Grameen Bank

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La Grameen Bank (littéralement, « Banque des villages ») est une banque spécialisée dans le micro-crédit. Elle a été créée officiellement en 1976 par Muhammad Yunus au Bangladesh. Elle dispose de près de 1 400 succursales et travaille dans plus de 50 000 villages. Depuis sa création, elle a déboursé 4,69 milliards de dollars de prêts et affiche des taux de remboursement de près de 99 %.

L'organisation et son fondateur ont été récompensé du prix Nobel de la paix en 2006[1]. Ole Danbolt Mjoes (président du comité Nobel) a dit qu' « Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté » et « le microcrédit est l’un de ces moyens ». Son fondateur, Muhammad Yunus, a été limogé de la Grameen Bank le 2 mars 2011, probablement du fait de pressions provenant du gouvernement du Bangladesh.

Histoire[modifier | modifier le code]

Muhammad Yunus, le fondateur de la Grameen Bank.

Le fondateur de la banque est M. Muhammad Yunus, docteur en économie de la Vanderbilt University aux États-Unis. L'idée lui est venue durant une terrible famine au Bangladesh en 1974. Le prêt accordé de 27 dollars américains (sans les risques des « prêteurs sur gage ») à un groupe de 42 familles leur a permis de créer de menus objets à vendre. Yunus croyait que proposer de tels prêts disponibles à grande échelle pouvait améliorer la condition de pauvreté du monde rural Bangladesh.

La Grameen Bank est née des idées de Muhammad Yunus. La banque commença comme projet de recherche de Yunus associé au Projets économiques et ruraux de l'université du Bangladesh de Chittagong et ce, afin de tester sa méthode de crédit et de services bancaires proposés aux zones rurales pauvres. En 1976, le village de Jobra et d'autres villages avoisinants l'université de Chittagong furent les premiers à profiter des services de la Grameen Bank. La banque fut un immense succès et le projet, avec l'aide du gouvernement, fut étendu en 1979 au district de Tangail (au nord de la capitale Dhaka). Le succès de la banque continua et se répandit à d'autres districts du Bangladesh. En 1983, elle fut transformée en banque indépendante par le gouvernement du Bangladesh.

Au début du XXIe siècle, la banque continue de s'accroître à travers le pays, et continue de proposer de petits prêts aux pauvres des zones rurales. Mi-2006, la banque a plus de 2 100 agences. Son succès a inspiré des projets similaires à travers le monde.

La méthode du microcrédit[modifier | modifier le code]

La méthode du microcrédit intègre un socle de 16 valeurs morales, éthiques et de gestion de la vie courante[2] :

  1. Nous suivrons et ferons la promotion des quatre principes de Banque Grameen : Discipline, Unité, Courage et Travail - dans toutes les circonstances de nos vies.
  2. Nous apporterons la prospérité à nos familles.
  3. Nous ne vivrons pas dans des maisons délabrées. Nous réparerons nos maisons et travaillerons sur la construction de nouvelles maisons au plus vite.
  4. Nous cultiverons des légumes tout au long de l'année. Nous les mangerons à notre faim et vendrons l'excédent.
  5. Pendant la saison des plantations, nous planterons autant de jeunes plants que possible.
  6. Nous planifierons de garder nos familles petites. Nous réduirons au minimum nos dépenses. Nous nous occuperons de notre santé.
  7. Nous instruirons nos enfants et assurerons qu'ils peuvent gagner suffisamment pour se payer leur éducation secondaire.
  8. Nous garderons toujours nos enfants et l'environnement propre.
  9. Nous construirons et utiliserons des latrines avec une fosse.
  10. Nous boirons de l'eau issue des pompes. Si ce n'est pas possible, nous ferons bouillir de l'eau ou utiliserons l'alun.
  11. Nous ne prendrons pas de dot au mariage de nos fils, nous ne donnerons pas de dot au mariage de nos filles. Nous garderons notre famille libre de la malédiction des dots. Nous ne déciderons pas du mariage de nos enfants.
  12. Nous n'infligerons d'injustice à personne comme nous ne permettrons à personne d’en faire.
  13. Nous entreprendrons collectivement des investissements plus grands pour des revenus plus hauts.
  14. Nous serons toujours prêts à nous aider. Si quelqu'un est en difficulté, nous l’aiderons tous, lui ou elle.
  15. Si nous venons à connaître une infraction de discipline dans un centre, nous irons tous là bas et aiderons à rétablir l’ordre.
  16. Nous participerons à toutes les activités sociales et collectives.

