Entrepreneuriat social

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Selon Amandine Barthélémy et Romain Slitine[1], cette forme d'entrepreneuriat, au service de l'intérêt général, recouvre l’ensemble des initiatives économiques dont la finalité principale est sociale ou environnementale et qui réinvestissent la majorité de leurs bénéfices au profit de cette mission L'entrepreneuriat social est apparu au cours des années 1990 en Europe et aux États-Unis avec des approches différenciées.

En France, les entrepreneurs sociaux sont fédérés au sein du Mouvement des entrepreneurs sociaux (MOUVES). Ce mouvement définit ainsi l'entrepreneuriat social : « les entreprises sociales sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée. Elles cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance[2] ». Cette définition est inspirée de travaux à l'échelon européen[3].

En France, le concept d'entrepreneuriat social permet d'appréhender le secteur de l'économie sociale et solidaire en insistant sur le rôle des entrepreneurs.

Différentes approches pour définir l'Entrepreneuriat Social[modifier | modifier le code]

L'entrepreneuriat social est un domaine aux définitions multiples qui ne fait pas encore l'unanimité. La littérature scientifique tentant de la définir clairement s'accorde néanmoins sur des caractéristiques communes qui permettent d'englober le large spectre que constitue ce secteur. Il est alors possible de dresser un tableau exhaustif de ces occurrences et c'est d'ailleurs ce à quoi se sont attelés plusieurs enseignants-chercheurs, via un prisme culturel mettant en exergue des interprétations en lien avec le contexte économique, politique et social d'un pays.

Approche sociologique[modifier | modifier le code]

C'est l'ensemble des vecteurs et des facteurs qui aident à la conduite au changement dans un pays[4]. C'est l'ensemble des créations d'innovation qui bascule les situations stagnantes pour le bien de la société[5].

Approches du monde occidental[modifier | modifier le code]

Pour le monde occidental[6], sont recensés au moins trois alternatives, donnant lieu à un Idéal Type.

L'entreprise sociale « vocationnelle »[modifier | modifier le code]

Définition au sens américain du terme, c'est celle qu'a construit Bill Drayton, économiste américain alors qu'il lançait le premier réseau d'entrepreneurs sociaux Ashoka en 1980. Cette approche est couramment représentée par l'entrepreneur social en tant que « Changemaker »[7] : une personne qui possède le potentiel de changer le monde. Sous cette égide, c'est donc en 1993 que la Harvard Business School développe le Social Entreprise Knowledge Network (SKEN) et définit l'entrepreneuriat social comme « toute stratégie ou activité menée par une NPO pour générer des revenus soutenant sa mission sociale » qu'elle complétera en 2002 par l'assertion suivante « toute forme ou d'entreprise dans le cadre d'une NPO, d'une société commerciale ou d'entités du secteur public engagé dans une activité ayant une valeur sociale ou dans la production de biens ou services ayant eux-mêmes une finalité sociale. »

L'entreprise sociale « coopérative »[modifier | modifier le code]

Dans cette conception plus européenne du terme, on constate que l'État Italien et son contexte social, économique et politique ont joué des rôles catalyseurs dans l'émergence de ces initiatives. En effet, à l'époque où l'État Italien est en forte récession, son Parlement décide en 1991 de voter une loi sur un statut de « coopératives de solidarités sociales ». Ce statut permettant d'apporter aux citoyens des services sociaux dont la qualité et/ou la prise en charge devenaient difficiles.

L'entreprise sociale « commerciale »[modifier | modifier le code]

Né d'une conception anglaise, le Royaume-Uni cherche dès 2002 à fournir un cadre à ces entreprises hybrides de plus en plus répandues. À noter que cette définition s'inscrit fortement dans le système de pensées du management et du business en général à l'anglaise. Ainsi, selon cette approche, l'entrepreneuriat social regrouperait toute « activité commerciale ayant essentiellement des objectifs sociaux et dont les surplus sont principalement réinvestis en fonction de ces finalités dans cette activité ou dans la communauté, plutôt que d’être guidés par le besoin de maximiser les profits pour des actionnaires ou des propriétaires ».

