Muhammad Yunus

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Muhammad Yunus

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Muhammad Yunus, 2006.

Nom de naissance Muhammad Yunus
Naissance 28 juin 1940 (74 ans)
Drapeau du Bangladesh Bangladesh, Chittagong
Nationalité Bangladaise
Profession Économiste
Distinctions

Muhamad Yunus, né le 28 juin 1940 à Chittagong au Bangladesh, est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres »[1].

Enfance et famille[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille relativement aisée[2], troisième enfant d'une famille de quatorze enfants, dont cinq sont morts en bas âge[3], Muhammad Yunus nait le 28 juin 1940 dans le village de Bathua, Hathazari, dans le district de Chittagong, Bangladesh. Il passe les premières années dans son village natal puis sa famille s'installe en 1947 à Chittagong, la seconde ville du Bangladesh, où son père, Hazi Dula Mia Shoudagar, tient une bijouterie. Dans son autobiographie, Yunus présente son père comme un musulman pieux, soucieux de mener une existence sobre au plan matériel. Il souligne également l'ouverture de ses parents à l'égard du monde occidental.

Yunus se marie une première fois aux États-Unis en 1970, avec une jeune américaine d'origine russe, Vera Forostenko, qu'il rencontre à l'Université Vanderbilt[4]. Ils eurent en 1977 une fille, Monica Yunus, qui est soprano à New York[5]. Il divorce et se remarie en 1980 avec Afrozi Yunus, une professeur de physique de l'université de Jahangirnagar, avec qui il a eu sa seconde fille, Dina Yunus.

Formation[modifier | modifier le code]

Yunus étudie les premières années dans l'école de son village natal puis à l'école primaire Lamabazar et au Chittagong Collegiate School. Yunus fait son premier voyage à l'âge de treize ans grâce aux boyscouts. Il se rend au Pakistan occidental pour une rencontre nationale de boyscouts, le Jamboree Boy Scout national. À l'occasion d'une rencontre internationale, le Jamboree scout mondial de 1955, qui se tient au Canada il en profite pour visiter l'Europe et le Moyen-Orient. C’est ainsi que le jeune homme parcourt l’Inde, l’Amérique du Nord, l’Europe, se rend au Japon et aux Philippines à l'occasion de ces grands rassemblements internationaux.

En 1957, il s'inscrit en économie à l'université de Dhaka et obtient son Bachelor of Arts en 1960 et son Master of Arts l'année suivante. Une fois ces diplômes en poche, il devient enseignant en économie au Chittagong College. À 21 ans, il se fait entrepreneur, en mettant sur pied la première usine high-tech d’emballage et d’impression du Pakistan oriental. L’affaire est une réussite. La banque d'État Industrial Bank propose à Yunus un très gros prêt (10 millions de takas) mais en 1965 Yunus préfère en abandonner la gestion à ses jeunes frères pour partir préparer un doctorat aux États-Unis, grâce à une bourse Fulbright. Après une maîtrise à l’université du Colorado, Yunus s’inscrit en thèse à l’université Vanderbilt, sous la direction de Nicholas Georgescu-Roegen, économiste roumain controversé, connu aujourd’hui notamment pour ses recherches sur le thème de la « décroissance soutenable ». Une fois docteur en économie, Yunus obtient un poste à la Middle Tennessee State University.

L'indépendance du Bangladesh[modifier | modifier le code]

En 1971, la guerre de libération du Bangladesh éclate. Yunus décide de soutenir les indépendantistes. Il participe à plusieurs groupes locaux en faveur de l'indépendance en réunissant des fonds et menant une campagne dans les médias. Il publie aussi un journal nommé Bangladesh Newsletter[6]. Avec d'autres Bangladais résidant aux États-Unis, il crée le Bangladesh Citizen's Committee. Puis ils créent le centre d'information sur le Bangladesh à New York. Par la suite, Yunus aide des officiers bangladais travaillant à l'ambassade du Pakistan aux États-Unis à s'échapper de l'ambassade. Il fut aussi un membre actif de la Bangladesh Defence League créé par Fazlur Khan dans le but d'envoyer des armes et des munitions aux « Mukti bahini » (combattants pour la liberté)[7]. Finalement, lorsque l'indépendance du Bangladesh est proclamée en décembre 1971, il décide d'abandonner son poste de professeur d'université et rentre chez lui en juin 1972, pour mettre ses compétences au service de son « nouveau » pays.

