, il voit aussi sa faiblesse, car outre-Manche, les boutons sont alors frappés à l'unité, notamment du fait de la faible plasticité des poudres sèches employées. Il en tire l'idée d'une machine permettant de frapper 500 boutons simultanément[16],[17] en 1844, grâce entre autres à son ingéniosité mécanique et à une pâte rendue plus plastique par adjonction de lait qui contient de la caséine. Cela lui permet d'obtenir une première médaille d'or à l'exposition nationale de Paris de 1844[18], précurseur des expositions universelles. L'invention de ce procédé performant met, en quelques années, un terme à la fabrication anglaise de boutons[19],[20].

Bapterosses fonde sa première usine en juillet 1845 à Belleville[note 2] dans le département de la Seine d'où sortent les premiers boutons industriels, dits « boutons agates »[21].

En 1846, il transfère la manufacture dans des locaux plus spacieux aux 27 et 29 de la rue de la Muette à Paris. En mai 1847, il dépose un nouveau brevet pour un four à moufle chauffé à la houille, permettant de réduire le temps de cuisson des boutons à 15 minutes tout en permettant une surveillance constante. Il trouve un feldspath particulier qui permet de donner un aspect plus lustré à ces boutons[22].

Entre 1848 et 1849, il développe ses gammes de couleurs grâce à l'utilisation d'oxydes métalliques[23] et perfectionne sa fabrication de boutons[24]. Le succès venant, les contrefaçons apparaissent. Bapterosses intente un procès à la société Lebeuf, Milliet & Cie qui venait de prendre le contrôle des usines de faïence de Creil-Montereau. Ceux-ci sont condamnés grâce notamment à la plaidoirie de l'avocat français Adolphe Billault et ce malgré la défense pour la partie adverse de l'avocat Jean-Baptiste Duvergier[25] - futur ministre de la Justice.

En 1850, alors qu'il est à la recherche d'un emplacement pour agrandir son usine dans laquelle il emploie alors environ 700 personnes[26], il tombe en panne de diligence à Briare. Il y repère alors l'usine de faïencerie fine en difficulté financière et mise aux enchères de ce fait. Il la rachète en 1851, avec son procédé de fabrication. Ce transfert permet à la manufacture de quitter la capitale qui subit alors les évènements de la Révolution française de 1848[note 3],[7].

Le développement sur le site de Briare[modifier | modifier le code]

Perles nacrées en Émaux de Briare, vers 1865.

Les nouveaux locaux offrent plusieurs avantages : leur importante superficie, leurs équipements modernes (fours à houille, pompe à eau...), leur situation géographique à seulement 150 km de Paris sur la route nationale 7 et à proximité du canal de Briare. Le débouché sur le canal et la Loire, alors navigable navigable, par une lancière est idéale pour l'approvisionnement des matières premières nécessaires : terres du Limousin, houilles de Commentry ou feldspath de Norvège[27]. La surface occupée par l'usine passe en quelques années de 3 à 10 hectares[28]. Des fours plus modernes sont rapidement construits[29],[30]. L'usine possède d'immenses halls et et cheminées, qui, alignées, « donnent l'impression d'une gigantesque usine à fer » comme le décrit en 1898 le journaliste français Victor-Eugène Ardouin-Dumazet dans son guide touristique Voyage en France[31]. L'entreprise produit alors 1 400 000 boutons par jour et emploie 550 personnes.

La ferme de Rivotte située à proximité de l'usine est rachetée afin de fournir le lait nécessaire à la neutralisation de l'excès d'acide au cours de la fabrication de la pâte pour les émaux[24],[27].

Parallèlement, Bapterosses, élu conseiller général du canton de Briare en 1857, est membre de la commission d'enquête sur le tracé de la ligne de chemin de fer reliant Auxerre à Gien[32]. Il favorise le passage de la voie de chemin de fer à Briare en influençant la société des chemins de fer Paris-Orléans. Le tronçon reliant Montargis à Nevers via la gare de Briare s'intégrant dans l'actuelle ligne de Moret - Veneux-les-Sablons à Lyon-Perrache est ouvert en septembre 1861.