Au regard de ces premières versions et dans le cas d'une vision européenne de l'entrepreneuriat social, on accorde alors une grande importance au projet social de l'entreprise, à sa gouvernance participative et à l'encadrement de sa lucrativité. De ces apport, des critères ont été définis par le réseau de chercheurs européens EMES [8] (Emergence of Social Entreprises) et sont aujourd'hui employés par le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves). Ces critères économiques, sociaux et de gouvernance ancrent l'entreprise sociale dans une économie de ressources mixtes (publiques et marchandes) qui prennent en comptent les pratiques et statuts de l'Économie sociale et solidaire.

L'Idéal Type du Réseau EMES[modifier | modifier le code]

Objectifs économiques :

  • une activité continue de production de biens et/ou services ;
  • un degré élevé d’autonomie ;
  • un niveau significatif de risque économique ;
  • un niveau minimum de travail rémunéré.

Objectifs sociaux :

  • un objectif explicite de service à la collectivité ;
  • une initiative portée par un groupe de citoyens ;
  • un processus de décision non fondé sur la propriété du capital ;
  • une dynamique participative associant les personnes concernées par l'activité ;
  • une distribution limitée des bénéfices.

Approches du monde oriental[modifier | modifier le code]

Afin de compléter cette approche culturelle, il est également possible de croiser ces représentations avec celles du monde oriental [9] qui offre également une version toute particulière de l'entrepreneuriat social :

Le Social business[modifier | modifier le code]

Développé par Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix pour la création de la Grameen Bank : un Social business est une entreprise sociale qui lutte contre la pauvreté et ne verse aucun dividende. Les profits sont entièrement réinvestis dans l'activité du Social business. En revanche, les investisseurs peuvent récupérer leur mise initiale[10]. Cette approche fondée sur la philanthropie des apporteurs de capital a donné lieu à une autre branche : Le Bottom of the pyramid. Cette dernière développe l'idée que la pauvreté et la subvention aux besoins du bas de la pyramide de Maslow est un immense marché auquel les entreprises devraient s'intéresser pour s'enrichir tout en luttant contre la pauvreté[11].

les initiatives de l'Asie de l'Est[modifier | modifier le code]

Selon certains auteurs, si on comparé le cas du Japon, de la Chine, de la Corée du Sud, de Tawain et de Hong Kong, on se rend compte qu'en matière d'entrepreneuriat social, les occurrences sont également riches en Asie de l'Est, au même titre qu'en Europe ou outre-Atlantique mais qu'elles ne convergent toujours pas vers un cadre opérationnel et commun. Néanmoins, dans ces pays, l'émergence du secteur est corrélée à des caractéristiques distinctes que sont les suivantes :

  • la vision harmonique du monde (Confucius/Bouddhisme) ;
  • l'absence d'une réelle société civile en orient ;
  • des crises économiques et écologiques comme liment de la solidarité ;
  • un état fort, moteur et central de la dynamique social.

Spécificités et difficultés consubstantielles de l'entrepreneuriat social[modifier | modifier le code]

Les spécificités de la gestion des entreprises sociales[modifier | modifier le code]

Les outils classiques du management peuvent être utiles aux entrepreneurs sociaux (par exemple l’entretien individuel annuel du salarié), aussi bien que les techniques d’ « alter-management ». Ces outils peuvent être vus comme neutres, et être utiles donc à plusieurs fins, aussi bien capitalistique que sociale. Il existe depuis quelques années en France des syndicats d’employeurs de l’économie sociale, mais encore rien d’équivalent dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Cependant, certaines écoles de commerce françaises commencent à s'y intéresser. Pionnière en la matière, l'ESSEC a créé l'Institut de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social[12] ; HEC a peu après créé une chaire "Social Business, Entreprise et pauvreté"[13]). Certains Instituts d’Études Politiques, comme celui de Lille, proposent des cours obligatoires de responsabilité sociale ainsi qu'une spécialisation en entrepreneuriat social. [réf. souhaitée]

Néanmoins, s'il faut saluer cette évolution, il n'empêche que les tensions entre objectifs sociaux et économiques demeurent : gouvernance démocratique et pouvoir des dirigeants, rentabilité et finalité sociale, professionnalisation des salariés et rôle des bénévoles, etc. Ces tensions entraînent de vifs débats entre les acteurs du secteur pour atteindre au mieux les objectifs sociaux d'un projet.