Ces principes forment la base du microcrédit ainsi que la gestion de « groupes d'auto-entraide », ce système fonctionne dans plus de 43 pays. On prête de l'argent à un groupe de 5 personnes, et il n'est plus possible pour le groupe d'emprunter à nouveau si l'une des cinq personnes échoue. Cela créée une dynamique de groupe en termes de responsabilité (afin que les autres membres du groupe puissent à nouveau emprunter), augmentant ainsi la viabilité économique de la Grameen Bank.

Dans un pays où peu de femmes accèdent au crédit par le biais des banques classiques, la Grameen Bank s'est focalisée sur les femmes[3]. En effet, elles représentent 97 % des empruteurs. Une étude de la Banque mondiale a démontré que l'accès aux femmes au micro-crédit leur permet d'avoir un meilleur accès aux ressources ainsi qu'une meilleure participation aux décisions. D'autres économistes pensent que le lien entre le micro-crédit et la libération de la femme est cependant moins important. À d'autres points de vue, la Grameen Bank est également assez remarquable, son taux de remboursements dépasse les 98 %. Cependant, d'après le Wall Street Journal, un cinquième des remboursements aurait au moins 1 an de retard en 2001. La Grameen Bank se défend en déclarant que plus de la moitié des emprunteurs au Bangladesh (près de 50 millions) sont sortis de la pauvreté grâce à leurs emprunts. Concrètement, tous les enfants en âge d'être scolarisés sont à l'école, tous les membres d'une famille mangent 3 repas par jour, ont des sanitaires, une maison étanche à la pluie, ont accès à l'eau potable, et sont capables de rembourser 300 taka par semaine (environ 3 euros).

Quelques chiffres[modifier | modifier le code]

La Grameen Bank est détenue par des emprunteurs pauvres, la plupart d'entre eux sont des femmes. La banque est détenue à 94 % par des emprunteurs et 6 % par le gouvernement du Bangladesh.

La banque a eu une croissance importante entre 2003 et 2007, en octobre 2007 elle décompte 7.34 millions d'emprunteurs, dont 97 % sont des femmes. Le nombre d'emprunteur a plus que doublé depuis 2003, à cette période, elle ne comptait que 3.12 millions de membres. Une croissance similaire peut être observée quant au nombre de villages couverts. En octobre 2007, la banque comptait 24 703 employés, avec 2 468 antennes couvrant 80 257 villages, rapporté à 43 681 villages en 2003. Depuis sa création, la banque a accordé 347,75 milliards de Tk de prêts, (4,3 milliards d'euros) 313,11 milliards de Tk (3,9 milliards d'euros) ont été remboursés. La banque se réclame d'un taux de recouvrement de 98,35 %, comparé aux 95 % de recouvrement en 1998.

Cependant, plusieurs critiques[Lesquelles ?][Par qui ?] remettent en doute la valeur annoncée ainsi que la méthode de calcul utilisée par la Grameen Bank pour arriver à ce chiffre.[évasif]

Critiques[modifier | modifier le code]

Un article du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) met en lumière l’ambiguïté voire le cynisme de l'entreprise de Muhammad Yunus[4].

La féministe du Bengladesh Edwige Peemans Poullet critique de manière virulente la Grameen Bank dans « La miniaturisation de l’endettement des pays pauvres passe par les femmes » février 2000, dont on peut trouver des extraits sur internet : http://www.afed.refer.org/textes/miniaturisation_endettement.pdf

Interview d’Edwige Peemans Poullet effectuée par Défis Sud en 2002 http://www.sosfaim.be/pdf/publications/defis_sud/68/08-10.pdf

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. prix Nobel de la paix 2006 sur le site officiel de la fondation Nobel
  2. les 16 Décisions
  3. Étude de la Grammeen Bank- Le microcrédit au Bengladesh comme moyen d'empowerment Valérie Gilbert, janvier 2009, Chaire C.A. Poissant de recherche sur la gouvernance et l'aide au développement, UQAM, janvier 2009
  4. Muhammad Yunus : Prix Nobel de l’ambiguïté ou du cynisme ?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]