Antoine-François Fourcroy

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Antoine François Fourcroy ou de Fourcroy, né le à Paris et mort le à Paris, est un chimiste français et un député à la Convention nationale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une branche d'une vieille famille boulonnaise ayant perdu sa qualité nobiliaire quand son aïeul devint épicier[1], Fourcroy est le fils d'un apothicaire de la maison du duc d'Orléans ; il perd sa mère alors qu'il n'a que sept ans. Des difficultés financières dans le commerce de son père l'obligent à quitter le collège d'Harcourt en 1770. Il travaille alors comme « gratte-papier » chez un commis du Sceau et apprend à écrire à des enfants. Il fait des études de médecine auprès de l'anatomiste Félix Vicq d'Azir (1748-1794), dont il est chargé de répéter le cours dès 1776. Il obtient en 1780 le titre de docteur, décerné par la Faculté de médecine et malgré les obstacles qu'elle crée sur son passage.

En 1780 il épouse la fille d'un maître de forges dont il a deux enfants puis divorce en 1799 pour épouser Mme de Wailly.

Il gravit peu à peu les échelons de la hiérarchie intellectuelle : il est remarqué par le chimiste Jean-Baptiste Bucquet (1746-1780), professeur de chimie à la faculté de médecine de Paris, et assiste aux cours de ce dernier. En 1784, il est choisi pour succéder à Pierre Joseph Macquer (1718-1784) comme lecteur de chimie au Jardin du Roi, soutenu par Buffon qui le préfère à Berthollet. Ses cours lui valent une grande renommée.

En 1783, il devient membre de la Société d'Agriculture et collabore à l'Encyclopédie méthodique. En 1787, il devient associé chimiste à l'Académie des sciences et membre de la Société linnéenne de Paris.

Avec Berthollet, il est l'un des premiers à se convertir aux vues d'Antoine Lavoisier dont il aide à publier les écrits, notamment la Méthode rationnelle de nomenclature[2]. Bien que son nom apparaisse dans de nombreux écrits de chimie, de physiologie et de pathologie, seul ou comme coauteur, il est plutôt un enseignant et un administrateur qu'un véritable chercheur.

En 1789, favorable aux idées révolutionnaires, il participe à la rédaction des cahiers du tiers état, et, en 1791, publie un périodique : La médecine éclairée par les Sciences physiques. En novembre, il est élu adjoint au secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, Nicolas de Condorcet, et devient directeur de la Société de médecine, puis de la Société d'agriculture. En 1792, il est nommé régisseur des Poudres et des Salpêtres et, début 1793, celui d'administrateur du département de Paris. Mais c'est surtout l'instruction publique qui l'intéresse.

En 1792, il est élu quatrième député suppléant de Paris à la Convention nationale. Lorsque Turreau lui demande un gaz capable de tuer en une seule fois quelques centaines de Vendéens enfermés dans un lieu clos, comme une église, Fourcroy lui répond que ce gas n’existe pas[3]. Les moyens utilisés n'offriront que très peu de résultats et seront abandonnés. Le 25 juillet 1793, il remplace Marat, qui a été assassiné le 13 juillet, à la Convention nationale, et il est élu au Comité d'instruction publique. Il soutient le plan d'éducation de Le Peletier et soutient l'épuration des académies de médecine et des sciences. On ira jusqu'à l'accuser d'avoir provoqué la mort de Lavoisier ou, pour le moins, de n'avoir rien fait pour le sauver.

Le 1er septembre 1794, il est élu au Comité de salut public, où il siège jusqu'au 3 juin 1795. Il participe à l'élaboration du Traité de Bâle (5 avril 1795). Il est chargé des Poudres et Salpêtres. Il développe un plan d'éducation et d'emblée milite pour la création de l'École centrale des travaux publics (qui deviendra en 1796, l'École polytechnique), de l'Institut national des sciences et arts (fin 1795) ainsi que de plusieurs écoles de médecine. Son discours en faveur de la création de l’École polytechnique est une attaque en règle contre les Montagnards :