La production de boutons à queue métallique - notamment pour les bottines - débute en 1860 grâce à l'invention d'une machine mécanique pour former les tiges en laiton[33] et celle des perles en 1864[24]. L'usine produit alors 800 000 boutons à queue par jour[34]. Bapterosses est également le pionnier dans l'utilisation d'une méthode proche de celle de Prosser pour la fabrication des perles[35].

Gravure de Laurent Victor Rose représentant la manufacture de Briare (1875)

Vers 1865, l'entreprise emploie environ 700 personnes, principalement des femmes et des enfants[36],[37]. Pour faire face à son besoin toujours croissant d'espace elle ouvre une annexe au sein de la faïencerie de Gien dont Bapterosses est devenu l'actionnaire de référence en 1866[38]. En 1867, l'utilisation d'un brevet permet la fabrication de perles irisées (avec un lustre métallique) [39].

En 1876, des cités ouvrières avec jardins sont construites pour y loger 186 familles ouvrières - représentant environ 800 personnes - dotées d'un grand confort pour l'époque (bien aérées, eau, gaz) et relativement spacieuses puisque comprenant trois pièces, une pour les parents, une pour les garçons et une pour les filles[40]. Elles ne sont détruites que cent ans plus tard[H 2]. Des écoles sont bâties au sein même de l'usine[24].

Briare devient « la cité des perles » ; sa population passe de 3 477 en 1851, date du rachat de l'usine, à 5 590 habitants en 1881[41]. Selon Alfred Loreau, beau-fils de Bapterosses et second de l'entreprise depuis 1870, compte tenu des travaux d'encartage distribués dans les communes alentour, la manufacture emploie les services de 9 000 à 10 000 salariés à son pic[42]. À cette époque environ 10 000 tonnes de charbon et 500 m3 de bois sont consommés par an, ainsi que de masses considérables de matières premières : 2 000 tonnes de feldspath principalement et 500 tonnes d'oxydes métalliques et autres matières colorantes qui permettent d'exporter entre autres 500 tonnes de perles et 1 000 tonnes de boutons[43]. La revue La Nature écrit que dans les années 1880, l'usine produit 6 tonnes/jour de boutons ou de perles. Les perles fabriquées par l'usine, d'abord utilisées pour les colliers, accompagnent le mouvement de colonisation de l'Afrique [44], notamment au Sénégal, leur présence y étant attestée dès 1871[45] ou encore avec l'explorateur italien, naturalisé français, Pierre Savorgnan de Brazza[46],[47], en Amérique latine et du Nord [48]. Elles deviennent une monnaie d'échange dans les colonies françaises en Afrique notamment jusqu'en 1944 au Tchad, où elles ont même un nom spécifique "Boké" [49], comme en atteste Henri Joseph Eugène Gouraud [50]. Dix-huit à vingt colliers de perles Bapterosses valent un Thaler en 1900 [51], tandis qu'un collier suffit pour obtenir une ration de manioc [52].

En 1882, l'usine commence la fabrication de la mosaïque en émaux. Celle-ci reste longtemps une activité annexe de l'entreprise, production réservée uniquement aux artistes et décorateurs[53].

Le développement à l'international[modifier | modifier le code]

Après s'être rodée à Paris en 1849 dans l'exposition de la Seconde République, où elle obtient une médaille d'or, la société s'ouvre aux marchés internationaux en participant à un grand nombre de concours et d'expositions universelles en France et à l'étranger dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle y collectionne les prix et distinctions : Londres (Royaume-Uni) en 1851, « prize medal » ; médaille d'or de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale en 1853 ; Paris en 1855, médaille d'honneur ; Londres de nouveau en 1862 « prize medal » ; New York (États-Unis) en 1853, médaille ; Porto (Portugal) en 1865, médaille gloria victoribus ; Paris en 1867, médaille d'or et en 1878, Grand Prix ; Vienne (Autriche-Hongrie) en 1873, médaille : ce sont particulièrement les perles avec un lustre nacré qui y retiennent l'attention des experts (Brianchon) et des concurrents qui cherchent à imiter cette nouveauté[54], Philadelphie (États-Unis) en 1876, « certificate of award » ; Sydney (Australie) en 1879 ; Melbourne (Australie) en 1880 ; Amsterdam (Pays-Bas) en 1883, médaille ; Anvers (Belgique) en 1885, médaille d'or ; Chicago (États-Unis) en 1893 ; Paris en 1889, où des mosaïques « feldspathiques » concourent pour la première fois, notamment un Salve réalisé par Henri Bichi[55] qui remporte le Grand Prix ; Lyon en 1894.

