Entrepreneuriat social
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L'entrepreneuriat social a commencé à émerger au cours des années 1990 dans le monde en Europe et aux États-Unis avec deux modèles de pensées différenciés[1].
L'approche américaine attache une grande importance au potentiel de transformation et d'innovation de l'entrepreneur. Cette approche est couramment représentée par la fondation américaine Ashoka pour qui l'entrepreneur social est avant tout un "Changemaker"[2] : une personne qui possède le potentiel de changer le monde.
L'approche européenne accorde une plus grande importance au projet social de l'entreprise, à sa gouvernance participative et à l'encadrement de sa lucrativité. Des critères ont été définis par le réseau de chercheurs européens EMES [3] (Emergence of Social Entreprises) et sont aujourd'hui employés par le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves). Ces critères économiques, sociaux et de gouvernance ancrent l'entreprise sociale dans une économie de ressources hybrides (publiques et marchandes) qui prennent en comptent les pratiques et statuts de l'[Économie sociale et solidaire l'économie sociale et solidaire (ESS)].
Une troisième approche, celle du Social Business développée par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix pour la création du micro-crédit via la Grameen Bank (traduisez Banque des villages) définit l'entrepreneuriat social comme la réponse aux problèmes de pauvreté par des entreprises qui n'attendent aucun retour de dividende. Cette approche est fondée sur la philanthropie des apporteurs de capital.
Cette dernière approche a donné lieu à une autre branche.Le Bottom Of the Pyramide (BOP) qui développe l'idée selon laquelle la pauvreté et la subvention aux besoins du bas de la pyramide de Maslow est un immense marché que les entreprises devraient adresser pour s'enrichir tout en résolvant des problèmes de pauvreté.
Selon la définition couramment admise, les entrepreneurs sociaux sont des individus qui portent des solutions innovantes à des problèmes pressants de la société. Ils identifient des approches innovantes pour résoudre des problèmes qui apparaissaient souvent comme insolubles. Les entrepreneurs ont ou développent la capacité à apporter des solutions concrètes, et à concilier l’approche économique avec des objectifs sociaux.
Au sens large, l'entrepreneuriat social désigne toute initiative privée dont la finalité sociale (réponse à un besoin social) est supérieure ou égale à la finalité économique (lucrativité). Au sens du Mouvement des entrepreneurs sociaux, "les entreprises sociales sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée. Elles cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance."[4]
Cependant, cette capacité n'empêche pas nécessairement la tension commune entre objectifs sociaux et économiques. Des tensions existent à tous les échelons de l'entreprise sociale (gouvernance démocratique vs leardership, modèle économique viable vs finalité sociale, professionnalisation des salariés vs rôle des bénévoles, etc.)
En France, la baisse de financements publics accordés à l'économie sociale et solidaire (ESS) dont l'entrepreneuriat social fait partie, l’hétérogénéité très forte de l'ESS et la croissance des besoins sociaux amènent progressivement le concept d'entrepreneuriat social à incarner un nouveau modèle social et économique.
La création du Mouvement des entrepreneurs sociaux, sujet à de vives polémiques en France [5], vise à répondre à ces trois défis en rassemblant les entrepreneurs sociaux autour de projets et d'actions concrètes et identifiées comme porteuses pour promouvoir au niveau politique leurs solutions et revendications.
La réflexion sur l’apport des entrepreneurs sociaux est cependant plus récente en France que dans d’autres pays, notamment les pays anglo-saxons.
[modifier] Entrepreneuriat social et économie sociale
Selon Amandine Barthélémy et Romain Slitine, auteurs d'un ouvrage de référence sur le sujet : "l’entrepreneuriat social recouvre l’ensemble des initiatives économiques dont la finalité principale est sociale ou environnementale et qui réinvestissent la majorité de leurs bénéfices au profit de cette mission."
Depuis longtemps, les relations de l’entrepreneuriat social avec la notion de collectivité, soit dans l’entreprise, soit plus largement dans la société, et donc avec l’État, sont un sujet de débat. L’économie sociale et solidaire, par exemple, inclut a priori des formes plus collectives d’entrepreneuriat. L’entrepreneur social ne se positionne pas nécessairement dans un champ libéral contre l’État, mais peut chercher des ressources économiques mixtes (ou "hybrides", dans le jargon de l’économie sociale et solidaire).
La conception de l'entreprise sociale aux États-Unis repose principalement sur la figure de l'entrepreneur qui est souvent considéré et décrit comme un individu exceptionnel.
En France, la réflexion demeure très binaire, sur ces questions. Derrière un entrepreneur social, il y a souvent un projet et une équipe efficace, permettant de faire vivre ce projet. Certaines personnes situent ainsi l’entrepreneuriat social dans l’économie sociale et solidaire, tandis que d’autres identifient cette dernière avec des formes exclusivement collectives de gestion d'entreprise.
L'entrepreneuriat social intéresse aujourd'hui un grand nombre de personne et les acteurs du secteurs se réunissent au sein du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) présidé par Jean Marc Borello.
[modifier] Entrepreneuriat social et management
Les outils classiques du management peuvent être utiles aux entrepreneurs sociaux (par exemple l’entretien individuel annuel du salarié), aussi bien que les techniques d’ « alter-management ». Ces outils peuvent être vus comme neutres, et être utiles donc à plusieurs fins, aussi bien capitalistique que sociale. Il existe depuis quelques années en France des syndicats d’employeurs de l’économie sociale, mais encore rien d’équivalent dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Cependant, certaines écoles de commerce françaises (l'Institut de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social de l'ESSEC[6] en particulier a été pionnière dans ce domaine puis HEC[7]) et fondations s’y intéressent. Certains Instituts d’Études Politiques (Lille en particulier) proposent des cours obligatoires de responsabilité sociale ainsi qu'une spécialisation en entrepreneuriat social. [réf. souhaitée]
[modifier] Notes et références
- Carlo Borzaga, Jacques Defourny, The emergence of social entreprise, 2001
- http://ashoka-changemakersweek.com/?id_page=about L'entrepreneur Changemaker selon Ashoka
- [Site internet du réseau EMES]
- définition de l'entrepreneuriat social au sens du Mouvement des entrepreneurs sociaux
- Article de Philippe Frémeaux à propose de la création du Mouvement des entrepreneurs sociaux
- http://www.iies.fr/ Site de l'IIES
- http://www.hec.fr/Partenariats/Devenez-Partenaire/Developper-un-partenariat-de-long-terme/Fondation-HEC/Chaires/Chaires-et-Centre/Chaire-Social-Business-Entreprise-et-Pauvrete Chaire "Social Business, Entreprise et pauvreté" sur le site d'HEC Paris
- Amandine Barthélémy et Romain Slitine, Entrepreneuriat social, Innover au service de l'intérêt général, Vuibert, 2011
- Carlo Borzaga, Jacques Defourny, The emergence of social entreprise, 2001
- Tarik Ghezali et Hughes Sibille, Démocratiser l'économie, Grasset, 2010