« Tandis que les Conspirateurs voulaient faire disparaître de la France les Lumières, dont ils redoutaient l'influence, la Convention Nationale s'opposait de toute sa force aux efforts de ces barbares. Vos comités de Salut Public et d'Instruction Publique ont recueilli trop de preuves et rassemblé trop de faits pour qu'il soit permis de douter de l'existence d'une conjuration contre les progrès de la Raison humaine ; il leur est démontré qu'un des plans des conspirateurs était d'anéantir les sciences et les arts (...) avec la coupable espérance de priver la France d'ingénieurs et d'artilleurs instruits, de généraux éclairés, de marins habiles, de la faire manquer d'armes, de poudre et de vaisseaux, de laisser les places et les ports sans moyen de défense, et de donner ainsi à nos ennemis des avantages certains et des victoires faciles... »

— Fourcroy, Discours du 3 Vendémiaire an III[4]

En novembre 1795, il est élu par la Sarthe au Conseil des Anciens, où il siège jusqu'en mai 1797. Après le 18 brumaire, le Premier Consul l'appelle à siéger au Conseil d'État le 25 décembre 1799. Le 20 septembre 1802, il est nommé directeur général de l'Instruction publique, succédant à Pierre-Louis Roederer. C'est une époque très brillante au niveau politique, qui lui permet de parachever l’œuvre entreprise dans la décennie précédente. Secrétaire d'État, il se rend notamment en Vendée et rédige un compte rendu sur la situation de la région en janvier 1801, peu après la paix provisoire conclue par Napoléon Bonaparte. Il est fait membre de la Légion d'honneur le 2 septembre 1803, puis commandeur le 14 juin 1804. Il travaille à l'élaboration de l'Université impériale, décrétée le 10 mai 1806 mais qui ne prendra forme qu'en 1808. Espérant alors en être nommé grand maître, c'est finalement Louis de Fontanes qui acquiert ce poste.

C'est dans le laboratoire de Fourcroy que Bernard Courtois fait ses premières armes dès 1798.

Plan du cimetière de l'Est, dit du Père-Lachaise ou Mont-Louis. Exécuté par M. A. T. Brongniart en 1813. Tombe numéro 4.

Élevé au titre de comte d'Empire en avril 1808, il est nommé Directeur général des Mines. Mais il tombe malade et décède d'une crise cardiaque le 16 décembre 1809, usé par le travail et miné par le chagrin.

« Ce qui domine chez Fourcroy, ce sont ses qualités de cœur, sa générosité, alliées à une vive intelligence et à une puissance de travail considérable. Peut-être cette intelligence était-elle un peu superficielle, mais, si certaines de ses conclusions ne sont pas toujours exactes, il avait une vue juste des problèmes. Il avait une grande probité intellectuelle et morale, mais des faiblesses dans l'adversité, une trop grande sensibilité et une impatience qui lui inspiraient des paroles qu'il regrettait immédiatement après. C'est ainsi que s'il avait de nombreux amis qui lui restèrent fidèles, il se créa des ennemis irréductibles, tel Thénard, dont il avait cependant favorisé la carrière. »

— Georges Kersaint, Antoine-François de Froucroy, 1967, p.591.

Son rôle dans l'Instruction publique[modifier | modifier le code]

Les informations suivantes proviennent principalement de : G. Kersaint, 1967, p593-594.
Louis, marquis de Fontanes nommé Grand-maître de l'Université (1757-1821) à la place de Fourcroy

Fourcroy a été très actif dans l'organisation de l'instruction publique et a pris une grande part dans l'établissement de programmes scientifiques y compris pour les écoles primaires et secondaires.

Il a participé à l'élaboration des lois générales qui ont structuré l'enseignement public français :

  • loi du 3 brumaire an IV : écoles centrales ;
  • création des écoles révolutionnaires en formation accélérée qui devaient permettre de faire face aux manques provoqués par la suppression des établissements royaux le 18 août 1792 ;
  • création de l'Institut.
  • Loi du 11 floréal an X : création des lycées destinés à remplacer les écoles centrales ;
  • loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803) réorganisant les études et la profession médicales ;
  • loi du 10 germinal an XI (31 mars 1803) complétant la précédente ;
  • loi du 10 mai 1806 : création du corps enseignant pour la future Université impériale ;
  • décret du 17 mars 1808 : fixe le fonctionnement de l'Université de France.