De ce fait et pour accompagner son succès, l'entreprise dépose sa marque et protège ses brevets dès le XIXe siècle dans des pays comme l'Angleterre en 1857, l'Espagne, le Japon, l'Allemagne, l'Australie, l'Empire austro-hongrois, la Russie ou les États-Unis dès 1858[56],[57].

L'essor de l'entreprise permet au fondateur, puis à ses descendants et alliés, dont ses gendres Paul Yver et Alfred Loreau de financer la construction de plusieurs édifices de la commune : l'église Saint-Étienne de Briare (1890), l'hôpital Saint-Jean, la maison de retraite, les écoles Sainte-Anne et Saint-Jean et le stade vélodrome[note 4],[58].

Jean-Félix Bapterosses meurt en 1885[59], époque à laquelle les effectifs dépassent 1 300 salariés, sans compter les milliers de personnes travaillant à l'encartage à domicile[60].

L'accès aux ports maritimes pour expédier les produits finis et recevoir les matières premières y compris de l'étranger est encore facilité par la réalisation du pont-canal de Briare en 1896, vivement soutenu par la manufacture.

Fin du XIXe siècle - XXe siècle[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XIXe siècle, au contact de différents créateurs, Henri Harpignies ou Eugène Grasset notamment, les dirigeants de la manufacture s'ouvrent à de nouveaux mouvements artistiques. Toutefois, alors que le XXe siècle verra principalement l'essor de l'activité mosaïques, la première guerre mondiale donnera l'occasion d'une brève résurgence de l'activité boutons -et une poussée concomitante de l'emploi féminin-, destinés à équiper les uniformes des soldats [61].

Art nouveau et renouveau architectural[modifier | modifier le code]

Ouvrières de la manufacture des Émaux de Briare vers 1900

À la Belle Époque[note 5], avec l'arrivée du mouvement artistique « Art nouveau », la mode est aux formes arrondies et à la couleur. Les Émaux de Briare répondent à la volonté de colorer les façades et les entrées d'immeubles. L'artiste Eugène Grasset, l'un des symboles de ce courant en France, participe notamment à la confection des décors en émaux de la façade de l'église Saint-Étienne de Briare[62]. Les cartons de cette mosaïque ont été exposées au Salon des Cent à Paris en 1894 et sont considérées en 1903 par le magazine Art & Décoration comme le chef d'œuvre de Grasset[63]. Il réalise par ailleurs de multiples fresques en mosaïque taillée en Émaux de Briare[note 6]. De nombreux autres mosaïstes célèbres utilisent les Émaux de Briare, on peut notamment citer : Giandomenico Facchina (basilique Notre-Dame-du-Rosaire de Lourdes, Hautes-Pyrénées), en 1889)[64], Henri Bichi (brasserie Mollard à Paris en 1895)[65], Pietro Favret (église Saint-Pierre de Nevers, Nièvre, en 1924) ou Isidore Odorico (Maison bleue à Angers, Maine-et-Loire, en 1929)[66] tandis que d'autres fournissent des cartons pour les réaliser : Félix Gaudin, Luc-Olivier Merson[67], Louis-Maurice Boutet de Monvel, Jules Lenepveu dont des portraits en mosaïque ornent la façade du palais des beaux-arts de Rio de Janeiro (Brésil).

Parallèlement, la manufacture prend l'initiative de créer un syndicat des fabricants des perles et boutons au niveau européen pour défendre ses prix de vente. Elle organise à ce propos un congrès en 1907 réunissant les principaux fabricants italiens, autrichiens et allemands[68].

La période Art déco[modifier | modifier le code]

Durant les années folles (1920-1929), la mosaïque devient un matériau prisé par les architectes, et le succès se poursuit. Dans la foulée du mouvement « Art déco » qui succède à l'Art nouveau, les architectes et décorateurs s'intéressent aux émaux de Briare qui sont par exemple être employés dans les travaux de Pierre Chareau[69], Robert Mallet-Stevens[70] ou encore les lauréats du grand prix de Rome Michel Roux-Spitz, Marc Brillaud de Laujardière et Georges Feray[71].