La Grameen Bank[modifier | modifier le code]

Muhammad Yunus, le fondateur de la Grameen Bank.

Après avoir occupé le poste de sous-directeur à la Planning Commission du Gouvernement, où il se sent totalement inutile, il devient responsable du département d’économie de l’Université de Chittagong, construite en milieu rural. Selon ses mots, « une terrible famine frappait le pays, et j'ai été saisi d'un vertige, voyant que toutes les théories que j'enseignais n'empêchaient pas les gens de mourir autour de moi »[8]. Il décide alors de s’intéresser au mode de vie misérable des villageois vivant à proximité de l’université.

Avec des étudiants, il crée un groupe de « recherche-action », dont les premiers travaux porteront surtout sur des questions agronomiques (implantation de nouvelles espèces de riz, notamment). Ce n'est que dans un second temps que Yunus en vient à penser qu'une grande partie des problèmes rencontrés par les paysans pauvres de Jobra (le village voisin de l'Université de Chittagong) tiennent à leurs difficultés d'accès à des capitaux. Leurs terres sont généralement si petites qu'elles ne peuvent constituer une garantie pour les banques. Restent les usuriers locaux, dont les prêts sont offerts à des taux d'intérêt (plus de 20 % par mois) qui bien souvent achèvent de précipiter les emprunteurs dans la misère. C'est ainsi que le jeune professeur d'économie en vient à proposer un premier « micro-prêt » (quelques dollars) à quelques dizaines d'habitants du village, en utilisant son propre argent. L'effet de ces prêts au montant dérisoire s'avère rapidement très positif sur la situation matérielle des bénéficiaires. En outre, ces derniers remboursent sans difficulté leur bailleur de fonds.

Après avoir tenté d'impliquer une banque commerciale dans le lancement d'un premier programme de micro-crédit, Yunus décide de créer son propre programme. Celui-ci est officiellement mis en place en 1977, sous le nom de « Grameen » (grameen signifie village). C’est un succès immédiat, au Bangladesh tout d’abord, où la « Grameen » obtiendra le statut d’établissement bancaire en 1983, puis dans d’autres pays où le « modèle » s’exporte à partir de 1989. Aujourd’hui, près de 300 millions de personnes dans le monde bénéficient directement ou non de micro-crédits. La banque Grameen a par ailleurs considérablement diversifié ses activités depuis (industrie textile, téléphonie, production d'électricité par énergie solaire, etc.).

La philosophie du soutien à l'économie informelle à travers le succès de la Grameen Bank pourrait se réduire à cette conviction évoquée dans un entretien au journal Le Monde du 25 avril 2008 : « Tout le monde espère gagner de l'argent en faisant des affaires. Mais l'homme peut réaliser tellement d'autres choses en faisant des affaires. Pourquoi ne pourrait-on pas se donner des objectifs sociaux, écologiques, humanistes ? C'est ce que nous avons fait. Le problème central du capitalisme “unidimensionnel” est qu'il ne laisse place qu'à une seule manière de faire : rentrer des profits immédiats. Pourquoi n'intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique ? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer décemment leurs salariés et d'améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices ? »

Début 2011, M. Yunus est concerné par une série d'attaques issues du gouvernement bangladais. Il comparait en justice après le dépôt d'une plainte par la municipalité de Dacca qui affirme que le yaourt Shakti Doi produit par la Grameen Danone Foods n'est pas bon pour la santé. Il comparait en justice après une plainte en diffamation déposée contre lui en 2007 pour des propos tenus sur la politique au Bangladesh. Il est aussi visé par une enquête réclamée par le gouvernement concernant les pratiques financières au sein de la Grameen Bank, qui, selon une émission de télévision norvégienne parue en décembre 2010[9], aurait détourné entre 1996 et 1998 près de 100 millions de dollars d’aides perçues, au bénéfice d’une autre société, la Grameen Kalyan, sans lien avec le microcrédit[10]. En décembre 2010, le premier ministre bangladais Sheikh Hasina accuse le prix nobel de traiter la Grameen Bank comme sa propriété personnelle et affirme que la banque « suce le sang des pauvres » (« sucking blood from the poor »).