Plaidoyer en faveur de l'Entrepreneuriat Social[modifier | modifier le code]

La création du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, sujet à de vives polémiques en France [14], vise à répondre à ces trois défis en rassemblant les entrepreneurs sociaux autour de projets et d'actions concrètes et identifiées comme porteuses pour promouvoir au niveau politique leurs solutions et revendications.

La réflexion sur l’apport des entrepreneurs sociaux est cependant plus récente en France que dans d’autres pays, notamment les pays anglo-saxons.Depuis longtemps, les relations de l’entrepreneuriat social avec la notion de collectivité, soit dans l’entreprise, soit plus largement dans la société, et donc avec l’État, sont un sujet de débat. L’économie sociale et solidaire, par exemple, inclut a priori des formes plus collectives d’entrepreneuriat. L’entrepreneur social ne se positionne pas nécessairement dans un champ libéral contre l’État, mais peut chercher des ressources économiques mixtes (ou "hybrides", dans le langage de l’économie sociale et solidaire). Toutefois des organisations comme Minga, Coopaname, la CRES Poitou-Charentes, Centre des Jeunes, des dirigeants, des acteurs de l’Économie Sociale CJDES, Mouvement pour l’Économie Solidaire (MES), Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB), Fédération Associative pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural (FADEAR), le Réseau Ecobâtir, Alliance Provence ou l'association régionale des CIGALES d’Île-de-France apportent un grille de lecture du « social business » comme une tentative de déstabilisation de l'état providence[15].

En France, la réflexion demeure très binaire, sur ces questions. Derrière un entrepreneur social, il y a souvent un projet et une équipe efficace, permettant de faire vivre ce projet. Certaines personnes situent ainsi l’entrepreneuriat social dans l’économie sociale et solidaire, tandis que d’autres identifient cette dernière avec des formes exclusivement collectives de gestion d'entreprise.

L'entrepreneuriat social intéresse aujourd'hui un grand nombre de personnes et les acteurs du secteurs se réunissent au sein du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (MOUVES) présidé par Jean-Marc Borello.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Amandine Barthélémy et Romain Slitine, Entrepreneuriat social, innover au service de l'intérêt général, 2012, Vuibert
  2. Critères de l'entreprise sociale, Mouves [1]
  3. Suite aux travaux du réseau de chercheur européen EMES.
  4. www.ashoka.org/social_entrepreneur
  5. Revue, Finances & Développement du FMI, publication trimestrielle, décembre 2012, volume 49, numéro 4, page 15
  6. Carlo Borzaga, Jacques Defourny, The emergence of social entreprise, 2001
  7. http://ashoka-changemakersweek.com/?id_page=about L'entrepreneur Changemaker selon Ashoka
  8. Site internet du réseau EMES
  9. Shin-Yang Kim, Jacques Defourny, Emerging models of social entreprise in Eastern Asia: a cross-country analysis, Social Entreprise Journal, 2012
  10. http://www.yunussb.com/index.php/social-business
  11. Publication Stategy & Competition (En)
  12. http://www.iies.fr/ Site de l'IIES
  13. http://www.hec.fr/Partenariats/Devenez-Partenaire/Developper-un-partenariat-de-long-terme/Fondation-HEC/Chaires/Chaires-et-Centre/Chaire-Social-Business-Entreprise-et-Pauvrete Chaire "Social Business, Entreprise et pauvreté" sur le site d'HEC Paris
  14. Article de Philippe Frémeaux à propose de la création du Mouvement des entrepreneurs sociaux
  15. Économie Sociale et Solidaire : changer d’échelle, mille fois oui, mais au service de quelle société ? http://www.minga.net/spip.php?article461

Liens externes[modifier | modifier le code]