De l'après guerre à la période moderne[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, l'activité de fabrication de perles et surtout de boutons est en perte de vitesse, du fait de l'arrivée du plastique sur le marché : en effet, les machines à laver le linge automatiques qui se répandent cassent les boutons. La marque ne parvient pas à maintenir sa production. De ce fait, elle se concentre sur la mosaïque et devient l'un des leaders de la céramique de revêtement française.

Grâce à la renommée grandissante de la marque, la direction crée en 1965 le service de décoration sous la direction de Norbert Seroussi, ancien des Arts décoratifs[I 1] qui va faire évoluer le produit et notamment lancer la gamme « Gemmes ». La société se lance dans de grands projets comme la décoration de stations des métropolitains de Paris, Bruxelles et Montréal ou des aérogares de Paris-Charles-de-Gaulle, de Paris-Orly ou de Caracas au Venezuela. À la même époque, les Émaux de Briare ouvrent des filiales au Design Center de New York[72], et à Bruxelles[I 2] et peu après en Allemagne à Düsseldorf, Munich et Stuttgart[73] avec une boutique à Cologne[74] et en Suisse à Genève et Zurich[75]. Cette politique d'internationalisation culmine avec l'attribution de la mention d'excellence par le Nouvel Économiste dans son concours « Oscar de l'exportation » en 1977[76].

Parallèlement, la société ouvre une série de boutiques en France à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Paris et Strasbourg[H 3],[77].

L'entreprise travaille toujours avec des artistes renommés, notamment ceux du mouvement d'art cinétique Op Art tels que Yaacov Agam, Carlos Cruz-Díez et Victor Vasarely[78],[note 7].

Les Émaux de Briare ont été récompensés notamment par le label « Beauté Industrie » décerné par l’institut français d'esthétique industrielle[note 8],[J 1], une médaille d'argent décernée à l'occasion du dixième anniversaire de Batimat pour sa série « Caractère »[J 2], par l’American society of interior designers (ASID) et l’Institute of business design (IBD) en association avec Contract magazine aux États-Unis pour la collection module 42[J 3] et par un Janus de l'industrie pour sa collection Marienbad en France.

Données économiques[modifier | modifier le code]

Action de 100 francs français de la société anonyme des Émaux de Briare, 1970.

La manufacture de Briare a été cotée à la bourse de Paris dès l'origine en 1838. Elle a été retirée de la cote quelques années après.

En 1962, alors que l'entreprise « société Bapterosses et Cie » avait été transmise par voie héréditaire depuis sa création, elle est cédée au groupe Société générale de fonderie (SGF) et devient « Manufacture de Briare SA » puis « SA Émaux de Briare » ; elle redevient cotée à la bourse de Paris. La SGF investit 150 millions de francs pour moderniser l'outil[I 2].

En 1996, la société les jolies céramiques sans kaolin rachète les Émaux de Briare[79].

Aujourd'hui, la société EMO - émaux et mosaïques est une société par actions simplifiée au capital de 2 844 988 €. L'entreprise employait 94 personnes en 2009[2].

Procédés de fabrication[modifier | modifier le code]

Bassin de calcine en fusion aux émaux de Briare.

Le procédé de fabrication de la mosaïque se déroule en trois phases : la fabrication de la pâte d'émail appelée fritte ; le pressage en éléments et la cuisson ; le tri, le collage et l'emballage[80].

La calcine est constituée de sable, de roches cristallines et de fondant. Ce mélange est chauffé à haute température dans les fours d'origine, puis déversé dans de l'eau froide. La réaction thermique produit la calcine qui sert de base à l'émail[81]. Pour créer la calcine colorée, des oxydes métalliques colorants sont incorporés au moment de la fusion [82].

Ce procédé de fabrication donne des propriétés telles que l'inaltérabilité, l'insensibilité aux acides usuels, aux bases et aux fortes variations de température.

La cuisson est aujourd'hui encore réalisée pour partie dans les fours conçus et fabriqués par le fondateur de la marque.

Les émaux sont vendus assemblés sur une trame en fibre de verre permettant ainsi de coller la mosaïque par plaque de 12 ou 13 pierres de côté (voir la rubrique lien externe pour plus de précisions).

L'usine conserve et répertorie chaque couleur créée depuis le début du XXe siècle.