En février 2011, plus de 50 organisations caritatives et de nombreuses personnalités publiques, telles que James Wolfensohn, Jagdish Sharan Verma et Yeardley Smith viennent au secours de Muhammad Yunus et de la Grammen Bank, qu'elles estiment être victimes d'une campagne de désinformation[11],[12]. Le 2 mars 2011, il a été exclu avec effet immédiat de la Grameen Bank[13].

Prix Nobel et autres récompenses[modifier | modifier le code]

Yunus a reçu de nombreuses récompenses[14], dont la plus importante distinction du Bangladesh, Independence Day Award et le Prix Nobel de la paix. Mohammad Yunus a eu le très rare privilège d’être nommé à la fois pour le « Nobel » d’Économie et le Nobel de la Paix en 2005[15] avant d'obtenir finalement, conjointement avec la Grameen Bank, le prix Nobel de la paix le 13 octobre 2006 pour « leurs efforts pour promouvoir le développement économique et social à partir de la base »[16]. Yunus a déclaré qu'il utilisera la récompense d'1,1 million d'euros en ouvrant un hôpital ophtalmologique, une usine de traitement de l'eau ainsi qu'à financer une société d'agroalimentaire en partenariat avec Danone. Cela sera mis en œuvre avec la création d'une coentreprise, la Grameen Danone Foods, reposant sur un modèle d'entrepreneuriat social ou «social business».

Yunus a également reçu de nombreux titres honorifiques[17]. Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l'université catholique de Louvain (UCL)[18] le 2 février 2003 et de l'université de Mons le 18 octobre 2010 [19].

Il fait partie en 2007 du groupe des Global Elders (anglais signifiant les anciens, ou sages, universels), créé par Nelson Mandela afin de promouvoir la paix et les droits de l'Homme dans le monde. Il est également membre d'honneur du Club de Budapest, dont il a reçu, en 1997 le Prix Conscience Planétaire[20].

Muhammad Yunus est également membre du comité d'honneur de la Fondation Chirac[21], lancée en 2008 par l'ancien chef de l’État français Jacques Chirac pour agir en faveur de la paix dans le monde.

Critiques[modifier | modifier le code]

Un article du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM) met en lumière l’ambiguïté voire le cynisme de l'entreprise de Muhammad Yunus[22].

Film[modifier | modifier le code]

