Cristallerie de Vallérysthal

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Cristallerie de Valléristhal
Six verres à liqueur de Vallérysthal

Création 1699
Dates clés 26-04-1993 : immatriculation de la société actuelle
Forme juridique SA à conseil d'administration
Siège social Troisfontaines
Direction Yves Utzschneider (depuis le 19-01-2005)
Activité Fabrication de verre creux
SIREN 390945830

La Cristallerie de Vallérysthal[1] est l'une des plus anciennes manufactures françaises de cristal spécialisée dans la gobeleterie et renommée pour son cristal supérieur (> 30 % de plomb). Cette manufacture est désormais filiale de la société parisienne Les Jolies Céramiques sans kaolin.

Géographie[modifier | modifier le code]

La manufacture de cristallerie de Vallérysthal est située dans un hameau de la commune de Troisfontaines, dans le département de la Moselle, en Lorraine, au cœur d'une dense forêt du massif vosgien.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

La Lorraine avait octroyé en 1448 sous l'auspice de Jean II de Lorraine des privilèges exorbitants pour les verriers[2], les assimilant à la noblesse. Il leur était accordé notamment la possibilité de prélever le bois ou l'eau nécessaire à leur activité sur toutes les terres ducales. Cela favorisa naturellement le développement de cette industrie.

Les premières traces connues de verreries dans cette région remontent à 1540 près d'Abreschviller dans le comté de Dabo, mais il ne s'agissait que de verreries « volantes »[3], encore appelées Fliegende Hütten ou Wanderhütten[4]. L'histoire de la manufacture connue aujourd'hui sous le nom de cristallerie de Vallérysthal commence en fait sur le ban de Biberkirch au lieu qui deviendra par la suite le village deTroisfontaines au XVIIe siècle où démarre une première verrerie[5] : un acte de création d'une verrerie est signé en 1699 par le comte Antoine de Lutzelbourg[6]. Puis le duc Léopold Ier de Lorraine accorde le 8 janvier 1707 au Nancéien Dominique Voinier – maître de la poste de Sarrebourg – l'autorisation de transférer une verrerie à Plaine-de-Walsch[7].

À partir de 1762, la verrerie de Saint-Quirin, représenté par Louis-Antoine Ména, Claude-Henry Lanfrey et Antoine-Marie Guaita, rachete progressivement cette verrerie[8]. En 1777, Claude-Henry Lanfrey quitte la verrerie de Saint-Quirin, il vend ses parts à ses anciens associés pour 100 000 livres, plus les verreries de Harberg et Plaine de Walsch qu'il exploitera pour son compte. François Lanfrey dirige par la suite à la fois cette manufacture et la Faïencerie de Niderviller avant de n'être plus que commanditaire. Cependant, de mauvaises affaires conduisent à la vente aux enchères de la manufacture, qui sera rachetée en 1783 par le baron Jean-Jacques de Klinglin[8], dont le père était Conseiller d'État et Prêteur Royal de la Ville de Strasbourg et la famille originaire de Bohême, autre province du Saint-Empire romain germanique bien connue pour son art verrier, notamment la gravure[9].

Le développement au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

1868-catalogue-Vallérysthal

Le Préfet de la Meurthe décrit en 1805 le succès à l'export des productions de la manufacture en Espagne et dans les colonies d'Amérique[10]. Cependant, les difficultés rattrapent encore la verrerie et la faillite est prononcée en 1832 à la demande des créanciers, dont Auguste Chevandier. En 1833, le baron Auguste François Éléonore de Klinglin, né en 1785 de la comtesse par alliance de Lutzelbourg, reprend donc la totalité de la manufacture.

Avec l'aide de son Directeur, François-Eugène de Fontenay, ancien élève de l'École centrale des arts et manufactures il met au point pour la première fois en France un demi-cristal cette même année[10]. Il crée également des opalines « façon Bohême » dont Georges Chevandier dit qu'elles n'ont pas à craindre la comparaison avec les produits de la Bohême, alors à l'apogée de sa puissance[11], les verres moulés et les verres doublés taillés « façon Venise », qui lui vaudront la médaille d'or à l'exposition de Paris de 1839[12]. Mais des dissensions avec le propriétaire l'amènent à quitter la cristallerie pour celle de Baccarat en 1841.

Parallèlement, le baron établit en mai 1838, conformément à une ordonnance royale de Louis-Philippe, une nouvelle succursale sur les terres du baron Cordier de Valléry (son oncle), qui deviendra l'établissement de Vallérysthal (thal est une ancienne graphie allemande de vallée), lui-même générant un hameau de Troisfontaines. L'ensemble de l'activité y sera transféré en 1855[13], année au cours de laquelle elle obtiendra une médaille de première classe à l'Exposition universelle de 1855 à Paris, où sera installé un dépôt de vente au 32, rue poissonnière[14]. Il transforme l'entreprise en 1856 en société anonyme, par décret impérial, dont il deviendra le premier Président[15] et la modernise avec notamment l'installation de fours Siemens en 1863. D'autres médailles suivront donc à l'Exposition universelle de 1867 à Paris, à l'Exposition universelle de 1873 de Vienne et à l'Exposition universelle de 1878 de Paris.