Production et produits[modifier | modifier le code]

Cuisine des années 1970 en émaux de Briare Triton.

De 1837 à 1876, l'usine produit de la faïence dite lithocérame compte tenu de son extrême dureté. De 1845 à 1960, commence la fabrique de boutons dits de porcelaine puis de plastique à partir de 1955.

L'entreprise produit des perles de 1864 à 1977[83],[84]

Depuis 1882, l'activité principale est la production de mosaïques.

Alors que la production de boutons de porcelaine a révolutionné cette industrie en son temps, l'introduction d'un nouveau concept en 1882, les émaux dimensionnés, bouleverse le monde de la mosaïque. L'idée est d'offrir aux mosaïstes des tesselles de formes variées, d'un format inférieur à 1 cm2, qui les dispensent de devoir se servir de la marteline (sorte de marteau aux deux extrémités pointues). Cela abaisse considérablement le coût d'une mosaïque et favorise grandement son essor avec le mouvement artistique Art Nouveau.

Pendant les années Art déco, la taille des carreaux, toujours brillants, grossit à 12 mm puis à 15 mm, facilitant leur mise en œuvre.

En 1950, la société introduit des produits plus spécifiquement tournés vers le secteur du bâtiment avec la gamme Sialex (2 cm de côté), émaux semi-mats pouvant être installés y compris sur des sols « grand trafic ».

En 1968, la société invente le procédé connu sous le nom de « gemmage », un émaillage à sec donnant un aspect peau d'orange aux carreaux. Elle lance simultanément de nouveaux formats, inconnus pour certains jusque là dans le monde du carrelage : hexagones (Gemmes, 1968), ronds (Dominos, 1971 / Ducats, 1971), diabolos (Triton, 1971), écailles (écailles, 1980), Triangle (Trio, 1980).

En 1974, elle lance les grands éléments afin de suivre la mode des carreaux grand format. La société fabrique des carreaux hexagonaux de 14 cm (Concept) et fait sous-traiter des carreaux carrés de 20 cm (gamme Cadri)[J 4]. Cette initiative se solde par un échec lié notamment à des problèmes techniques (retrait très important de l'émail entraînant des déformations trop sensibles sur ces grands formats) et d'image (les carreaux sous-traités n'étant plus en émail massif).

Aujourd'hui, les mosaïques sont regroupées en trois catégories, tous en émail massif : les gemmés d’une part et les pleine-masse brillants pour les murs de deuxième part, et les pleine-masse semi-mats et mats plutôt pour les sols d’autre part.

Il existe actuellement une douzaine de gammes de produits : gemmés: Harmonies, Progression, Marienbad, Gemmes, Ecailles. Pleine-masse brillants : Micro-mosaïques, Variations, Émaux 24 Carats ; Pleine-masse semi-mats et mats : Sialex, Mazurka, Polka, Pastilles[85].

Exemples de réalisations[modifier | modifier le code]

Les Émaux de Briare ont été utilisés dans l'architecture et la décoration de nombreuses réalisations. Parmi celles-ci, on peut citer :

Édifices religieux[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]


Édifices publics et officiels[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]


Transports[modifier | modifier le code]

Gares ferroviaires[modifier | modifier le code]

Aéroports[modifier | modifier le code]


Magasins, centres commerciaux et hôtellerie[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]


Sport[modifier | modifier le code]

Carlos Cruz-Diez: Marlins Ballpark à Miami (USA).

Autres réalisations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Terme imaginé par Alexandre Brongniart alors directeur de la manufacture nationale de Sèvres pour caractériser l'invention ci-dessous décrite.
  2. La commune de Belleville est rattachée à Paris en 1860.
  3. En 1848, Jean-Félix Bapterosses est l'employeur d'Alexandre Martin, surnommé l'« ouvrier Albert », engagé dans la Révolution de 1848.
  4. Le stade vélodrome a été rebaptisé stade Yver-Bapterosses.
  5. Période couvrant la fin du XIXe siècle et le début du XXe jusque au début de la Première Guerre mondiale.
  6. Certaines mosaïques d'Eugène Grasset réalisées en émaux de Briare sont exposées au musée des émaux.
  7. Certaines œuvres de Yaacov Agam, Carlos Cruz-Díez et Victor Vasarely sont exposées au musée de la mosaïque et des émaux.
  8. L’institut français d'esthétique industrielle a été renommé Institut français du design
  9. a, b, c, d, e, f et g Monuments classés ou inscrits à l'inventaire des monuments historiques