Il a également joué un rôle capital auprès de nombreuses fondations particulières :

  • professeur au Jardin du roi, il a été l'artisan de la création du Muséum d'histoire naturelle, a préparé le texte de la loi du 10 juin 1793 et fondé les Annales ;
  • il a été co-fondateur de l'École polytechnique et a participé à ses réorganisations successives ;
  • il fut le premier titulaire de la chaire de chimie et de pharmacie ;
  • il protégea et conseilla la corporation des pharmaciens qui fut la seule à conserver son statut et fut nommé rédacteur en chef du Journal de pharmacie ;
  • suite à la loi du 10 germinal an XI, trois écoles de pharmacie sont créées à Paris, Montpellier et Strasbourg et Fourcroy nomme Louis-Nicolas Vauquelin directeur de celle de Paris.

Fourcroy a mené à bien plusieurs grandes missions dans les départements de l'Ouest et du Nord pendant le Consulat et, pendant l'époque impériale, il a réalisé une tournée d'inspection des lycées nouvellement créés[5].

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Hormis ses travaux sur la nomenclature chimique[2], Fourcroy est considéré comme ayant participé à la découverte de l'iridium[6]. En 1803, il observe en compagnie de Louis-Nicolas Vauquelin qu'après dissolution du platine dans l'eau régale, un résidu noir insoluble et difficilement fusible apparaissait[7],[8]. Malheureusement ils n'obtiennent pas assez de ce nouveau matériau, qui est découvert par Smithson Tennant en 1804[9]. Avec Louis-Nicolas Vauquelin, ils identifient dans des résidus de platine de l'osmium qu'ils nomment « ptène » : « nous en avions tiré le nom de ptène, auquel celui d’osmium, que nous préférons, a été substitué[10],[11]. »

Publications[modifier | modifier le code]