L'annexion d'une partie de la Meurthe en 1871 force le conseil d'administration, présidé par Georges Chevandier de Valdrome jusqu'en 1887 à chercher un moyen de conserver sa clientèle française. La SA rachète donc la cristallerie de Portieux. À partir de 1874, ces verreries réunies commenceront à produire des verres décorés à l'acide. La manufacture s'attacha les talents de différents peintres comme Charles Spindler pour perfectionner ses décors et à partir de 1897 imita les créations Art nouveau d’Émile Gallé[16].

XXe siècle, une histoire mouvementée[modifier | modifier le code]

300 ans de modèles & gabarits à la cristallerie de Vallérysthal

En 1905, la manufacture emploie 1300 salariés contre 960 en 1931 suite aux grandes grèves de 1929[17]. Cependant, au milieu du XXe siècle, il y a une résurgence d'intérêt pour les opalines.

Les mutations économiques n'épargneront pas la cristallerie de Vallérysthal par la suite. Après avoir fusionné au sein de la Compagnie Française du Cristal en 1970 avec notamment Daum, la cristallerie de Bayel et la verrerie de Fains-les-Sources[18], elle sera pris dans une tourmente amenant à son dépôt de bilan en 1977, puis sera reprise en SCOP, qui sera elle-même liquidée en 1985, avant que plusieurs repreneurs ne se succèdent.

À la fin du XXe siècle, l'entreprise collabore avec différents artistes reconnus en réalisant par exemple des compressions de César ou trois saxophones collés en cristal pour Arman.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources historiques[modifier | modifier le code]

  • M. Beaupré, Les gentilshommes verriers : ou recherches sur l'industrie et privilèges des verriers dans l'ancienne Lorraine, Nancy, 67, place du marché, Hinzelin & Cie,
  • Alban Fournier, La verrerie de Portieux : origine, histoire, Paris, 5, rue des Beaux Arts, Berger-Levrault & Cie, , 86 p.
  • Jacques-Gabriel Bulliot, François-Eugène de Fontenay, notice biographique, Autun, imprimerie Dejussieu père et fils, , 75 p.

Ouvrages techniques et didactiques[modifier | modifier le code]

  • Philippe Picoche, Une entreprise vosgienne. La verrerie de Portieux(1850-1950), thèse de doctorat (non publiée), coll. « Université Lumière Lyon 2 »,
  • Antoine Stenger, Verreries et verriers au pays de Sarrebourg, Drulingen, Société d'Histoire et d'Archéologie de Lorraine, coll. « section de Sarrebourg », , 287 p.
  • Le Comité des fêtes de Troisfontaines, Notre vie dans la vallée : Troisfontaines, Biberkirch-Vallérysthal, Strasbourg, Voltaire éditions, , 138 p. (ISBN 978-2-9529898-24)
  • (en) Frank Chiarenza et James Slater, the milk glass book, Atglen, PA, USA, Schiffer publishing, (ISBN 0-7643-0661-8)
  • (en) Ruth Webb Lee, Victorian glass handbook, Wellesley Hills, MA, USA, Lee Publications,
  • Chantal Humbert, Les arts décoratifs en Lorraine : de la fin du XVIIè siècle à l'ère industrielle, Paris, Les éditions de l'amateur, , 207 p. (ISBN 9782859171575)

Articles spécialisés[modifier | modifier le code]

  • (en) Rush Pinkston, « Vallerysthal & Portieux Glass », Opaque news, no 4,‎ , p. 411-413
  • (en) Jim Slater, « Vallerysthal-Portieux material, 1894-1914 », Opaque news,‎ , p. 646
  • (en) Thelma Shull, « Vallerysthal glass », Hobbies,‎ , p. 68
  • (en) Ruth Web Lee, « Vallerysthal animal dishes », Antiques Journal,‎
  • « Comment le groupe de la CFC devient le premier cristallier à la main de France », Table & Cadeau,‎ , p. 8-9

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Chiffre d'affaires, résultat, bilans et mentions légales », sur www.societe.com (consulté le 5 juin 2019)
  2. gentilshommes verriers, p. 11
  3. Verreries et verriers au pays de Sarrebourg, p. 26
  4. Les arts décoratifs en Lorraine, p. 25
  5. Verreries et verriers au pays de Sarrebourg, p. 60
  6. Notre vie dans la vallée, p. 5
  7. Les arts décoratifs en Lorraine, p. 26
  8. a et b Verreries et verriers au pays de Sarrebourg, p. 111
  9. les arts décoratifs, p. 28
  10. a et b Les arts décoratifs en Lorraine, p. 45
  11. François-Eugène de Fontenay p.26
  12. Verreries et verriers au pays de Sarrebourg p. 111-124
  13. Verreries et verriers / SHAL
  14. les arts décoratifs, p. 46
  15. une entreprise vosgienne p. 29
  16. Les arts décoratifs en Lorraine, p. 46
  17. Notre vie dans la vallée, p. 10,16
  18. Table & cadeau p.8

Liens externes[modifier | modifier le code]