Une fiction internationale de cinéma fondée sur son aventure est en cours de production. D'initiative française (Nicolas Jourdier et Christian de Boisredon), il s'agit d'une production entre la France et le Royaume-Uni. D'autres projets de film sur Yunus et Grameen existent dont un projet italien.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres en français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Banquier des pauvres », Le Monde diplomatique, 16 octobre 2006
  2. David Bornstein, The Price of a Dream, University of Chicago, 1997, p. 64 cité dans Mehedi Hasan et al., Muhammad Yunus et la Grameen Bank : la découverte et l'expansion du microcrédit, HEC Montréal
  3. La Libre, Le Nobel à Yunus, le banquier des pauvres, 13 octobre 2006
  4. Muhammad Yunus, from Fulbright Scholar to Banker of the World's Poor
  5. http://www.monicayunus.com/
  6. [zonecours.hec.ca/documents/H2006-1-698990.MuhammadYunusEm310106.doc Hasan et al., Muhammad Yunus et la Grameen Bank : la découverte et l’expansion du microcrédit? HEC Montréal]
  7. Interview de Muhammad Yunus en bengalî
  8. Cité dans Le Monde, dimanche 15 - lundi 16 octobre 2006, p. 4
  9. http://www.performancebourse.com/actualites/la-grameen-bank-de-muhammad-yunus-accusee-de-detournement-de-fonds,2394.html
  10. http://www.performancebourse.com/actualites/muhammad-yunus-attaque-par-le-gouvernement-bangladais,2571.html
  11. http://www.thedailystar.net/newDesign/news-details.php?nid=174549
  12. http://gulfnews.com/business/banking/younus-urged-to-retire-as-grameen-bank-probed-1.763756
  13. AFP, « Le Prix Nobel Yunus limogé de sa banque », Le Figaro,‎ 2 mars 2011 (consulté le 2 mars 2011).
  14. 1978 : President's Award, Bangladesh ; 1984 : Ramon Magsaysay Award, Philippines; 1985 : Bangladesh Bank Award, Bangladesh ; 1985 : Shwadhinota Dibosh Puroshkar (Independence Day Award), Bangladesh ; 1989 : Aga Khan Award for Architecture, Suisse ; 1993 : Mohamed Shabdeen Award for Science, Socio-Economic, Sri Lanka ; 1993 : CARE Humanitarian Award ; 1994 : World Food Prize, États-Unis ; 1995 : Max Schmidheiny Freedom Price ; 1996 : Simon Bolivar Prize, Venezuela ; 1997 : Man for Peace Award, Italie ; 1998 : Prince of Austurias Award for Concord, Espagne ; Ozaki(Gakudo) Award, Japon ; Indira Gandhi Award, Inde ; Sydney Peace Prize, Australie ; 1999 : Rotary Award for World Understanding, États-Unis ; Golden Pegasus Award, Italie ; Roma Award for Peace and Humanitarian Action, Italie ; 2000 : King Hussein Humanitarian Leadership Award, Jordanie ; 2001 : International Cooperation Prize Caja de Granada, Espagne ; “NAVARRA” International Aid Award, Espagne ; Grand Prize of the Fukuoka Asian Culture Prize, Japon ; 2002 : Mahatma Gandhi Award, États-Unis ; 2003 : Volvo Environment Prize, Suède ; 2004 : Citta di Orvieto Award, Italie ; Nikkei Asia Prize, Japon ; The Economist Award for Social and Economic Innovation, États-Unis (Sources : [1], http://en.wikipedia.org/wiki/Muhammad_Yunus, Liste des récompenses sur le site officiel de la Grameen)
  15. Le Monde.fr : Muhammad Yunus, un Nobel "prêteur d'espoir"
  16. Site officiel du prix Nobel de la Paix
  17. University of East Anglia, Grande Bretagne (1992), Oberlin College, États-Unis (1993), University of Toronto, Canada (1995), Haverford College, États-Unis (1996), Warwick University, Grande Bretagne (1996), Saint Xaviers' University, États-Unis (1997), University of the South, États-Unis (1998), Katholieke Universiteit Leuven, Belgique (1998), Yale University, États-Unis (1998). Brigham Young University, États-Unis (1998), University of Sydney, Australie (1998), Queensland University of Technology, Brisbane, Australie (2000), University of Turin, Italy (2000), Colgate University, Hamilton, États-Unis (2002), Université Catholique de Louvain, Belgique (2003), Universitad Nacional De Cuyo, Argentine (2003), University of Natal, Afrique du Sud (2003), Bidhan Chandra Krishi Viswayvidyalaya, Inde (2004), Asian Institute of Technology, Thaïlande (2004), University of Florence, Italie (2004), University of Bologna, Italie (2004), University of Complutense, Espagne (2004) (source : [2], Liste des titres sur le site officiel de la Grameen)
  18. Université catholique de Louvain (UCL)
  19. http://portail.umons.ac.be/FR/actualites/Pages/LePrixNobeldelaPaixremetdesdiplomesalUMONS.aspx Site de l'Université de Mons
  20. Remise du Prix Conscience planétaire
  21. Comité d'honneur de la Fondation Chirac
  22. Muhammad Yunus : Prix Nobel de l’ambiguïté ou du cynisme ?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]