Page titre de la dernière œuvre de Foucroy.
  • Antoine François Fourcroy, Élémens d'histoire naturelle et de chimie, Chez Cuchet,
  • Antoine François Fourcroy, Philosophie chimique : Vérités fondamentales de la chimie moderne, disposées dans un nouvel ordre, Imprimerie de Cl. Simon, , 128 p.
  • Discours sur l'état actuel des sciences et des arts dans la République française. Prononcé à l'ouverture du Lycée des arts le dimanche 7 avril 1793, l'an second de la République. Par A. F. Fourcroy, et imprimé par ordre du Conseil-général. - [Paris] [s.n.] 1793. [BM de Senlis]
  • Antoine François Fourcroy, Rapport fait au nom du comité de salut public sur les arts qui ont servi à la défense, et sur le nouveau procédé de tannage découvert par le citoyen Armand Séguin : à la Convention nationale, dans la séance du 14 nivôse an III, et imprimé par ordre de la Convention nationale, Paris, Imprimerie nationale, , 36 p. (lire en ligne)
  • Antoine François Fourcroy, Système des connaissances chimiques et de leurs applications aux phénomènes de la nature et de l'art, Baudouin, 1801 (11 volumes)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G. Kersaint, 1967, p. 589
  2. a et b Louis-Bernard Guyton de Morveau, Antoine Laurent Lavoisier, Claude-Louis Berthollet, Antoine François de Fourcroy, Jean-Henri Hassenfratz et Pierre-Auguste Adet, Méthode de nomenclature chimique, Chez Cuchet, , 314 p. (lire en ligne)
  3. Yves Pouliquen, Félix Vicq d’Azyr : les Lumières et la Révolution, Paris, Odile Jacob, coll. « Sciences Humaines », , 240 p., 22 cm (ISBN 978-2-73812-308-4, lire en ligne), p. 184.
  4. Extrait de Choix de rapports, opinions et discours: prononcés à la Tribune nationale depuis 1789 jusqu'à ce jour, vol. 15, Paris, Alexis Eymeri, , p. 283-285
  5. Philippe Savoie, La construction de l'enseignement secondaire (1802-1914) : Aux origines d'un service public, ENS Éditions, , 502 p. (lire en ligne).
  6. (en) L. B. Hunt, « A History of Iridium », Platinum Metals Review, vol. 31, no 1,‎ , p. 32-41 (lire en ligne)
  7. A. F. Fourcroy et L. N. Vauquelin, « ... », Ann. Chim., vol. 48,‎ , p. 177-183[réf. incomplète]
  8. A. F. Fourcroy et L. N. Vauquelin, « ... », Ann. Chim., vol. 50,‎ , p. 5-26[réf. incomplète]
  9. (en) S. Tennant, « On Two Metals, Found in the Black Powder Remaining after the Solution of Platina », Phil. Trans. R. Soc. Lond., vol. 94,‎ , p. 411-418 (DOI 10.1098/rstl.1804.0018)
  10. Rolf Haubrichs et Pierre-Léonard Zaffalon, « Osmium vs. ‘Ptène’: The Naming of the Densest Metal », Johnson Matthey Technology. Review, vol. 61,‎ (DOI 10.1595/205651317x695631, lire en ligne)
  11. Antoine-François (1755-1809) Auteur du texte Fourcroy, Louis-Bernard (1737-1816) Auteur du texte Guyton de Morveau, Hugues (1726-1786) Auteur du texte Maret et Jean-Pierre-François (1730-1816) Auteur du texte Guillot-Duhamel, Encyclopédie méthodique. Chymie, pharmacie et métallurgie. Tome 5 / ... Tome premier [-sixième], A Paris, chez Panckoucke, libraire, hôtel de Thou, rue des Poitevins ; A Liège, chez Plomteux, imprimeur des États. M. DCC. LXXXVI. Avec approbation et privilege du Roi. - A Paris, chez Panckoucke, libraire, hôtel de Thou, rue des Poitevins ; A Liège, chez Pomteux, imprimeur des États. M. DCC. XCII. - A Paris, chez H. Agasse, libraire, rue des Poitevins, n° 18. L'an IV de la République. - A Paris, chez H. Agasse, imprimeur-libraire, rue des Poitevins, n° 18. An XIII.-1805. - A Paris, chez H. Agasse, imprimeur-libraire, rue des Poitevins, n° 6. M. DCCCVIII. - A Paris, chez Mme veuve Agasse, imprimeur-libraire, rue des Poitevins, n° 6. M. DCCCXV, 1786-1815 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Antoine-François Fourcroy », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition]
  • (en) « Antoine-François Fourcroy », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne]
  • (en) W. A. Smeaton, Fourcroy : Chemist and Revolutionary 1755-1809, W. Heffer & Sons Ltd., , 1e éd., 288 p.
  • Georges Kersaint, Mémoires du Muséum d’Histoire Naturelle-Série D. Sciences physico-chimiques : Antoine François de Fourcroy (1755-1809) sa vie et son œuvre, t. 2, Éditions du Muséum, Centre national de la recherche scientifique,
  • Georges Kersaint, « Antoine-François de Fourcroy (1755-1809), sa vie et son œuvre », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 55, no 195,‎ , p. 589-596 (lire en ligne).
  • Emmanuel Grison, « Fourcroy », Bulletin de la Société des Amis de la Bibliothèque de l'École Polytechnique, vol. 23,‎ (lire en ligne)
  • Karl Feltgen, « Hommage à Antoine François de Fourcroy à l'occasion du bicentenaire de sa mort », sur CHU de Rouen, (consulté le 7 mars 2010)
  • Alain Quéruel, Antoine de Fourcroy : Savant, franc-maçon, homme politique, Éditions Hermann, , 252 p. (ISBN 2705668160)
  • Nicolas de Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique, UQAC Université du Québec à Chicoutimi, coll. « Les classiques des sciences sociales », , 215 p. (lire en ligne).
  • Direction des bibliothèques et de la documentation, « Antoine-François Fourcroy », Catalogue Muscat, collections numérisées, Muséum national d’histoire naturelle, (consulté le 4 septembre 2017), p. 4.

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