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Bilan gratuit des Émaux de Briare », sur www.bilansgratuits.fr, Les Échos, (consulté le 22 septembre 2010)
  2. a et b « Fiche entreprise des Émaux de Briare », sur www.fichentreprise.com, Chambre régionale commerciale et industrielle de la région Centre, (consulté le 8 novembre 2010)
  3. « Bilan gratuit de Les jolies céramiques sans kaolin », sur www.bilansgratuits.fr, Les Échos, (consulté le 22 septembre 2010)
  4. « Nom des filiales sur la page d'accueil du site officiel », sur www.jolies-ceramiques.com, Les jolies céramiques sans kaolin, (consulté le 22 septembre 2010)
  5. a, b et c « Adresses des sites sur la page d'accueil du site officiel », sur www.emauxdebriare.com, Émaux de Briare, (consulté le 22 septembre 2010)
  6. Nourisson 2001, p. 30-51
  7. a, b et c « Musée de la mosaïque et des émaux », sur www.loiret.com, Conseil général du Loiret (consulté le 22 septembre 2010)
  8. a et b Anonyme, « Départements. Manufacture de faïence fine de Briare dite lithocérame », La France Industrielle, manufacturière, agricole et commerciale, vol. 5e année, no 14,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  9. Nourisson 2001, p. 18
  10. Roth 2002, p. 34
  11. Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, vol. 46. avril 1847.
  12. Bourse des effets, période 1837-1841.
  13. Alain Jacob, Nouveau Tardy : poteries, grès, faïences, t. 1, Mayenne, imprimerie Mayennaise, coll. « ABC », , 345 p. (ISBN 2-85740-019-5).
  14. Lamm 1970, p. 6
  15. Lamm 1970, p. 5
  16. Turgan 1865, p. 275
  17. Dumas 1886, p. 184
  18. Nourisson 2001, p. 24
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  20. Turgan 1865, p. 273
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  110. L'Architecture d'aujourd'hui, no 2, 1937, p. 45
  • Articles du journal français Le Monde :
  1. Article du 20 août 1994.
  2. Le 12 février 1972
  1. Le 18 avril 1974.
  2. Le 1er avril 1976
  3. Le 6 juin 1974
  4. Le 22 mars 1973
  • Le Management revue mensuelle, mars 1972 :
  1. p. 47
  2. a et b p. 49
  • Le Moniteur :
  1. Le 10 février 1973.
  2. Le 6 décembre 1975.
  3. Le 25 avril 1977.
  4. Le 20 avril 1974.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources historiques[modifier | modifier le code]

  • Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, vol. 46, Paris, 7 rue de l'éperon, imprimerie de Madame Huzard, , p. 213-214
  • Achille Francois Eleonore Jouffroy d'Abbans, (marquis de), Dictionnaire des inventions et découvertes anciennes et modernes : dans les sciences, les arts et l'industrie : d'après les travaux publiés par des sociétés savantes ..., vol. Nouvelle encyclopédie théologique ... pub. par M. l'abbbé Migne ..., t. 35-36, Paris, J.P. Migne, (lire en ligne), p. 693-696
  • Alphonse Courtois, Tableau des cours principales valeurs : relevé sur les documents officiels et authentiques, Paris, Librairie de Garnier Frères,
  • Julien Turgan, Les grandes usines de France : Études industrielles en France et à l'étranger, vol. 4e série, Paris, Michel Lévy frères, , 320 p. (lire en ligne), p. 273 à 288Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charles Hertz & Adolphe Puissant, L'Explorateur. Journal géographique et commercial, vol. n°1, Paris, 24-26 passage Colbert, Société de Géographie Commerciale, , p. 190
  • Alexandre Brongniart, Traité des arts céramiques ou des poteries : considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie, vol. 2, Paris, place de l'école médecine, P. Asselin, , 824 p., p. 751-757
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  • Ernest Dumas, Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, vol. 4e série tome 1, Paris, Conservatoire numérique des arts et métiers, , 682 p. (lire en ligne), p. 182 à 187
  • Revue des arts décoratifs, vol. 6, Paris, , 18 p., planches hors texte
  • C. de G., La grande dame, n° 20, 26, rue Drouot Paris, édition du Figaro, , 285 p.
  • François Joseph Clozel, Les Bayas, Paris, Joseph André & Cie, , 48 p.
  • La Nature revue scientifique fondée par Gaston Tissandier, 1897, vol. 25 p. 518
  • Emile Huet & Paul Pigelet, Promenades pittoresques dans le Loiret, Orléans, Paul Pigelet imprimeur, Herluison libraire, , 64-71, 642-644 p.
  • Docteur Decorse, Comité de l'Afrique Française, Paris, 21, Bd Montmartre, bulletin mensuel, , p. 189
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  • Général Gouraud, Zinder Tchad, souvenirs d'un africain, Plon, , 305 p., p. 130-131

Ouvrages techniques et didactiques[modifier | modifier le code]

  • Pascale Nourisson, Une aventure industrielle. La manufacture de Briare (1837-1962), éditions Alan Sutton, coll. « Parcours et labeurs », , 144 p. (ISBN 2-84253-558-8) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Ruth Lamm, Guidelines for collecting China buttons, Wichita, KS, USA, The national button society of America, , 151 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Arnaud Petit, La manufacture Bapterosses dans Briare, Orléans, Université d'Orléans (mémoire de maîtrise d'histoire, non publiée), Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Marie Flonneau, Deux siècles d'industrie dans le Loiret de 1750-1956, Chambre du commerce et de l'industrie du Loiret (ISBN 2909390020)
  • Jean-Pierre Roth, Le Giennois industriel 1821 à 2001, , 35 à 110 p. (ISBN 2-9517946-0-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, « Émaux de Briare », ABC. Antiquités, Beaux-Arts, Curiosités, no 184,‎ , p. 43 à 50
  • Hélène Guéné, Odorico, Mosaïste Art Déco, Bruxelles, Archives d'architecture moderne, , 222 p. (ISBN 2 87143-109-4)
  • Dominique Vellay, La Maison de verre. Le chef-d'œuvre de Pierre Chareau, Actes Sud, coll. « Architecture », (ISBN 978-2742766406)
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  • Maryse de Stefano Andrys, le renouveau de la mosaïque en France : un demi siècle d'histoire 1875-1914, Arles, Actes Sud, , 96 p. (ISBN 978-2-7427-7208-7)
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  • (en) Alex N. Kirkish, Prosser beads from the mission San Gabriel Arcangel, Los Angeles, USA, Society for California Archeology proceedings, (réimpr. CA-LAN-184H), p.311-316

Ouvrages touristiques et culturels[modifier | modifier le code]

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  • Alain Bujak, La Loire, un fleuve vivant, Ouest-France, (ISBN 978-2-7373-3786-4), p. 62 à 71
  • Jean-Yves Montagu, Erwan Quéméré, Briare: un canal, des émaux, La Renaissance du Livre, coll. « Les beaux livres du patrimoine » (réimpr. 2000), 143 p. (ISBN 9782804603533)
  • Florence Morisot, Marie-Charlotte Lanta, Hervé Guillaume, Renaud Marca, Au fil de la Loire : des paysages et de l'architecture, des traditions et des saveurs, Paris, Le Lou du lac éditeurs, (ISBN 2-912548-19-5)
  • Marie le Goaziou, L'âme des maisons de Bourgogne, Rennes, Edilarge SA, (ISBN 978-2-7373-3855-7), p. 102-103-119
  • Collectif, Le Loiret, Gallimard, coll. « Guides » (ISBN 2-7424-0511-9), p. 162 à 163
  • (ja) Eric Hébert, 世界の美しいボタン (beautiful buttons), Japon, PIE International,‎ , 192 p. (ISBN 978-4-7562-4595-3), p. 56-57, 180
  • Amaury de Valroger & alii, Les plus beaux lieux du Patrimoine industriel, Paris, Michelin cartes & guides, coll. « patrimoine de France », , 336 p. (ISBN 978-2-06-715726-2), p. 291
  • Bernard Crochet, Patrimoine industriel en France, Rennes, éditions Ouest France, coll. « itinéraires de découverte », , 168 p. (ISBN 978-2-7373-6122-7), p. 60-61

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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